Le massif du Kemberg est un alignement de modestes hauteurs boisées des Vosges, bordant à l'ouest la vallée de la Meurthe dans sa partie comprise entre Saulcy-sur-Meurthe et Saint-Dié-des-Vosges. D'un point de vue traditionnel, il ne comprend pas son avancée septentrionale, nommée la ou les roche(s) Saint-Martin.
Toponymie Le toponyme désigne initialement l'endroit où la vallée de la Meurthe se courbe depuis le sud vers l'est, il provient de l'évolution des termes celtes cambo « courbe », cumbria « vallée », ber(g) « mont » et ola « lieu peut-être avec un qualificatif sous-entendu d'observation »Ce nom celte de haute culture, très long, pourrait être traduit par « le (haut) lieu (de la montagne) dominant la courbe de la vallée » ou « les hauteurs à la courbure de la vallée ou des vallées ».. La pratique vernaculaire gauloise continentale pourrait expliquer la simplification du terme final qui n'est plus que le produit de l'adjonction du terme gaulois polyvalent kamm, « courbe, changement », voire « torsion, lovement pour un corps défini et continu » à la racine principale ber(go), signifiant « montagne, élévation notable ». Les patois romans disparus de Saulcy et de Saint-Dié, comme ceux encore vivants de la vallée de la Haute Meurthe et de la Fave ont gardé le produit de cette lente évolution phonétique, à savoir le mot kébè pour désigner l'ensemble du massif forestier visible depuis les lieux habités des vallées et collines.
La ligne de faîte du bloc principal est en effet la hauteur clef de la haute vallée de la Meurthe avant qu'elle ne se cambre brusquement vers l'occident, rejetée par les vastes éboulements collinaires de l'Ormont qui repoussent aussi la Fave affluente de la Meurthe. Elle est isolée par des combes profondes et surtout par la boucle de la grande vallée de la Meurthe.
Les manuscrits des archives locales ne témoignent que de différences orthographiques et phonétiques mineures : Kemberg (1588), Camberg (1599), Montagne de Camberg (1737), Forêt de Cambert (1771), Kambert ().
Le Kemberg, regarde c'est là où se courbe la vallée, affirmait encore la tradition orale des habitants de l'Ormont ou les familiers des hauteurs du chemin Saint-Dié vers l'Alsace. Il est encore remarquable que le massif du Kemberg délimité par la tradition et en partie caché aux regards des montagnards de Coinches ou des hauteurs de Mandray paraisse comme éventré en son cœur par le vallon surcreusé de Grandrupt, confirmant un autre sens précis possible, de lieu de hauteur évasée par la courbure d'une vallée.
Son versant nord surplombe le petit-Saint-Dié. Il est encore souvent dénommé à part montagne ou roche Saint-Martin. Le ou les roche(s) Saint-Martin, séparées par le col homonyme, apparaissent à l'occident de la ligne de faîte du KembergLe pluriel est d'emploi assez récent ou désigne concrètement les rochers sommitaux aménagés. La roche Saint-Martin désignait autrefois le monticule entier.. Le pouvoir militaire, aspect du politique quand la justice est perdue, s'est installé très tôt au lieu-dit du Petit-Saint-Dié. On le connaît justement comme le premier lieu de fondation du ban de cette vallée en amont, dénommée plus tardivement « Val de Galilée ».
Géographie thumb|gauche|Face occidentale du Kemberg depuis les premières collines de l'Ormont surplombant la Fave. Ces hauteurs du Kemberg dans l'axe de la haute vallée de la Meurthe sont aussi visibles depuis Anould.
Le massif est un bloc gréseux, fortement raviné, au cœur du bassin permien de Saint-Dié. Il s'affaisse dans sa partie principale du sud vers le nord, la ligne de faite passant de 761 à 715 mètres d'altitude. L'étroitesse de sa ligne de faîte, par ailleurs dentelée, est remarquable. Son profil oriental, descendant vers la passe d'Anozel, rappelle le relief lorrain typique de cuesta. La pointe occidentale en forme de casque guerrier antique, surmonté d'une pointe de roches, a pris le nom de saint Martin.
vignette|Aux roches d'Anozel (carte postale d'Adolphe Weick).
Ce massif gréseux, constellé de roches de conglomérats gréseux sur ces sommets aux lignes courbes et dentelées, est partagé entre les communes de Taintrux, Saulcy et Saint-Dié-des-Vosges. Le sommet le plus élevé est composé des roches d'Anozel à 761 mètres d'altitude : il appartient à la ligne de faîte orientale légèrement curviligne en forme de S inversé, qui décline insensiblement vers le nord tout en restant souvent au-dessus de 700 mètres d'altitude. Les principales roches en corniche sont : la roche Saint-Martin, la roche de l'Enclume, la roche d'Anozel qui possède sur sa face méridionale une exceptionnelle diaclase courbe.
Le massif principal est équipé de sentiers balisés par la société des promenades ou Club vosgien. Un sentier nommé « tour du Kemberg » le ceinture.
Néanmoins, pour comprendre ce massif dissymétrique en partie effondré à l'est et au sud, il est nécessaire de lui adjoindre les deux monticules jumeaux détachés à l'occident, aujourd'hui forêt de Chaumont et Pierre de Laitre, dont les bouts sommitaux culminent vers 620 mètres d'altitude. Entre les hauteurs de la ligne de faîte principale et ses deux monticules s'évase une vallée remarquable, dénommée aujourd'hui Grandrupt. Son ruisseau homonyme rejoint le Taintroué entre le vieux hameau de Chaumont et les Moîtresses.
Voici une liste des roches ou hauteurs, des fontaines et autres points remarquables du vaste massif du Kemberg avec mention, lorsqu'elle est répertoriée sur la carte, leur altitude : Roches : la Pierre de Laitre (627 mètres d'altitude), la Pierre Percée (701 m), la roche des Bûcherons (600 m), la roche du Champignon (733 m), les roches Saint-Martin (599 m), la roche d'Anozel (712 m), la roche de l'Enclume (650 m), la roche du Kiosque (715 m), la roche de la Reine (près de la roche du Kiosque) ; Fontaines : la Froide Fontaine (550 m), le Sapin qui pisse, la Fontaine des Chevaux, les Trois Fauteuils (460 m) ; Autres lieux : le Château d'eau, la Croix Saint-Georges (450 m).
Histoire La mine de cuivre d'Anozel
L'activité des mines est très ancienne, probablement antérieure aux premières traces écrites du et aux archives de la fin du Moyen ÂgeElle est probablement antérieure à la fondation du ban saint Dié en 669 et s'est perpétué encore à l'époque moderne.. L'extension et la diversité géographiques des installations minières a changé au gré des siècles. Un acte de Gérard, évêque de Toul, qui dans sa pérégrination sacrée vers 985 remonte la vallée de la Meurthe rappelle les droits de l'évêque dès la fondation du monastère des Jointures à posséder une part d'un dixième, c'est-à-dire une dîme spéciale sur les produits de l'activité minière et le tiers de la seigneurie de justice.
Par un vol inédit commis à Anozel vers 1440, nous connaissons la distribution des parts aux propriétaires et seigneurs. Les ouvriers déposaient les diverses parts imposées sur un pré attenant aux installations le jour prescrit en fin de saison et les laissaient jusqu'à ce que les seigneurs les fassent enlever par leur soin. Si les seigneurs de Saulcy et Taintrux furent prompts à enlever leur part, des maraudeurs alsaciens passant opportunément à proximité de la fonderie en inactivité quelques jours plus tard saisirent avec bonheur celle délaissée par les riches chanoines de Saint-Dié. Ils embarquèrent les plaques de cuivre dans leur charrois vers l'Aussaye. Mais les commis des chanoines oublieux des vagues échéances s'en aperçurent quelques jours plus tard et firent valoir les droits du chapitre en diligentant une enquête.
La nécessité de nourrir les mineurs saisonniers, les mineurs spécialistes surveillants et responsables d'installations, les fondeurs et les charbonniers impliquent des proches équipements de restaurations et des réserves de grains. Ainsi les cols ou les vallons isolées en hiver possédaient des habitats plus ou moins précaires pour abriter ce surcroît de population et surtout des granges ou greniers à grain, lieux de pouvoir surveillés. C'est sans doute l'origine des toponymes comportant apparemment l'adjectif Grand, typique des zones minières comme Grandrupt qui pourraient désigner la vallée des graines, en dialecte les grangesIl existe de multiples Grandrupt et un Grand-Valtin, comme par hasard lieu d'activités minières..
Legs oublié du monde de la mine Plus tard, il ne faut oublier que les histoires de mineurs impliquant des lutins et des nains ont été répétées par les cultivateurs voisins dont les ancêtres avaient pu être des manœuvres saisonniersLe dialecte vosgien comporte un riche lexique de mots ou de verbes pour désigner un trou ou l'action de creuser.. Le répertoire de ces groupes restreints de travailleurs catholiques, spécialistes de la mine étaient aussi souvent autrefois porteurs de thèmes grandiloquents, comme si les grands mineurs spécialistes représentaient des titans dévalisant la richesse minérale constituée par de lents phénomènes géologiques, équivalents modernes de patients nains âpres au gain ou conservateurs de leurs menues rapines.
Si la moquerie des conteurs paysans vis-à-vis des grands et des petits s'est souvent perdue par elle-même, une forte teneur salace a envahi les vieilles histoires les plus communes et a imposé des censures religieuses fortes au ou plus tard des affadissements ou détournements conformes d'histoires pour les rendre acceptableLe métal cuivre provient du latin "cuprum", nom qui rappelle les gisements de minerais de l'île de Chypre Kupros, qui n'est autre que l'île d'Aphrodite, déesse de la Beauté ou de Vénus, déesse de l'Amour. Que dire sans allusion sexuelle sur un lutin ou d'un nain d'une mine de cuivre ?. Enfin, au comme au , les mineurs spécialistes sont souvent d'origine étrangères. Or à l'époque des Lumières, ce sont souvent des luthériens allemands rationalistes qui avaient éradiqué chez eux en partie depuis des générations les vieilles croyances. Parfois leur colère à la suite de beuveries se reportent sur des objets religieux catholiques, utiles à des pratiques d'autels empreintes selon eux de superstitions. Mais ces quelques vandales alcoolisés, momentanément actifs dans les églises, étaient protégés par leurs employeurs et seigneurs religieux, les chanoines étant alors tout aussi rationalistes qu'eux et ne leur imposant qu'une modeste réparation au grand dam des vieux croyants criant au sacrilège.
Espace forestier et agropastoral Le pourtour du massif du Kemberg était marqué autrefois par un grand nombre de fermes de hauteur, dont les prés et fourrières montaient souvent bien plus en altitude que la limite boisée ou forestière actuelle.
L'activité pastorale encore plus ancienne, c'est-à-dire la garde de porcs et bêtes rouges (vaches, génisses, chevaux vosgiens), a laissé une centaine de chants et d'airs musicaux à la tonalité changeante ou fondés sur le chant/contre chant, dits en patois li discanto di kébè. Avant le , il existait des droits de parcours traversant le massif, ainsi que diverses admodiations réglées par adjudications, notamment pour le droit de glandage ou glandée, de faînage ou faînée, car la forêt du Kemberg est à l'époque principalement constituées d'arbres feuillus, en particulier de chênes pubescents en versant ensoleillé et de hêtres au reversLes résineux sont bien plus rares que dans les années 1960 ou même aujourd'hui : il existe d'énormes et magnifiques sapins dans les vallons frais et des pins locaux sur quelques flancs escarpés au soleil. Des petites chaumes au sommet et des prairies ouvertes sur les replats sont aussi attestées à l'époque médiévale. C'est un paysage à formations végétales mosaïques, autant ouverts que fermés, radicalement différent de celui de notre époque..
Période moderne