William James (né le à New York, mort le à Chocorua dans le New Hampshire) est un psychologue et philosophe américain comptant parmi des fondateurs du pragmatisme. Il est parfois considéré comme une influence de la philosophie analytique, mais sa réception francophone témoigne également de son impact profond sur la philosophie continentale existentialiste et processuelle (voir notamment les travaux de Jean Wahl et, plus proche de nous, de Vinciane Despret, David Lapoujade et Isabelle Stengers, entre autres).

William James est le fils d'Henry James Sr., théologien disciple de Swedenborg, filleul de Ralph Waldo Emerson, frère aîné du romancier Henry James ainsi que d'Alice James. Il est souvent présenté comme le fondateur de la psychologie en Amérique. Son premier grand livre, publié en 1890, est intitulé (Les principes de psychologie). Ce livre présente une psychologie basée sur l'évolutionnisme et axée sur la réflexion philosophique.

La théorie de la signification constitue le cœur du pragmatisme de James. Pour lui, il est inutile et vain de se focaliser sur des idées abstraites. Pour comprendre un énoncé et tester sa vérité (au sens d'adéquation à la réalité), il faut pour lui en étudier les conséquences, le soumettre à l'expérience. James accorde une place importante à la croyance, c'est-à-dire à des hypothèses qu'on cherche à tester pour vérifier leur vérité. Pour lui, les croyances ont un effet d'entraînement. En conséquence, ce qui intéresse James dans la religion n'est pas la doctrine en elle-même mais les conséquences pratiques de la croyance en cette doctrine.

Un autre point important chez James est la notion de « tempérament ». Pour lui, les « tempéraments » doux vont vers l'idéalisme tandis que les « tempéraments » forts sont plus matérialistes, plus tournés vers la nouveauté et le risque. Si James reproche aux matérialistes leur manque de spiritualité et si, pour lui, un pragmatiste est plutôt doté d'un « tempérament » médian, il n'en demeure pas moins que, pour lui, la nouveauté et l'imagination sont importantes. Sa théorie de l'histoire n'est pas celle de lois éternelles de la nature mais qu'elle est faite par les hommes, et notamment par les grands hommes. De même, ce qui est important dans la liberté, pour lui, c'est la possibilité de faire du nouveau, du non nécessaire.

Dans sa conception chrétienne et contingente de l'artisanat, l'homme coopère avec Dieu et ses égaux pour créer un monde en évolution permanente, progressant ainsi conjointement et par tâtonnement vers davantage de richesses et de beauté.

Biographie vignette|upright|gauche|Au Brésil en 1865.

William James naît à New York en 1842. Premier enfant d'Henry James et de Mary Walsh, son frère Henry naît en 1843 et sa sœur Alice James en 1848. Il reçoit une éducation transatlantique, c'est-à-dire qu'il étudie et demeure tant du côté américain qu'européen de l'atlantique. Cela l'amène à maitriser outre l'anglais, le français et l'allemand. De 1855 à 1858 la famille réside en Europe et William poursuit sa scolarité à Genève, Paris et Boulogne-sur-Mer. En 1858, la famille s'installe à Newport où James étudie la peinture. En 1859-1860, elle réside à Genève tandis que William commence des études scientifiques. En 1861, il entre à la d'Harvard puis, en 1864, il commence des études de médecine. Pourtant, dès 1865, il participe à une expédition en Amazonie avec son professeur Louis Agassiz. Il doit retourner en 1866 à Harvard car il souffre des yeux et du dos. Très jeune il avait commencé à souffrir de maux aux yeux, à l'estomac, au dos et à la peau, à être sujet à des problèmes psychologiques et à des périodes de dépression.

vignette|gauche|upright|Charles Renouvier, philosophe ayant influencé William James. En 1867-1868, il voyage en Europe et étudie la psychologie à Berlin. En 1869, l'obtention de son diplôme de médecine ne l'empêche pas de connaitre dès l'automne une sévère dépression. Au printemps de 1870, il prend connaissance de la façon dont le néo-kantien français Charles Renouvier traite de la liberté humaine. Cela lui permet de découvrir la solution à son questionnement concernant les actes volontaires et libres.

En 1872, il accepte une offre du président de Harvard, Eliot, d'enseigner la physiologie aux étudiants de première année. La même année, il forme, avec d'autres personnalités éminentes de Harvard, telles qu'Oliver Wendell Holmes et Charles Sanders Peirce, le Club métaphysique. En 1874-1875, il commence à donner des cours de psychologie scientifique à Harvard grâce à sa connaissance des travaux de grandes figures de la psychologie comme Hermann Helmholtz en Allemagne et Pierre Janet en France. La même année, il fonde le premier laboratoire américain de psychologie.

En 1878, il se marie, ce qui sera mal perçu par sa sœur Alice. En 1880, il est nommé professeur assistant de philosophie à Harvard tout en continuant d'enseigner la psychologie. En 1882, il voyage en Europe où il rencontre Ernst Mach, Wilhelm Wundt, Jean Charcot et Leslie Stephen. En 1882, il devient membre de la Société théosophique.. En 1884, il publie dans la revue . De 1885 à 1892, il enseigne à Harvard la logique, l'éthique, la philosophie empirique anglaise et la psychologie.

En 1884, il compte parmi les fondateurs de la branche américaine de la .. En 1885, l'année suivant la mort de son jeune fils, sa belle-mère lui conseille de consulter la célèbre médium Leonora Piper.. Après avoir lu soixante-dix rapports concernant l'activité de médium de Piper, il émet l'hypothèse qu'elle a recours à la télépathie et/ou à des informations obtenues par des moyens naturels..

En 1890, après douze ans d'efforts, il publie . Il publie en 1897 . En 1898, dans une conférence intitulée , il commence à se proclamer pragmatiste. La même année, il connaît ses premiers problèmes cardiaques. En 1899, il devient membre de la ligue anti-impérialiste, laquelle s'oppose à la politique américaine aux Philippines et à Cuba dans le cadre de la Guerre hispano-américaine. Le héros de la cause impérialiste est son ancien étudiant, le futur président américain, Theodore Roosevelt.

En 1901-1902, il participe aux Gifford lectures à Édimbourg. Sa conférence est publiée en 1902. En 1904 et 1905, il publie dans le quatre articles qui seront republiés en 1912 sous le titre . En 1907, il renonce à son professorat à Harvard et écrit . En 1909, il publie . Il meurt d'une crise cardiaque dans sa maison de campagne de Chocorua dans le New Hampshire en 1910.

Les grands traits du pragmatisme de James

Pragmatisme, pluralisme et empirisme radical Pour bien comprendre l'œuvre de James, il est important de définir trois notions clés : le pragmatisme philosophique, la notion de pluralisme et d'empirisme radical Le pragmatisme philosophique est défini par Owen Flanagan comme une Pour James, la notion de pluralisme implique l'existence de plusieurs façons de voir les choses liées aux fins diverses que poursuivent les êtres humains; Un empiriste radical est celui qui fait l'hypothèse que le pluralisme constitue l'état permanent du monde.

Théorie de la signification vignette|Les parties de la pipe : (1) tête ou bol, (2) foyer ou fourneau, (3) trou de tirage, (4) tige, (5) mortaise, (6) floc ou tenon, (7) tuyau, (8) bec, (9) lèvre et (10) lentille ou bouton.

Selon Paul Henle, la théorie de la signification () est au cœur de la philosophie de James. Ce dernier, comme Peirce, pense que la meilleure façon de comprendre une idée consiste à en analyser les conséquences pratiques. Par exemple, si notre pipe est éteinte, on peut en déduire que si nous mettons notre doigt dans son fourneau nous ne serons pas brûlé, de même si nous tirons sur notre pipe nous n'aspirerons pas de fumée. Cette approche évite les discussions purement rhétoriques dans lesquelles sombre la philosophie qui veut définir des termes de façon purement abstraite. Par exemple, il est plus facile de discuter sur les caractéristiques ou l'utilité d'une table que sur l'essence d'une table.

Pour James, comprendre la signification d'une chose c'est étudier ses conséquences pratiques. Certaines conséquences peuvent être soumises à des tests scientifiques, d'autres non, car elles relèvent de la croyance pure. Mais la croyance pure peut avoir des conséquences qui peuvent être testées. Par exemple, si pour James on ne peut pas prouver l'existence de Dieu, du moins est-il possible d'étudier les effets de la croyance. Paul Henle note :

Raison et rationalisme vignette|upright|La statue de Kant à Kaliningrad.

William James récuse le rationalisme et son idée de vérités existentielles a priori. Sur ce point il s'attaque tant à l'idéalisme de Kant qu'il voit comme le précurseur de l'idéalisme allemand qu'à celui d'Hegel. James n'aime pas ce qu'il nomme l'intellectualisme, à savoir la déduction à partir d'hypothèses. Sa méthode philosophique est ancrée dans l'étude des faits et ouverte aux valeurs morales et religieuses. Pour lui, la philosophie doit aider à comprendre les idées et les choses à partir de leurs conséquences pratiques. Pour mener les enquêtes scientifiques nécessaires à sa théorie de la signification, James formule deux grands postulats nécessaires à la raison : 1) tout événement a une cause et 2) le monde est rationnellement intelligible.

Théorie de la vérité et croyance vignette|upright|La philosophie de James s'oppose à celle de Hegel.

Cherchant à expliquer de façon pragmatique pourquoi la philosophie occidentale et la science accordent une place si importante à la vérité, Henle soutient que James répond que cela vient du fait que si nous agissons selon un principe vrai, nous ne serons pas déçus dans nos attentes alors que nous le serons si ce principe est faux. En sciences, par exemple, une hypothèse est considérée comme vraie ou fausse en fonction de sa capacité à expliquer des données et à prédire de façon juste les conséquences qui découlent de cette hypothèse. Pour James, la vérité est supérieure à la croyance car elle est en accord avec la réalité. C'est une vision assez classique de la vérité. Là où James est novateur, c'est quand il soutient que la vérité ne réside pas dans l'atteinte d'une essence de la réalité mais, au contraire, qu'elle doit être expérimentée et validée. Chez lui, les vérités ne sont pas absolues comme chez les rationalistes, elles dépendent des faits et de notre expérience de l'environnement, toutes choses qui évoluent.

Pour James, avant de savoir si quelque chose est vrai, il faut poser des hypothèses, anticiper une expérience, il faut poser une croyance dont la capacité à dire le vrai doit être testée. Mais cela ne suffit pas, il faut aussi que l'hypothèse puisse s'intégrer sans trop de problèmes dans notre corpus de croyances. Par exemple, en sciences, une nouvelle théorie remet en question des éléments de l'ancienne, sans complètement remettre en question le pouvoir prédictif antérieur de cette dernière.

Selon Pomerleau, la philosophie entière de James . Toutes les enquêtes sur les faits et les choses conduisent à des croyances, des non-croyances ou des doutes. Il y a non-croyance quand quelque chose contredit ce que nous croyions réel, lorsque notre croyance n'est pas assez justifiée par ce que nous connaissons. Henle note à ce propos qu'

Philosophie morale Pour James, la liberté est un postulat qu'on ne peut pas démontrer. Ainsi, dans , va-t-il chercher à justifier de façon pragmatique l'importance de croire en la liberté. Il associe la liberté à l'indéterminisme, c'est-à-dire à la capacité de faire quelque chose que les lois de la nature ou la nécessité n'obligent pas à faire. Pour lui, dans un monde indéterminé comme l'est le monde pragmatique, l'homme a une capacité d'agir pour améliorer ou non son sort qui le rend plus riche spirituellement, plus responsable de ses actions et plus sensible à ce qui est bien ou mal.

Dans son essai intitulé , James insiste sur le fait qu'il n'existe pas d'éthique dogmatique éternelle. Il écrit :