Le Musée d’art de Joliette (MAJ), inauguré en 1976, est une institution muséale d’art visuel située à Joliette dans la région de Lanaudière, au Québec. Sa collection comprend plus de réparties en quatre axes : l’art canadien, l’art européen, l’art contemporain et l’archéologie. La mission du MAJ est d’acquérir, de conserver, de mettre en valeur et de diffuser des œuvres anciennes et contemporaines d'artistes québécois, canadiens et étrangers au moyen d’expositions et d’activités culturelles et éducatives.

Histoire L'idée d'un musée à Joliette C'est vers 1885 que naît à Joliette l'idée d'un musée. Elle prend forme au Séminaire de Joliette avec des « collections d'histoire naturelle » et un « musée de souvenirs et d'objets rares et curieux ».

Au Québec à cette époque, les collèges classiques deviennent, entre autres institutions, les foyers des premiers musées. Ils lient l'enseignement et le développement de la curiosité intellectuelle à l'accumulation et à la classification d'artefacts et de spécimens.

En 1925, le Musée compte pas moins de . La présentation, tant spectaculaire qu'éducative, met en valeur les collections diverses : objets de curiosité, ossements, plantes, minéraux, pièces de monnaie, médailles et animaux naturalisés.

Un musée d'art

Parallèlement au musée d'histoire et de sciences naturelles, l'idée, cette fois, d'un musée d'art au Séminaire de Joliette se concrétise en 1943. À l'initiative du père Wilfrid Corbeil (1893-1979), un comité se forme afin d'acquérir des œuvres. La mission de l'organisme est alors d'éduquer les élèves et de sensibiliser le public de la région de Joliette à l'art et à l'histoire de l'art canadien.

À cette époque, l'enseignement des arts plastiques prend plusieurs formes. Dès 1931, le Séminaire organise des expositions de travaux des élèves de son Studio de dessin et de peinture. À partir de 1942, il ajoute la présentation d'expositions publiques de peinture « vivante » d'artistes contemporains de « chez nous ».

Enseignement des arts plastiques, présentation d'expositions d'art contemporain et productions artistiques issues du séminaire de Joliette, tissent les bases de la collection du musée d'art.

La genèse d'une collection Le Séminaire de Joliette, une école fondée en 1847 par les clercs de Saint-Viateur est à l’origine du Musée d’art de Joliette. Dès 1931, le Séminaire établit sa vocation artistique exposant les travaux des élèves de son studio d’art.

À partir de 1942, le Séminaire présente des expositions publiques de peinture «vivante» d'artistes contemporains de «chez nous». La première d’entre elles, l’Exposition des maîtres de la peinture moderne, met en valeur des toiles d’artistes réputées tels que Paul-Émile Borduas, Marc-Aurèle Fortin, Louise Gadbois, John Lyman, Alfred Pellan et Goodridge Roberts. La couverture médiatique positive et le succès de l’événement encouragent les Clercs à se procurer plus d’œuvres et à organiser des expositions de manière récurrente.

C’est en 1943 que commence l’histoire du MAJ avec la fondation de la galerie d’art du Séminaire dirigé par le père Wilfrid Corbeil. Pour sensibiliser les élèves et la population à l’art canadien, l’homme de foi organisa une soirée-bénéfice où fut jouée une performance de Jean-François Regnard : Le légataire universel. À l’aide des fonds amassés, l’organisation établit un comité chargé d’acquérir et de diffuser des œuvres d’art visuel.

Dans les années suivantes, des dons, dont l’imposante collection personnelle de 400 œuvres du chanoine Wilfrid Antony Tisdell (1890-1975), obligent les clercs de Saint-Viateur à confier la gestion de la collection. En 1966, un comité laïc dirigé par le père Wilfrid Corbeil et Serge Joyal prendra le nom du Musée d’art de Joliette pour remplir cette responsabilité. 

Le père Wilfrid Corbeil

La carrière religieuse de Wilfrid Corbeil est indissociable de sa passion pour l'art. Animateur culturel, fervent de théâtre et de musique, enseignant, collectionneur, peintre, architecte, restaurateur, le père Corbeil est un touche-à-tout passionné. En plus d'enseigner au Studio de dessin et de peinture, à partir de 1930, il organise des expositions des travaux d'élèves et, dès 1942, des expositions d'art contemporain. L'année suivante, il participe activement à la formation du premier comité d'acquisitions du Musée. En 1946, il fonde Le Retable, un regroupement d'artistes intéressés au renouveau de l'art sacré. Le développement de la collection du musée est intimement lié à son œuvre et à ses passions.

Le Père Corbeil naît à Saint-Lin-des-Laurentides, le . Il est ordonné prêtre en 1918 et meurt en 1979, à l'âge de 86 ans.

Présence de l'art religieux européen, la collection Tisdell

En , le père Wilfrid Corbeil écrit dans L'Action Populaire que quelques œuvres de la collection d'art religieux européen de l'abbé Wilfrid Tisdell sont déjà arrivées au Séminaire. Plus de 150 œuvres et objets d'art du Moyen Âge et de la Renaissance, ainsi que des meubles anciens et des copies de grands maîtres, viennent enrichir et modifier le visage de la collection.

Le «nouveau» musée d'art du Séminaire de Joliette, inauguré le , rend la collection de plus en plus accessible. Le don de l'abbé Tisdell permet au père Corbeil de poursuivre sa cause pour un art religieux actuel, prenant comme modèle «la sévère beauté d'un art qui fut le moyen d'expression des plus grands siècles de la foi chrétienne».

Le chanoine Wilfrid Antony Tisdell

Wilfrid Antony Tisdell, né au Massachusetts en 1890, arrive à Joliette en 1915 pour faire des études de philosophie et de théologie. En 1920, il est ordonné prêtre par l'évêque de Joliette, . C'est à cette époque qu'il se lie d'amitié avec le père Wilfrid Corbeil. En 1922, l'abbé Tisdell devient vicaire, puis curé à Wichendon, Massachusetts, et ce, jusqu'en 1961.

Pendant ce temps, il s'occupe de l'Association des Anciens du Séminaire de Joliette de la Nouvelle Angleterre et constitue une imposante collection d'objets d'art. Voulant se départir de cette dernière, il choisit son alma mater, et le père Corbeil se charge de la mettre en valeur. En 1964, il est élevé au rang de chanoine d'honneur de la cathédrale de Joliette, consacrant ainsi les liens étroits qu'il a développés avec la région. Le chanoine Tisdell se retire à la résidence des Clercs de Saint-Viateur de Joliette, en 1971, où il meurt en 1975.

Une corporation laïque prend en charge le musée

En 1967, une corporation autonome est créée pour le Musée d'art de Joliette. La formation d'un conseil d'administration laïque vise à assurer le développement de l'institution. Au cours des années 1960, des réformes socioculturelles importantes, suscitées par la Révolution tranquille, entraînent la désaffection des membres du clergé et des communautés religieuses. Leurs dirigeants cherchent des solutions au problème de la protection du patrimoine des églises et des paroisses.

Les collections d'art religieux de plus en plus importantes posent des problèmes d'entreposage et de conservation aux Clercs de Saint-Viateur, qui déménagent alors le musée au scolasticat, l'actuel Centre de réflexion chrétienne. La création de centres culturels dans le cadre du centenaire de la Confédération canadienne invite à penser à la construction d'un bâtiment autonome pour le Musée.

À la défense du patrimoine religieux québécois

Le Concile Vatican II (1962-1965), qui propose un rapprochement de l'Église catholique avec les autres religions, modifie les pratiques religieuses. Afin de s'adapter aux réformes liturgiques, plusieurs églises se départent des objets de culte et des œuvres décoratives qu'elles possèdent. Le Père Corbeil, qui avait milité en faveur du renouveau de l'art sacré au cours des années 1940 et 1950, se porte alors à la défense du patrimoine religieux et acquiert plusieurs œuvres pour le Musée.

Un nouveau bâtiment accueille le dépôt des Clercs de Saint-Viateur alt=Musée d'art de Joliette en 2013|vignette|Musée d'art de Joliette en 2013 Au cours des années 1970, Wilfrid Corbeil réalise l'une de ses ambitions : la construction du Musée d'art de Joliette qu'il conçoit et dont il supervise les travaux. Les plans de la nouvelle construction, dessinés par Jacques et Julien Perreault, et signés par Jean Dubeau, ont été réalisés à partir d’une maquette conçue par le père Corbeil lui-même. S’inspirant des travaux de Le Corbusier, le père Corbeil a choisi de créer, pour abriter la collection du Musée, un bâtiment de style international aux formes épurées qu’il qualifiait d’« abstraction architecturale ».

Ce rêve devenu réalité était conditionnel au dépôt, pour 99 ans, de la collection des Clercs de Saint-Viateur. Ainsi, en , la corporation accueille les collections du Séminaire de Joliette, et les collections Tisdell et Corbeil. Le nouveau musée ouvre ses portes au public le .

En possession de plus de 700 œuvres, le musée se dote d'un équipement qui lui permet une visibilité accrue.

Après le décès du père Corbeil, en 1979, la direction de l'institution est assurée par des laïcs, qui poursuivent la mise en valeur de la collection et le travail de prospection qu'offrent les expositions temporaires d'artistes contemporains.

Le Musée grandit

Depuis 1977, la Loi fédérale de retours fiscaux pour les dons d'œuvres d'art a entraîné une expansion des dons au Musée, qui a ainsi enrichi sa collection. L'intérêt des donateurs a été croissant, comme le démontre le don, en 1995, de la collection d'art contemporain de maître Maurice Forget, évaluée à plus de 1,1 million de dollars. La collection du Musée a grandi, en s'ouvrant à l'art religieux européen et québécois, de même qu'à l'art européen ancien, sans toutefois oublier les principes qui ont inspiré sa fondation.

Le musée a subi une rénovation en 1984 pour se conformer aux normes de conservation des musées. Il a également été agrandi en 1992 en vue d’offrir de nouveaux services culturels et d’augmenter sa capacité de diffusion. alt=Musée d'art de Joliette en 2015|vignette|Musée d'art de Joliette en 2015 En 2015, des travaux majeurs changent l’image du musée du tout au tout. La nouvelle architecture du bâtiment lui confère un aspect plus ouvert et invitant pour la collectivité. Le plan prévoit la dématérialisation de ses façades, le prolongement de son pavillon d’entrée vers la rivière L’Assomption et l'aménagement d'aires de détente. Les espaces ouverts mettent en lumière cette intention, invitant l’éclairage naturel, facilitant l’accès aux groupes. Les espaces de travail à aires ouvertes encouragent la créativité dans les locaux administratifs.

Le père Wilfrid Corbeil avait imaginé un musée qui puise aux sources des grandes traditions artistiques tout en favorisant l'art actuel. Le musée d'aujourd'hui poursuit ce rêve.

Direction

1967-1976 : Wilfrid Corbeil 1976-1981 : Jacques Toupin 1981-1986 : Bernard Schaller 1987-1994 : Michel Perron 1994-2005 : France Gascon 2006-2012 : Gaëtane Verna 2012-2016 : Annie Gauthier 2016-2023 : Jean-François Bélisle 2023-... : Annie Gauthier

Collection

Doté de huit salles d'exposition, le MAJ abrite de riches collections de peintures, de sculptures, d'estampes, de photographies et d'autres précieuses pièces du à nos jours. L'art québécois, canadien, américain, européen et un important corpus d'art contemporain international sont les jalons de la collection au moyen desquels sont développées les expositions permanentes et temporaires ainsi que de nombreuses activités pédagogiques destinées à des publics de tous les âges. Depuis le début, l'un des axes de collectionnement du Musée s'articule autour de figures majeures de la scène artistique internationale, telles qu'Alighiero Boetti, Arman, Joseph Beuys, William Klein, Eadweard Muybridge, Auguste Rodin, Niki de Saint Phalle, Kiki Smith et Antoni Tàpies.

Art sacré