Le territoire correspondant à l'actuel département des Alpes-Maritimes a connu, en raison de sa position frontalière, une histoire politique complexe. Si la partie occidentale du département, l’actuel arrondissement de Grasse, a toujours appartenu à la Provence, sa partie orientale, le comté de Nice, en a été détaché en 1388, date à laquelle elle passe sous la souveraineté des princes de Savoie, puis du royaume de Sardaigne.
Les deux parties du département connaissent alors des évolutions différentes, jusqu'à l'annexion du comté de Nice à la France, en 1860, et la création de l'actuel département des Alpes-Maritimes qui constitue, d'une certaine manière, une réunification de la Provence orientale.
Préhistoire Plusieurs sites témoignent d'occupations à l'époque préhistorique. La grotte du Vallonnet, à Roquebrune-Cap-Martin, est un des plus anciens habitats connus en Europe. Il s'agit d'un refuge de petites dimensions, vieux de à . Le site de Terra Amata, à Nice, est vieux de à . Il s'agissait d'un campement de chasseurs. La grotte du Prince, à Vintimille, contenait un os daté entre et , découvert en 1968. La grotte de l'Observatoire, à Monaco, a révélé des outils et des ossements d'animaux.
La grotte du Lazaret, à Nice, était un habitat de chasseurs, il y a entre et . On y a trouvé des ossements humains. La grotte de Pie-Lombard, à Tourrettes-sur-Loup, contient des sépultures vieilles de . Les grottes de Grimaldi, à Vintimille, ont livré un squelette, celui de « la dame de Cavillon » dans la grotte du même nom, anciennement appelée « homme de Menton », et neuf squelettes humains, vieux de , et des statuettes féminines, dans la grotte des Enfants. Un squelette d'homme, entouré d'objets de céramiques et de débris d'animaux domestiques et datant du Néolithique, a été découvert en 1955 à Castellar, au nord de Menton.
À la fin de la Préhistoire, les populations descendant de ces tribus néolithiques, les Ligures, sont installées entre le Rhône et la plaine du Pô et dans les Alpes. On distingue parmi eux plusieurs groupes, dont les Oxybiens et les Décéates sur la rive droite du Var, les Védiantiens sur la rive gauche. Ces populations ont laissé les gravures rupestres du mont Bego, réalisés entre 1700 et 1900 , et qui représentent des animaux, des armes, des outils et des enclos. Elles ont également réalisé les castellaras, des enceintes de gros blocs, réalisées aux et Au nombre de 300, il s'agissait surement d'enclos pour la protection du bétail et de refuges temporaires. On les trouve surtout dans la région de Grasse, en fait Magagnosc,et de Saint-Vallier.
Antiquité thumb|Le trophée des Alpes à La Turbie Les Grecs de Marseille fondent Nice (Nikaïa), sur la colline du château, et Antibes (Antipolis). L'activité économique de Nice est faible. Le rôle commercial d’Antibes, en revanche, est plus important. La route maritimes des Massaliotes longe la côte jusqu’à Antibes puis rejoint la Corse. Un nombre important d’épaves ont été retrouvées au large du Cap d'Antibes. Nice et Antibes appartiennent à Marseille.
En 154 , les Marseillais demandent aux Romains, auxquels ils sont alliés, d'intervenir contre les Oxybiens et les Décéates, qui ont attaqué Nice et Antibes. Les Romains remportent la victoire à Aegitna (entre la Siagne et le Var). En 125 , les Marseillais redemandent aux Romains d'intervenir, cette fois contre des Ligures qui attaquent Marseille. Les Romains ne partent pas et s'installent dans le sud-est de la Gaule pour contrôler les relations terrestres entre l'Italie et l'Espagne. En 117 , ils annexent la Gaule du sud-est, qui devient la Narbonnaise, première province romaine de Gaule, correspondant à la Provence et au Languedoc.
Les Alpes sont pacifiées à la fin du L'empereur Auguste impose l'autorité romaine aux peuples alpestres entre 25 et 13 Le trophée de La Turbie (trophée des Alpes) est élevé en 6 , en l'honneur d'Auguste, pacificateur des Alpes. Il marque la frontière entre l'Italie et la Gaule.
La province des Alpes-Maritimes, enfin, est créée en 7 C'est une province militaire, placée directement sous la dépendance de l'empereur. La ville de Cemenelum (Cimiez), fondée en 13 , en devient la capitale.
La province est traversée par la via Julia Augusta, une voie romaine qui relie l'Italie et l'Espagne et qui joue un rôle militaire et commercial important. Elle passe par Vence, Cemenelum, La Turbie et Vintimille.
Cemenelum, située sur un plateau d'une centaine de mètres à au nord de Nice, est une garnison militaire. L'amphithéâtre date du et les trois thermes du À la fin du , Cemenelum est remplacée par Embrun comme capitale de la province des Alpes-Maritimes et tombe en décadence. Elle connaît cependant une courte renaissance au début du , avec l'installation d'un évêque (de 439 à 465). Les thermes de l'ouest sont alors transformés en un ensemble paléo-chrétien.
Nice est alors un petit port grec, situé à l'écart de Cimiez et de la via Julia Augusta. Une présence chrétienne y est attestée en 314. Antibes est un port de commerce plutôt dynamique.
Moyen Âge
thumb|Le monastère de l'île Saint-Honorat Cimiez disparaît peu de temps après le chute de l'Empire romain. Au , ses habitants se réfugient à Nice. À cause des incursions sarrasines, les habitants du littoral se réfugient dans l'arrière-pays. La situation s'aggrave à la fin du , avec l'installation des Sarrasins à Fraxinet. La présence d'habitants est cependant attestée à Antibes et à Vence.
Avec le traité de Verdun (843), la Provence se trouve en Francie médiane. À la fin du , un royaume de Bourgogne-Provence se forme puis se divise en États pratiquement indépendants : Savoie, Dauphiné et Provence. En 949, le roi de Bourgogne nomme Boson comte de Provence. En 962, le pape couronne empereur le roi de Germanie, Othon le Grand. Le nouvel empire, le Saint-Empire romain germanique, comprend l'Allemagne et une grande partie de la Francie médiane, dont la Provence.
En 973, le comte de Provence Guillaume, fils de Boson, chasse les Sarrasins du massif des Maures.
La vie religieuse est active. En 410, saint Honorat fonde le monastère de Lérins, qui demeure important pendant deux siècles environ. Césaire, moine de Lérins et évêque d’Arles en 602-642, était un théologien assez important. Le monastère est détruit par les Sarrasins vers 732, mais reconstruit deux cents ans plus tard. Grégoire de Tours mentionne par ailleurs la présence d’un ermite, saint Hospice, au cap Ferrat, à la fin du . Saint Pons, enfin, fonde le couvent qui porte son nom à Nice (abbaye Saint-Pons de Nice), au ou au . Le monastère possédait beaucoup de terres à Nice et a joué un rôle important dans l’histoire de la ville.
vignette|gauche|redresse|Le comte de Provence Alphonse - miniature du Liber feudorum maior Au , Nice est l'objet d'une lutte d'influence entre la Provence, à laquelle elle appartient, et la république de Gênes. En 1130, Gênes implante des comptoirs dans le comté de Vintimille. Un accord est ensuite conclu entre Nice et Gênes en 1162 et, en 1166, le comte de Provence Raymond Berenger III trouve la mort en assiégeant Nice, qui s'était révoltée. En 1171, Grasse signe un accord commercial avec Gênes, tandis que Nice, en 1176, en signe un avec le comte de Provence Alphonse . En 1191, les Génois obtiennent de l'empereur la suzeraineté de Monaco. En 1213, Nice se rapproche à nouveau de Gênes et, en 1215, les Génois s'installent de façon permanente à Monaco. En 1229, enfin, Raymond Berenger V prend Nice et met fin à la présence génoise dans la ville.
Au , le départ des Sarrasins permet un accroissement de la population. Nice se développe. En 1049, l'autel majeur de la cathédrale Sainte-Marie est consacré. L'évêque détient alors la majorité des pouvoirs sur la ville et ses environs mais, au il les perd progressivement. Ils passent alors à la communauté urbaine. Antibes est le siège d'un évêché (transféré à Grasse en 1244), Cannes appartient à l'abbaye de Lérins. Des communautés d'habitants apparaissent dans l'arrière-pays, comme Peille ou Puget-Théniers. Une forte communauté juive, ou "juiverie", est attestée à Grasse depuis sa création vers l'an mille et restera importante jusqu'au . .
Le est celui de l'autonomie communale, avec les consulats. Une ville de consulat est une sorte de petite république urbaine. Des consuls, élus par les habitants, dirigent la ville. En Provence orientale, Grasse, Nice et Peille sont des villes de consulat. Antibes, en revanche, reste soumise à l'autorité de son évêque. En 1176, le comte de Provence Alphonse et les consuls de Nice signent un traité important : le comte confirme la libre élection et la juridiction des consuls. En échange, la ville doit s'acquitter d'un certain nombre de droits et reconnaît son autorité. Nice continue à se développer. La ville s'étend sur les replats sud et nord de la colline, à l'intérieur de remparts.
Raymond-Berenger réimpose son autorité à la Provence orientale au . En 1227, il assiège Grasse et abolit le consulat. En 1229, il prend Nice, qui perd ces franchises politiques. Une nouvelle administration est mise en place : le viguier assume les pouvoirs détenus auparavant par les consuls. Il représente le comte. En 1258, Charles d'Anjou démembre la baillie d'outre-Siagne, qui englobait la Provence orientale et dont Nice était le chef-lieu, qui fut réduit approximativement aux limites de l'actuel arrondissement de GrasseLes droits comtaux dans les vigueries de Provence orientale d’après l’enquête de 1333 Philippe Jansen. La ville se trouve à la tête d'une simple viguerie. Elle poursuit néanmoins son essor. Un arsenal et un chantier naval sont créés en 1249. Le port de Villefranche est fondé en 1295. De nouveaux quartiers se forment, au-delà de l'enceinte du , entre le côté ouest de la colline, la mer et le Paillon.
La Provence s'étend vers l'est. En 1258, Charles d'Anjou achète plusieurs communes au comte de Vintimille, dont Sospel, Breil et Saorge. Sospel devient chef-lieu de viguerie. Les comtes de Vintimille gardent le nord de leurs États et prennent le titre de comtes de Tende. Le sud de l'ancien comté de Vintimille est placé sous l'influence de Gênes.
La seigneurie de Monaco connaît des changements importants. Monaco est acquise par Gênes en 1191. En 1215, les Génois construisent un château sur le rocher. En 1241, un traité est signé avec la Provence. Il définit la frontière de la seigneurie à l'ouest. Le territoire de Monaco appartient ensuite aux Grimaldi, une riche famille de Gênes, de 1297 à 1301, de 1331 à 1337, puis à partir de 1419. Au , Menton et Roquebrune, qui étaient tenues par Gênes, sont incluses dans la seigneurie de Monaco.
thumb|left|110px|Les armes de la maison de Savoie Au , la ville de Nice est composée de deux agglomérations distinctes. La ville basse est celle des négociants, des artisans et des ouvriers. La ville haute abrite des clercs et des notables. Les deux villes sont entourées de remparts et communiquent par trois portes. Leurs rapports sont parfois conflictuels. La seconde moitié du est une période de crise. Les grandes compagnies, des bandes de soldats qui, pendant la paix, se transforment en brigands, sont chassées de France et envahissent la Provence. Nice est isolée du reste de la Provence. La peste noire sévit ensuite, de 1348 à 1353.
Le comte de Savoie, au même moment, mène une politique d'expansion vers le sud. Amédée VI, dit le comte vert, obtient du comte de Provence Louis la partie angevine du Piémont. Son successeur, Amédée VII, le comte rouge, achète, en 1385, Coni et le Val de Stura.