Le célibat sacerdotal, dans l'Église catholique latine, est une règle selon laquelle seuls des hommes célibataires peuvent être ordonnés prêtres. Les Églises catholiques orientales n'imposent pas ce célibat.
Présentation Le célibat des prêtres constitue notamment le thème de l'encyclique Sacerdotalis caelibatus émise par Paul VI en 1967. Elle est affirmée et justifiée dans le Code de droit canonique de 1983 par le canon 277 : Les clercs sont tenus par l'obligation de garder la continence parfaite et perpétuelle à cause du Royaume des Cieux, et sont donc astreints au célibat, don particulier de Dieu par lequel les ministres sacrés peuvent s'unir plus facilement au Christ avec un cœur sans partage et s'adonner plus librement au service de Dieu et des hommesExtrait du Code sur le site du Vatican..
Histoire La question du mariage des apôtres Les apôtres étaient probablement mariés. Plusieurs versets du Nouveau Testament le suggèrent : (1 Co., 9, 5) ; (Actes, 21, 8-9).
La Tradition rapporte toutefois que l’apôtre Jean est vierge, ayant été choisi par Jésus avant l'âge de se marier.. L'apôtre Paul se déclare non marié dans la Première épître aux Corinthiens. Des spécialistes pensent que Paul est resté célibataire toute sa vie, d'autres qu'il était veuf ou divorcé.. Clément d'Alexandrie attaque l'encratisme, un courant radical qui prône l'ascétisme, en prenant l'exemple des apôtres qui se sont mariés et ont eu des enfants.. Les Pères de l'Église affirment tous que les apôtres ont pratiqué la continence parfaite après avoir suivi Jésus.
De l’âge apostolique au Le jésuite Christian Cochini a établi qu'un nombre important d'évêques, de prêtres et de diacres des quatre premiers siècles étaient mariés et avaient des enfants. Pour certains d'entre eux, il est précisé qu'ils vécurent dans la continence parfaite après leur ordination, pour d'autres il n'est pas possible de le savoir. Selon lui, .
Dans les Philosophoumena attribués à Hippolyte de Rome, les accusations contre le pape Calixte confirment indirectement la discipline de continence des clercs.
Tertullien fait écho à plusieurs laïcs qui s'imposent la discipline de la continence, inspirés en cela par le monachisme et les exemples de vie ascétique. Jérôme de Stridon et Augustin d'Hippone en témoignent également au siècle suivant.
Du au En 313, l’Édit de Constantin met fin aux persécutions. Une ère nouvelle s’ouvre pour l’Église, qui peut sortir de l’ombre et s’organiser librement.
Plusieurs Pères de l’Église font état de la discipline de la continence parfaite. Cochini met en avant quatre personnalités : Épiphane de Salamine, Ambrosiaster, Ambroise de Milan et Saint Jérôme.
Saint Jérôme défend le célibat sacerdotal face à Jovinien et Vigilance qui y étaient opposés.. Ceux-ci ont été ultérieurement vus comme des précurseurs du protestantisme.
Léon Bussy, pasteur protestant qui prendra parti pour Jovien et Vigilance, cite comme et toujours mariés Grégoire de Nysse, Grégoire l'Ancien et Synésios de Cyrène.
Plusieurs conciles locaux réunis entre le réaffirment le célibat sacerdotal, ce qui implique des manquements.
Le concile d’Elvire Le concile d’Elvire se tient au début du , probablement aux alentours de 305. Il doit clarifier et raviver des domaines importants de la discipline de l’Église d’Espagne, abandonnés durant les persécutions. L’arrivée au pouvoir impérial de Constance Chlore, favorable aux chrétiens, permet la réunion de ce premier concile espagnol. Il est le plus ancien texte juridique sur le célibat qui ait été conservé. ( canon)Pour Funk, ..
Le concile d'Arles Le concile d'Arles de 314 proscrit dans son canon 29 les relations conjugales des prêtres et des diacres...
Le concile de Nicée (325) Premier concile œcuménique, le premier concile de Nicée a été réuni pour définir la doctrine christologique de l’Église et répondre ainsi à la doctrine arienne. La réunion de nombreux évêques fut aussi l’occasion de statuer une vingtaine de canons disciplinaires, parmi lesquels le troisième aborde le sujet du célibat.Canon 3 : « Des femmes qui cohabitent avec des clercs »Selon Socrate le Scolastique, l'évêque Paphnuce serait intervenu pour dissuader les pères d’interdire aux clercs d’avoir des relations conjugales avec leurs épouses. Certains historiens considèrent qu'il s'agit d'une invention.. Elle n'est mentionnée que par Socrate le Scolastique vers l'an 440, sans mentionner de source. Le nom de Paphnuce n'apparaît nulle part dans les listes disponibles d'inscription au concile .
Conciles d'Ancyre et Néocésarée
Lors du et du , au début du , il est décidé que les prêtres et les diacres ne doivent plus se marier après avoir été ordonnés..
Les décrétales du pape Sirice Trois documents sont publiés par le pape Sirice au début de son pontificat :
La décrétale Directa de 385, envoyée par le pape Sirice à l'évêque espagnol Himère, métropolitain de la Tarraconaise. Il rappelle à l’ordre le clergé espagnol. La décrétale Cum in unum de 386, envoyée par Sirice aux épiscopats de diverses provinces pour leur communiquer les décisions prises en à Rome par un concile de 80 évêques. Il rend compte des décisions prises lors d’un synode romain. La décrétale Dominus inter, en réponse à des questions posées par des évêques des Gaules.
Ces textes fondamentaux supposent naturelles et bien établies à la fois l’ordination d’hommes mariés et la discipline de la continence parfaite. Le principal argument qu’ils présentent pour condamner ceux qui ne se soumettent pas à cette dernière est la contradiction avec la tradition reçue des apôtres.
L'interprétation de 1 Tm 3, 2-12 et Tt 1, 6 () par le pape Sirice est que la fidélité à une seule épouse dans le mariage est une garantie de chasteté dans le futur.
Le concile de Carthage de 390
Le deuxième canon du concile de Carthage de 390 aborde l'exigence de la continence des clercs :L’argumentation est d’ordre théologique et se fonde sur la nature et la mission des clercs, rendus intimement participants de la médiation du Christ par leur ordination. .
Le concile général de l’Église africaine (419) Ce concile rassembla 217 évêques d’Afrique du Nord, dont Saint Augustin. Il promulgua de nouveau le deuxième canon du concile de Carthage, qui sera à cette occasion approuvé par Rome et inscrit dans le Codex canonum Ecclesiae africanae.
Rôle des papes du Moyen Âge en Occident Conciles Les nombreux conciles (concile de Clermont de 535, conciles de Tolède) qui imposaient aux clercs mariés la continence perpétuelle, voyaient leurs décrets rapidement oubliés et peu appliqués, ce qui nécessitait des répétitions réitérant l'injonction du célibat, allant jusqu'au rabâchage..
Léon le Grand Dans sa Lettre à l'évêque Rustique de Narbonne, le pape Léon le Grand déclare :« La loi de continence est la même pour les ministres de l’autel (les diacres) que pour les évêques et les prêtres. Lorsqu’ils étaient encore laïcs ou lecteurs, ils pouvaient être autorisés à se marier et à procréer. Mais dès qu’ils atteignaient les degrés nommés ci-dessus, ce qui autrefois leur était permis cessait désormais de l’être. Pour que du mariage selon la chair naisse ainsi un mariage spirituel, il est nécessaire non pas qu’ils répudient leurs épouses, mais qu’ils les aient comme s'ils n’en avaient pas, afin que soit gardé l’amour conjugal mais que cesse en même temps l’usage du mariage »Léon le Grand, Lettre à l’évêque Rustique de Narbonne, 456Léon introduit l'expression de lex continentiae : les prêtres doivent vivre la continence avec leur femme, mais ne doivent pas les renvoyer..
Grégoire le Grand En 1998, le cardinal Alfons-Maria Stickler écrit :« Grégoire le Grand (590-604) atteste indirectement dans ses lettres que, pour l’essentiel, la continence cléricale était observée dans l’Église d’Occident. Il décréta que l’ordination au sous-diaconat était définitive et entraînait pour tous le devoir de continence. De plus, il s’employa à plusieurs reprises à interdire en toutes circonstances la cohabitation des clercs majeurs avec des femmes non autorisées à le faire, cette cohabitation devant donc être empêchée. Comme les anciennes épouses n’appartenaient pas, normalement, aux femmes autorisées, on a ici une interprétation remarquable du canon 3 correspondant de Nicée »..
La réforme grégorienne
À partir de Léon IX (1049-1054), les papes entreprennent un grand mouvement de réforme, qui prendra le nom de « réforme grégorienne » et qui se poursuivra même après le pontificat de Grégoire VII (1073-1085).
Par un décret de 1074 du pape Grégoire VII, le mariage et le concubinage des prêtres sont interdits.. La réforme grégorienne vise à éviter l'enrichissement des clercs mariés au profit de leur descendance.. Au moment où le mariage chrétien s'impose comme un sacrement, le célibat sacerdotal permet de distinguer dans la société les laïcs mariés du clergé célibataire. À cette époque est mise en avant la vision théologique du mariage symbolique des clercs avec l'Église..
Le concile « in Trullo » et le célibat sacerdotal en Orient
Déroulement et canons du concile « in Trullo » D'après Christian Cochini, « Ces pages d'histoire nous aident à mieux comprendre pourquoi le concile Quinisexte s'ouvrit dans une certaine atmosphère d'hostilité vis-à-vis de Rome. S'il se propose de réformer les abus et les erreurs de son temps, le synode byzantin entend le faire à sa manière, prenant ses distances par rapport à l'Occident et affichant son désaccord avec certaines traditions latines. L'orthodoxie resta sauve, mais sur les questions de discipline cléricale et liturgique, les 215 Pères grecs, orientaux ou arméniens réunis « sous la Coupole » du Palais impérial (in Trullo) s'opposèrent sur plus d'un point à Rome ». Le pape Serge (687-701), syrien d'origine, déclara « préférer la mort » à la reconnaissance de « certains canons (qui) étaient contre l'ordre de l'Église ».
C’est le cas par exemple du treizième canon du concile in Trullo, qui établit la discipline orientale du célibat des clercs encore en vigueur en Orient. : .
Cependant, Orient comme Occident s’accordent à exiger la continence parfaite pour les évêques : le canon 12 du concile « in Trullo » interdit la cohabitation des évêques avec leurs ex-épouses.
Postérité en Orient Depuis le concile « in Trullo », rien dans la discipline et la pratique du célibat n’a changé dans les Églises locales qui dépendent de l’obédience byzantine.
La règle mise en place, qui s'applique pour les fidèles comme pour le clergé, préconise un ou trois jours de continence avant la participation à l'eucharistie. Pour les Églises orientales unies à Rome, cette discipline décline particulièrement au , probablement en raison de l'influence latine de l'eucharistie quotidienne.
À partir du onzième siècle, se répand l'usage que les prêtres de paroisse doivent être mariés, les prêtres non mariés étant dans des monastères.
Importance du concile en Occident
Le concile « in Trullo » est considéré en Orient comme un concile œcuménique, en complément des deux conciles précédents. Le pape Serge (687-701) ne le reconnut pas. Les papes Adrien , Jean VIII et Innocent III ainsi que Gratien le reconnurent, en notant toutefois le caractère propre de la discipline orientale..
La façon dont l'empereur byzantin Justinien II se fit reconnaître par le pape jeta le discrédit sur le concile lui-même. Bède le Vénérable le qualifia de synodus erratica. Au moment du schisme de 1054, le cardinal Humbert de Moyenmoutier rejette en bloc les canons du concile. Grégoire VII souhaitait cesser le schisme, ce qui a probablement eu pour conséquence leur étude par l'évêque Yves de Chartres, qui en accepte 17 canons au sein de sa Collectio Tripartita..