, né le à Yamakawa, Shuri, préfecture d'Okinawa (îles Ryūkyū) et décédé le à Tokyo (Japon). Son surnom et nom d'artiste étant "Shoto" ou "Kurt", il est le fondateur du karaté Shotokan et du Shōtōkai-ryū.

Gichin Funakoshi est le descendant d'une lignée de bushi (samouraïs), famille qui, dans le passé, avait été vassale de la noble dynastie des îles Ryūkyū. Son troisième fils, Gigō Funakoshi, prendra sa suite.

Enfance À l'âge de 11 ans, il s'était déjà fait un nom dans le style d'art martial des îles Ryūkyū. Commençant sa formation avec le maître Azato Anko, il ne mit pas longtemps à égaler son maître en habileté et à partager avec lui le sentiment d'être « l'artiste martial le plus accompli » dans le domaine. Il apprit également le karate-jutsu (signifiant « l'art technique de la main vide») avec maître Anko Itosu. Ses deux professeurs furent impressionnés par sa noblesse de caractère.

Élaboration du karaté-do thumb|gauche|Maître Gichin Funakoshi. thumb|Gichin Funakoshi s'entrainant au Makiwara. Comme au cours de ses années il a poursuivi sa formation et a continuellement développé ses remarquables qualités, Maître Funakoshi est devenu Chairman de la Okinawa Martial Arts Society et instructeur à l'école de professeurs d'Okinawa. En 1922, à l'âge de 54 ans, il présenta le karaté-jutsu d'Okinawa au premier ministère de l'Éducation (aujourd'hui ministère de l'Éducation, de la Science, des Sports et de la Culture). Cette présentation, la première démonstration publique du karaté-jutsu au Japon, eut un succès incroyable. Et l'artiste martial précédemment inconnu Funakoshi Gichin est, en un instant, devenu célèbre dans tout le monde des arts martiaux japonais.

Immédiatement, le fondateur du judo moderne, Kano Jigoro, invita Maître Funakoshi et son pupille Gima Shinkin au dojo du judo Kōdōkan pour qu'ils fassent une démonstration de katas. L'évènement remplit le dojo Kodokan. Il a été si bien reçu que Maître Funakoshi se trouva pressé de tous les côtés pour rester à Tokyo.

Encouragé par l'opportunité de promouvoir l'art martial pour lequel il avait tant fait, Maître Funakoshi commence à l'enseigner plus tard au Meiseijuku de Tokyo, un dortoir pour les étudiants d'Okinawa. En 1922, il publie un livre intitulé « Karaté de Ryūkyū Kempo ». C'était la première exposition formelle au Japon sur l'art du karaté-jutsu. Non seulement était-il frais et romancé, mais en plus il était admirablement bien écrit, et il créa immédiatement un engouement sans précédent pour le karaté. Il a cinquante-quatre ans lorsqu'à la demande du gouvernement japonais, il fait une démonstration de l'art de l'autodéfense. Cette date marqua l'entrée au grand jour du karaté-do, qui se répandit sur l'archipel nippon puis, après la Seconde Guerre mondiale, dans le monde.

Étant donné que la popularité du karaté-jutsu commençait à s'étendre, Maître Funakoshi produisit la première « certification du rang de dan » en .

Durant cette époque, avec l'encouragement de son professeur de bouddhisme, l'abbé Furukawa Gyodo du temple de Enkakuji à Kamakura, Maître Funakoshi commença à pratiquer le bouddhisme zen. Il a contemplé l'enseignement bouddhiste bien connu qui dit « la forme est le vide et le vide est la forme » (voir aussi Budo et spiritualité). Il commença à voir la pertinence de cela avec son art martial, et finalement utilisa ce prétexte pour changer les caractères de karaté pour kara + te (« chinois » + « main ») en kara + te (« vide » + « main »).

Puis, afin de populariser l'art martial « local » d'Okinawa dans le reste du Japon, Maître Funakoshi a synthétisé un système très complet de techniques et de théories, et changé les noms chinois et okinawaïens des katas en japonais. En 1929, après mûre réflexion, il a également changé le nom de karaté-jutsu (« l'art martial de la main chinoise ») en karaté-do (« la voie du karaté » ou « la voie de la main vide »). Il a ensuite défini les vingt préceptes du karaté et établi une grande philosophie de cet art martial.

Enfin, la voie du karaté a été reconnue et a gagné en popularité à travers tout le Japon. Le nombre de personnes voulant commencer la formation a tellement augmenté qu'il est devenu difficile de trouver un endroit pour pratiquer. Ainsi, en 1939, Maître Funakoshi établit le dojo du « Shotokan », qu'il fit construire à ses propres frais. « Shoto » est le premier prénom qu'il utilisait quand il faisait de la calligraphie et écrivait de la poésie. « Shoto » signifie « vagues de pins », et fait référence au bruit du vent soufflant à travers les pins, qui ressemble au son des vagues de l'océan.

À ce moment-là, Maître Funakoshi enseignait depuis longtemps le karaté aux étudiants. Par conséquent, des clubs de karaté s'étaient mis en place dans les établissements d'enseignement supérieur partout au Japon : c'est une autre raison pour laquelle le karaté est devenu aussi respecté aujourd'hui.

Dans les raids aériens de la Seconde Guerre mondiale, le dojo Shotokan fut détruit, et la croissance du karaté s'arrêta temporairement. Mais après la guerre, des élèves de Funakoshi se regroupèrent et en 1949, ils formèrent la JKA (Japan Karate Association) avec le but d’établir le karaté comme sport de compétition. Funakoshi refusa de soutenir cela, mais fut quand même nommé « instructeur d'honneur », un honneur qu’il n’accepta jamais. Karaté-do et compétition n’étaient pas compatible à ses yeux. Il a alors nommé comme successeur un uchi deshi (Jikideshi), qui suivait aussi les valeurs éthiques de l’art martial : Shigeru Egami. Celui-ci créa avec d’autres élèves de Funakoshi la NKS (Nihon Karate-dō Shōtōkai).

Le , le ministère de l'Éducation a reconnu officiellement la JKA. Seize jours plus tard, à l'âge de 89 ans, Maître Funakoshi mourut. Un grand mémorial public a été tenu à Ryogoku Kokugikan (Ryogoku National Sumo Hall), occupé par plus de personnes, y compris beaucoup de célébrités venues témoigner leur respect.

Un monument commémoratif pour Maître Funakoshi a été construit au temple Enkakuji, à Kamakura. Les membres de la JKA l'ont visité symboliquement le de cette année, la date du festival de Shoto.

Enseignements et philosophie du maître Gichin Funakoshi, le « père du karaté », aurait dit que « l'objectif ultime du karaté ne se résume pas aux mots « victoire » et « défaite », mais consiste plutôt dans le polissage du caractère des pratiquants ». L'approche de O'Sensei Funakoshi met en exergue les valeurs spirituelles et la finesse mentale au détriment de toute forme de brutalité, que celle-ci relève de la force physique ou de la technique. Il ne tardait jamais à mettre en garde prétentieux et autres vaniteux qui, assoiffés de gloire, participaient à de spectaculaires démonstrations. « Ils jouent dans les branches et le feuillage d'un arbre sans avoir la moindre idée de ce que recèle le tronc. »

Aux yeux de O'Sensei, la pratique du karaté visait aussi bien la maîtrise de l'art lui-même que la maîtrise de notre propre esprit. C'est ainsi que, dans Karate-dô Kyôhan, il écrit : « La valeur de l'art dépend de celui qui l'utilise. S'il est utilisé pour une cause juste, alors sa valeur est grande; par contre, s'il en est fait un mauvais usage, alors il n'est pas d'art plus nuisible et malfaisant que le karaté. » Les arts martiaux ne sauraient être réduits à de simples techniques, ruses et stratégies, dont l'unique dessein serait d'apporter la victoire en combat.

Dans la conception de O'Sensei, maîtrise et agilité techniques s'affadissent bien plus vite au regard des vertus bien plus essentielles que sont le polissage du cœur et du caractère. Il encourageait les pratiquants à chercher les aspects cachés et fondamentaux de l'art.

Les 20 préceptes du karaté-do 200px|thumb|Gichin Funakoshi.

Sensei Funakoshi, afin de laisser une trace écrite et de guider les pratiquants dans leur quête d'une compréhension plus approfondie des aspects spirituels de la voie du karaté-do, rédigea au soir de sa vie ce traitéFunakoshi, Gichin (1975). The Twenty Guiding Principles of Karate: The Spiritual Legacy of the Master, translated by John Teramoto. Kodansha International Ltd. .. Ces maximes succinctes, qui s'inscrivent dans le cadre d'une tradition orale, étaient originellement destinées à être complétées par des explications du Maître, dans son dojo ou au hasard de cours particuliers que celui-ci dispensait à ses disciples.

Les principes sont compacts, concis et tendent vers une nature profondément philosophique. Cette même concision fait qu'ils sont sujets à de multiples interprétations, et ce, même dans leur langue d'origine : le japonais. Certaines exégèses peuvent très bien altérer la signification originelle souhaitée par le Maître.

Les commentaires et interprétations ci-dessous sont de Genwa Nakasone, contemporain et allié de poids de maître Funakoshi. C'est cette position privilégiée aux côtés du Maître qui fit de lui l'une des personnes les plus à même d'illustrer de commentaires les vingt préceptes.

N'oubliez pas que le karaté commence et s'achève par le rei. Rei = « respect, courtoisie: le salut », mais ne pas le limiter à ces simples définitions. Il signifie le respect que l'on éprouve à l'endroit des autres. Le rei est également la marque de l'estime que l'on a pour soi. Lorsqu'on transfère cette estime que l'on a pour soi sur les autres - respect -, on agit conformément aux principes du rei. Les disciplines de combat qui font fi des principes du rei ne sont que pure violence, la force physique dénuée de rei n'est rien d'autre que brutalité, sans valeur pour l'être humain. Le rei est la manifestation physique d'un cœur sincère, révérencieux et empli de respect. Il n'y a pas d'attaque dans le karaté. Dans le karaté, les mains et les pieds sont potentiellement aussi mortels que la lame d'un sabre : c'est pourquoi, quelle que soit l'adversité, il faut dans la mesure du possible chercher à décocher un coup mortel. « Jamais il ne faut tirer son sabre sur un coup de tête »; cet enseignement fondamental était au cœur du bushido japonais. Ainsi « il n'y a pas d'attaque dans le karaté » est une extension de ce principe de base selon lequel il ne faut pas sortir son arme au moindre prétexte. Elle souligne la nécessité absolue de faire montre de patience et de pondération. Mais quand la confrontation est inévitable, le pratiquant doit se lancer corps et âme dans le combat, et aller jusqu'au bout de l'extrême limite. Le karaté est au service de l'équité. L'équité est ce qui sert le bien, la vertu : « Quand je m'observe et que je constate que je suis dans le vrai, alors, mes ennemis, fussent-ils un millier ou dix mille, ne peuvent m'arrêter. Cela implique bien sûr qu'il faut faire preuve d'intelligence, de discernement et de force véritable. » Apprends déjà à te connaître, puis connais les autres. À force de pratique, le karatéka connaît ses techniques favorites ainsi que ses propres faiblesses; en combat, il doit connaître ses propres points forts mais aussi ceux de son adversaire.