L'énergie à la Réunion est pétrodépendante et contrainte par l’insularité qui rend impératif une production électrique locale et une importation d'énergie fossile. Face à une demande toujours croissante et aux exigences environnementales, l'énergie produite sur l'île tend à exploiter de plus en plus son grand potentiel en énergie renouvelable par le développement de barrages hydroélectrique, de parcs éoliens, de fermes solaires, ainsi que d'autres projets expérimentaux. Bien qu'en 2013, 35 % de l'électricité réunionnaise soit issue de sources renouvelables, le taux de dépendance énergétique du département dépassait les 85 % en 2022.. L'économie d'électricité et l'optimisation de l'efficacité énergétique sont deux axes de travail majeurs pour les autorités chargées des questions énergétiques.
Historique Les premières automobiles débarquent sur l'île peu après 1900, et se développent notamment à partir des années 1930.
Dans la foulée de la départementalisation, le , la société Énergie électrique de la Réunion (EER) a été fondée avec la participation du département de la Réunion (25 millions CFR), la Caisse centrale de la France d'outre-mer (devenue par la suite Caisse Centrale de Coopération Économique, Caisse Française de Développement, puis Agence Française de Développement) à hauteur de trente millions CFA, EDF (25 millions CFA) et des investisseurs privés (20 millions CFA). Pourtant, c'est dans les années 1960 avec la mise en service des usines hydroélectriques de Langevin et Takamaka que l'électrification de la Réunion a commencé. Le véritable tournant fut la nationalisationLoi 75-622 du 11 juillet 1975 relative à la nationalisation de l'électricité dans les D.O.M. des réseaux électriques des DOM en 1975 qui visait un double objectif : répondre à l’incapacité des structures locales à financer les besoins d’investissement des réseaux ; arrêter les hausses très sensibles des tarifs, beaucoup plus élevés qu’en métropole, allant souvent du simple au double en adoptant le principe fondamental de la péréquation tarifaire alignant les tarifs d’électricité des DOM sur ceux de la métropole.
L'article 50 de la loi d'orientation Outre-mer (LOOM)Loi:2000-1207. Dans le respect de la programmation nationale pluriannuelle des investissements de production d'électricité et du schéma de services collectifs de l'énergie, chaque région de Guadeloupe, Guyane, Martinique et de la Réunion élabore, adopte et met en œuvre, après concertation avec les autres collectivités territoriales, les établissements publics de coopération intercommunale et les producteurs intéressés de son territoire, un plan énergétique régional pluriannuel de prospection et d'exploitation des énergies renouvelables et d'utilisation rationnelle de l'énergie. a transféré aux régions de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique et de La Réunion les compétences en matière de politique énergétique. Le SIDELEC a été créé par l'arrêté préfectoral 680 du . Il a pour objet la gestion et la planification du service public de l'électricité.
Dans les années 1980, la Réunion a été presque autosuffisante en électricité uniquement grâce à son potentiel hydroélectrique..
Les premières éoliennes sont construites en 2005..
Mix énergétique Production électrique La Programmation pluriannuelle de l'énergie a été révisée fin . Elle se donnait pour objectif un mix électrique à près de 100 % d'origine renouvelable fin 2023 grâce à la conversion à la biomasse (en remplacement du charbon) des trois principales centrales de l'île, au parc photovoltaïque en constante progression, à quelques éoliennes et à un futur incinérateur à déchets.
Albioma a reçu en l'autorisation de la Commission de régulation de l'énergie de modifier et prolonger jusqu'en 2043 son contrat de revente de l'électricité de la centrale de Bois-Rouge à EDF. Cette centrale est devenu fin 2023 la première centrale réunionnaise à fonctionner uniquement à la biomasse, en ajoutant à la Bagasse des Granulés de bois, les « pellets », importés des États-Unis dans un premier temps ; ils constitueront 70 % du combustible utilisé ; Albioma compte étudier des importations d'Afrique du Sud et donner la priorité à la biomasse locale : la bagasse, mais aussi potentiellement les pailles de canne, les broyats de palettes, la fraction ligneuse des déchets verts et la biomasse forestière. Le groupe prépare en parallèle la conversion de sa deuxième centrale thermique réunionnaise, la centrale du Gol (), qui fonctionne en cogénération avec l'autre sucrerie de l'île. Production Électrique Insulaire, filiale d'EDF pour les départements d'outre-mer et la Corse, devrait convertir à la biomasse liquide d'ici à 2023 sa centrale au fioul lourd (), inaugurée en 2012 sur les quais du port de commerce. Fabriqué en France à partir de colza produit en Europe, le combustible sera conforme à la directive communautaire sur les énergies renouvelables, RED II..
En 2023-2024, les principales centrales thermiques de l'île, appartenant à Albioma et à EDF, sont progressivement converties au bois ou à la biomasse liquide. La centrale thermique d'Albioma à Bois-Rouge, dans le Nord-Est de La Réunion, a remplacé en août 2023, pour compléter la bagasse, le charbon par des pellets de bois ; la centrale du Gol a entamé sa conversion progressive aux pellets en l'automne 2023 jusqu'à mi-2024. Albioma importe ses pellets, mais espère faire passer la part de la biomasse locale à 35 % (déchets de palettes et autres déchets forestiers et ligneux). La centrale thermique de Production Électrique Insulaire, convertit ses 12 moteurs à la biomasse liquide (surtout de l'huile de colza) ; en août 2023, sept moteurs sont déjà convertis et l'utilisation de fioul lourd s'arrêtera en octobre. L'empreinte carbone de la production électrique se été limité, à partir de mi-2024, aux émissions liées à l'importation des combustiblesLes centrales électriques de La Réunion abandonnent le fioul et le charbon, Les Échos, 30 août 2023..
Produits pétroliers
Comme toute société occidentale, la Réunion vit sous le régime d'une économie carbonée pétrodépendante, et importe ses hydrocarbures par voie maritime. Les tonnes de produits pétroliers raffinés conforme aux normes EURO transitent par le Grand port, puis sont stockées par la Société réunionnaise des produits pétroliers, entreprise détenant le monopole légal de cette opération sur l'île.
Sur l'île plus encore qu'en métropole, les hydrocarbures sont hautement stratégiques, car entièrement importés et sur un seul site. Les grèves touchant le secteur sont particulièrement inquiétantes pour la population qui n'a aucune solution de substitution aux carburants.
+ Ventilation des importations d'énergie fossile. Import net d'énergie fossile 2012 Tonnes ktep Part en pour cent Produit pétrolier hors butane - Essence - Gazoil 73 - Carburéacteur Gaz butane 25,4 Charbon (houille) 424,9 Total
Bagasse
La forte production de canne à sucre, occupant une part importante de la surface agricole utile réunionnaise, induit la production conjointe de bagasse. Ce produit secondaire est revalorisé par sa combustion, permettant de vaporiser de l'eau dans des turbines, à l'origine d'une production électrique. Lorsque les cultures ne sont pas en période de production, le charbon remplace la bagasse, qui ne représente finalement que 17 % de l’énergie produite par les deux centrales charbon - bagasse .. La centrale de Bois-Rouge à Saint-André produit , tandis que celle du Gol (CTG) à Saint-Louis, . La valorisation de la bagasse fournit annuellement plus de , soit la consommation de Réunionnais..
Bien qu'émetteur de carbone, ce mode de production est souvent considéré comme écoresponsable en raison du caractère renouvelable de la production (quoique dépendante d'intrants phytosanitaires) et de l'effet puits de carbone du couvert végétal. Cette production énergétique dépend donc de la production agricole primaire, qui fluctue au gré des années en fonction des variations du climat local.
Hydroélectricité
En raison des volumes pluviométriques très importants, l'écoulement d'eau de surface permet la mise en place d'infrastructures hydroélectriques, d'autant plus que l’érosion a creusé des ravines étroites et très profondes. La centrale Sainte-Rose () et celle de Takamaka I et II () sont les deux plus importantes. Au total, les six infrastructures hydroélectriques de l'île ont une puissance de Dossier de presse : TAKAMAKA, Au service des Réunionnais depuis 50 ans, EDF, juin 2019..
Énergie solaire Située à proximité du tropique du Capricorne, la Réunion bénéficie d'un ensoleillement au forçage radiatif positif, permettant une exploitation de l’énergie solaire facile et rentable. Cependant, il existait jusqu'en 2023 peu de centrales solaires photovoltaïques, (Pierrefonds : ).. Depuis cette date, une centrale photovoltaïque est installée sur une zone de près de 10 hectares sans emploi aéronautique de l'aéroport de Saint-Pierre-Pierrefonds. Elle comporte près de modules photovoltaïques et des unités de stockage, sa puissance est de Une première en France : une centrale photovoltaïque installée au sol de l'aéroport de Pierrefonds, Réunion La 1ère, 30 juin 2023.. À la Réunion comme ailleurs, l'exploitation de l'énergie solaire pose le problème de son rendement aléatoire dans le temps, qu'on essaye de réguler au moyen de grandes batteries. Mais certains ont aussi évoqué la possibilité de développer des micro-step urbaines intégrées (voir Nature and People First) qui seraient complémentaires des batteries pour des intermittences de plus grosses ampleurs (au-delà de la demi-heure, contrairement aux batteries qui seraient plutôt adaptées à des micro-intermittences)..
À côté du domaine de la production électrique, l'usage de l'énergie solaire a rencontré plus de succès, sur l'île, dans le domaine de la production d'eau chaude. L'article R. 162-2 du code de la construction et de l'habitation rend d'ailleurs obligatoire l'installation de chauffe-eaux solaires dans les logements neufs construit en outre-mer.. Début 2018, environ foyers sont équipés de chauffe-eaux solaires, ce qui permet une économie considérable d'électricité et de combustibles...
Horaires de production du solaire
Exemple d'une journée de production photoélectriqueSource: RTE La Réunion.Source: RTE Guyane.
Énergie éolienne
vignette|Vue du parc éolien de Sainte-Rose. L'île étant balayée en permanence par les alizés, il existe un potentiel éolien qui n'est exploité aujourd'hui que très marginalement, mais en cours de développement. En 2014, il n'existe que deux parcs éoliens, celui de La Perrière () et celui de Sainte-Rose (), pour un total de 60 éoliennes.
Recherche et développement Forces marines La houle est une source d'énergie exploitable au moyen de ferme à vagues. Par ailleurs, le différentiel de chaleur de l'Océan Indien laisse envisager un jour l’exploitation du différentiel d'énergie thermique. EDF a annoncé en étudier les opportunités de développement sur le long terme.
Le projet Seawatt ambitionnait la création d'un parc marin de serpents houlomoteurs Pelamis au large de Saint-Pierre, pour une puissance de aux horizons de 2015. Il a depuis été abandonné..
Géothermie
Le contexte géologique semble favorable en raison du caractère volcanique de l'île, située sur le point chaud de La Réunion. Depuis les années 1980, des études du BRGM ont été réalisées, et ont mené à de nombreux forages prospectifs. Un projet d'exploitation à plaine des Sables avait été monté, mais n'a pas pu être concrétisé, car il se situait dans le périmètre du parc national de La Réunion, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Agrocarburants La production sucrière de La Réunion peut être convertie en bioéthanol. Ce bioéthanol est utilisé dans la centrale électrique de Saint-Pierre.