Jo Tréhard, nom d'artiste de Joseph Tréhard, né à Sées dans l'Orne le et mort à Caen le , est un metteur en scène et directeur de théâtre français. Il est l'une des figures marquantes de la décentralisation théâtrale en France, actif en Normandie à Caen, où il dirige le Théâtre-Maison de la Culture de Caen de 1963 à 1968 et où il crée en 1969 la Comédie de Caen .

Biographie Jo Tréhard, fils d'un coiffeur de Sées, après des études jusqu'en cinquième au petit séminaire de sa ville natale, suit une formation professionnelle à Caen et obtient un CAP d’ajusteur en . Pendant la seconde guerre mondiale, il est moniteur d’éducation physique, puis d’art dramatique dans un Centre de jeunesse de l’Orne.

Comédien de théâtre autodidacte, Jo Tréhard est engagé à l'automne 1945 par Édouard Colin, directeur de l'Office municipal de la jeunesse de la mairie de Caen, pour animer des veillées et des jeux dramatiques ; la ville est alors encore en grande partie en ruines à la suite des bombardements de juin et lors du débarquement de Normandie. Il fonde en 1947 autour d'une compagnie le Centre régional d'art dramatique, qu'il installe avenue Albert-Sorel dans un hangar, un ancien baraquement militaire de de long qui contient des surplus américains ; la salle de , inaugurée en et baptisée salle des Beaux-Arts, est rapidement, en raison de sa forme, surnommée le Tonneau.. Elle fait office de théâtre municipal pendant .

Il crée en 1950 au Château de Caen le Festival dramatique de Normandie : les spectacles sont joués en plein air, sur un plateau de sur 16. La première édition a lieu en 1951 : Tréhard y met en scène la pièce Guillaume de Normandie de Paul Blanchart.. Il passe commande à Boris Vian pour le texte et Georges Delerue pour la musique de scène d'un spectacle adapté des romans de la Table ronde : Le Chevalier de neige, autour de la figure du chevalier Lancelot du Lac et de la reine Guenièvre, est créé en au château de Caen pour sept représentations, mis en scène par Tréhard, avec Silvia Monfort, Jacques Dacqmine, Jean Lagache, le jeune Michel Piccoli, mais sans succès : les spectateurs ne sont pas au rendez-vous, Jo Tréhard reçoit un blâme de la mairie et doit rembourser l'avance qu’il avait perçue pour monter le spectacle..

En , la décision est prise par la municipalité de reconstruire le théâtre de Caen détruit pendant la guerre. Jo Tréhard rédige un programme architectural en 1955 et un projet de gestion en qui transforment le théâtre en un Théâtre-Maison de la Culture, dont le principe d'une vie permanente et polyvalente anticipe l'institution des maisons de la Culture par André Malraux.

Le Théâtre-Maison de la Culture de Caen (TMC) est inauguré le , et Jo Tréhard en devient le directeur., entouré d'un conseil d'administration où l'on trouve le peintre Jacques Bouffartigue, les comédiens Pierre Barrat, Jean Bouchaud et Bertrand Hamelin, « Élites culturelles et (re)construction: les élites culturelles à Caen de la Libération au début des années 1970 », hal-shs 02901110, . Il y présente ses propres mises en scène, et y invite d'autres metteurs en scène, notamment Antoine Vitez qui y met en scène ses premières pièces : Électre de Sophocle en , sa tragédie-montage Le Procès d'Émile Henry en décembre de la même année, Les Bains de Vladimir Maïakovski dans l'adaptation française d'Elsa Triolet en ..

Après les événements de Mai 68, le maire de Caen Jean-Marie Louvel, qui reproche à Tréhard sa programmation tout autant que sa participation au mouvement de Mai, décide de reprendre en main et de municipaliser le Théâtre-Maison de la Culture. Afin de conserver son indépendance, Jo Tréhard démissionne de son poste et continue son aventure en transformant une salle paroissiale en théâtre de . ; la salle est située au 32, rue des Cordes : le , il y fonde la Comédie de Caen, devenue centre dramatique national en 1972..

Jo Tréhard la dirige jusqu'à sa mort survenue à l'âge de le à l'hôpital de Caen.. Il ne voit pas la première de son dernier spectacle Martin Luther et Thomas Münzer ou les Débuts de la comptabilité de Dieter Forte, mis en scène en collaboration avec Michel Dubois (qui lui succède à la direction de la Comédie de Caen) et dont la première a lieu à Paris en au Théâtre de l'Est parisien.

Metteur en scène 1951 : Guillaume de Normandie de Paul Blanchart, château de Caen dans le cadre du Festival de Normandie..

1957 : Histoire du soldat, mimodrame d'Igor Stravinsky et Charles Ferdinand Ramuz, Caen. Le Chevalier de neige, spectacle musical de Boris Vian (création), musique de scène de Georges Delerue, château de Caen dans le cadre du Festival de Normandie.

1958 : Inquisition de Diego Fabbri, adaptation française de Michel Arnaud, Comédie de l'Ouest, Rennes.

1960 : Le Mariage de Figaro, comédie de Beaumarchais, Comédie de Caen, puis tournée ; reprise en 1966 à la Maison de la culture de Bourges dans le cadre du Festival du Théâtre des Provinces, et au Théâtre de l'Est parisien, puis en 1967 à Paris, Hôtel de Sully, dans le cadre du Festival du Marais.

1963 : pour l'inauguration du Théâtre-Maison de la Culture de Caen reconstruit, le , Jo Tréhard met en scène deux pièces : Les Fourberies de Scapin, comédie de Molière, Volpone, comédie de Ben Jonson, décors et costumes d'Agostino Pace. ; la pièce est reprise au Théâtre Sarah-Bernhardt à Paris.

1964 : Un chapeau de paille d'Italie, comédie d'Eugène Labiche et Marc-Michel, Théâtre-Maison de la culture de Caen.

1966 : L’Événement de Guy Foissy (création), Théâtre-Maison de la culture de Caen ; la pièce est reprise en 1970.

1968 : Richard II, tragédie de Shakespeare, adaptation en français de Pierre Leyris, décors et costumes d'André Acquart, avec Gérard Guillaumat (rôle-titre), Théâtre-Maison de la Culture de Caen..

1969 : Le Chariot de terre cuite de Claude Roy, adaptation du drame sanskrit du poète et dramaturge indien Shûdraka (création), Théâtre-Maison de la Culture de Caen...

1970 Le Prince travesti, comédie de Marivaux, Comédie de Caen.. Dieu aboie-t-il ? de François Boyer (création), mise en scène avec Jean Bouchaud, Comédie de Caen.

1971 , comédie de Max Frisch, Théâtre municipal de Cherbourg., puis Théâtre national de Nice. Chronique de la vie et de la mort d'Hitler de Christian Liger, Comédie de Caen, joué au stade Hélitas.

1973 : Martin Luther et Thomas Münzer ou les Débuts de la comptabilité de Dieter Forte (création en France), traduction de Bernard Lortholary, mise en scène avec Michel Dubois, production de la Comédie de Caen au Théâtre de l'Est parisien., puis au Théâtre national de Strasbourg (TNS).

Hommages Au début des années 2000, l'espace situé devant la façade du Théâtre de Caen reçoit le nom d'« Esplanade Jo-Tréhard ».. En 2023, son nom est donné à une salle de la Comédie de Caen..

En 2022, le festival de théâtre amateur organisé à Sées, ville natale de Jo Tréhard, prend son nom. ; son nom est donné à une rue de la ville..

En 2025, une exposition Les années Tréhard lui est consacrée au Théâtre de Caen..

Archives Les archives Jo Tréhard sont déposées à l’Institut mémoires de l'édition contemporaine (IMEC)..

Notes et références

Bibliographie .

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Voir aussi Théâtre de Caen Comédie de Caen Décentralisation théâtrale

Liens externes

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