vignette|upright=1.5|Chevaux d'origine domestique réensauvagés dans la réserve naturelle de Rostovsky, dans l'oblast de Rostov en Russie. Avec d'autres grands herbivores réintroduits dans plusieurs réserves (hémiones, chameaux de Bactriane, daims, bisons, aurochs de Heck, etc), ils ont pour mission de restaurer la faune originelle et l'équilibre écologique sauvage de la steppe, en l’absence d'élevage pastoral. Ainsi des espèces végétales patrimoniales de la steppe, comme Tulipa suaveolens ici visible au sol, peuvent s'y redévelopper.

Le réensauvagement (en anglais : rewilding) peut désigner, d'une part la réimplantation d'espèces animales (le plus souvent de grande taille) disparues depuis plusieurs siècles ou millénaires, d'autre part simplement l'absence d'intervention humaine, dans une région donnée, ou encore sur une surface très limitée.

Dans le premier cas, elle se distingue de la « simple » réintroduction d'espèces, car elle vise à recréer un écosystème disparu depuis longtemps (et sur lequel les données scientifiques sont assez fragmentaires malgré les progrès de la paléontologie) ; l'idée directrice est de reconstituer les écosystèmes préhistoriques, au moyen de la réimplantation de formes proches (ou réputées telles) des espèces éteintes (en termes de phylogénie ou d'exigences écologiques).

Ces projets sont financièrement et techniquement difficiles à réaliser (les grandes espèces ne peuvent être réintroduites que dans des pays où l'espace est suffisant et la pression humaine faible), ils peuvent sembler utopiques. Toutefois, certains cas ont démontré qu'une espèce pouvait bien s'adapter à un milieu d'où elle avait disparu depuis des millénaires, qu'elle ait été introduite volontairement ou de manière fortuite. Par exemple, les chevaux en Amérique du Nord ont disparu au début de l'Holocène et y ont été réintroduits avec succès, depuis le .

Dans le second cas où l'absence d'intervention humaine est recherchée, toutes les activités perturbatrices pour la nature sont interdites et il n’y a pas d’intervention de gestion sur le site : seules la balade sur les sentiers définis et l'observation sont autorisées. La difficulté consiste alors à s'approprier financièrement le terrain (par une association indépendante notamment) et à faire respecter les règles associées à cette protection.

Le réensauvagement peut également être défini comme une renaturation à grande échelle.

Définitions Le ré-ensauvagement est un terme qui revêt plusieurs sens selon les points de vue, par conséquent il n’en existe pas une définition unique et les modalités de sa mise en œuvre diffèrent, pouvant semer une certaine confusion.

Dans les définitions les plus générales, qui englobent les différentes approches du réensauvagement, il peut être défini comme ., ., une volonté de . ou encore de .

La philosophe Andrea Gammon, ayant fait une revue de la littérature (2018), définit 8 grands principes du réensauvagement. Selon elle, c'est une démarche qui : restaure les écosystèmes ; diminue le degré d'intervention humaine et de gestion écologique ; est défendu écologiquement par la théorie de la cascade trophique ; (ré)introduit des espèces ; est centré sur les processus ; est orienté vers le futur ; implique l'autonomie des non-humains ; invite à redéfinir les rapports entre humains et non-humains.

Le aux États-Unis : des grands carnivores pour des grands espaces vignette|droite|alt=Photographie d'un ours grizzli marchant dans des plantes.|Le prône à l'origine le retour de grands carnivores, comme le grizzli, dans les grands espaces d'Amérique du Nord. Le étatsunien, tel que défini par Michael E. Soulé et Reed Noss en 1998, est souvent considéré comme l’origine du ré-ensauvagement. Issus de l’écologie radicale, ces deux auteurs prônent dans leur article comme .

Ayant fait le constat de l’impact destructeur de l’être humain sur la faune américaine , Soulé et Noss développent l’idée d’un ré-ensauvagement à grande échelle. Ils font remonter l’attrait pour la conservation des grands espaces américains au monumentalisme de John Muir et au des années 1930 mais, au contraire de ces deux mouvements, ils insistent sur l’aspect scientifique plus que romantique de leur démarche.

Leur proposition s’appuie sur les :

pour zones cœurs : des grands espaces naturels laissés en libre évolution ;

Corridors : des couloirs nécessaires pour permettre aux grands animaux, notamment les prédateurs, de passer d’une zone cœur à une autre ;

Carnivores : les grands prédateurs, en tant qu’espèces clés de voûte dont ils développent longuement l’importance dans les écosystèmes.

Soulé et Noss prônent donc un retour des grands prédateurs dans les espaces naturels d’Amérique du Nord, car leur disparition provoquerait un ensemble de dérèglement pour les écosystèmes : surpopulation des proies entraînant une surconsommation des végétaux et des petits animaux, donc une perte de biodiversité. Ils émettent l’hypothèse que, une fois ces grands prédateurs réintroduits, les écosystèmes pourraient se remettre d’eux-mêmes des dommages qu’ils ont subis. Le ré-ensauvagement ne s’oppose pas, pour eux, à une démarche de restauration écologique dirigée par l’humain. Ces deux démarches doivent se compléter : le ré-ensauvagement mis en place sans limite pourrait causer un appauvrissement de la biodiversité, mais il est nécessaire pour la restauration et la conservation à long terme.

: le retour à une nature préhistorique vignette|droite|alt=Photographie d'une troupeau d'Aurochs de Heck et d'un troupeau de poneys Koniks paissant dans une carrière.|Les promoteurs du encouragent la réintroduction d'une mégafaune similaire à celle du Pléistocène, comme les Aurochs de Heck (ici en compagnie de Koniks). À la suite de l’article de Soulé et Noss, une nouvelle définition du apparaît au début des années 2000, s’attachant cette fois à reconstituer des écosystèmes proches de ce qu’ils étaient avant l’extinction de masse survenue à la fin du Pléistocène.

Les partisans du prônent donc la réintroduction d’espèces ayant disparu de certaines régions, voire de reconstitutions d’espèces éteintes (chevaux et aurochs de Heck), afin de revenir à l’état supposé de l’environnement d’il y a 13 000 à 10 000 ans avant le présent. Le s’est surtout développé aux États-Unis et en Russie, où le principal promoteur en est Sergueï Zimov, créateur du Parc du Pléistocène, un vaste parc expérimental accolé à un centre d’études scientifiques. Des grands herbivores y ont été introduits, comme le renne, le bison d’Europe, le bœuf musqué, l’élan et le cheval yakoute, afin d’assurer un pâturage naturel de la toundra. Le parc défend cette démarche comme l’unique solution pour la protection des sols, la lutte contre la fonte du permafrost, l’augmentation de la photosynthèse et de l’albédo, ainsi que la reconstitution de la biodiversité.

Le reste cependant critiqué et marginal. Trois aspects reviennent régulièrement dans la critique, d’après la revue de la littérature effectuée par Dehaut (2021) :

des faiblesses scientifiques : il n’est pas garanti qu'une biodiversité censément similaire à celle du Pléistocène puisse s’adapter aux écosystèmes actuels, et elle pourrait même les abîmer ou les détruire ;

des faiblesses pratiques : le coût de ces réintroductions pourrait être alloué à des projets de protection de la nature plus urgents ;

des faiblesses sociétales : ces projets ne sont pas menés de manière démocratique et ne répondent pas à une demande sociétale.

En outre, les reconstitutions d'animaux disparus, comme l'auroch, sont controversées. Pour certains naturalistes, l'auroch de Heck ressemble autant à l'auroch originel que le berger allemand ressemble au loup.

Projets

Aux États-Unis Les États-Unis sont un des pays où l'extinction des grands animaux (mammifères le plus souvent) est la mieux documentée ; c'est dans ce pays que le projet est apparu et a partiellement été enclenché.

Plusieurs espèces ont de ce fait été réintroduites : le cheval : la famille des chevaux était d'origine nord-américaine, mais elle s'est éteinte de ce continent alors qu'elle se répandait en Eurasie et en Afrique. En débarquant sur le continent américain, les conquistadors réintroduisirent sans le savoir l'espèce sur un continent où elle était éteinte depuis des millénaires. Les chevaux échappés des élevages, dits mustangs, sont revenus dans les plaines et déserts du continent ; alors qu'ils sont considérés comme des nuisibles par certains, ils ont acquis une popularité certaine (notamment véhiculée par les westerns), et leur présence est encouragée dans certaines réserves ; la popularisation de l'idée du « réensauvagement » a remis ces animaux au goût du jour ; les chameaux et dromadaires : ces animaux sont aussi apparus en Amérique du Nord : ils ont connu le même sort que les chevaux. Ils ont localement été réintroduits, parfois dans ce cadre ; la tortue du Mexique : elle vivait dans le Sud-Ouest des États-Unis jusqu'à , elle subsiste dans le centre du Mexique où elle est classée comme espèce vulnérable par l'UICN (bien que ses effectifs progressent grâce aux mesures de protection). Elle présente la particularité de creuser de grands terriers, qui accueillent une riche faune de mammifères et de reptiles, et a été repérée comme une « espèce parapluie » par les écologistes. 26 spécimens ont été réintroduits en 2006 dans le ranch que le milliardaire Ted Turner a consacré à la conservation d'espèces menacées, et d'autres réintroductions seraient envisagées. Ces mesures pourraient utilement consolider la population de l'espèce (bien que sa protection au Mexique reste prioritaire).

La réintroduction d'autres espèces (souvent de grands prédateurs) est plus controversée, en raison de la cohabitation avec l'homme, le bétail voire les animaux sauvages déjà existants (bisons, cervidés etc.). Ont notamment été évoquées les espèces suivantes : l'éléphant d'Asie ; le lion d'Afrique ; le guépard (un félin d'aspect proche existait en Amérique du Nord jusqu'au Pléistocène supérieur ; il aurait évolué de manière convergente avec les guépards d'Afrique et d'Asie sans leur être apparenté, de même que ses proies : le Pronghorn est la « gazelle » de l'Amérique); le jaguar.

D'autres espèces (le plus souvent menacées d'extinction dans leur environnement d'origine) ont été évoquées, sans susciter autant de controverses que les précédentes (mais leur introduction est très hypothétique pour l'heure) : le cheval de Przewalski ; le guanaco ; la vigogne ; le tapir laineux ; le tapir de Baird ; l'hémione ; la saïga.

Enfin, certaines autres espèces font encore partie de la faune locale, leur statut de conservation est variable selon les espèces et les secteurs géographiques : l'ours noir américain ; le grizzli ; le loup gris ; le bœuf musqué ; le puma ; le coyote ; le pécari à collier ; le bison d'Amérique.

Le projet American Prairie Reserve vise à faire vivre des troupeaux de bisons dans un écosystème de prairie.

En dehors de ces projets, diverses espèces de grands mammifères ont d'ores et déjà été introduits dans de grands domaines du Sud-Ouest des États-Unis. L'intérêt écologique et génétique de ces animaux, qui vivent librement n'a pour l'instant pas réellement été évalué.

En Russie La Sibérie orientale accueille aussi un grand projet de réensauvagement, dit parc du Pléistocène, associé à une station scientifique et lancé par le scientifique Sergueï Zimov, son fils et d'autres scientifiques en Yakoutie.

Plusieurs espèces (appartenant le plus souvent à l'actuelle faune russe, mais autrefois présentes dans presque toute l'Europe et tout le nord de l'Eurasie) ont été introduites dans une réserve de carrés (soit ) : le renne ; l'élan ; le bœuf musqué ; le cheval semi-sauvage yakoute ; le bison d'Europe ; le yack ; vache de Kalmyk (bétail venu du Wild Field)Espèces menacées : Les bisons de retour en Sibérie, Le Courrier de la Nature, , mai-juin 2007, ..