La (littéralement « question de la responsabilité dans la guerre ») est le débat public en Allemagne, pour la plus grande partie pendant la république de Weimar, pour établir la part de responsabilité allemande dans la Première Guerre mondiale. S'articulant en plusieurs phases, déterminées en grande partie par le retentissement du traité de Versailles et l'attitude des vainqueurs, ce débat a également eu lieu dans d'autres pays impliqués dans le conflit, comme la France et la Grande-Bretagne.
Le débat autour de la a mobilisé les historiens, comme Hans Delbrück, Wolfgang J. Mommsen, Gerhard Hirschfeld ou Fritz Fischer, mais aussi un cercle bien plus large, comprenant de nombreux intellectuels, comme Kurt Tucholsky ou Siegfried Jacobsohn, et l'opinion publique. L'histoire de la république de Weimar a été imprégnée de part en part par la : fondée peu de temps avant la signature du traité de Versailles, elle incarnera jusqu'à sa disparition ce débat qui sera repris comme argument de campagne par les nationaux-socialistes.
Si la a permis de rechercher les origines profondes de la Première Guerre mondiale, non sans provoquer de nombreuses polémiques, elle a également permis de dégager d'autres aspects du conflit, comme le rôle des masses et la question du . Ce débat, qui a bloqué de nombreuses années la progression politique allemande, a également montré que les hommes politiques, comme Gustav Stresemann, ont pu se confronter au problème de la responsabilité en faisant avancer la réflexion générale, sans transiger sur les intérêts allemands.
Depuis 1945, de nombreux débats semblables ont eu lieu, le concept concernant plus particulièrement la Première Guerre mondiale.
Fondements Propagande de guerre
Sur le plan du droit international de l'époque, la guerre d'agression est un procédé légal mais condamné moralement. Les gouvernements impliqués se lancent au cours de la guerre dans la publication de documents diplomatiques, soigneusement choisis, pour prouver qu'ils ont eux-mêmes essayé de désamorcer un conflit que leurs ennemis avaient déclenché. L'invasion de la Belgique est, pour la Triple-Entente, le signe que l'Allemagne dans la Première Guerre mondiale est l'agresseur mais, pour le gouvernement allemand, la mobilisation russe était le prélude à une invasion. La déclaration de guerre lors de la crise de juillet 1914 aurait évité l'encerclement par l'alliance franco-russe. La (Commandement suprême de l'armée allemande) a donc justifié ainsi l'application du Plan Schlieffen et sa volonté d'obtenir rapidement une paix victorieuse.
Le , Theobald von Bethmann Hollweg justifie la violation de la neutralité belge devant le Reichstag :
Seuls quelques hommes politiques reconnaissent une part de faute dans la guerre. Le premier ministre hongrois István Tisza avait refusé l'ultimatum austro-hongrois à la Serbie à cause du risque de guerre Fritz-Konrad Krüger: Hungary and World War I.. En automne 1914, il rejette la responsabilité de l'escalade du conflit sur le ministre des affaires étrangères austro-hongrois, Leopold Berchtold, et sur le gouvernement allemand A. Weber: Graf Tisza und die Kriegserklärung an Serbien, dans : Die , Berlin, 3. Jahrgang, 12. November 1925..
Avoir été soi-même agressé est une justification de nécessité de politique intérieure. Les socialistes français et sociaux-démocrates allemands manifestaient encore à la fin de . Au Royaume-Uni, la propension à la guerre était faible. L'Allemagne était divisée entre des masses urbaines, enthousiasmées, et une population rurale, sceptique et indifférente Jochen Bölsche, Ein Hammerschlag auf Herz und Hirn dans : Stephan Burgdorff /Klaus Wiegrefe, Der 1. Weltkrieg, Deutsche Verlags-Anstalt, München 2004, 54ff.. Tous sont conscients que pour rallier la population à la guerre, il faut mettre l'innocence de son pays en avant, et les livres diplomatiques y contribuent Ewald Frie: Das deutsche Kaiserreich, Darmstadt, 2004, 82..
Soutenir la guerre Presque tous les historiens du allemand, comme Georg von Below, Otto Hintze, Erich Marcks, Friedrich Meinecke, Hermann Oncken, ont soutenu le régime dans la guerre en représentant l'histoire nationale de manière nationaliste Otto Hintze/Friedrich Meinecke/Hermann Oncken/Hermann Schumacher, Préface dans : Deutschland und der Weltkrieg, Leipzig/Berlin 1915, IIIf.. Un grand nombre d'artistes et d'écrivains comme Ludwig Fulda Rainer Traub: Der Krieg der Geister, dans : Der 1. Weltkrieg, Stephan Burgdorff/Klaus Wiegrefe, München, 2004, 50. soutiennent la propagande, visant à prouver l'innocence dans la guerre. Le Manifeste des 93 de , signé par des Prix Nobel, des philosophes, des artistes, des médecins et des enseignants de renommée internationale, a un fort retentissement à l'étranger.
En raison de l'Union sacrée et du vote des crédits de guerre le , qui permettent la mobilisation totale de l'armée du , la question de la responsabilité n'est abordée au sein des sociaux-démocrates que par quelques socialistes révolutionnaires. Comme la plupart des Allemands, la gauche modérée croit que l'Empire russe a déclenché la guerre et donc forcé les Allemands à mener une guerre défensive. C'est sur cette base que le Parti social-démocrate majoritaire d'Allemagne ( ou MSPD), le libéral et le catholique votent une résolution de paix le au Reichstag pour amener l'OHL () à renoncer à la guerre sous-marine à outrance mais également pour amener les Alliés à mettre fin au blocus maritime et obtenir des garanties de droit international pour l'intégrité allemande. Dans cette résolution, les députés appellent à la réconciliation et envisagent, entre autres, la création d'organisations juridiques internationales. Toutefois, ils affirment également que l'Allemagne continuera le combat tant qu'elle et ses alliés seront dans : Herbert Michaelis et Ernst Schraepler (dir.), Ursachen und Folgen. Vom deutschen Zusammenbruch 1918 und 1945 bis zur staatlichen Neuordnung Deutschlands in der Gegenwart. Eine Urkunden- und Dokumentensammlung zur Zeitgeschichte. Band 2: Der militärische Zusammenbruch und das Ende des Kaiserreiches. Berlin 1958/1959, 37f.. Sans les garanties de droit international, la guerre devait être poursuivie : Ralf Forsbach, Eugen Fischer-Baling 1881-1964 Manuskripte, Artikel, Briefe und Tagebücher, Munich, 2001, 320..
Voix contre la guerre Dès les déclarations de guerre, des doutes s'élèvent concernant la part de responsabilité du allemand. La propagande, l'union sacrée tout comme la censure de la presse empêchent ces doutes d'apparaître au sein de l'opinion publique. Jusqu'en automne 1918, il est interdit aux pacifistes de propager leurs convictions sous peine de lourdes peines, comme celle de haute trahison pouvant aller jusqu'à la peine de mort. C'est en Suisse que beaucoup de ces adversaires persécutés amorceront un débat sur la responsabilité allemande en plein cœur de la guerre.
Socialistes Quelques socialistes révolutionnaires du SPD contre la guerre se rassemblent le dans le Groupe international. La fondatrice de ce mouvement, Rosa Luxemburg, accuse le SPD dans une brochure publiée en Brochure en ligne d'avoir une part de responsabilité capitale dans la guerre mondiale. Le parti des classes ouvrières aurait dû reconnaître à temps les signes de la guerre, qui s'annonçait, et les faire connaître.
À partir de 1915, d'autres membres du SPD retirent leur soutien à la guerre. À travers une étude de documents Kurt Eisner 1916: Mobilisierung als Kriegsursache émanant d'États impliqués dans la guerre, Kurt Eisner arrive à la conclusion que le '' a un rôle déterminant dans le déclenchement du conflit. En 1917, le mémoirePrince Lichnowsky: My Mission to London, 1912-14 du diplomate Karl Max von Lichnowsky confirme ses dires, tout comme la déclaration du directeur des entreprises Krupp Johann Wilhelm Muehlon, qui avait démissionné à cause de la responsabilité allemande.
L'USPD, fondé en 1917, exige la fin de la guerre et refuse la résolution de paix du . La Ligue spartakiste appelle en à des grèves massives sur tout le territoire pour en finir avec les massacres. Le gouvernement allemand aurait déclenché la guerre, qui était conséquence de l'impérialisme européen, que seule une révolution sociale pouvait renverser. Une paix partielle avec la Russie ne ferait que prolonger la guerre et permettre une nouvelle offensive à l'Ouest. Le programme du parti communiste du proclame :
La Ligue exige de profonds changements dans la société comme l'expropriation des banques et des industries lourdes ainsi que la démocratisation de l'armée..
Pacifistes La , fondée en 1892, avait revendiqué des traités internationaux pour réglementer les armements. Elle appelle les gouvernements en guerre à mener des négociations et à renoncer aux conquêtes et aux colonies sans toutefois remettre en cause le droit à l'autodéfense ou revendiquer l'objection de conscience ou l'éviction des élites militaires. Son cofondateur Richard Grelling se montre toutefois convaincu de la responsabilité allemande dans son écrit J'accuse de 1915 Karl Holl : Pazifismus in Deutschland, Suhrkamp 1533, Frankfurt/Main 1988, 106..
À partir de 1914, le , fondé depuis peu, s'engage contre les partisans de l'annexion réunis au sein de l' afin d'obtenir la paix et des traités internationaux. Pour rallier le gouvernement à sa cause, il ne met pas en avant la mais sera toutefois interdit en 1916.
Le pacifiste radical et anti-militariste Fritz Küster désigne le gouvernement allemand comme coupable depuis l'occupation de la Belgique. Il réfute la thèse de l'invasion et n'approuve pas les crédits de guerre. Pour lui, la renaissance allemande doit passer par la reconnaissance de la responsabilité et la punition des coupables. C'est pourquoi il milite pour une et pour la rupture avec l'esprit guerrier pour établir la paixLothar Wieland (Université d'Oldenburg): Fritz Küster und der Kampf der Deutschen .
Hugo Ball écrit un article intitulé consacré à la en 1915 à Zurich. En 1918, il devient rédacteur de la suisse l, fondée par le diplomate allemand Hans Schlieben, dans laquelle beaucoup d'adversaires à la guerre se sont prononcés : Ernst Bloch, le couple Goll, Carl von Ossietzky, Franz Werfel et Else Lasker-Schüler. Les autorités allemandes financent à partir d' le journal William Harvey Maehl, The German Socialist Party Champion of the First Republic, 1918-1933, Philadelphia, 1986, 180..
Les pacifistes saluent le programme des Quatorze points de Wilson du président américain Woodrow Wilson du , qui affirme le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, sans aborder la question de la responsabilité allemande. Ce n'est qu'après la proposition d'armistice du gouvernement allemand, le , que Wilson exigera l'abdication de l'empereur Guillaume II comme condition préalable à toute négociation.
République de Weimar Révolution de novembre
Les conseils d'ouvriers et de soldats formés lors de la Révolution de novembre renvoient la faute de la guerre sur les élites et souhaitent leur éviction totale. La condamnation de certaines personnes va de pair avec l'abolition de la monarchie. Les officiers sont, la plupart du temps destitués et désarmés, mais ni arrêtés ni tués. Seul le conseil central de marine formé le à Kiel et le conseil d'ouvriers et de soldats de Munich formé le de la même année exigent un tribunal civil pour enquêter sur les personnes responsables de la guerre et les condamner. Sont concernées la mais également juges martiaux, qui ont condamné à mort des soldats et des déserteurs.