vignette|Statue de Gudea dédiée au dieu Ningishzida, dont le pagne est couvert de signes en écriture cunéiforme, vers , musée du Louvre.. vignette|La Palette de Narmer est une des plus anciennes inscriptions en hiéroglyphes d'Égypte (vers -3200). Les deux “Serpopards” représentent l'unification de la Haute et de la Basse Égypte.
L’écriture est un moyen de communication qui représente le langage à travers l'inscription de signes sur des supports variés. C'est une technique qui s'appuie sur les mêmes structures que la parole, comme le vocabulaire, la grammaire et la sémantique, mais avec des contraintes supplémentaires liées au système de graphies propres à chaque culture. C'est d'une certaine façon « l'intégration de la langue des hommes au visible ». Le résultat de l'écriture est généralement un texte dont le destinataire est le lecteur.
Dans les sociétés humaines émergentes, qui, du fait de la néolithisation progressive, voient la taille, la spécialisation et la complexité des groupes humains augmenter, le développement de l'écriture correspond à la nécessité d'objectivation, de conservation et de transmission de la mémoire de l'information. Ainsi, l'avènement et l'évolution de l'écriture sont probablement liés à des exigences pragmatiques comme l'échange d'informations, la tenue de comptes financiers, la codification des lois et l'enregistrement de l'histoire. L'innovation et la transformation de l'écriture vont de pair avec une intensification de la fonction symbolique du langage. Par exemple et initialement, autour du ., la complexité du commerce et de l'administration en Mésopotamie dépasse les capacités de mémorisation des hommes ; l'écriture y devient donc une méthode plus fiable d'enregistrement et de conservation des transactionsRobinson, 2003, .. Dans l'Égypte antique et en Mésopotamie, l'écriture a pu évoluer pour l'élaboration des calendriers et la nécessité politique de consigner les événements historiques et environnementaux. Ainsi, l'écriture a joué un rôle dans la conservation de l'Histoire, la diffusion de la connaissance et la formation du système juridique.
L'apparition de l'écriture distingue la Préhistoire de l'Histoire, car elle permet de conserver la trace des événements et fait entrer les peuples dans le temps historique. Elle marque aussi une révolution dans le langage et le psychisme, car elle fonctionne comme une extension de la mémoire psychologique.
Systèmes d’écriture
Les systèmes d'écriture peuvent être classés fonctionnellement en trois grandes catégories : logographique ; syllabique et alphabétique. Certains y ajoutent les systèmes sémasiographiques. Il existe aussi des systèmes mixtes. L'étude des systèmes d'écriture et de leur évolution au cours de l'histoire humaine est l'étymographie.
Sémasiographies
Les sémasiographies sont des systèmes de communication d'idées qui ne s'appuient pas sur la représentation d'unités d'une langue parlée. Tous les spécialistes ne s'accordent pas à les considérer comme des écritures : on parle également parfois de pré-écritures ou proto-écritures. Les symboles Adinkra des Akans, au Ghana et en Côte d'Ivoire, en sont un exemple.
Écritures logographiques
Un logogramme est un caractère ou glyphe écrit qui représente un mot ou un morphème. Il s'agit d'un pictogramme lorsque le logogramme représente directement un objet, d'un idéogramme lorsqu'il symbolise une idée.
En complément, les systèmes logographiques incorporent généralement une composante directement phonétique, représentant des syllabes ou des sons sans référence à un sens précis : on parle alors de phonogrammes.
Dans les anciens caractères cunéiformes, chinois ou mayas, un glyphe peut être un morphème, une syllabe ou les deux. Les hiéroglyphes égyptiens comportent à la fois des logogrammes et des phonogrammes consonantiques.
Un grand nombre de logogrammes est nécessaire pour écrire une langue.
Écritures syllabiques
Dans un syllabaire, chaque symbole représente une syllabe. Le linéaire B utilisé pour écrire le mycénien ou les kana japonais sont des syllabaires. En moyenne, syllabiques sont typiquement nécessaires pour écrire une langue.
Écritures alphabétiques
vignette|Lamelles de Pyrgi gravées sur des plaques en or pour commémorer un traité entre les Étrusques et les Phéniciens datant du Elles sont écrites en alphabets étrusque et phénicien. Retrouvées à Pyrgi, le port de Cerveteri. Musée national étrusque de la villa Giulia à Rome, Latium.
Une écriture alphabétique est un ensemble de symboles dont chacun représente un phonème de la langue. La combinaison de plusieurs symboles est nécessaire pour représenter une syllabe ou un mot. Une trentaine de signes alphabétiques peuvent suffire à écrire une langue.
L'écriture alphabétique a pris différentes formes selon la place faite aux voyelles. Le linguiste américain Peter Daniels identifie trois grandes classes : les abjads, ou alphabets consonantiques, ne comportent de signes que pour les consonnes. C'est le cas de la plupart des systèmes d'écriture du Moyen-Orient, bien que les voyelles puissent y être indiquées secondairement et de façon plus ou moins facultative par l'ajout de divers diacritiques ou matres lectionis (consonnes jouant un rôle vocalique). Le terme d'abjad provient de la contraction des noms des quatre premières lettres de l'alphabet arabe : ʾalif, bāʾ, ǧīm et dāl () ; les alphabets proprement dits comportent à la fois des signes pour les consonnes et les voyelles. Le premier à être développé fut l'alphabet grec, issu de l'alphabet phénicien (qui est un abjad). Le passage de l'abjad à l'alphabet complet se fit en réaffectant à la notation des voyelles certaines lettres correspondant à des consonnes du phénicien qui n'avaient pas d'usage en grec. La plupart des alphabets ultérieurs dérivent de ce prototype grec. Le mot même d'alphabet provient des noms des deux premières lettres de l'alphabet grec : alpha, bêta ; les alphasyllabaires, aussi appelés abugidas, représentent une autre voie d'évolution des abjads vers la notation systématique des voyelles. Dans ces systèmes, les signes de base représentent des consonnes seules ou suivies d'une voyelle inhérente, et les autres voyelles sont indiquées par des diacritiques ou des modifications de la forme des signes consonantiques. Les alphasyllabaires sont répandus dans l'écriture des langues en Éthiopie, en Érythrée, en Inde et dans les pays du Sud-Est asiatique. Ils sont appelés également abugidas, par contraction de quatre signes de l'alphasyllabaire guèze : አቡጊዳ, a-bou-gui-da.
Systèmes mixtes Le système d'écriture d'une langue peut faire coexister plusieurs sous-systèmes de fonctionnements différents. C'est le cas en japonais, où sont employés simultanément des logogrammes (les kanji, usage japonais des caractères chinois) et deux syllabaires (les hiragana et les katakana). Un autre exemple est constitué par les semi-syllabaires, qui comportent à la fois des signes pour des syllabes entières et d'autres pour des phonèmes isolés.
Histoire
Problématique vignette|Sceaux harrapéens de la civilisation de la vallée de l'Indus,
Le développement récent des études de littératie, en remettant en cause certaines préconceptions communes sur l'écriture et la lecture, peut amener à réévaluer les dates habituellement proposées pour l’apparition de l’écriture. En effet, selon le critère utilisé pour identifier un système d'écriture, on aura des résultats différents. Certains soutiennent par exemple que les sceaux de la vallée de l'Indus, qui datent du , ne constituent pas une écriture au sens propre, alors que pour d'autres, c'est parce qu'on projette sur ces traces notre concept moderne d'écriture qu'on ne les considère pas comme des systèmes d'écriture à proprement parler. L'histoire de l'écriture est donc étroitement dépendante des conceptions que nous avons sur le langage et le rapport entre l'écrit et l'oral : elle s'appuie sur une philosophie du langage particulière..
Proto-écriture vignette|Peinture dans la grotte de Lascaux. vignette|Lascaux. Bouquetins et chevaux près d'une grille. vignette|Lascaux. Élan aux bois. Le rectangle et la série de points seraient un début de code écrit.
Selon André Leroi-Gourhan, . Cet art serait lié à la constitution d'un couple intellectuel associant phonation et graphie.
Ce point de vue est partagé par le paléo-ethnologue Emmanuel Anati pour qui l'écriture en tant que telle n'a pas une origine unique, mais s’est développée sur les divers continents à partir de prémices communes et ne s’est fixée sous une forme systématique que là où l'état de la société l'exigeait.
Selon ce chercheur, qui a réuni une documentation sur d’art rupestre, dans les grottes de , ainsi que sur mobiliersL’anthropologie, 112 (2008), ., l'art rupestre associe régulièrement des pictogrammes (figures humaines et animales) et des idéogrammes (traits, points, quadrillages) et cet art visuel préhistorique forme un code intentionnel et organisé. Anati a ainsi identifié dans des grottes de la Dordogne et des Hautes Pyrénées des séquences d’idéogrammes incisés sur des os datant de plus de . Selon ce chercheur, il s’agit d’une proto-écriture et non d’une écriture au sens strict du terme, car ces symboles ne correspondaient vraisemblablement pas à des sons d’une langue précise.
Cette théorie est partagée par divers spécialistes, notamment les préhistoriens Jean Clottes et Francesco d’Errico, selon qui la capacité de l'être humain à produire des signes ne date pas de mais bien plus probablement de . Pour Genevieve von Petzinger, un dessin en zigzag gravé en il y a sur un coquillage de l'île de Java pourrait bien être la plus ancienne trace laissée intentionnellement par un homo erectus. Elle voit aussi des traces de proto-écriture dans des blocs d'ocre hachurés d'il y a trouvés dans la grotte de Blombos en Afrique du Sud. Parcourant les grottes de France, d'Espagne, d'Italie et du Portugal, l'anthropologue canadienne a identifié composant ce qu'elle considère comme les bases d'un code : des points, des lignes, des triangles, des carrés ainsi que des formes plus complexes, telles des échelles, des dessins de main au pochoir entre et , des espèces de toiture et des dessins de plumes qui apparaissent vers .
De même, on a trouvé en Chine des traces anciennes de caractères datant de , plus tard utilisés par l'écriture mais ne formant pas encore un système articuléSignes néolithiques trouvés en Chine.. Le site archéologique de Banpo révèle qu'il s'agit de pictogrammes incisés sur des os oraculaires, indiquant une .
Débuts de l’écriture L'écriture n'est apparue que là où existait déjà depuis un certain temps un État organisé avec des institutions politiques et religieuses :
Mésopotamie
vignette|Tablette cunéiforme de Ritmal (vers ).
Le sumérien a longtemps semblé être la plus ancienne langue écrite connue (), sous une forme d'écriture appelée le cunéiforme. Cette écriture cunéiforme a été plus tard reprise pour l'akkadien, l'ougaritique, l'amorrite et l'élamite, ainsi que par les rois égyptiens qui voulaient communiquer avec leurs provinces du Proche-Orient et les rois mésopotamiens.
On considère maintenant que l'écriture s'est mise au point en Mésopotamie de façon progressive durant plusieurs millénaires. Au cours du , pour des besoins de comptabilité, on commence à utiliser des jetons en argile (calculi, « petit caillou » en latin) pour compter les possessions (troupeaux, récoltes) et les biens manufacturés.