Le premier tour de l’élection présidentielle zimbabwéenne de 2008 eut lieu le , conjointement avec des élections législatives. Il y eut quatre candidats "Zimbabwe presidential candidates confirmed", AFP, 15 février 2008: Robert Mugabe, le président sortant, du parti ZANU-PF Morgan Tsvangirai, du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) Simba Makoni, candidat indépendant Langton Towungana, candidat indépendant
Le second tour eut lieu le . Il devait opposer Mugabe à Tsvangirai, mais, à la suite du retrait de ce dernier, Mugabe fut le seul candidat. L'élection se déroula dans un contexte de violences, de meurtres et d'intimidations de la part des partisans de Mugabe, dénoncés par les médias internationaux, les gouvernements étrangers et les Nations unies "Zimbabwe, l’enfer selon Robert Mugabe", Reuters, 25 juin 2008. Robert Mugabe fut officiellement réélu pour un sixième mandat avec 90,2 % des suffrages exprimés.
Premier tour
Controverse Les résultats de l'élection ne furent annoncés que le , plus d'un mois après l'élection. Le MDC avait saisi les tribunaux pour demander que les résultats soient publiés, tandis que le ZANU-PF, lui, souhaitait que les bulletins soient recomptés « Le parti de Mugabe veut un recompte des votes », France 24, 6 avril 2008. Tsvangirai affirma avoir remporté l'élection, et le MDC dit craindre que la commission électorale, dont la direction fut nommée par Mugabe, ne soit en train de manipuler les résultats « Zimbabwe : la communauté internationale demande la publication des résultats de la présidentielle », Le Monde, 7 avril 2008. Le , Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations unies, demande aux autorités zimbabwéennes de publier les résultats de l'électionibid.
Le , le MDC appelle à la grève générale pour exiger que les résultats soient révélés « L'opposition appelle à la grève générale », France 24, 11 avril 2008. Les autorités répondent avec un important dispositif de surveillance policière, et l'appel à la grève, qui n'est pas relayé par les médias, est peu suivi « Morgan Tsvangirai n'exclut plus un second tour », France 24, 15 avril 2008.
Le , les dirigeants des pays d'Afrique australe constatent une crise politique au Zimbabwe, à la suite de l'absence de publication des résultats, et se réunissent à Lusaka pour tenter de résoudre la situation. Mugabe ne participe pas à ce sommet régional, mais envoie quatre ministres pour le représenter. Tsvangirai, lui, est présent. Parallèlement, la même journée, le président sud-africain Thabo Mbeki rencontre Robert Mugabe à Harare « Zimbabwe : le gouvernement conteste le sommet régional sur la crise », Le Monde, 12 avril 2008.
Le , la Commission électorale zimbabwéenne annonce qu'il y aura un recompte des voix dans 23 circonscriptions, dont 22 à la demande du ZANU-PF et une à la demande du MDC. Un porte-parole du MDC a déclaré que son parti ne reconnaîtrait pas les résultats issus du recompte : « Pour nous, cela reviendrait à accepter des résultats truqués. Ils détiennent les urnes depuis deux semaines, et ils ont dû les bourrer de voix en leur faveur. » « Zimbabwe to hold partial recount », BBC, 13 avril 2008.
Résultats Les résultats furent enfin publiés le . D'après ces résultats officiels, Tsvangirai a obtenu près de 48 % des suffrages, devançant Mugabe avec 43 %, mais un second tour est nécessaire pour les départager. Le MDC maintient que Tsvangirai a obtenu 50,3 % des voix, que les résultats ont donc été truqués, et que les partisans de Mugabe ont commis de nombreux actes de violences destinés à intimider les électeurs du MDC "Zimbabwe announces poll results", BBC, 2 mai 2008.
CandidatsNombres de voix% des voixMorgan Tsvangarai1,195,56247,9 %Robert Mugabe1,079,73043,2 %Simba Makoni207,4708,3 %Langton Towungana14,5030,6 %
Second tour Si aucun candidat n'obtient 50 % des voix au premier tour, ce qui est le cas lors de ces élections, il doit y avoir un second tour "Q&A: Zimbabwe elections", BBC, 7 avril 2008. Le MDC a annoncé en premier lieu que, si un second tour devait avoir lieu, il n'y participerait pas, estimant avoir largement remporté l'élection lors du premier tour "L'opposition ne participera pas à un éventuel second tour", France 24, 10 avril 2008. Puis, le parti déclare qu'il acceptera un second tour, à condition que celui-ci se déroule en présence d'observateurs internationaux.
Le second tour s'est tenu le , en présence d'observateurs internationaux de l'Union africaine et de la Communauté de développement d’Afrique australe "Tsvangirai may pull out of run-off", Reuters, 20 juin 2008.
Violences
Mi-mai, le MDC accusait les services de renseignement militaire du gouvernement Mugabe de vouloir assassiner ses dirigeants, et d'avoir tué 43 sympathisants du parti "Zimbabwe: l'opposition accuse le régime de vouloir assassiner ses dirigeants", AFP, 19 mai 2008. Le journal britannique The Guardian, pour sa part, affirmait au même moment qu'au moins 31 sympathisants du MDC avaient été assassinés, dont Gibson Nyandoro "Murdered: the war veteran who stood up to Mugabe", Tracy McVeigh, The Guardian, 18 mai 2008. En juin, la BBC rapporte que le parti Zanu-PF a donné des instructions explicites à ses partisans, à la police et à l'armée, leur demandant de contraindre la population à voter en sa faveur. Des milliers de personnes auraient ainsi subi des violences physiques et/ou auraient été chassées de leur domicile; plus de soixante personnes auraient été tuées "Military 'runs Mugabe campaign'", Ian Pannell, BBC, 12 juin 2008.
À l'approche du second tour, le pays est le théâtre de nouvelles violences politiques continues marquées par des atrocités commises par la police d'État contre des membres de l'opposition et leur famille mais aussi par l'arrestation de ses principaux chefsNouvelles atrocités contre des opposants au Zimbabwe, article paru dans Libération du 13 juin 2008. Ainsi, le , quatre jeunes militants du MDC étaient découverts morts près de la ville d’Harare ainsi que l’épouse d'Emmanuel Chiroto, le maire (MDC) de la capitale zimbabwéenne, enlevée deux jours plus tôt avec son fils de 4 ans. Plus de 70 militants du MDC avaient à ce jour trouvé la mort alors qu'une association de médecins rapportait avoir soigné quelque depuis la fin du mois de marsLe Zimbabwe dans l'impasse présidentielle, article du journal Le Figaro du 19 juin 2008.
Retrait de Tsvangirai
Une semaine avant l'élection, Tsvangirai annonce qu'il songe à se retirer de la course, pour ne pas participer à ce qu'il qualifie de mascarade. Le , Tsvangirai confirme qu'il se retire, cédant ainsi par avance la victoire à Mugabe. Il explique: « Nous, le MDC, nous ne pouvons pas leur demander de voter le en sachant que voter pourrait leur coûter leur vie. Nous avons décidé que nous ne participerons plus à cette simulation de processus électoral, violente et illégitime. Nous ne jouerons pas le jeu de Mugabe. » "Mugabe rival quits election race", BBC, 22 juin 2008
Tsvangirai ajoute à cette occasion que les partisans de Mugabe ont tué 86 personnes et chassé autres de leurs foyers. Il accuse le gouvernement d'avoir interdit les rassemblements et manifestations en faveur du MDC, d'avoir arrêté et harcelé les dirigeants du parti, de n'avoir pas fait parvenir d'aide alimentaire aux régions où Tsvangirai avait obtenu de bons résultats au premier tour, et d'avoir interdit la diffusion de messages en faveur du MDC dans les médias.
Les réactions à l'annonce de Tsvangirai sont immédiates. Un porte-parole du président sud-africain Thabo Mbeki appelle Tsvangirai à « continuer à jouer un rôle dans la normalisation du processus politique au Zimbabwe. » Le président zambien Levy Mwanawasa suggère que l'élection soit ajournée. Une porte-parole du président américain George W. Bush dénonce « l’intimidation et les actions illégales du gouvernement » et de ses « brutes ». David Miliband, ministre des Affaires étrangères britannique, déclare: « [I]l est clair que les seules personnes ayant quelque légitimité que ce soit sont celles qui ont remporté le premier tour le – c’est-à-dire l’opposition. » Il ajoute que le pays a « atteint un moment absolument critique dans la poussée du peuple zimbabwéen qui cherche à se débarrasser du gouvernement tyrannique de Robert Mugabe. » Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, déclare que Mugabe « n’est rien d’autre qu’un bandit et un assassin », et ajoute: « Il est hors de question que la France accepte cette fausse élection. » "Tsvangirai withdrawal: Key quotes", BBC, 22 juin 2008 Le lendemain, Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations unies, appelait en ces termes à un report de l'élection: « Les conditions ne sont pas là actuellement pour des élections libres et justes au Zimbabwe. Il y a eu trop de violence, trop d’intimidation. »"UN chief urges Harare poll delay", BBC, 23 juin 2008
Pour Ban, ; il estimait même que le principe d'élections en Afrique est en jeuTsvangirai veut un nouveau scrutin Article du Figaro du 23 juin 2008. Par une résolution non contraignante, le Conseil de Sécurité de l'ONU condamnait à son tour la crise politique au Zimbabwe, accusant spécifiquement le pour avoir et rendu impossible, par ses violences et restrictions, . Alors que le Britannique Paddy Ashdown, ancien Haut représentant de l'ONU et de l'UE en Bosnie-Herzégovine, exprimait ses craintes de voir la violence au Zimbabwe déboucher sur un , le Sud-Africain Jacob Zuma, chef de l'ANC, dénonçait à son tour le comportement de Robert Mugabe, demandant une intervention d'urgence aux Nations unies et à la Communauté pour le développement de l'Afrique australele chef de l'opposition salue la déclaration de l'ONU, article du journal Le Monde en collaboration avec reuters, 24 juin 2008.
Les gouvernements de l'Angola, du Swaziland et de la Tanzanie ont également affirmé que les élections ne pourraient être libres et justes, et ont appelé à un report du second tour "Africans urge Zimbabwe poll delay", BBC, 25 juin 2008.
Les autorités zimbabwéennes confirmèrent que le second tour aurait bien lieu, même s'il n'y avait qu'un seul candidat "Inquiétude après le retrait de Tsvangirai", France 24, 23 juin 2008 "http://news.bbc.co.uk/2/hi/africa/7468849.stm", BBC, 23 juin 2008, alors que de nombreux juristes internationaux estimaient que ce second tour, organisé hors délai, n'avait aucune valeur au regard de la loi électorale du pays et que, en respect de celle-ci, le candidat ayant obtenu une majorité simple des suffrages lors du premier tour, soit Morgan Tsvangirai, devait être déclaré d'ores et déjà vainqueur. Trois spécialistes du Centre juridique d'Afrique australe affirmèrent ainsi que la Commission électorale zimbabwéenne « n'est pas mandatée par la Constitution pour reporter le second tour. […] [S]i un second tour n'a pas lieu ou ne peut pas être tenu dans les 21 jours, l'article 3 (1) (b) de la Loi électorale stipule que le candidat ayant obtenu une majorité simple des suffrages [au premier tour] sera le président dûment élu. » D'après le droit zimbabwéen, le second tour de la présidentielle est "illégitime", Le Monde, 25 juin 2008
Scrutin L'élection s'est tenue le . Tsvangirai avait demandé à ses partisans de s'abstenir, tout en ajoutant: « Mais si vous devez voter pour M. Mugabe en raison des menaces qui pèsent sur votre vie, faites-le » "Simulacre d'élection au Zimbabwe, l'opposition appelle le monde à la rejeteré", AFP, 28 juin 2008. D'après les premiers témoignages de journalistes étrangers, l'abstention aurait été élevée à Harare, mais plus faible en milieu rural, où les partisans de Mugabe auraient contraint les citoyens de voter. Dans l'est du pays, un membre du MDC a déclaré à des journalistes: « Les gens doivent montrer leur bulletin à un représentant de la Zanu-PF avant de le glisser dans l'urne. [...] Je n'avais pas le choix. J'ai dû voter pour Mugabe. » France 24 publia le témoignage similaire d'une électrice: