L’abbaye de Bourgueil, plus précisément l’abbaye Saint-Pierre de Bourgueil-en-Vallée, est une abbaye bénédictine, qui adopte la réforme de Saint-Maur en 1630. Elle est située à Bourgueil, autrefois Burgolium, dans le pays du Bourgueillois, dépendant avant 1790 de l’élection de Saumur, du siège royal de Chinon et du diocèse d'Angers, donc de l'Anjou historique. Mais de nos jours Bourgueil est en Indre-et-Loire. Cette importante abbaye est fondée en 990 par Emma, fille de Thibaud le Tricheur, comtesse de Blois et duchesse d’Aquitaine.

Très rapidement, du au , cette abbaye a sous sa dépendance , et un ermitage de l’Angoumois à l’Isle de France en passant par la Lorraine. Un des abbés, Baudri de Bourgueil, loue avec ses poèmes le vin que les moines contribuent à développer dans la région… Elle est aussi célèbre pour ses vastes jardins chantés par Ronsard. François Rabelais veut donner à son moine l'abbaye de Bourgueil, où ceux-ci développent la culture de la vigne et améliorent la qualité des cépages. L'abbaye devient une baronnie relevant du roi. Beaucoup de familles, nobles ou non, viennent dans le Bourgueillois pour occuper une fonction liée à la présence de l’abbaye. Même les rois ou futurs rois et les reines séjournent à l’abbaye Saint-Pierre de Bourgueil-en-Vallée et y prennent des décisions importantes. En 1156, Henri II Plantagenêt y tient les États généraux de ses provinces. En 1208, le pape Innocent III prend l’abbaye sous sa protection directe. Ravagée par les Grandes compagnies et les Anglais, pendant la guerre de Cent Ans, détruite en partie par des Huguenots, voulant se venger des crimes de l’un de ses abbés, Saint-Pierre est à plusieurs reprises, pendant les de son existence, reconstruite en partie, agrandie, restaurée… Au , elle est mise en commende. À la Révolution, l'Assemblée nationale, disposant des biens ecclésiastiques, chasse en 1791 les moines. L'abbaye de Bourgueil est ruinée par les destructions qui s’ensuivent, mais il reste néanmoins encore trois groupes de bâtiments datant d’avant 1789.

Fondation de l’abbaye

thumb|200px|right|Bourgueil est avant 1789 une abbaye angevine. Bourgueil est l’un des mansiones placés sur la grande voie romaine allant d’Angers à Tours. D’autres voies romaines arrivent à Burgolium. Avant 977, ces terres appartiennent à Thibaut « le Tricheur », comte de Blois. Il les donne en dot à sa fille Emma. Avant 977, des moines sont déjà établis à Bourgueil dans un prieuré.

Les comtes de Blois sont une famille très pieuse. Richard et Hugues, l'oncle et le frère d'Emma, sont archevêques de Bourges. Son autre frère Eudes est abbé laïc de Saint-Martin de Tours et de Marmoutier.

Cette famille, et certains de ses alliés, veut devenir suffisamment puissante pour braver le roi Hugues Capet, en particulier sur la Loire. Ce souverain est pourtant le mari de la belle-sœur d'Emma, Adélaïde d'Aquitaine, et son héritier Robert II le Pieux se mariera avec la veuve d’Eudes de Blois, Berthe de Bourgogne.

Ce sont donc des guerres entre parents proches, détenant une grande partie de leur pouvoir de l’Église. La fondation d’une abbaye est donc aussi motivée par des raisons politiques. Elle renforce la puissance de ces princes tout autant que la construction du donjon de Langeais, l'un des premiers bâtis en pierre.

thumb|200 px|Les premiers moines viennent de l’abbaye de Saint-Julien de Tours.

Emma de Blois fonde en 990 cette abbaye non loin du château de Chinon. C’est le cas pour Brolium, Longua-Aqua, Oziacum , Vendeia… Le Breuil, Longève, Gazais et La Vendée en PoitouL'Anjou et ses Monuments, vol. 1, et Archives d'Anjou, recueil des documents et mémoires inédits sur cette…, 1843, p.82n.. Son mari, Guillaume IV d'Aquitaine, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine, et son fils Guillaume V (969-1030) peuvent eux aussi être considérés comme des fondateurs de cette abbaye. C’est une grosse et riche fondation. Elle comprend de grands domaines, des terres et prés et une grande forêt, avec les eaux de la Loire et de grands droits seigneuriaux et féodaux qui lui donneront par la suite le titre de baronnie.

Ces puissants seigneurs la font bâtir dans cette vallée de l'Authion, située cinq ou six lieues au-dessus de Saumur. Ce lieu est appelé à cette époque la cour de Bourgueil. La duchesse Emma fonde ce monastère pour des religieux de l'ordre de Saint-Benoît, qu'elle envoie quérir à l’abbaye de Saint-Julien de Tours, dont l'abbé, appelé Gaubert ou Guibert, est parent de la duchesse. Les titres de Bourgueil nous insinuent que l'abbé Gaubert et ses religieux s'établirent dès cette année à Bourgueil : Ann. 990 : charte de la fondation de l'abbaye de Bourgueil-en-Vallée, par la comtesse Emma Anno ab incarnatione domini nostri Jesu Christi DCCCC LXXXXCartul. de Bourgueil, f°25 et Nouvelle Biographie Générale Depuis Les Temps Les Plus Reculés Jusqu'À Nos Jours, Avec Les Renseignements Bibliographiques Et L'Indication Des Sources A Consulter ; Publiée Par Mm. Firmin Didot Frères, Sous La Direction De M. Le Dr Hoefer, art. Gansbert..

La confirmation de la fondation que la duchesse Emma obtient du comte Eudes, son frère, et celle qu'il obtint des rois Hugues Capet et Robert, son fils, sont toutes deux de l'an 994. Elles font voir qu'il y a des religieux établis en cette année-là et que l’abbaye a déjà un abbé. Cette fondation est aussi confirmée par deux papes, Jean XV et Sylvestre II, à la charge que les abbés qui seront élus, soient présentés aux futurs ducs d’Aquitaine, descendants d'Emma.

Emma de Blois meurt peut-être le . Elle est inhumée dans l’église de son abbaye, ce qui est généralement le cas pour les fondateurs d’abbaye.

L’abbaye au Moyen Âge thumb|400px|L’abbaye et ses jardins.

La première église abbatiale romane est consacrée en 1001. Elle comporte une tour de sept étages abritant un carillon de neuf cloches. Au Moyen Âge l’abbaye va surtout cultiver l’anis, la coriandre et la réglisse fort appréciées une fois confites dans le sucre.

Gausbert de Blois thumb|left|50px Gausbert de Blois ou Gaubert, ou bien Gobert, abbé de Bourgueil de 991 à 1004. La charte de fondation de l'abbaye qui est de l'année 991, le désigne comme étant à cette époque abbé de l’abbaye de Saint-Julien de Tours. Il est appelé à Bourgueil par la duchesse Emma de Blois, sa parente, pour y conduire des religieux de l'ordre de Saint-Benoît, ce qu'il fait et il les gouverne en qualité d'abbé durant quelques années. Il devient en outre, et simultanément, abbé de Saint-Pierre-de-la-Couture au Mans, de Maillezais et de Marmoutier. L'Histoire littéraire de la France rapportera qu'il réforme ces monastères. En 1001, il y a transaction entre Gausbert, abbé de Bourgueil, et Gautier, chevalier, homme-lige de Foulques Nerra, touchant les droits de viguerie et de justice sur les hommes de Saint-Pierre de BourgueilAnno Dominicœ incarnatiouis MI. Cartul. de Bourgueil, f° 430,v°, et au sujet des immunités de Bourgueil. La même année, l’abbaye reçoit de la reine Berthe de Bourgogne et de ses fils, Thibaut et Eudes, une charte qui confirme la donation faite à l'abbé Gausbert et aux religieux de Bourgueil, par Emma, comtesse de Poitiers, de différents lieux situés dans le pays d'Évreux, Coldra videlicet et LongavillaData mense septembris…. anno incarnationis Dominicœ MI. (Cartul. de Bourgueil, f° 401, v°). Gausbert obtient une bulle du pape Sylvestre II une bulle qui confirme à cette abbaye tous les biens qu’elle possède. À Chinon, la chapelle Sainte-Melaine est construite à cette époque par les moines de l'abbaye de Bourgueil. Elle verra mourir Henri II d'Angleterre.

Gausbert meurt à Bourgueil, le , suivant Mabillon et Dom Martène<ref>Nouvelle biographie générale, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter, sous la dir. de Mr. le , . L’histoire de l'église et du diocèse d'Angers, de François Marie Tresvaux du Fraval, et d’autres auteurs parlent de 1004</ref> et est inhumé dans l'abbaye Saint-Pierre de Bourgueil dans la salle capitulaire, selon Carré de Busserole.

Les successeurs de Gausbert de Blois au thumb|250px|Le château de Chinon.

Bernon ( abbé de 1005 à 1012) fait des accords touchant les églises et prieurés de Longueville et Tourtenay, ce qui fait voir que l'abbaye de Bourgueil possède déjà plusieurs églises et prieurés, outre la principale fondation faite par la duchesse Emma. En 996, cette comtesse de Poitou donne le domaine de Longueville, à Saint-Pierre-d'Autils, à l'abbaye Saint-Pierre de Bourgueil-la-Vallée, lors de sa fondation. L'abbaye y établit le prieuré Saint-Pierre de Longueville. Elle l'échange ensuite contre le prieuré de Tourtenay, possédée jusque-là par l'abbaye de Jumièges. Dans la charte d'échange entre Bernon, abbé de Bourgueil, et Robert, abbé de Jumièges, la terre est appelée Longavilla, in Normannia… et reçoivent en échange une terre appelée Tortiiniacus… Guillaume V d'Aquitaine et Richard III de Normandie, duc de Normandie du au , autorisent cet échange en 1027Cartul. de Bourgueil, 1'° 52, ir° et Prieuré, ferme du Prieuré, mairie, école à Saint-Pierre-d'Autils.

1009-1012 : charte d'Hubert de Saumur, chevalier, qui donne à l'abbé Bernon, et aux religieux de Saint-Pierre de Bourgueil la viguerie et les droits de justice du château de Chinon, qu'il tint d'Alo, son seigneur. Il reçoit des religieux, pour cette donation, sols. Alo donne son consentement à cette donation et reçoit deux cents sols, une cuirasse de prix et un cheval. Le comte Eudes, leur seigneur, confirme la charte et reçoit cent sols, parce que ladite viguerie relève de son fiefCartul. de Bourgueil, f° 44.. Hubert de Saumur lui donne aussi le prieuré de Saint-Melaine de Chinon et le chevalier Milesendis un autre prieuré, celui de Saint-Étienne de la Rajace.

thumb|200px|left|L’abbaye Saint-Pierre et la ville de Bourgueil.

Dans une autre charte Giraud, Giraldus, fils d'Ausbert, donne à l'abbé Bernon et aux religieux de Bourgueil octo victos ad glaulas super aquam argentum de pratis ad censum duos solidos et octo denarios. En récompense de cette donation, l'abbé et les religieux associent Giraud et sa femme Ermesende à leurs prières.Data in mense maio, septimo kalendas maii, regnante Henrico rege FrancorumCartul. de Bourgueil, f° 54..

Bernon meurt le et est inhumé dans la salle capitulaire.

Teudon, ( abbé de 1012 à 1045), ancien moine de l’abbaye de Saint-Julien de Tours, obtient une bulle du pape Benoît VIII une bulle qui confirme à cette abbaye tous les biens et privilèges qu’elle possède et L’histoire de l'église et du diocèse d'Angers, de François Marie Tresvaux du Fraval, .. Il meurt à Bourgueil, en janvier 1045. Plusieurs fondations sont faites en faveur de l'abbaye de Bourgueil du temps de cet abbé, entre autres celle de Plessis-aux-Moynes à Chouzé-sur-Loire l'an 1015. La concession de l'église Saint-Nazaire d'Angoulins à l'abbaye de Bourgueil par le duc Guillaume V d'Aquitaine, se situe après le et au plus tard en 1014. Jean, ( abbé de 1045 à 1048), meurt à Bourgueil, le . En 1047, Raoul V de Beaumont-au-Maine avec Raoul, son fils cadet, il souscrit le don d'un serf à l'abbaye de Bourgueil. Renaud, ( abbé de 1048 à 1055). De son temps Lovo et Rahier fondent le prieuré de Plessis-aux-Moynes, à Chouzé-sur-Loire et le donnent à l’abbaye. Raymond, ( abbé de 1055 à 1087). En 1067, Jourdain de Chabanais et son fils Ainard donnent l'église de La Péruse aux religieux de Saint-Pierre de Bourgueil.