Andrés de Santa Cruz, né le à La Paz en Bolivie et mort le à logis de Bouguenais (Loire-inférieure) en France, est un militaire et un homme d'État sud-américain qui est maréchal du Pérou, de Bolivie et de Colombie tout en étant successivement président du Pérou, président à vie de la Bolivie et enfin le « Protecteur suprême » de la Confédération péruvio-bolivienne de 1836 à 1839.

Fils d'une mère indigène et d'un colon espagnol, il étudie au collège de San Francisco de La Paz avant d'entrer à l'université de San Antonio Abad de Cuzco aux côtés du futur général péruvien Agustín Gamarra. Au début des guerres d'indépendance, il combat dans l'armée royaliste espagnole sous les ordres du vice-roi Joaquín de la Pezuela avant d'être fait prisonnier à la bataille de la Tablada en .

Il décide de se mettre au service des armées patriotes, entrant dans l'armée de José de San Martín en 1821. Sa plus grande bataille est celle de Pichincha où il est chef d'État-major. Il devient ensuite général et participe à la Bataille de Junín, à l'issue de laquelle il est fait maréchal.

En , après avoir été préfet de La Paz, il devient président du Pérou. Il démissionne le pour passer au Chili où il devient ministre plénipotentiaire de Bolivie. Arrivée à La Paz, il prend le pouvoir et se fait proclamer président à vie de la Bolivie en 1829, pays qu'il dirige pendant près de 10 ans. Début des années 1830 il est appelé par le président péruvien Orbegoso, pour remettre de l'ordre dans le pays, ce pourquoi il entreprend une campagne militaire. À l'issue de cette campagne, il prend les pleins pouvoirs au Pérou et instaure la Confédération péruvio-bolivienne.

Après avoir occupé le Pérou en tant que dirigeant de la Bolivie, Santa Cruz se décerne la fonction de « Protecteur suprême ». À la suite de l'effondrement de la Confédération, consécutif à la bataille de Yungay le contre les troupes chiliennes, il tente de reprendre le pouvoir à plusieurs reprises, sans succès. Exilé en France, il vit à Versailles. Plus tard, reconnaissant ses grandes qualités, la Bolivie, sous le gouvernement de Manuel Isidoro Belzu, lui confie la charge de diplomate en France, qu'il accomplit haut la main. Le gouvernement lui verse également une pension de pesos. Il meurt en France en 1865. Ses cendres sont rapatriées officiellement en Bolivie en 1965, cent ans après sa mort.

Jeunesse Andrés de Santa Cruz est né le dans la ville de La Paz. Fils d'une famille de la noblesse coloniale formée par le maître de champ José de Santa Cruz y Villavicencio, noble membre créole de l'Ordre de Santiago, originaire de Huamanga, aujourd'hui Ayacucho au Pérou, et par Juana Basilia Calahumana héritière d'une famille riche de la ville de Huarina, près du lac TiticacaNils Jacobsen, Cristóbal Aljovín de Losada "Cultura política en los Andes, 1750-1950", pág. 133-134. Au moment de sa naissance, Santa Cruz est classé par son certificat de baptême comme espagnol, dénomination utilisée dans les colonies pour désigner la race blanche.

Il termine ses premières études à l'école de San Francisco dans sa ville natale et à l'école de San Buenaventura del Cuzco. Dans cette dernière, il rencontreé celui qui sera plus tard son premier allié puis son plus féroce rival : Agustín Gamarra. Il s'échappe de l'école en 1809 pour ne pas recevoir de châtiment à cause de son comportement.

Carrière militaire

Dans l'armée royaliste À 17 ans et obéissant à son père, Santa Cruz rejoint l'armée royaliste espagnole en tant que lieutenant du régiment « Dragons d'Apollobamba ». Ainsi commence sa carrière militaire, au début des guerres d'indépendance hispano-américaines. En 1811, il combat à la bataille de Huaqui, à la suite de laquelle il est promu lieutenant. Il combat ensuite sous les ordres du général Joaquín de la Pezuela dans les batailles de Vilcapugio et d'Ayohuma, en 1813.

En 1815, il participe à la répression contre le soulèvement indépendantiste du brigadier Mateo Pumacahua et collabore à l'extermination ultérieure des guérilleros dispersés. Il participe ensuite à l'offensive sur Tucumán sous les ordres du général José de la Serna. Il est déjà lieutenant-colonel lorsqu'il est fait prisonnier par le général Gregorio Aráoz de Lamadrid le lors de la bataille de la Tablada de Tolomosa. Prisonnier à Tucumán, il est ensuite transféré à Las Bruscas, près de Buenos Aires. Il s'enfuit sur un navire anglais à Rio de Janeiro et revient au Pérou après un long voyage. À son retour, il est réintégré dans l'armée royaliste et se voit confier le commandement militaire du Chorrillos, d'où il doit étendre sa surveillance à Nazca, au sud. Ensuite, il est chargé du commandement des milices royalistes de Carabayllo, le même qui continue à renforcer la division exceptionnelle des hauts plateaux du centre pour affronter les forces patriotiques du général Juan Antonio Álvarez de Arenales. Après la bataille de Cerro de Pasco, le , il est arrêté et emmené au quartier général des patriotes que le général José de San Martin a établi à Huaura. Là, il décide de changer de camp et d'embrasser la cause de l'indépendance.

Dans l'armée indépendantiste Avec le grade de colonel, il exerce ensuite le gouvernement provincial de Piura où il organise deux bataillons pour renforcer les positions patriotiques dans les environs de Cuenca (aujourd'hui en Équateur).

Le courant libérateur du Nord, dirigé par Simón Bolívar et qui a déjà rendu indépendant le Venezuela et la Colombie, se dirige vers la province de Quito. De là, Antonio José de Sucre, lieutenant de Bolivar, demande l'aide du Pérou contre les Espagnols qui ont bloqué son chemin dans la chaîne de montagnes de Quito. San Martin accepte d'envoyer une division sous le commandement de Santa Cruz. Ainsi convergent les deux courants libérateurs, celui du Nord (initié au Venezuela par Bolivar) et celui du Sud (initié à Rio de la Plata par Santa Cruz). Alors que Sucre, avec son armée représente la Grande Colombie, Santa Cruz, avec ses 1 300 à 1 500 soldats péruviens, incarne la contribution du Pérou à la lutte pour l'émancipation de Quito et de l'Amérique en général. La bataille de Pichincha se déroule le , et est une grande victoire pour les patriotes, qui prennent immédiatement Quito. À la suite de cette victoire, Santa Cruz est promu brigadier-général. Le Congrès péruvien lui décerne également la médaille du mérite le .

Après la campagne de Quito, Santa Cruz continue de participer à la guerre d'indépendance sur le sol péruvien. Après l'échec de la première campagne intermédiaire, il dirige le une déclaration qui impose au Congrès la destitution du gouvernement suprême du Pérou et la nomination du colonel José de la Riva Agüero à la présidence de la République péruvienne. C'est le premier coup d'État de l'histoire républicaine du Pérou.

Déjà prestigieux comme militaire compétent, Santa Cruz se voit confier le commandement de la deuxième campagne intermédiaire, visant à affronter les derniers royalistes qui résistent encore dans le sud du Pérou. Avant de partir, il promet au Congrès de gagner ou de mourir, mais il ne fera ni l'un ni l'autre. Il remporte les batailles de Zepita, Sicasica et Ayo, avec des résultats mitigés, et mène finalement le retrait désastreux de son armée du Desaguadero vers la côte, à la recherche d'un port pour embarquer en .

En , il est élevé au rang maximum de grand maréchal et nommé préfet de Chuquisaca. Au Nouveau Pérou, la nouvelle République de Bolívar (aujourd'hui la Bolivie) est créée, sous les auspices de Bolívar et avec Sucre comme premier président.

Maître du Pérou

Arrivée au pouvoir gauche|vignette|Portrait du maréchal Andrés de Santa Cruz. Lorsque la mutinerie des troupes auxiliaires de la Colombie s'abat sur Lima et la réaction antibolivarienne subséquente du peuple de Lima le , Santa Cruz est retiré dans la ville d'été de Chorrillos. Une assemblée populaire accepte de l'appeler pour diriger le pays, avec pour tâche de convoquer un congrès constitutif et de le réunir dans les trois mois pour élire le président constitutionnel et donner une nouvelle constitution. Santa Cruz accepte et préside ensuite un conseil d'administration, composé de Manuel Lorenzo de Vidaurre, José de Morales y Ugalde, José María Galdeano et le général Juan Salazar.

Dans l'accomplissement de la mission confiée, Santa Cruz convoque le deuxième Congrès constitutif du Pérou, qui après les élections, est installé le de la même année sous la présidence du prêtre Francisco Xavier de Luna Pizarro, de tendance libérale. Après avoir tenté de suspendre les élections et de prendre les pleins pouvoirs, Santa Cruz se concentre finalement sur la prochaine tâche du Congrès, celle d'élire un Président de la République.

Chute Santa Cruz se présente comme candidat à la présidence de la République et est soutenu par les conservateurs, mais les députés libéraux du Congrès choisissent d'élire le maréchal José de La Mar le . Mécontent, il tente de garder le pouvoir, mais est contraint de quitter ses fonctions, sous la pression de l’armée.

Avec d'autres généraux ambitieux tels que Agustín Gamarra, Santa Cruz forme un triumvirat qui se met au travail pour la chute de La Mar. Mais en attendant, le gouvernement le tient à l'écart, le désignant comme le ministre plénipotentiaire du Pérou à Santiago du Chili. C'est là qu'en a lieu l'invasion péruvienne de la Bolivie sous les ordres du général Gamarra qui, ayant pris les pleins pouvoirs au Pérou après la chute de La Mar, a l'objectif de mettre fin à l'influence bolivarienne dans ce pays. Le , le traité de Piquiza est signé, par lequel le maréchal Antonio José de Sucre renonce au pouvoir qu'il exerce en Bolivie et accepte de retirer les troupes colombiennes. Comme Gamarra, Santa Cruz considère que Bolívar a commis une erreur en séparant le Haut et le Bas Pérou, alors ils proposent de les réunir à nouveau, bien que chacun ait un plan différent pour le réaliser.

Président à vie de Bolivie Après la fin de l'influence colombienne en Bolivie, ce pays est menacé de sombrer dans l'anarchie. C'est alors que le Congrès bolivien prend une décision importante : le , il élit Santa Cruz président à vie. Santa Cruz, qui est au Chili, demande au Congrès péruvien la permission d'assumer ladite investiture, qui est accordée. Sur le chemin de la Bolivie, il passe par Arequipa, où il épouse la péruvienne Francisca Cernadas, avec laquelle il a de nombreux descendantsBasadre 1998, p. 228..

Le maréchal prend les pleins pouvoirs le . Le même jour, il promulgue une loi d'amnistie et abroge la Constitution de 1826. Libéral, il promeut une série de mesures réformistes, pacifie le pays, réorganise l'armée, restructure les finances publiques et apporte des améliorations dans le domaine économique et éducatif. En 1831, il démissionne du commandement provisoire devant l'Assemblée bolivienne (présidé par Casimiro Olañeta), mais il reprend de nouveau le pouvoir, avec le grade de maréchal et capitaine général de l'armée bolivienne (il est déjà grand maréchal de l'armée péruvienne et général de l'armée de La Colombie). Il reçoit également le titre de grand citoyen restaurateur de la patrie.

Dans la pratique du pouvoir, Santa Cruz dirige en dictateur, se comparant souvent à un monarque. Sous son influence, l'Assemblée bolivienne promulgue la Constitution libérale de 1831, qui, entre autres mesures, établit que le président a un pouvoir illimité. Sa mainmise sur la Bolivie entraîne des tensions avec le Pérou, dirigé par Gamarra, qui s'est également proclamé président à vie.

vignette|La maréchal Santa Cruz, .

Instabilité et tensions entre le Pérou et la Bolivie À cette époque, le Pérou vit un état d'anarchie. Le général Felipe Santiago Salaverry, qui se proclame chef suprême du Pérou en , après le départ de Gamarra, et prolongeant progressivement son mandat.