Un costières-de-nîmes est un vin français rouge, rosé ou blanc d'appellation d'origine contrôlée couvrant 24 communes du Gard. Situé à l’extrême sud-ouest de la vallée du Rhône, au nord-ouest de la Camargue et dans la région naturelle des Costières, il avoisine l'aire d'appellation de la clairette-de-bellegarde. Il fait partie du vignoble de la vallée du Rhône méridionale.
Ces vins ont accédé à l'AOC en 1986, initialement sous le nom « costières-du-gard », avant de devenir costières-de-nîmes en 1989. Le dernier cahier des charges date du . Cette appellation produit principalement des vins rouges (45 % de la production en 2020-2024) et rosés (également 45 %), et une petite quantité de vins blancs (10 %), tous basés sur des assemblages de différents cépages.
Histoire Antiquité Au milieu du avant notre ère, les Grecs de Rhodes s’installent sur la côte méditerranéenne de la Gaule. Ils donnent leur nom au Rhône (Rhodano) et fondent les cités d’Hérakléa (Saint-Gilles-du-Gard) et de Rhodanousia (en face d’Arles). Le gouverneur romain Fonteius profite de son mandat pour attribuer les territoires rhodaniens des Volques Arécomices aux colons grecs de Massilia. L’affaire fait grand bruit et Cicéron, lui-même, fut obligé de défendre son indélicat collègue.
En 19 avant notre ère, les légionnaires, vétérans de la campagne égyptienne, sont installés à Nemausus (Nîmes). César Auguste est le donateur des remparts et des portes de la Colonia Augusta Nemausus et son gendre Agrippa, le commanditaire de la Maison Carrée.
Après l’annulation du décret d’interdiction sur les vignes en Gaule, en 280, Cassius Severanius, gouverneur de la Narbonnaise, ordonne de replanter massivement le vignoble du pagus nemensis (Costières).
Moyen Âge En 679, dans l’antique cité d’Hérakléa, Gilles vit en ermite avec sa biche. Les fils de Wamba, le roi des Wisigoths, la force. Mais leurs chiens refusent de l’attaquer. Averti du « miracle », le roi se rend sur place et décide, à la demande du moine, la construction d’une abbaye qui donnera naissance à Saint-Gilles du GardC'est de cette cité que sont originaires les comtes de Toulouse. Son abbatiale est classée au « patrimoine mondial de l’humanité ».. Au Moyen Âge, elle devient le siège de la principale commanderie de langue d’oc des Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Ceux-ci sont à l'origine du développement du vignoble.
Au , les vins de Saint-Gilles, de Nîmes et de la Costière sont parmi les plus prisés de la Cour pontificale d’Avignon. Jean XXII fait venir son « vin nouveau » de Saint-Gilles, Nîmes et Beaucaire. Quand, en 1367, Urbain V quitte Avignon pour Rome il se fait envoyer par le port d’Arles une cargaison de vin de Nîmes et de BeauneCf. L. Stouff, Arles à la fin du Moyen Âge, Université de Provence, Aix-en-Provence, 1986.. De retour à Avignon, Grégoire XI fit lui aussi approvisionner ses celliers par les vins de la Costière.
Si durant tout le Moyen Âge les vins provenant de ce terroir furent considérés à l'égal de ceux de Beaune, c'est qu'ils étaient produits avec un cépage exceptionnel le mourvèdre appelé alors « plant de Saint-Gilles ».
Période moderne thumb|Plan de Nîmes en 1569.|left Si comme l'a analysé Emmanuel Le Roy Ladurie le paysan du Languedoc a toujours été un gros mangeur de pain et un grand buveur de vin, la période de la Renaissance fut celle où le vin fut réduit à la portion congrueEmmanuel Le Roy Ladurie, Les Paysans de Languedoc (thèse), SEVPEN, 1966..
Au Nîmes devint un foyer des plus actifs du calvinisme et les oppositions entre catholiques et protestants furent courantes. Le , jour de la Saint-Michel, a lieu la michelade, les protestants assassinant près de 90 clercs catholiques. Saint-Gilles est prise par le gouverneur du Languedoc, Damville, alors en délicatesse avec le roi, en janvier 1575 .. Elle est rapidement reprise par le baron d’AcierVillages du Gard - Remoulins - Son histoire....
Si l’Édit de Nantes apporta une relative tranquillité, sa révocation en octobre 1685 fut suivie de nouvelles persécutions à l'encontre des protestants. C'est logiquement qu'en 1702, à la suite de l'assassinat de l'abbé du Chayla, commença la guerre des Cévennes (par la suite dénommée la Guerre des Camisards) où de simples paysans, vignerons et artisans protestants, parvinrent à tenir tête aux dragons du roi. Le Gard dans son ensemble fut touché par ce conflit et Nîmes vit se reproduire, le , des tueries comme celui du massacre du moulin de l’Agau où les troupes catholiques du maréchal de Montrevel engagèrent des répressions contre des protestants. La paix religieuse ne fut véritablement acquise qu'en 1789 avec la Révolution française et la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.
Période contemporaine Nîmes, cité manufacturière vouée au textile et place commerciale importante, devint une plaque tournante ferroviaire essentielle lors de la mise en place du réseau de chemin de fer dès les années 1830-1840. Mais la concurrence lyonnaise fut rude durant la deuxième moitié du et la bourgeoisie nîmoise réinvestit les capitaux du textile dans la banque ou la viticulture. La culture de la vigne fut facilitée par la construction du canal du Midi (dès le ) et surtout sa liaison avec le Rhône, par Sète (). Le transport du vin fut aussi grandement favorisé par l'apparition du chemin de fer à Nîmes dès 1839. Cependant, un coup rude fut porté aux activités vinicoles par la terrible crise liée au phylloxéra à partir de 1872.
Philippe Lamour, à partir de 1955, préside la Compagnie nationale d'aménagement du Bas-Rhône et du Languedoc où il entreprend une œuvre d'envergure dans le domaine de l'irrigation. Le canal du Bas-Rhône Languedoc, amenant l'eau du Rhône vers le sud du département du Gard et l'est du département de l'Hérault depuis les années 1960, sera rebaptisé canal Philippe-Lamour en mémoire de son œuvre. Il devint en même temps le chef de file de la viticulture gardoise en prônant une politique de qualité. Président du syndicat des costières-du-gard, alors simple VDQS depuis 1950, il est porté à la présidence nationale des Vins Délimité de Qualité supérieure. C'est à la suite d'un projet élaboré par lui en 1962, qu'il est porté à la présidence de la Commission Nationale de l'Aménagement du Territoire, il joue un rôle déterminant dans la mise en œuvre du plan d'aménagement du territoire de 1962 et dans la création de la DATAR en 1963. Il reste à la DATAR jusqu'en 1974. Grâce à son action sur le terrain et à son poids politique, lecostières-du-gard est reconnu par l'INAO puis par le décret du comme faisant partie de la famille des AOC. Cette appellation modifie son nom en 1989 en devenant costières-de-nîmes.
En 2014, l'appellation obtient le label « Vignobles & découvertes ». Ce label distingue les destinations œnotouristiques françaises proposant une offre complète et de qualité. Il est attribué pour une durée de trois ans par le conseil supérieur de l'œnotourisme et l'agence de développement touristique Atout France. Le cahier des charges de l'appellation a été modifié en novembre 2020 (autorisation du marselan N), homologué par l'arrêté du publié au JORF du ., en juin 2024, homologué par l'arrêté du publié au JORF du ., puis en mars 2025, homologué par l'arrêté du publié au JORF du ..
Vignoble Aire d'appellation
L'aire d'appellation couvre 24 communes du département du Gard : Aubord, Beaucaire, Beauvoisin, Bellegarde, Bernis, Bezouce, Bouillargues, Le Cailar, Caissargues, Garons, Générac, Jonquières-Saint-Vincent, Lédenon, Manduel, Meynes, Milhaud, Nîmes, Redessan, Rodilhan, Saint-Gilles, Sernhac, Uchaud, Vauvert et Vestric-et-Candiac.
Orographie et géologie vignette|« Gress » des Costières.|gauche Le plateau des Costières domine Nîmes au sud et sépare cette dernière de la Camargue. D'est en ouest, il s'étire sur une distance de 40 kilomètres environ, entre les communes de Beaucaire et de Vauvert. Son altitude moyenne est comprise entre 80 et , avec pour point culminant le puech de Dardaillon à Générac ().
La région des Costières est constituée d’un terrain du tertiaire (cénozoïque) supérieur - Pliocène - formé de sables, de galets passant souvent au poudingue (appelé localement taparas), et de marnes généralement bleuâtres. Cette dernière formation est elle-même recouverte, sur une assez grande partie par des galets provenant de débâcles glaciaires, soit avec une origine rhodanienne, soit avec une origine durancienne. Ces galets, appelés localement gress lorsqu'ils sont libres ou taparas lorsqu'ils sont cimentés entre euxPaul Marres, 1947, « La région pilote du Bas-Rhône », Annales de Géographie, vol. 56, , , caractérisent le plateau des Costières.
On trouve également dans ces sols un lit d'argile rouge appelé localement gapan, parfois situé en surface mais le plus souvent en profondeurGéologie du plateau des Costières.
Le sol des costières-de-nîmes est essentiellement constitué de galets roulés sur des terres argilo-calcaires, signant ainsi leur appartenance à la vallée du Rhône. Côté climat, l’appellation est soumise à une forte saisonnalité des pluies. Comme dans l’ensemble des vignobles de la Vallée du Rhône, le mistral y souffle tout au long de l’année. Un atout pour le traitement des vignes.
Climatologie Le climat de ce terroir est soumis à un rythme à quatre temps : deux saisons sèches (une brève en hiver, une très longue et accentuée en été), deux pluvieuses, en automne (pluies abondantes et brutales) et au printemps. Sa spécificité est son climat méditerranéen qui constitue un atout exceptionnel : le mistral assainit le vignoble ; la saisonnalité des pluies est très marquée ; les températures sont très chaudes pendant l'été.
La moyenne des températures les plus basses de l'ensemble de l'année 2007 était de . La moyenne des températures les plus élevées de cette même année 2007 est de . Les quatre mois de juin, juillet, août et septembre, toujours de l'année 2007 donnent une moyenne de . En été des pics réguliers à plus de ne sont pas exceptionnels. Météo-France a relevé la température la plus élevée à le et de le . La ville de Nîmes est réputée pour être la plus chaude de France métropolitaine.
La station météorologique de Nîmes-Courbessac (sur l'ancienne BA 726, à d'altitude : ). est représentative de l'aire d'appellation.
Effet de convection spécifique : la brise thermique La situation de la Petite Camargue, à l’extérieur des deux bras du delta rhodanien, expose le vignoble frontalement à la mer. Résultat : les alluvions caillouteuses constituées d’argiles rouges et de galets roulés similaires à ceux de Châteauneuf-du-Pape favorisent l’effet de four. L’été, dès le milieu de la journée et jusqu’à tard dans la nuit, des brises thermiques se forment pour compenser les différences de température entre les sols du littoral et la mer. Lorsque ces brises marines rencontrent la masse chaude des terrasses de galets, cela renforce l’effet de convection, d’où une grande amplitude thermique jour/nuit reconnue pour préserver la fraîcheur et la pureté du fruit. Cette climatologie propre aux costières-de-nîmes marque profondément les vins de l’appellation.
Encépagement Sont autorisés par le cahier des charges pour le vin rouge et le vin rosé, comme cépages principaux le grenache NLe code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rg = rouge, Rs = rose, G = gris., le mourvèdre N (minimum 20 %) et la syrah N (minimum 20 %), qui, ensemble doivent représenter au moins 60 % de l'encépagement. Les cépages accessoires sont le carignan N, le cinsaut N et le marselan N (inférieur à 10 %, autorisé depuis 2020). Sont aussi autorisées depuis 2025 des (VIFA), limitées ensemble à 5 % : le montepulciano N et le morrastel N.