Poséidon (en grec ancien , en crétois et en béotien ) est un dieu majeur de la Grèce antique, où il intervient principalement en tant que dieu de la mer, des séismes et des chevaux, plus généralement comme une incarnation de la force brute de la nature, possédant également d'autres pouvoirs et attributs dérivés des précédents, par exemple ceux liés aux sources et à la fertilité.

Dans les mythes, il est un Cronide, l'un des fils de Cronos et de Rhéa, frère de Zeus, qui reçoit lors du partage du monde la souveraineté sur les mers, tout en étant soumis à l'autorité suprême du roi des dieux. Plusieurs récits relatent ses échecs à devenir le protecteur de cités, notamment Athènes. Il intervient régulièrement dans d'autres mythes, rarement en tant que personnage principal, mais il peut avoir un rôle important dans l'intrigue, notamment en exécutant une vengeance contre une faute commise envers lui ou un autre dieu. On lui prête de nombreuses conquêtes en plus de son épouse Amphitrite, et une importante progéniture, composée de personnages souvent violents et menaçants, mais aussi de héros fondateurs de lignées humaines importantes.

Les cultes de Poséidon sont répandus dans tout le monde grec, où il est en particulier invoqué pour protéger des périls lors des voyages en mer, des tremblements de terre et des raz-de-marée, parce qu'il a le pouvoir d'apaiser les forces de la nature. Il est également invoqué en tant que dieu des chevaux, pour permettre le contrôle de leur force lors de courses. Ses sanctuaires se trouvent rarement dans les espaces urbains mais plutôt en marge des espaces habités, notamment sur des promontoires rocheux dominant la mer, des îles, ou à proximité de sources. Plusieurs jouent le rôle de lieu de refuge et servent de lieux de réunion de ligues de cités.

Les Romains l'assimilent à leur Neptune (en latin ), qui conserve essentiellement les traits marins du dieu grec. Cela explique pourquoi Poséidon est avant tout considéré dans les représentations modernes comme le dieu de la mer des Grecs, laissant de côté ses autres compétences.

Noms Étymologie L'étymologie de Poséidon est discutée, et aucune des propositions avancées ne fait consensus, s.v. « », b-931 a..

Le nom se présente sous différentes variantes selon les dialectes : po-se-da-o (Poseidaon ?) en mycénien, Poteidán en dorien, Poseidōn en grec classique. La principale différence se fait entre les formes commençant par pos- et celles commençant par pot-, cette dernière semblant correspondre à la forme originale.

La première partie du nom est généralement interprétée par le grec potei- signifiant « Seigneur », « Maître » ou « Époux ». La seconde partie du nom est celle qui pose le plus de problèmes. Paul Kretschmer a proposé qu'il s'agisse de da-, « terre », et que le nom originel du dieu signifie « Époux de la Terre ». Cette étymologie est souvent reprise, mais elle a été critiquée. Walter Burkert la juge impossible à prouver. Parmi les autres propositions avancées : « celui qui connaît le chemin (de la mer) », « Seigneur de l'eau ».

Reste la possibilité que le nom ne soit pas d'origine grecque et indo-européenne, mais « pré-hellénique », ce qui expliquerait les difficultés d'interprétation.

Épithètes Comme les autres grandes divinités grecques, Poséidon dispose dans les textes antiques d'épithètes (ou épiclèses) qui révèlent certaines de ses qualités et compétences. Plusieurs dizaines sont attestées, ce qui le place parmi les divinités qui en a le plus, après (mais loin derrière) Zeus, Apollon, Artémis et Athéna. Dans ces textes, elles peuvent suivre le nom du dieu (par exemple Poséidon Sôter, « Poséidon sauveur »), ou bien elles peuvent le remplacer. Dans les poèmes, notamment ceux d'Homère, il est souvent désigné comme l'« Ébranleur du sol/de la terre », Ennosigaios/Ennosichthon. Dans le culte, il dispose de nombreuses épithètes, qui renvoient en général au pouvoir pour lequel on l'invoque. Parmi les plus courantes se trouvent Asphal(e)ios « Inébranlable », qui protège des séismes et aussi des tempêtes maritimes, et Hippios qui renvoie à son rôle de maître des chevaux. Un bon nombre d'autres épithètes renvoient aux compétences telluriques et chevalines du dieu. En revanche celles liées au domaine maritime sont moins nombreuses. Parmi les épithètes renvoyant à des lieux, la plus courante est Helikonios, qui fait référence à la cité d'Hélikè (à moins qu'il ne s'agisse du mont Hélicon).

Origines Premières attestations : les tablettes mycéniennes thumb|left|Tablette en linéaire B provenant du palais de Pylos, enregistrant des offrandes pour Poséidon. , musée national archéologique d'Athènes.

Durant la période mycénienne palatiale (v. ), Poséidon fait partie des divinités apparaissant dans les tablettes comptables en linéaire B documentant des livraisons d'offrandes (dosmoi) qui leur sont faites. Il est notamment très présent dans les tablettes provenant de Pylos, où il semble avoir le statut de dieu principal.. Il figure parmi les divinités recevant du souverain local des offrandes en céréales, vin, taureaux, fromages, peaux de moutons et miel. S'y trouve aussi mentionnée son pendant féminin, Posidaeia, qui disparaît par la suite, ainsi qu'un sanctuaire à son nom (Posidahion) voire des membres de son clergé (Posidawes). On trouve également à Pylos un dieu nommé Ennosidas, une des épithètes de Poséidon aux époques postérieures, donc une divinité indépendante qu'il a assimilée après l'époque mycénienne.

Hypothèses sur les origines Les recherches sur les origines de Poséidon se sont plus intéressées à son association au cheval et aux eaux douces terrestres qu'à ses fonctions marines, qui sont généralement considérées comme un ajout tardif.

Fritz Schachermeyr a consacré un ouvrage spécifique à la question. Selon lui, Poséidon a pour ancêtre un dieu-cheval indo-européen aux compétences avant tout chthoniennes. Le cheval représente l'esprit divin (numen) et est lié à l'élément liquide, à la fertilité et au monde souterrain, plusieurs mythes associant cet animal et la création de sources. Lors de l'arrivée des premiers locuteurs de langue grecque en Grèce, ils assimilent ce dieu à un dieu minoen, parèdre de la déesse de la Terre minoenne, ce qui expliquerait son nom « époux de la Terre ».. Il développe également l'idée selon laquelle le culte hellénique de Poséidon en tant que dieu du cheval pourrait être lié à l'introduction du cheval et du char de guerre d'Anatolie en Grèce vers 1600 , que reprend Walter Burkert. Martin P. Nilsson a rejeté l'idée de fusion avec un dieu minoen pour voir en Poséidon un dieu proprement grec, qui serait originellement bien associé à l'eau, dérivé d'un dieu indo-européen des eaux douces et salées ayant l'aspect d'un cheval...

M. Robertson est plus sceptique et considère que les résultats des recherches sur les origines du dieu n'ont pas donné de résultat solide. R. Gordon considère de son côté que la manière dont ses domaines de compétence se relient reste insaisissable, alors que sa compréhension permettrait d'expliquer ses origines.

Un ancien dieu souverain ? L'image de « dieu déchu » qui ressort des mythes dans lesquels Poséidon perd la souveraineté sur des territoires face à d'autres dieux, et plus encore sa subordination à son frère Zeus ont donné naissance à diverses interprétations historiques selon lesquelles Poséidon serait originellement un dieu souverain, voire céleste (en tout cas sans lien avec la sphère marine), qui aurait ensuite été relégué au second plan lorsque Zeus en vient à assumer le rôle premier. Cette reconstitution historique a été proposée par Ulrich von Wilamowitz-Moellendorff, puis reprise et développée dans d'autres travaux..

C. Doyen est parti de l'importance de Poséidon dans les tablettes mycéniennes de Pylos, où il aurait eu le statut de dieu principal, figure souveraine et paternelle, pour tracer ensuite son déclassement au profit de Zeus..

Pouvoirs et fonctions thumb|Poséidon tenant son trident, plaque corinthienne de Penteskouphia, v. 550- Musée du Louvre.

Comme le reste des divinités principales de la Grèce antique, Poséidon a des pouvoirs qui ne se limitent pas à un seul domaine. On reconnaît trois domaines privilégiés où s'exprime la puissance de Poséidon, qui renvoient tous aux forces naturelles : il est un dieu des mers (plutôt celles qui sont agitées), de la terre et des forces telluriques (en particulier les séismes) et des chevaux (plutôt sous leur aspect sauvage). Cela ressort aussi bien dans la littérature que le culte, notamment par l'analyse de ses épithètes poétiques et cultuelles (épiclèse). Déjà dans son hymne homérique (, 5) il est présenté comme , dans Les Nuées d'Aristophane (566-567) il est , tandis que Pausanias (Description de la Grèce , 21, 7) dit de lui qu'on le connaît principalement sous ses épiclèses liées à la mer (Pelagaios), aux tremblements de terre (Asphal(e)ios) et aux chevaux (Hippios), ces deux derniers correspondant effectivement à deux des surnoms du dieu les plus répandus dans le monde grec.

Un dieu des mers Dès l'époque des épopées homériques, Poséidon est défini comme le dieu de la mer, trait qu'il conserve durant le reste de l'histoire grecque. Il porte alors des épiclèses telles qu’Epaktaios « sur la côte » à Samos, Pelagios « marin » à Athènes et à Rhodes, Pontios « de la mer » au cap Ténare. Une de ses épiclèses les plus répandues, Asphaleios « de la stabilité », peut également être employée en contexte marin, puisqu'à Aigéai en Cilicie elle partage un autel avec Aphrodite Euploia « bonne navigation ». Nombre de ses sanctuaires sont situés sur les côtes littorales, notamment sur des promontoires tels que le cap Sounion, cap Ténare, cap Mycale, et plusieurs villes côtières portent des noms dérivés du sien, comme Potidée en Chalcidique et Poseidonia en Lucanie.

thumb|left|Poséidon/Neptune sur son char tiré par deux hippocampes, entouré de poissons ; Océan et Thétys sont représentés en dessous. Zeugma, . Musée archéologique de Gaziantep.

L’Iliade (, 183-193) évoque le mythe de partage du monde entre les trois fils de Cronos, une fois ce dernier vaincu : Zeus reçoit le ciel (et la primauté sur ses deux frères), Hadès le monde souterrain, et Poséidon la mer. Cette tradition pourrait conserver en mémoire le fait que Poséidon n'est pas originellement une divinité maritime, domaine réservé à d'autres divinités plus anciennes. En tout cas, il est le souverain des mers, un « véritable Zeus marin », qui exerce son autorité sur les divinités et créatures liées à celles-ci, en particulier Pontos la personnification de la mer, Océan et les Océanides et Nérée et les Néréides. La Théogonie et d'autres textes archaïques lui donnent pour épouse Amphitrite, fille de Nérée, avec laquelle il a un fils, Triton, autre être lié au monde marin. L’Iliade (, 17-31) et l’Odyssée (, 381) situent sa résidence au fond de la mer, nommée d'Aegae/Aigai, dont la localisation est débattue, car plusieurs villes portent ce nom : en Thrace ou en Achaïe (Aigéai/Égées) ou encore en Eubée.

Plus spécifiquement, (P. Lévêque et L. Séchan). Il est la force brute de la mer, qu'il déchaîne ou apaise. Il commande aux tempêtes, aux raz-de-marée et aux flots violents qui rendent les voyages maritimes imprévisibles. La fête des Gerastia à Geraistos en Eubée qui lui est consacrée aurait pour origine une tempête particulièrement destructrice, peut-être celle qui aurait fait sombrer la flotte d'Ajax le petit au retour de Troie. Ceux qui s'embarquent sur la mer peuvent donc l'invoquer donc sous son appellation Poseidon Sôter, « Sauveur » (notamment au cap Sounion), afin de l'apaiser et qu'il leur épargne les tempêtes, les flots impétueux et les naufrages.