thumb|Le Voyageur contemplant une mer de nuages de Caspar David Friedrich
Le romantisme allemand (en allemand Deutsche Romantik) est l'expression en Allemagne de l'art appelé romantisme. Ce mouvement a commencé dans les États allemands en 1770 et a duré jusqu'au milieu des années 1850. Il a aussi bien touché le domaine de la littérature que celui de la musique ou des arts visuels.
Contexte culturel et historique thumb|Le bleuet, origine de la fleur bleue ? Le sentiment, l'individualité, l'expérience personnelle et l'âme torturée sont les bases du romantisme expressif. Le romantisme est né en réaction au monopole de la philosophie de la raison des Lumières et en réaction au classicisme inspiré de l'Antiquité. Les sentiments, la Sehnsucht, le mystère et le secret sont désormais mis en avant. À l'optimisme du progrès inhérent au classicisme est opposée l'incapacité à la décision du romantisme.
Rupture avec le monde de la raison Les romantiques représentent une rupture entre le monde de la raison, des « chiffres et des figures » Douglas Kelly, Frederick Burwick, Jürgen Klein, The Romantic Imagination Literature and Art in England and Germany, 1996, . et le monde du sentiment et du merveilleux. Ce qui motive les romantiques est la nostalgie de la guérison du monde, de l'union des contraires en un tout harmonieux.
Sehnsucht La Sehnsucht, sorte de « vague à l'âme », d'« aspiration », d'« ardeur » ou de « langueur », est un mot qui revient beaucoup dans la langue des Romantiques allemands. Les lieux qui sont le plus à même de faire apparaître ces états d'âmes (aussi appelé les vallalah) sont les vallées embrumées, les et incultes, les ruines d'abbayes médiévales, la nature, les mythes anciens, etc. Le symbole central de la Sehnsucht, c'est la fleur bleue, issu du roman de Novalis Henri d'Ofterdingen, qui représente la recherche du romantisme de l'unité intérieure, de la guérison, de l'amour, la victoire et de l'infini : Cité dans : Ricarda Huch, Die Romantik Blütezeit, Ausbreitung und Verfall, Zürich, 1951, .
Retour à la tradition populaire Contrairement aux poètes du classicisme de Weimar, du Sturm und Drang et de l'Aufklärung qui définissaient eux-mêmes leur rôle, celui d'éduquer le peuple à travers la littérature, les poètes du romantisme se donnent pour mission de combler le fossé entre le monde et les individus. L'art leur permet de le faire. Les romantiques cherchent le monde perdu dans les contes, les légendes, les chansons populaires et dans le mysticisme du Moyen Âge. Le vrai n'est pas à trouver dans le domaine intellectuel, mais dans le comportement naturel du peuple. Les danses populaires font corps avec la musique romantique comme chez Franz Schubert. Les frères Grimm collectent les légendes et les contes de tradition orale.
Aspects obscurs À cet aspect du monde correspond un aspect plus noir, celui des pactes avec le diable, de la folie, des fantômes, de la culpabilité et de la mort que l'on retrouve chez Ernst Theodor Amadeus Hoffmann.
Contexte historique des Guerres napoléoniennes, imagination et émancipation de la bourgeoisie Le romantisme s'est développé lors des guerres napoléoniennes à la fin du après une ère d'un calme relatif où beaucoup de conflits ont été réglés de manière diplomatique. Alors que le continent européen a subi les campagnes militaires et que chaque pays s'est cherché un héros (Napoléon Bonaparte en France, Horatio Nelson en Angleterre, le Mikhaïl Koutouzov en Russie), les romantiques ont libéré l'imagination. Un second facteur important a été la culture bourgeoise qui a rendu le terrain intellectuel fertile pour l'art et la littérature. Le développement économique a permis aux bourgeois d'acheter plus de livres, d'instruments de musique, de fréquenter les théâtres et d'assister aux concerts et aux opéras.
En réaction à cette émancipation, l'aristocratie s'est refermée sur elle-même. C'est ainsi que parmi les écrivains et les philosophes du , il se trouve peu d'aristocrates, contrairement au . Sur le plan politique, le romantisme est vu comme le contre-courant du rationalisme des Lumières.
Réactions contrastées à la Révolution française et au moment de la Restauration thumb|Johann Wolfgang von Goethe La Révolution française, issue des Lumières, avait été saluée par nombre d'esprits européens, et par plusieurs écrivains et philosophes allemands. Les déceptions seront d'autant plus grandes avec l'arrivée de la Terreur, puis de Napoléon. Dans les micro-États d'Europe Centrale, l'absolutisme n'est pas vécu comme une tyrannie, à la différence de la France. Le "tyran" sera celui qui voudra leur imposer un ordre centralisé et étranger, qui en outre se présente comme l'héritier des Lumières. Il se produit alors un grand renversement vers des idées combattues par les Lumières : le mysticisme et le nationalisme. Ce sentiment est renforcé par les guerres de libération contre l'occupant français.
À la Restauration, nouvelle déception. Les idées nouvelles, qu'on avait laissé se développer en Europe Centrale pour créer un sentiment d'élan national, sont vite combattues par les États issus du congrès de Vienne et leur censure extrême. Cela induit un sentiment de repli sur soi, d'exaltation de la subjectivité, et renforce le retour à la Nature d'une société sursaturée de culture.
L'augmentation de la population urbaine et l'exode rural créaient l'industrialisation. Après l'échec de la révolution de 1848 et 1849, le système absolutiste, les États et le poids institutionnel de l'Église restent inchangés. Le changement nécessaire ne peut pas s'accomplir immédiatement dans ou avec la société. Cela a été une occasion pour les romantiques pour fuir dans la mélancolie, l'imagination, fuir dans des mondes irréels et idylliques.
Origines littéraires du romantisme On retrouve à l'origine du romantisme deux courants littéraires. D'un côté, les romans gothiques, que les Anglais lisent avec passion dans la seconde moitié du dont les thèmes sont médiévaux et mystiques, stimulent l'imagination. On y trouve des motifs tels que les esprits, les chevaliers, les châteaux en ruines. Le roman gothique anglais est un genre de la littérature populaire. D'un autre côté, le romantisme allemand est précédé du courant du , qui, de la fin du au début du , a influencé plusieurs grands auteurs classiques comme Johann Wolfgang von Goethe et Friedrich von Schiller dans leur période . Le Sturm und Drang s'adresse aux sentiments du lecteur. C'est ainsi que le héros de Goethe, dans Les Souffrances du jeune Werther a servi de modèle à de nombreux jeunes gens du , certains s'habillant comme Werther ou se suicidant comme le héros de GoetheRoland Barthes, Fragments d'un discours amoureux, Paris, Le Seuil, 1977.. Les drames de Schiller, notamment Les Brigands et Don Carlos, qui mettent en scène le conflit entre l'individu en quête de liberté et le pouvoir, enflamment les esprits et les préparent à la lutte contre la tyrannie.
Périodes du romantisme Le romantisme allemand se divise en plusieurs périodes. Il commence avec le Premier romantisme appelé Frühromantik qui dure de 1795 à 1804. Ce premier romantisme en est aussi le plus absolu, le plus radical. Comme le note Julien Gracq dans une étude sur Kleist, les premiers romantiques, et plus particulièrement Novalis, ne réclamaient rien d'autre que la rédemption immédiate de l'humanité, via la poésie. D'où la tentation, héritée des Lumières, de faire une grande synthèse littéraire du monde telle que l'Encyclopédie de Novalis ou de Hegel.
Le mouvement romantique se poursuivra avec le jusqu'en 1815, puis avec le romantisme tardif jusqu'en 1848. Pour le Hochromantik, on distingue le Cercle de Heidelberg et celui de Berlin. Ces phases ne se sont pas déroulées en même temps dans tous les domaines culturelsGilli Marita, « Cinq figures féminines méconnues du Romantisme allemand », Annales historiques de la Révolution française, 2006/2 (), . URL : https://www.cairn.info/revue-annales-historiques-de-la-revolution-francaise-2006-2-page-243.htm. Le romantisme tardif ne concernera par exemple la musique qu'au début du avec Gustav Mahler ou Richard Strauss.
Figures de style et caractéristiques vignette|Friedrich Wilhelm Schelling, philosophe romantique allemand
Romantisme allemand et réflexion philosophique
Selon Chassard et Weil, les allemand proprement dit (vers 1796-1835) sont Friedrich Schleiermacher (1768-1834) sur (), Johann Gottlieb Fichte (1762-1814) (par rapport à ) et Friedrich Wilhelm Schelling (1775-1854) (pour ), .
Johann Gottlieb Fichte, dans en voyant . Par la suite, Jean Chassard et Gonthier Weil, . L'école de Heidelberg, période d'apogée du romantisme allemand se penche toutefois moins sur la réflexion que les , qui représentent les précurseurs ou de l'école d'IénaJ. Chassard / G. Weil, ..
Entre science et philosophie, idéalisme allemand et romantisme, Schelling est la figure dominante du courant de la Naturphilosophie qui s'étend en Europe. Quant à Goethe, la nature est selon lui travaillée par une force vivifiante et rajeunissante dans laquelle se retrempent tous les êtres ; cette force « schellingienne », de nature quasi divine, rapproche le naturalisme du panthéisme..
Romantisme, psychologie et philosophie
L'inconscient est vécu dans la littérature qui le fait apparaître.
Romantisme et inconscient , écrit Jacques Fabry. L'auteur de l'article dans le Dictionnaire du monde germaniqueDictionnaire du monde germanique, dir. É. Décultot, M. Espagne et J. Le Rider, entrée « Inconscient romantique », Article de Jacques Fabry, Paris, Bayard, 2007 . explique en quoi . On assiste à une saisie intuitive du « sujet » et de l'« objet » dans . Novalis et Schelling sont cités en premier lieu : ; Schelling, . Avec dont le , le . Pour Gotthilf Heinrich von Schubert et sa Symbolique du rêve (1814), . Par Carl Gustav Carus pour lequel et qui distingue , on en arrive à un prolongement dans le permettant d'évoquer . Au travers d'autres auteurs cités, Eduard von Hartmann, influencé par Schopenhauer (), et , on se rapprocherait, selon Fabry, de Freud dont que .
Freud et le romantisme allemand Dans l'article « Romantisme allemand et psychanalyse » du Dictionnaire international de la psychanalyseHenri et Madeleine Vermorel, dans Dictionnaire international de la psychanalyse (dir.: A. de Mijolla), entrée « romantisme allemand et psychanalyse », Paris, Hachette Littératures, coll. « Grand Pluriel », 2005., Madeleine et Henri Vermorel commencent par l'évocation d'un texte de Thomas Mann écrit en 1929Il s'agit du texte de Thomas Mann (1929) « La place de Freud dans l'histoire de la pensée moderne », trad. franç. 1970. Bilingue Aubier - Flammarion, Paris. D'après Madeleine Vermorel, « Les relations de Sigmund Freud et de Thomas Mann ou la reconnaissance par Freud de sa dette envers la pensée romantique allemande » dans: Henri Vermorel, Anne Clancier, Madeleine Vermorel, Freud — Judéité, lumières et romantisme, Lausanne (Switzerland) - Paris, Delachaud et Nietslé S.A., 1995, . tel qu'il est cité en référence bibliographique par les deux auteurs. Dans ce texte, rapportent H. et M. Vermorel, Mann tient le romantisme pour le mouvement . Selon eux, le romantisme serait , l'une .
H. et M. Vermorel montrent comment . Ils insistent sur ce dernier, Heine, le , que Freud cite souvent comme son du .
Freud, en 1924, , ajoutent finalement H. et M. Vermorel dans la conclusion de leur article, tandis que Ludwig Binswanger , en écho au jugement de Thomas Mann qui Élisabeth Roudinesco fait également allusion à ce jugement de Thomas Mann en 1929 dans sa traduction française de 1970 chez Aubier-Flammarion, par rapport au surréalisme en France : (É. Roudinesco, Histoire de la psychanalyse en France. 2 1925-1985, Paris, Fayard, 1994, Note 17 .. Freud cite par ailleurs souvent Goethe, notamment en tant que représentation symbolique appuyant ses théories psychanalytiques.
Une poésie universelle progressive