Gustave Louis Ganne, né le à Buxières-les-Mines et mort le dans le de Paris, est un compositeur et chef d'orchestre français. Succédant à Isaac Strauss et à son confrère Olivier Métra, il est, à partir de l'année 1898, le dernier chef d'orchestre des bals de l'Opéra. Grâce à la collaboration de Léon Jehin, alors directeur musical dans la principauté de Monaco, à partir de 1905, Louis Ganne fonde à l'opéra de Monte-Carlo une formation orchestrale exclusivement composée de premiers prix du Conservatoire, orchestre dénommé les Concerts Ganne, qui auront une très grande vogue à la Belle Époque à Monaco, concerts qu'il dirige jusqu'aux derniers instants de sa vie. Musicien exquis de cette « Belle Époque » triomphante, le compositeur Louis Ganne est l'un des maîtres de l'opérette française par sa musique brillante et entraînante pleine de verve. Il est le père de deux hymnes nationaux intemporels, de la chanson du Père la victoire (qui est plus tard dédiée à Georges Clemenceau en 1918) et de l'immortelle Marche lorraine (une deuxième Marseillaise pour les Lorrains). En parallèle à sa carrière de maestro, il compose de nombreuses musiques militaires, musiques scéniques de ballet, pièces de piano, mazurkas, valses, menuets, opérettes ou opéra-comique.
Louis Ganne reste un compositeur atypique à la facture culturelle étrangement si française, dont l'expression du génie créateur et musical a toujours été guidée par un incomparable esprit patriotique.
Biographie gauche|vignette|Le bassin houiller de Buxières-les-Mines (Allier) vers la fin du . Louis Ganne naît à Buxières-les-Mines (Allier) le . Il est le fils cadet d'Annet Ganne un Auvergnat originaire de Saint-Pierre-Roche, affecté par l'administration minière au bassin houiller de Buxières-La-Grue où, comme chef porion, il vient se fixer dans la vallée de l'Aumance dans le bocage bourbonnais avec Anne-Marie Prudhon son épouse. Orphelin à sept ans à la suite du décès accidentel à la mine de son père en 1868, sa mère, une énergique Bourguignonne alors dans une situation des plus précaires avec la charge de quatre enfants, décide de se fixer en région parisienne pour parfaire l'éducation de ses deux fils aînés.
Les premières années de cette nouvelle vie parisienne sont alors pleines de découvertes et d'inconnues pour ces petits orphelins d'un chef mineur tragiquement disparu. À propos de ce destin incertain, sous la plume de Max Heller, chroniqueur théâtral et musical au journal Gil Blas en 1906, le compositeur Louis Ganne en personne donne cette confidence des plus surprenantes : . gauche|vignette|Cliché d'Eugène Pirou - Classe de composition du Conservatoire de musique de Paris vers 1895. Le professeur Théodore Dubois est assis au centre de cette photographie. Boursier, le jeune Louis Ganne grandit à Issy-les-Moulineaux où il devient élève pensionnaire à l'Institution religieuse de Saint-Nicolas d'Issy de 1869 à 1877. Voyant ses intérêts et ses prédispositions pour la composition musicale, le frère Engelbert, enseignant de la Congrégation, décide de le présenter au Conservatoire national de Paris. Après des études assidues au Conservatoire sous la direction, entre autres, de Théodore Dubois et de Jules Massenet, Louis Ganne remporte un premier prix en classe d'harmonie en 1881Cyber Centre Culturel de l'Allier.. Il se voit également décerner en 1882 lors de l'examen du un second prix d'orgue du Conservatoire dans la classe de César Franck pour une composition de son cru, Prière (pour grand orgue) pièce musicale dédicacée à son maître Théodore Dubois. Pour cette même œuvre, un prix d'honneur est en outre décerné le par le jury composé de Théodore Dubois, Eugène Gigout, César Franck, Guilmant, Niedermeyer, Clément Loret, Steenmann, lors de la fondation de la société internationale des organistes et des maîtres de chapelle.
En cette année, l'apprenti musicien, qui tient l'harmonium de l'Institution de Saint-Nicolas, dirige également la société chorale des Enfants de Saint-Nicolas d'Issy, dont il est le directeur. Il présente le à Vanves sa formation chorale à la salle Vaillant pour un concoursLa France chorale : Moniteur des Orphéons et des Sociétés Instrumentales. - - , concours sté chorale des Enfants d'Issy - Salle Vaillant à Vanves. de chant choral, examen placé sous l'appréciation émérite de l'illustre Laurent de Rillé alors président du jury. Le morceau de concours imposé est Le Chant du ruisseau, d'Achille Dupont.
Contraint par la situation économique précaire de sa mère et de sa fratrie, après une année malheureusement écourtée de formation musicale auprès de son maître Massenet (qui lui gardera toujours une grande et admirative affection), le jeune Louis Ganne doit hélas très tôt gagner sa vie comme professeur de musique. Dans ses Souvenirs d'enfance et de jeunesse, durant ses années estudiantines passées au lycée Michelet, l'homme de lettres Fernand Gregh se souvient tout particulièrement de ce jeune professeur de musique débutant.vignette|Les Hydropathes, journal du . Caricature de Sarah Bernhardt par Lorin dit Cabriol..gauche|vignette|Édouard Manet - Le bar du music-hall parisien des Folies Bergère en 1882, année où Louis Ganne commence à vingt ans sa prometteuse carrière de compositeur. Bien que de formation originellement classique, Louis Ganne se trouve attiré précocement par la musique dite « légère ». Il a tout juste 20 ans quand Léon Sari, directeur du théâtre des Folies Bergère, accepte de produire la musique de son premier ballet, divertissement sur un livret d'Armand Lafrique et intitulé Les Sources du Nil. Au lendemain de la première représentation donnée le , le journal satirique Le Tintamarre, sous la plume du critique théâtral Grandgousier (), écrit brièvement à propos de ce musicien, encore un parfait inconnu : .
Dans la presse nationale, rares sont les grands quotidiens de l'époque qui relatent cet événement musical. Le journal Gil Blas évoque aussi succinctement avec louange cependant cette première musicale : . vignette|Théâtre des Folies Bergère - Paris début du . Carte postale. Vers 1900. Au lendemain de cette appréciation, le critique théâtral et musical Pierre Decourcelle (sous le pseudonyme de Choufleuri) écrit dans le journal Le Gaulois : .
La presse généraliste ou musicale souligna l'exceptionnalité que l'on avait donné ici une rare confiance et une chance inconditionnelle à un jeune musicien de 20 ans, encore débutant certes, mais offrant un fort potentiel de créativité. Il est vrai que cette première production scénique donnée par le jeune Louis Ganne remporta en un immense succès. En cette fin de , le jeune compositeur s'était-il laissé gagné par la vogue de l'orientalisme ? Sous la plume de Paul Veck, rédacteur en chef de lAlbum Théâtral, on pouvait lire : . gauche|vignette|La revue Le Ménestrel reconnut dès ses débuts les talents d'un jeune musicien nommé Louis Ganne. Si de nombreux quotidiens nationaux ignorent les débuts professionnels du jeune Louis Ganne, c'est également le cas en grande partie de la presse spécialisée musicale, à l'exception notable du journal Le Ménestrel, qui rapporte à ce propos : .
À ses débuts, Ganne reste incontestablement un musicien de formation classique, dans laquelle il puise toute son inspiration. À cette époque, un des maîtres vénérés de l'École française d'orgue du , l'organiste Alexandre Guilmant, avait fondé vers 1880 un grand concert d'orgue avec orchestre qui se tenait dans l'auditorium du Palais du Trocadéro, concert très prisé de l'élite parisienne, dans lequel le virtuose n'hésitait pas à mettre à l'honneur dans la programmation de son récital, des œuvres méritantes de jeunes compositeurs, encore inconnus du grand public. En , Le Ménestrel en fait le compte-rendu suivant : . vignette|Dans ses concerts mondains donnés au grand auditorium du Trocadéro en 1883, le maître organiste Alexandre Guilmant rendit compte sans hésitation du talent et des mérites musicaux insoupçonnés d'un tout jeune organiste méconnu, nommé Louis Ganne. Ces concerts classiques programmés. au grand orgue avec orchestre (Édouard Colonne) étaient fort en vogue, attirant toujours une vive attention de la presse et du public ; aussi trouve-t-on à propos du concert précité du : .
Depuis sa sortie du Conservatoire de musique, Ganne, âgé d'à peine 21 ans, est un musicien en recherche d'inspiration, encore incertain dans l'accomplissement de la musique scénique. Cependant, le nom de Louis Ganne commence à circuler dans le Tout-Paris. En , le jeune compositeur se trouve engagé par Georges de Lagrenée directeur et jeune imprésario du théâtre du Château d'Eau, lors de la première représentation populaire de l'opéra Norma du compositeur Vincenzo Bellini, où il est chargé, lors de l'ouverture de la saison lyrique, de diriger l'orchestration des chœurs. Dans les pages Progrès Artistique, le critique musical Léon Vien, délivre l'appréciation suivante : .
En , Georges de Lagrenée alors directeur de l'Opéra-Populaire (ancien nom du Théâtre de l'Alhambra) sollicita la collaboration de François Coppée pour écrire un ballet dont la musique serait confiée au jeune compositeur Louis Ganne. Plusieurs journaux de l'époque. annoncèrent ce projet culturel prometteur, qui n'eut, semble-t-il, pas de suite.
En , le dramaturge Paul Milliet (librettiste de Massenet) projette de monter Maître Jean.. pour le théâtre de la Gaîté-Lyrique, une farce moraliste en un acte, dont il confie au jeune compositeur Louis Ganne l'écriture de la partition musicale.
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Le quotidien Le National est un des rares organes de presse à porter le plus vif intérêt à cette œuvre de Paul Milliet, et où l'on peut lire dans la rubrique musicale (première représentation) sous la plume d'Edmond Stoullig, cet éclairage bienveillant suivant : . gauche|vignette|Le chansonnier Paulus dans Volapuk-revue en 1886-1887. À la fin du , époque où l'usage de cet idiome dit du Volapük fut très en vogue, une composition du musicien en herbe Louis Ganne est acceptée par Marius Lallemand, nouveau directeur des Folies Bergère. Cette musique de ballet est justement intitulée Volapuck sur un livret de René de Cuers et de Georges de Bompar, fut la deuxième œuvre du jeune maître à être acceptée par le music-hall parisien. Assuré d'obtenir auprès du public parisien un grand succès, excepté le journal hebdomadaire La Jeune Garde, peu de quotidiens du temps se firent l'écho de cet événement musical. Pourtant en voici un digne du plus grand intérêt : . vignette|Affiche du Café des Incohérents à Montmartre, au 16bis, rue Fontaine. À travers le mouvement culturel des Arts incohérents, le jeune compositeur Louis Ganne se sent quelques affinités avec une certaine musicalité sortie des nombreux Cafés-concerts nés dans les milieux montmartrois, et où gravite une forte influence de nombreux poètes ou chansonniers hétéroclites autour de l'emblématique cabaret du Chat noir, fondé par Rodolphe Salis. En cette pleine époque de décadentisme, le mouvement incohérent, guidé par Jules Lévy, son fondateur, connaît aussi quelque popularité auprès du public parisien dans l'organisation de concerts ou de bals. Le Café des Incohérents fréquenté par de nombreux Hydropathes était situé au 16bis, rue Fontaine et décoré par Jules Grün, voit le jour en 1884 et veut se démarquer du cabaret du Chat noir comme un lieu culturel et musical et fréquenté par une clientèle moins bohême et plus sélecte. Les sieurs Émile Goudeau, Jules Lévy, Jules Jouy sont tous dans la proximité relationnelle du jeune Louis Ganne. Selon un essai de Louis Oster, dans les années 1886-1888, Louis Ganne est connu comme directeur musical et chef d'orchestre du Café des Incohérents : gauche|vignette|Intérieur de café à Montmartre (le Café des Incohérents 16 bis rue Fontaine, , Paris) - Tableau du peintre catalan Santiago Rusiñol, vers 1890..