La commanderie d'Arveyres se situe dans le département de la Gironde à au sud-ouest de Libourne sur la commune d'Arveyres. Elle est posée sur un modeste promontoire, surplombant une boucle de la Dordogne.

Historique Jusqu'au Il faut attendre 1092 pour que le lieu d'Arveyres soit signalé dans un texteCartulaire de Saint-Jean d'Angely. La présence templière sur le site est quant à elle identifiée pour la première fois en 1153.. En 1170, un parchemin conservé aux Archives de Haute-Garonne fait état d'une donation que fit Bertrand de Montault, l'archevêque de Bordeaux, avec l'accord du vicomte de Fronsac. Ce don comprenait l'église de Saint-Pierre des Vaux« …ecclesiam Sancti Petri Darbeiras… » Nous avons traduit par l'« église de Saint-Pierre des Vaux » et non pas « d'Arveyres ». En effet, les textes du nous montrent avant tout que le lieu d'Arveyres désignait un port avant d'indiquer par la suite une commanderie. Avant la création de la paroisse Notre-Dame, le lieu d'Arveyres situé par conséquent dans la paroisse de Saint-Pierre des Vaux, devait avoir un rôle plus déterminant que l'église. De sorte que les textes, dès la fin du et au cours des siècles suivants, évoquent la paroisse Saint-Pierre autant sous le toponyme « Arveyres » que sous le toponyme « Vaux ». Cette confusion des termes montre que les deux paroisses concernées étaient étroitement liées par leur territoire. avec toutes ses appartenances, sauf les quartières (redevances en céréales) que se réservait le prélat ainsi que le droit de passage des animaux (que conservait sans doute le seigneur de Fronsac)Voir Antoine Du Bourg, op. cit. , Henri de Marquessac, op. cit. et 248, Jean André Garde, op. cit. , R. Charpentier, op. cit. ..

Quelques années après, en 1197, dans une transaction passée entre l'abbaye de La Sauve et les chevaliers du Temple, il fut question de la paroisse et de l'église d'Arveyres dans laquelle se trouvait implantée la maison de Monfayton«…Domus de Monfaite ad ecclesiam de Arveriis in cujus parrochia domus illa posita est… ». Ici encore, il s'agit d'un amalgame entre le lieu d'Arveyres et le nom de la paroisse de Saint-Pierre des Vaux, sur le territoire de laquelle était implantée la grange de Montayton et non celui de Notre-Dame.. Si ces deux textes prouvent l'installation des templiers sur la paroisse de Saint-Pierre des Vaux, dans le dernier quart du , ils n'apportent pas la preuve qu'elle ait été suivie aussitôt par la création d'une nouvelle paroisse. Celle-ci n'a pu se constituer autour de la commanderie templière et du port d'Arveyres qu'à la faveur d'une augmentation de population sur ce secteur et à l'attribution de nouvelles concessions territoriales et juridiques. Il faut plutôt chercher les origines d'une telle fondation dans le courant du .

Lors de la fête de saint Félix, en 1231, le seigneur de Vayres, Raymond Gombaud concéda à l'ordre du Temple, le territoire d'Arveyres, situé dans sa châtellenieVoir Antoine Du Bourg, op. cit. et 445 ; Jean André Garde, op. cit. .. C'est là qu'il faut voir la date de la fondation de la paroisse d'Arveyres dont l'assise territoriale fut démembrée vraisemblablement de la paroisse de Saint-Pierre des Vaux. Le fait que le seigneur de Vayres céda aux templiers un territoire issu de sa juridiction, et sur lequel il ne se réservait que le droit d'ost, abandonnant par conséquent tous les autres droits de justice, appuie la thèse d'une création paroissiale aux environs de cette date, jumelée avec la mise en place d'une sauvetéC'est ce à quoi concluent aussi J.Claude Huguet, op. cit. et Valérie Larock, op. cit. tome 2, ..

Ce serait donc dans la première moitié du que les templiers firent édifier l'église Notre-Dame. Autour de l'église, ils délimitèrent un ressort paroissial et établirent, autour du château de la commanderie, une petite seigneurie autonome avec sa juridiction balisée par des croix formant sauveté. Vers 1235, le Temple d'Arveyres est cité pour la première fois alors qu'il venait d'être soumis aux hébergements des troupes du sénéchal de Gascogne, lesquelles avaient causé des dégâts s'élevant à plus de 100 livresVoir BMBX MS 770 «…item Templo de Arberiis damna intulit ad valorem C. libris et amplius… »..

En 1258, la commanderiedésignée sous les termes suivants : «…cavaraira deu temple d'Arbeiras.. » et «…maison deu temple d'Arbeiras… ». est attestée pour la seconde fois dans un acte rappelant que les templiers avaient reçu du vicomte de Fronsac, Guillaume, la moitié des dîmes perçues sur les artigues (« terres défrichées ») de la palu de Marcenay, près de Fronsac, mais qu'ils durent rendre après cette date au prieuré de Sainte-Geneviève de Fronsac, à qui appartenaient les terresVoir AHG, Cartulaire de Sainte Geneviève de Fronsac, tome 38, ..

En 1264, un accord fut passé confirmant les droits de haute, moyenne et basse justice et octroyant en plus à l'Ordre le bois de Tillède et l'utilisation d'une cale sur deux ports situées sur la Dordogne qui appartenait en propre au seigneur de Vayres. Celui-ci se réserva les redevances perçues habituellement sur les padovensVoir Jean André Garde, op. cit. et Charpentier R. op. cit. ..

Plusieurs litiges survinrent au cours de siècles à propos de cette enclave juridictionnelle dans la châtellenie, notamment lors des renouvellements des quatre croix qui marquaient les limites de la sauveté templièreOn retrouve ce principe identique de bornage avec la commanderie de Westerdale, en Angleterre. (L'utilisation de croix pour délimiter une sauveté Templière est une caractéristique que l'on retrouve à la Commanderie de Westerdale et à celle de Villedieu). Ces quatre croix, implantées en 1264, marquaient les limites aux possessions de la commanderie d'Arveyres, dont la juridiction était complètement enclavée dans celle de Vayres. Tantôt de bois, tantôt de pierre, ainsi que le prouve une grande quantité de titres faisant partie du château de Vayres, elles ont été plusieurs fois renouvelées ou restaurées. La croix de Fonsegrède, entièrement en pierre, est la première croix qui délimite le domaine des Templiers d'Arveyres, sorte de quadrilatère qui représente l'espace où s’exerçait la seigneurie banale de l'ordre. Elle est située près de l'église Notre-Dame-d'Arveyres. La croix de Siston est implantée à un carrefour, au lieu-dit Siston, juste en face de la Cure. Le piédestal de cette croix est formé d'une marche sur laquelle est posé un premier bloc de pierre, puis un second bloc plus massif, qui supporte la croix en fer forgé. La croix de Barre, est située à l'extrémité sud-ouest de la paroisse de Vayres sur une petite butte au bord de la route à l'embranchement du chemin qui conduit du bourg de Vayres à celui d'Arveyres, et d'un autre chemin qui vient du hameau de Pesqueyron. Il ne reste de ce petit monument qu'une grosse pierre carrée unie, sans ornements, sur laquelle est encastrée une seconde pierre ornée de moulures et entourée d'une guirlande de roses. C'est dans ce socle que venait s’emboîter le fût de la croix. Sur la face nord de cette grosse pierre inférieure, on lit cette inscription:

PASSANT ARRETE TOY ET D'UN ACTE DE FOY RENDS UN DEVOT HOMMAGE A CE TROPHEE INSIGNE. ET S'IL NE T'EST PERMIS D'ARRESTER EN CE LIEU POUR SUIVRE TON CHEMIN ARMRTOY DE SON SIGNE ET PASSE EN ASSURANCE. ADIEU.

La croix de Royne se situe sur le plateau au lieu-dit Royne ; la croix et son soubassement sont entièrement en pierre. L’implantation de ces croix, destinées à délimiter le territoire des templiers, faisait souvent l’objet de litiges lors de leur renouvellement. C'est sans doute l'importance stratégique du site qui a décidé les Templiers à faire une commanderie de ce domaine. En effet, celui-ci est situé au débouché de la voie de Périgueux vers Bordeaux et vers l'Espagne, à proximité d'un point de franchissement de la Dordogne au niveau de l'actuel « port du Nouguey » ou « Port du Noyer ».

Même si les litiges avec le proche Seigneur de Vayres furent réguliers, les templiers, les hospitaliers, surent à chaque fois faire prévaloir leurs droits et conserver leurs privilèges.

Le , le roi Philippe le Bel impose par ordonnance la saisie des deux tiers des revenus et biens appartenant aux templiers, le reste étant cédé aux Hospitaliers.

En 1353, Berard d'Albret, Seigneur de Vayres disputa à nouveau le territoire aux Hospitaliers. Le conflit fut tranché une fois de plus à l'avantage de l'ordre des Hospitaliers et déboucha sur un accord intitulé "Transaction sur la justice des quatre croix d'Arveyres" signé le entre Bérard d'Albret et Pierre d'Arbussac, Commandeur d'Arveyres, redéfinissant de manière claire les limites d'autorité des deux partis. Ainsi, lorsqu'un crime était commis sur le territoire d'Arveyres et l'accusé méritant la peine de mort, "Le Commandeur, son bayle ou lieutenant ont puissance de cognoistre dud" mais une fois le jugement rendu, le criminel devait être remis sous l'autorité du Seigneur de Vayres qui faisait procéder à l’exécution. Cependant, lorsque le jugement était moins expéditif, le Commandeur avait pouvoir d'application de sentence pouvant aller jusqu'à la mutilation du condamné (Antoine Du Bourg reporte même la présence d'une prison située à l'arrière de la maison forte). Autre aspect de cet accord, les deux parties s'engageaient à ne pas recevoir sur leurs terres les vassaux de l'autre. Enfin, le Seigneur de Vayres n'était pas autorisé à exercer une action directe "ny pignorer les habitants d'Harbeyres ny faire aucune injure" dans l'enceinte de la sauveté des quatre croix. Les habitants de la sauveté se voyaient exemptés de gardes et de guets au château de Vayres. Une clause régissait par ailleurs le pacage des animaux des habitants d'Arveyres dans la palus, fief du Seigneur de Vayres. Les particuliers pacageant leurs animaux devaient apporter au Seigneur, le jour de la Saint-Martin, "l'avoine, fougasse, vin et gélines que luy sont tenus de payer".

Il était enfin reconnu le droit au Commandeur d'embarquer sans avoir à payer de redevance dans les deux ports voisins de son domaine "seront avec toute sorte de justice et de juridiction, propre dud, Sieur de Vayres sauf que led Commandeur aura plancher pour pouvoir porter les choses à la nef sans en payer pour ce respect aucun service".

L'ensemble des points de cet accord furent à nouveau repris dans un vidimus d'une transaction entre le Seigneur de Vayres et le précepteur d'Arveyres en date du Vidimus d'une transaction entre le Seigneur de Vayres et le chapitre de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem sur la justice d'Arveryres - n°CXXVI - Archive du château de Vayres à Monsieur le Baron de Bony - Original sur parchemin transcrit par Monsieur le Marquis de Puifferrat..

La commanderie servait de siège juridictionnel, de résidence aux chevaliers et aux religieuxUne maison dans le bourg d'Arveyres, appelée le Manoir ou encore Maison de la Cure, a pu servir de logement aux prêtres de la paroisse. C'est une construction formée d'un corps de bâtiment carré, à deux fenêtres à meneaux occultées, flanquée dans un angle d'une tourelle en encorbellement tronquée, percée de deux petites fenêtres à linteaux moulurées et contenant un escalier à vis. L'édifice doit dater du . chargés de la garde et l'entretien du patrimoine foncier et immobilier, de lieu d'accueil pour les pèlerinsAu , les commandeurs d'Arveyres, hospitaliers, désignaient couramment la commanderie par le mot 'hospital'., de centre paroissial et d'établissement agricole où étaient versées les redevances des tenanciers qui en dépendaient.