thumb|Le Drac du pont Saint-Bénézet à Avignon. thumb|Le Drac ailé sur la façade d’une maison de la rue Sorni à Valence (Espagne). thumb|Le Drachenstich de Furth im Wald, en Bavière. Drac désigne, principalement en Occitanie et en Catalogne, un grand nombre de créatures imaginaires de formes variables, dont la plupart sont considérées comme des dragons représentant le diable, liés à l'eau et à ses dangers.

Étymologie thumb|Les grottes du Drac (Cuevas del Drach) à Majorque.

Le mot drac est un terme occitan vraisemblablement issu du latin classique draco/draconis, tout comme le français dragon. Cependant, dans ses emplois semblables au français, la langue occitane utilise le terme issu du français dragon, dragonàs pour désigner un « grand dragon » et dragonat pour un « jeune dragon ». Le terme drac étant réservé à des emplois spécifiques propres aux mythologies locales, ainsi un « dragon de mer » se dira dracmarinDictionnaire panoccitan.org en ligne : dragon.

Il existe différentes variantes de ce terme, suivant les régions ou les pays d'oc. On trouve par exemple la forme drac en Auvergne prononcée [dra], et les féminins draga, draquessa, ainsi que draquet, parfois drapé ou drapetFrédéric Mistral, Trésor du Félibrige, article Drapet, et encore dracon qui peuvent être des diminutifs, signifiant un petit, ou un jeune drac, ou désigner une créature distincte.

Nommé DrachCuevas del Drach en catalan, il devient Drăcul en roumain, langues ayant la même origine latine que l'occitan, notamment le catalan qui est classé par certains linguistes dans un supra-groupe occitano-catalan.

Le mot latin est un emprunt au grec drákōn. Il existe aussi dans les langues celtiques, par exemple en gallois DdraigLe drapeau du pays de Galles porte le nom de Y Ddraig Goch. La forme du germanique commun reconstitué *drakan est considérée par les spécialistes comme un emprunt au latin et est à l'origine des mots drake en anglais, Drachen en allemand (vieux haut allemand trahho) et draak en néerlandais (moyen néerlandais drake). Cependant, le terme anglais drake n'a plus le sens de dragon depuis le Moyen ÂgeIl désigne d'une part une sorte de canon et d'autre part un canard mâle., époque à laquelle il a été remplacé par l'emprunt au français dragon.

, en Scandinavie où elle a désigné les fameux drakkars des Vikings. , chez les Anglo-saxons et l'un de ceux qui illustrèrent ce nom, Francis Drake, fut surnommé El Draque par les Espagnols et noté Franciscus Draco dans les textes latins. Enfin, elle est courante dans l'espace germanophone sous la graphie de Drachen qui nomme le Drachenstich ou le Drachenorden. Les Afrikaners l'ont même exportée dans le Swaziland, où une montagne a été nommée Drakensberg.

Du torrent du Grésivaudan… La rivière de ce nom, le Drac, dont l'étymologie plus certaine est Drau, d'après une racine hydronomique dur, dora, a été représentée par une figure de créature hybride du drac occitan, génie des eaux. L'assimilation du cours d'eau au dragon était renforcée par les multiples « colères » dévastatrices de la rivière qui inondait la ville de Grenoble avant d'être déviée et canalisée par des digues. Le serpent et le dragon étaient les noms donnés à l'Isère et au Drac. thumb|Le char du drakkar à la Fête des Fleurs de Jersey en 2007. Dans les Alpes, les dragons abondent. En 1548, le pasteur suisse Johannes Stumpf publie à Zurich une Chronique dans laquelle il propose une première « classification » des dragons, considérés comme des animaux réels : il distingue le Track (Drache) qui vit dans des grottes sous les sommets, et le Lindwurm qui hante les gorges des torrentsMichel Meurger, L'espace et le temps des dragons : le dragon dans l'aire européenne, in Êtres fantastiques, de l'imaginaire alpin à l'imaginaire humain, Musée dauphinois, Grenoble, 2006..

… au vaisseau viking Le nom de « drakkar » sous lequel sont communément connus les navires vikings, quels qu’ils soient, est un terme apparu en France en 1840, inspiré du terme suédois drakar, pluriel de drake (dragon), lui-même apparenté à l'ancien nordique drekiAlain Rey (dir), Dictionnaire historique de la langue française, Dictionnaires Le Robert, 1998, 1135.. L'historien François Neveux précise que « dans l'espace viking, [le terme de dreki] sert d'abord à désigner les figures sculptées à la proue et à la poupe des navires, qui représentaient souvent des dragons »François Neveux, L'Aventure des Normands (), Éd. Perrin, 2006, 37..

Description Selon les légendes folkloriques associées, le Drac peut avoir différentes formes. Il est tantôt décrit comme un oiseau, un génie du soleil, un loup-garou, un lutin, un ondin et même un être humain, ou une grande quantité d'animaux différents plus ou moins assimilés au diable. Le Drac, qui sévissait à Beaucaire, en face de Tarascon, cité de la Tarasque, est ainsi décrit par Frédéric Mistral : Frédéric Mistral in Trésor du Félibrige. Représenté le plus souvent comme un saurien palmipède et ailé, le Drac a la possibilité de se réincarner en prenant forme humaine. Homme fait reptile ou serpent devenant homme, il attirait en Provence, jeunes filles et jeunes gens pour les noyer dans le Rhône en leur faisant miroiter gemmes, joyaux et pierres précieuses.

Drac de Beaucaire thumb|Drac de Beaucaire à tête humaine, . On a dès le des relations de Dracs habitant les eaux du Rhône. Un chroniqueur de l'époque dit qu'ils peuvent prendre une apparence humaine, et qu'ils font flotter sur les eaux des coupes en or, ou des anneaux, qui attirent les humains. Quand ceux-ci se sont penchés ou avancés dans l'eau, les Dracs s'emparent d'eux pour les dévorer ou se servir d'euxPaul Sébillot, Le Folklore de France, 1904-1906, « Les Eaux douces », p. 170, rééd. Imago, 1983 : le Drac de Beaucaire est une célèbre légende chroniquée par Gervais de Tilbury au début du XIIIGervais de Tilbury, Otia Imperalia (vers 1214), traduction de Marcel Maupoint, dans son récit De lamis et dracis et phantasis.

Elle raconte l'histoire d'une femme enlevée par un Drac alors qu'elle lavait son linge au bord du Rhône : elle avait vu une coupe de bois flotter et n'avait pu s'empêcher de la saisir, c'est alors que le dragon l'entraîna par le fond et la força à devenir la nourrice de son fils. Elle vit le dragon enlever des humains en prenant lui-même une apparence humaine puis, sept ans plus tard, elle revint saine et sauve. Son mari et son ami la reconnurent à peine p. 92-93. Elle leur raconta alors ce qu'elle avait vécu durant sa captivité, que les Dracs se nourrissaient de chair humaine et prenaient eux-mêmes forme humaine, et comment, un jour, elle toucha par hasard l'un de ses yeux avec son doigt enduit de graisse d'un , ce qui lui donna le pouvoir de voir clair sous l'eau. Un Drac qu'elle salua par erreur alors qu'il avait pris forme humaine lui demanda de quel œil elle l'avait reconnu, et lui ôta son pouvoir. thumb|La Lavandière de Paul Guigou, 1860. Dans le chant VI de son Poème du Rhône, Frédéric Mistral, reprend ce thème des mésaventures d'une lavandière de Beaucaire enlevée par le Drac. La narration en est différente. Charmée par un chant venu du plus profond des eaux, l'Anglore avait laissé tomber son battoir dans le fleuve. Quand elle tenta de le récupérer, elle fut saisie et entraînée par le Drac . Elle allait y rester durant sept ans. Là, elle servit de nourrice au fils du Drac. Très satisfait de ses premiers services . L'Anglore oublia un soir cette recommandation et le lendemain matin, après qu'elle se fut frotté les yeux pour mieux s'éveiller, elle vit enfin le Drac sous sa forme humaine.

Quand elle réapparut, pressée de questions, elle avoua qu'elle était restée tout ce temps dans le Rhône avec le Drac. Le poète conclut son chant en jouant sur ambiguïté de leurs rapports. L'Anglore ne put se défaire de la séduction qu'exerçait sur elle son geôlier qu'en se signant. Quelque temps après, en se promenant sur une place de Beaucaire, elle aperçut un homme qui n'était autre que le Drac. Elle s'empressa d'aller le saluer. Mal lui en prit, celui-ci furieux d'avoir été découvert, lui creva un œil d'un coup de griffe et s'en retourna à tout jamais au plus profond du Rhône.

Des battoirs de lavandières ornés d'un Drac reptilien sont exposés au Musée du Vieux Beaucaire et au Museon Arlaten.

Drac occitan thumb|Sainte Énimie combattant le Drac, peinture murale de l'église de Sainte-Énimie (Lozère).

La Légende argentée de sainte Énimie, patronne de la ville du même nom, en Lozère, dit que celle-ci eut à lutter contre un Drac, un dragon diabolique. Dans son recueil de contes traditionnels intitulé Contes del Drac Joan Bodon (1920-1975) relève plusieurs contes associant lo Drac (prononcer « lou drac ») à un équivalent des fameux lycanthropes. Dans le Rouergue, le Drac est parfois représenté comme un loup-garou, homme le jour et loup la nuit. Il sort alors pour se nourrir (avec une prédilection pour les enfants et les jeunes femmes vierges). Pour se transformer, il doit entrer en contact avec sa peau de loup qu'il cache quelque part dans sa maison. Si la dite peau est brûlée, la malédiction est levée. Il est raconté que ce Drac est le fruit de l'union entre le Diable et une jeune mortelle encore vierge.

En Rouergue, le Drac était un démon poursuivant les hirondelles. Ceci expliquait le vol erratique de cet oiseau. Un jour, l'un de ces démons parvint à happer la queue de l'oiseau, et depuis toutes les hirondelles possèdent une queue fourchue. En fait, l'hirondelle suit les moustiques qui font des tours et détours pour échapper à leur prédateur, mais les insectes étant trop petits pour être vus de loin, il a fallu trouver une autre raison pour expliquer ce vol.

Dans les légendes languedociennes, notamment de Rouergue et dans la région du Viaur, selon l'écrivain occitan Joan Bodon, le Drac est considéré comme étant le fils du diable. De son épouse, nommée en occitan draquessa, il eut une multitude de descendants, les dracous, qui ne cessent de jouer des tours plus ou moins pendables aux humains.

Dans les régions occitanes, le Drac est souvent considéré comme un génie des eaux, une sorte de sirène mâle souvent accompagné de sa forme féminine, la draga, aussi appelée dauna d'aiga en occitan, dona d'aigua en catalan (« dame d'eau »). En Ariège, on a relevé de nombreux témoignages sur les dragas : à Lordat, elles vivaient dans des grottes, près d'un ruisseau où elles faisaient leur lessive avec des battoirs en or, et elles n'avaient qu'un œil au milieu du front. En Pays de Foix, les dragas vivent dans les cours d'eau, ont un corps serpentiforme et sont assimilées à des fées. Elles sont très vindicatives vis-à-vis des intrus, et seul le son des cloches les arrêteCharles Joisten, Les Êtres fantastiques dans le folklore de l'Ariège, Toulouse, Loubatières, 2000.

Dans ses Contes populaires de la Gascogne, Jean-François Bladé a deux contes intitulés Le Drac. Dans le premier , le Drac n'a pas de forme explicite (on peut supposer qu'il a une apparence humaine), il se désigne lui-même comme le Roi des eaux, il vit dans un beau château au milieu d'un jardin sur la mer, il peut marcher sur les flots et commander vents et tempêtes ; toutefois son pouvoir finit à la limite des eaux, « à terre ». Il veut épouser la belle Jeanneton, mais celle-ci lui objecte qu'il n'est pas de la race des chrétiens ; il la retient alors captive par « une chaîne dorée, fine comme un cheveu, forte comme une barre d'acier, et longue de sept cents lieues », qui lui permet malgré tout de courir sur la mer. Ce conte a été repris par Pierre Dubois dans sa Grande encyclopédie des elfes.

Édouard Brasey rappelle que la plupart de ces génies des eaux sont décrits comme vivant dans les sources ou les puits, et que certaines descriptions font état de longs cheveux d'algues vertes et de nageoires translucides, à l'instar des ondins.

Drac catalan