Charles de Ligne, né le à Vollenhove et mort le à Enghien, puis et du Saint-Empire, baron de Zewenberghes, et prince de Chimay par son mariage, est un militaire et diplomate, au service de la Couronne d'Espagne, des .
Biographie
Fils aîné du stathouder Jean de Ligne et de Marguerite de La Marck, Charles naquit, le , à Vollenhoven en Frise ; il eut pour parrain l’empereur Charles Quint.
Conformément à l'engagement pris par son père lors de son traité de mariage avec la comtesse d'Arenberg, il quitta le nom de Ligne pour prendre celui d'Aremberg et sera à l'origine de la troisième maison d'Arenberg encore représentée aujourd'hui.
Ambassades en France (1569, 1572)
Il avait dix-neuf ans à peine (), lorsque le duc d'Albe l’envoya en ambassade vers et Catherine de Médicis, pour les féliciter sur la victoire de Montcontour.
Le , , voulant reconnaître et récompenser en lui les services de son père, lui donna la compagnie de cinquante hommes d'armes et cent archers de ses ordonnances que Jean de Ligne avait commandée ; il lui aurait en outre conféré le gouvernement de la province d'Utrecht, si le duc d'Albe n'eut objecté qu’une charge de cette importance exigeait plus d’âge et d’expérience que le comte n’en avait.
Charles d’Arenberg passa cette année-là en Espagne sur la flotte qui y conduisit la reine Anne d'Autriche, quatrième épouse de . Pendant le séjour qu’il fit à Madrid, il fut de nouveau question, pour lui, d’un gouvernement de province ; on parlait aussi du poste de capitaine des archers de la garde royale, qui était vacant depuis la mort du comte de Hornes : le roi, qui semblait disposé à le nommer à l’un ou à l’autre de ces emplois, remit sa décision à un autre temps, mais il lui fit ressentir les effets de sa libéralité, et il le chargea d’aller complimenter à l’occasion de la naissance de Marie-Élisabeth (1572-1578), la fille qu’Élisabeth d'Autriche (1554-1592) venait de lui donner ().
Hopperus, qui nous fournit ces détails, nous dépeint ainsi Charles d’Arenberg à cette époque de sa vie: L’ambassadeur de France à Madrid, le seigneur de Saint-Goard, écrivait, de son côté, à Catherine de Médicis :
Gouvernement de Don Luis de Requesens (1573-1576) vignette|200px|Portrait du gouverneur Luis de Zúñiga y Requesens, gravé en 1854 par Carlos Múgica y Pérez pour l’Historia de la Marina Real Española (Biblioteca Nacional de España). Après avoir quitté la cour de France, Charles d’Arenberg revint aux Pays-Bas, où Don Luis de Requesens, grand commandeur de Castille, ne tarda pas à arriver pour remplacer le duc d’Albe. Ce seigneur lui confia la mission de notifier sa prise de possession du gouvernement à l’empereur , à l’Impératrice, aux princes de la maison impériale, aux ducs de Bavière (), de Lorraine (), de Wurtemberg (), aux archevêques de Cologne ( (1532 † ), son futur beau-frère, qui abdique l'archevêché électoral de Cologne pour se marier), de Trèves () et de Mayence (Daniel Brendel von Homburg) ().
Du vivant de Jean de Ligne, des pourparlers avaient eu lieu pour le mariage de son fils avec la fille de Nicolas, comte de Vaudemont de la maison de Lorraine, et la duchesse de Parme avait sollicité le roi, à cette occasion, d’ériger en principauté la baronnie de Zevenberghe, dont le baron de Barbençon avait hérité en 1557, par le décès de sa mère (Marie van Glymesfille de , seigneur de Grevenbroeck. (1490-1566)), ou de le gratifier d’une principauté dans le royaume de Naples. Ce projet d’alliance ayant été abandonné, la demande faite au roi n’eut pas de suite.
En 1576, l’empereur , par un diplôme du , érigea en principauté de l'Empire le comté d'Arenberg, avec tous les honneurs, toutes les prérogatives attachés à cette dignité. Le de la même année, à la diète de Ratisbonne, le collège des princes décida que les princes-comtes d'Arenberg auraient dans son sein séance et suffrage immédiatement après les princes de la maison de Vaudemont, branche de celle de Lorraine.
Gouvernement de Don Juan d'Autriche (1576-1578)
vignette|droite|Le château de Mirwart () Pendant les troubles dont les Pays-Bas devinrent le théâtre après la mort de Requesens, Charles d’Arenberg tâcha de se tenir à l’écart ; il se retira à Mirwart, appartenant à sa mère, dans le duché de Luxembourg. Cependant, lorsque Don Juan d'Autriche vint aux Pays-Bas (), il put d’autant moins se dispenser de lui rendre visite, que la ville de Luxembourg, où le frère du roi était entré, est à une petite distance de Mirwart. Don Juan lui fit un accueil distingué, et, sur sa proposition, Charles d’Arenberg consentit à aller de nouveau en ambassade vers l’Empereur et les princes de l’Empire. Marguerite de La Marck en fut à peine informée qu’elle essaya d’empêcher les effets de l’engagement pris par son fils : le conseil d'État avait requis celui-ci, par plusieurs lettres, de se transporter à Bruxelles ; la même réquisition lui avait été adressée, à titre de ses devoirs féodaux, par la chancellerie de Brabant. Marguerite de la Marck pria don Juan de considérer s’il n’était pas convenable qu’avant de faire le voyage d’Allemagne, il se montrât à Bruxelles, . Cette excuse fut peu goûtée de don Juan, qui insista, auprès de Charles d’Arenberg, en des termes tels qu’il ne put se soustraire à l’accomplissement de sa promesse.
De retour de sa mission en Allemagne, d’Arenberg trouva don Juan établi à Bruxelles, et reconnu pour gouverneur des Pays-Bas par les États généraux. La bonne intelligence qui s’était établie entre les représentants de la nation et le lieutenant de ne devait pas toutefois être de longue durée : impatient des bornes dans lesquelles son autorité était circonscrite, don Juan s’empara, par surprise, du château de Namur (), et par là fut rallumé le flambeau à peine éteint de la guerre civile. Charles d’Arenberg avait, ainsi que le duc d'Aerschot, le prince de Chimay, les comtes du Rœulx et de Fauquembergue et d’autres gentilshommes de distinction, accompagné don Juan à Namur ; après cet éclat, il partit pour Mirwart, d’où il se rendit dans sa principauté.
180px|vignette|gauche|Don Juan d'Autriche (1545-1578). Sa position devenait de plus en plus difficile : à Bruxelles on parlait de confisquer ses biens et ceux de sa mère, s’il ne se rangeait point du parti des états (il sera victime du séquestre hollandais, notamment en 1572). Dans ces circonstances, il montra sa fidélité aux sentiments que lui avait transmis son père : À quelque temps de là, les États généraux le sommèrent de venir prendre, dans un court délai, le commandement de sa compagnie d’hommes d’armes ; il demanda à don Juan d’Autriche quelle réponse il devait leur faire : Marguerite de La Marck sut toutefois, sous différents prétextes, retenir son fils auprès d’elle, mais en protestant que tous deux
Gouvernement d'Alexandre Farnèse (1578-1592) vignette|droite|250px|Alexandre FarnèsePortrait d'Otto van Veen () Le successeur de don Juan d’Autriche dans le gouvernement des Pays-Bas, Alexandre Farnèse (1545-1592), ne vit pas de bon œil la conduite réservée de la comtesse d’Arenberg et de son fils. Aussi la mort du comte de Rennenbourg () ayant rendu vacant le gouvernement de Frise et de Groningue, il résista aux sollicitations que lui fit la maison de Lalaing, alors très-influente, pour qu’il en revêtît Charles d’Arenberg ; il consentit seulement, sur le désir que celui-ci lui exprima de s’employer au service du roi, à lui confier le commandement de mille reîtres, à la tête desquels il prit part au siège d'Audenarde. Après la reddition de cette ville (), le duc de Parme envoya d’Arenberg à la diète d'Augsbourg, pour y représenter le cercle de Bourgogne.
La diète finie, il lui donna une autre mission. Gerhard Truchsess de Waldbourg, archevêque de Cologne, qui avait embrassé la confession d'Augsbourg et s’était marié, prétendait non seulement conserver son électorat, mais encore y introduire le protestantisme : le chapitre et le magistrat s’opposèrent à ses desseins ; alors il recourut à la voie des armes. Farnèse chargea d’Arenberg de se rendre à Cologne et d’offrir aux membres du magistrat, ainsi qu’aux chanoines, l’appui du roi d'Espagne ; il le fit suivre d’un corps d’infanterie et de cavalerie qu’il plaça sous ses ordres, et qui concourut aux opérations militaires dont le résultat fut de contraindre Truchsess à se réfugier en Hollande. Dans le cours de ces événements, le comte de Hohenlohe, qui commandait une division de l’armée des Provinces-Unies, essaya de reprendre Zutphen, dont le colonel espagnol Verdugo s’était emparé depuis peu. D’Arenberg se porta au secours de la place assiégée ; il força Hohenlohe à abandonner son entreprise. Au mois de , son régiment se mutina, chassa ses officiers et se fortifia près de Kerpen. Cette mutinerie lui causa beaucoup d’embarras et d’ennui. Il revint alors auprès du prince de Parme et assista au siège d'Anvers (1585). Lorsqu’au mois de , cette grande ville eut capitulé, ce fut lui que Farnèse chargea d’occuper le faubourg de Borgerhout avec six compagnies allemandes qu’il avait tout récemment levées.
, le , avait fait le prince-comte d’Arenberg chevalier de la Toison d'or; il reçut le collier des mains du prince de Parme, au palais de Bruxelles, le . Dans le même temps (), le roi lui conféra la charge de l’un des chefs des finances (trésorier).
On a vu qu’il avait été question, du vivant de son père, de le marier avec la fille du comte de Vaudemont. Dix années plus tard, le roi avait songé, pour lui, à mademoiselle de Mérode, héritière de la famille de Berghes (marquis de Bergen-op-Zoom, branche cadette de la Maison de Glymes) ; en faveur de cette union, il aurait ordonné la des biens considérables laissés par , marquis de Berghes, mort à Madrid en 1567, et qui avaient été frappés de confiscation. Il s’était agi encore, en 1578, d’un mariage entre lui et l’une des filles du duc de Clèves.
Enfin, en 1587, il épousa Anne-Isabelle, fille aînée de (1526-1595), duc d'Aerschot, et de Jeanne-Henriette, dame de Halewin et de Commines. Marguerite de La Marck crut devoir demander le consentement préalable du roi à cette alliance. lui répondit: C'est par ce mariage que le duché d'Aarschot et la grandesse d'Espagne de entrèrent dans la maison d'Arenberg.
Le prince de Parme ayant résolu d’assiéger L'Écluse (Pays-Bas), Charles d’Arenberg fut un de ceux qu’il choisit pour le seconder dans cette entreprise. Il occupait le fort de Blankenberge avec trois cents chevaux et quelque infanterie, lorsque, le , Robert Dudley, comte de Leicester, se présenta devant ce fort à la tête de sept mille fantassins, six cents chevaux et trois pièces d’artillerie. Il fit si bonne contenance que le général anglais l’attaqua avec hésitation ; et, comme Farnèse accourait à son secours, Leycester se retira la nuit même, avec une perte d’une cinquantaine d’hommes. Le , l'Écluse ayant capitulé, le prince de Parme donna à d’Arenberg le commandement de la place et des gens de guerre qu’il y laissait.
L’ avait été fixée d’abord par pour l’expédition contre l’Angleterre qu’il méditait depuis si longtemps : il chargea de remplacer Farnèse, dans le gouvernement des Pays-Bas, pendant qu’il dirigerait cette expédition, le comte , gouverneur et capitaine général du duché de Luxembourg ; et dans le cas où celui-ci viendrait à manquer, il désira savoir qui pourrait être nommé à sa place. Farnèse lui désigna Charles d’Arenberg : Le rassemblement de l'Invincible Armada ayant souffert des retards, l’expédition projetée fut remise.
Farnèse, en vue d’amuser les Anglais, envoya à Bruges, au mois de , Charles d’Arenberg, Jean Richardot, président du Conseil privé, et Frédéric Perrenot, seigneur de Champagney, pour conférer avec les commissaires de , reine d'Angleterre, sur les moyens de rétablir la paix entre les deux couronnes. On sait quel fut le triste sort de l’Invincible Armada.