Coquillettidia est un genre de diptères de la famille des Culicidae.
Les espèces de moustiques appartenant à ce genre (qui regroupe à ce jour une soixantaine d'espèces) sont « anthropophiles »Julien Sérandour (2007), Contribution à l’étude des moustiques anthropophiles de France : le cas particulier du genre Coquillettidia, Thèse de Doctorat en médecine soutenue publiquement le 14 décembre 2007 à l'université de Grenoble I, PDF, 212 pages. C'est dans le monde l'une des espèces qui piquent le plus souvent l'HommeOMS Notes et rapport.
La larve de ces moustiques se fixe à la partie immergée de certaines plante pour y prélever l'oxygène , grâce à un système respiratoire modifié qui leur permet de percer la cuticule de tiges subaquatiques de plantes aquatiques ou palustresJulien Sérandour (2007), Contribution à l’étude des moustiques anthropophiles de France : le cas particulier du genre Coquillettidia, Thèse de Doctorat en médecine soutenue publiquement le 14 décembre 2007 à l'université de Grenoble Iexemple illustré avec la larve de Coquillettidia linealis, un Coquillettidia commun en Australie.
Comme d'autres espèces de moustiques Culicidae, les Coquillettidia posent des problèmes sanitaires, épidémiologiques et écoépidémiologiques complexes, aggravés par la mondialisation des échanges et le dérèglement climatique, la disparition de certains prédateurs des moustiques et certaines crises sociopolitiques et humanitaires (en Afrique notamment) qui exposent les réfugiés à être plus facilement piqués, car ces moustiques sont vecteurs ou vecteurs potentiels de nombreuses maladies zoonotiques transmissibles de l'animal à l'Homme ou d'humain à humain .
Taxonomie Ce genre fut aussi autrefois désigné sous le terme Taeniorhynchus.
Ils se différencie du genre Mansonia proche (même tribu des Mansoniini) par des soies acrosticales plus développées que chez les Mansonia, et des soies postspiraculaires absentes.
Morphologie
Les femelles, de grande taille, ont le plus souvent (Afrique) une teinte générale jaunâtre, parfois d'un jaune soutenu, ou orange, coloris rare dans le monde des Culicidae, ce qui permet de les reconnaitre au premier coup d'œil. A la différence des Mansonia , les ailes sont recouvertes d'écailles étroites et les tarses sont dépourvus d'anneaux blancs.
Les palpes du mâle sont plus longs que le proboscis et l'extrémité est recourbée vers le bas.
Les larves se distinguent par le dernier segment antennaire étroit (flagelle) qui est aussi long que le reste de l'antenne et très nettement articulé avec celui-ci. Le siphon est court et conique.
Répartition Les Coquillettidia se rencontrent en zone afrotropicale orientale, australasienne et en Europe avec le sous genre Coquillettidia, en zone néotropicale avec le sous genre Rhynchotaenia et en Nouvelle-Zélande avec le sous-genre Austromansonia
Seules deux espèces sont présentes en France et en Europe : Coquillettidia (Coquillettidia) buxtoni (Edwards), 1923 et Coquillettidia (Coquillettidia) richardii (Ficalbi), 1889. Cette dernière espèce est impliquée dans la transmission du virus du Nil occidental alors que l'espèce proche Coquillettidia perturbans, selon une étude parue en 2001, ne semble pas impliquéeSardelis MR, Turell MJ, Dohm DJ & O'Guinn ML (2001) Vector competence of selected North American Culex and Coquillettidia mosquitoes for West Nile virus. Emerging infectious diseases, 7(6), 1018 (PDF, 5 p)..
Biologie
Selon les espèces de Coquillettidia, les femelles ont une activité diurne ou nocturne ; elles piquent les batraciens, les oiseaux, mais également les humains. Certaines espèces sont particulièrement actives au crépuscule, créant localement de fortes nuisances. Rappelons que Coquillettidia (Coquillettidia) richardii est impliquée dans la transmission du virus du Nil occidental.
Les œufs des Coquillettidia sont pondus en radeaux à la surface de l'eau dans des zones de végétation dense et les larves qui en émergent vivent en profondeur, fixées aux racines des végétaux.
Des espèces qui sont en France (même dans le sud) univoltines (une seule génération par an) pourraient produire 2 à 3 générations par an en zone plus chaude (par Cq. richiardii).
Le siphon respiratoire de la larve a chez cette espèce évolué (trompettes respiratoires) en se dotant de denticules et de deux crochets. La larve peut ainsi trancher le tégument des jeunes racines immergées de plantes aquatiques et planter ses crochets dans leurs tissus aérifères, qui vont alors fournir l'oxygène dont la larve a besoin pour respirer, ceci jusqu'au stade nymphal et à la nymphose./ Cette stratégie de développement larvaire semble fortement limiter la prédation sur les larves (par rapport à celles d'autres espèces qui doivent régulièrement remonter en surface pour respirer. En revanche, la larve fixée a plus de difficulté à se nourrir (le développement larvaire de cette espèce est d'ailleurs lent), nécessitant une eau riche en matière organique et en micro-plancton en suspension. La nymphe ne se détachera de son support que quelques heures avant l'éclosion de l'imago. Ces deux stades (larve et nymphe) sont donc difficilement observables ce qui rend la prédiction d'une émergence difficile.
Aspectes épidémiologiques et écoépidémiologiques Les moustiques du genre Coquillettidia sont réputés plus difficiles à contrôler par les moyens chimiques de démoustication que d'autres espèces (comme les Culex par exemple, dont les larves viennent respirer en surface).
Le mode de vie immergé et fixé des Coquillettidia les met relativement à l’abri des traitements chimiques pulvérisés en surface.
Écologie, autécologie Parmi les moustiques, les Coquillettidia présentent des adaptationsBecker N (1989) Life strategies of mosquito es as an adaptation to their habitats. Bulletin of the Society fo r Vector Ecology 14:6-25. particulières à la vie subaquatique qui rendent cette espèce indépendante de la respiration en surfaceSérandour J, Rey D & Raveton M (2006) Behavioural adaptation of Coquillettidia richiardii larvae to underwater life: Environmental cues governing Plant -Insect Interaction. Entomologia Experimentalis et Applicata. 120 : 195-200..
Une thèse de médecine a récemment (2007) porté sur l'identification des caractéristiques écologiques des gîtes recherchés en France par les Coquillettidia afin de faciliter la localisation de leurs lieux de ponte, leur suivi et d'éventuelles mesures de prévention : L'auteur, au moyen de tests comportementaux couplés à des analyses chimiques en laboratoire a identifié plusieurs facteurs plus ou moins prédictifs, qui sont : la nature de la flore aquatique et palustre ; la présence de certaines kairomones perçues par ces moustiques (p-crésol, acide laurique et acide heptadécanoïque) le courant ; le degré de salinitéPennetier C (2003) Écologie de Coquillettidia richiardii. Étude de l’effet de la variation du facteur salini té sur Cq. richiardii (Diptera : Culicidae). Rapport de stage. Document EID méditerranée, 33 p. ; la turbidité de l'eau ; le caractère pérenne de la pièce d’eau ; certains modes d'entretien. Tous ces facteurs, combinés, semblent impliqués dans le choix des gîtes colonisés par ces moustiques. Le même auteur a également montré . D'autres facteurs ont aussi une importance pour le comportement de fixation des larves sur leur plante-hôte ; ce sont : l'intensité lumineuse dans l'eau, qui dépend d'une part de la turbidité de l'eau (qui diminue en présence de particules ou phytoplancton en suspension, mais aussi en présence de plantes flottantes ou d'un voile de lentille d'eau ou d'algues filamenteuses...) et d'autre part de la présence d'obstacles aériens à la pénétration des rayons du soleil jusqu'à la surface de l'eau (ex : en présence d'une mégaphorbiaie dense ou sous une canopée épaisse et jointive) ; la teneur en oxygène de l’eau ; la morphologie des racines.
Enfin le facteur thermohygrométrique semble avoir aussi une importance lors du vol de nuit dans la détection de sa cible pour la femelle, puis dans la détection de son lieu de ponteProvost MW (1973) Mosquito flight and night relati ve humidity in Florida. Fla. Scient . 36 : 217–225.
Depuis les années 2000, tout en reconnaissant les problèmes qu'ils posent en santé publique, certains auteurs intègrent les moustiques comme bioindicateurs ou éléments importants de la biodiversité pour les rôles fonctionnels qu'ils jouent. C'est le cas par exemple de Martina Schäfer (2004) et de Willott (2004)Willott E (2004) Restoring nature, without mosquitoes ? Restoration Ecology, 12 : 147-153. Dans ce cadre, l'association étroite des larves de coquillettidia à certaines plantes de zones humides peut faire évoquer une relation d'intérêt mutuel si ce n'est symbiotique : la plante fournit de l'oxygène à la larve et le moustique pourrait limiter le nombre des herbivores consommant la plante parasitée. Récemment, ont commencé à classer les moustiques en groupes fonctionnels, selon les principales caractéristiques du paysageSchäfer ML, Lundkvist E, Landin J, Persson TZ & Lundström JO (2006) Influence of landscape structure on mosquitoes (Diptera: Culicidae) and dytiscids (Coleoptera: Dytiscidae) at five spatial scales in Swedish wetlands. Wetlands, 26(1), 57-68. et les caractéristiques écologiques et traits d'histoire de vie de leurs espècesSchäfer M (2004) Mosquitoes as a part of wetland biodiversity (http://www.diva-portal.org/smash/record.jsf?pid=diva2:165446 résumé]), PDF, 64 pagesPradel J, Rey D, Foussadier R & Bicoud D (2007) Étude écologique des moustiques (Diptera, culicidae) – vecteurs potentiels d’arboviroses – dans la région Rhône-Alpes. Bulletin de l’Association pour l’Étude de l'Epidémiologie des Maladies Animales, ce qui permettrait de préciser leur rôle dans les niches écologiques qu'ils occupent, voire mettre en évidence des services écosystémiques ou de rétrospectivement comprendre comment certaines pratiques ont pu favoriser les moustiques et des maladies telle que la malaria dans le sud-est de la France et dans les vallées alpines autrefoisSérandour J, Girel J, Boyer S, Ravanel P, Lempe riere G & Raveton M (2007) How human practices h ave affected vector-born diseases in the past: a study of malaria transmission in Alpine Valleys. Malaria Journal, 6 : 115Sérandour J & Claeys-Mekdade C (2007) Entre biologie et sociologie : Les moustiques, des marais camarguais aux vallées alpines. Nature, Science et Sociétés, Soumis 10/2007
Leurs larves font naturellement partie des assemblages de zooplancton de nombreuses zones humides « non-tidales »Batzer DP & Wissinger SA (1996) Ecology of insect comm unities in nontidal wetlands. Annual. Review of Entomology 41:75-100., mais avec des caractéristiques différentes de celles des autres moustiques (une partie importante de leur cycle de vie est fixéeBeaver J Miller-Lemke AM & Acton JK (1999) Midsummer zooplankton assemblages in four types of wetlands in the Upper Midwest, USA. Hydrobiologia 380:209-220)
Lutte antivectorielle Contre les moustiques, la lutte passe habituellement par la destruction des larves. Mais les larves de Mansonia et Coquillettidia sont protégées des pesticides classiques en raison de leur mode de vie fixé sur des racines de plantes, en profondeurSjogren et al., 1986 ; Lord & Fukuda, 1990 et elles se montrent résistantes à des doses qui tuent les larves des autres espèces de moustiques.
Lutte biologique Elle peut consister à favoriser la présence des prédateurs de larves (ex : larves de libellules, dytiques et leurs larves, poissons insectivores, tritons...) et de moustiques adultes (Chauves-souris, Hirondelles, Martinets...), ainsi que leurs parasites (les Coquillettidia adultes peuvent par exemple être parasités par des hydrachnidia de la famille des Arrenuridae).