Le comte Dracula est un personnage de fiction créé par l'écrivain Bram Stoker dans son roman épistolaire Dracula publié le .
L'écrivain britannique met en scène un comte hématophage qui renouvelle l'image du revenant traditionnel et s'affirme comme le nouvel archétype du vampire, expression durable du mythe à travers le temps. Ce personnage a en effet été repris et transformé par la suite dans de nombreuses œuvres, notamment au cinéma.
Création
Écrit à la fin de , Dracula est un roman épistolaire dont le personnage principal est un vampire. Involontairement aidé par le jeune Jonathan Harker, ce personnage quitte la Transylvanie pour rejoindre l'Angleterre où il a raison de la vie de Lucy Westenra, amie de la fiancée de Jonathan Harker. Celui-ci, avec l'aide du professeur Abraham Van Helsing, de John Seward, de Quincey Morris et d'Arthur Holmwood lord Godalming, va ensuite traquer le vampire et l'éliminer de façon rituelle.
Selon Denis Buican Denis Buican, Les Métamorphoses de Dracula, Scripta, Bucarest 1996 et Neagu Djuvara Neagu Djuvara, De Vlad Țepeș à Dracula le vampire, Humanitas, Bucarest, , Bram Stoker s'est inspiré de nombreuses sources pour son personnage.
Tout d’abord, le thème du vampire apparaît dès 1819 en Angleterre, en pleine mode du roman gothique : John William Polidori (Le Vampire inspiré d’une idée originale de Lord Byron), Sheridan Le Fanu (Carmilla) mais aussi, en Allemagne, Karl Von Wachsmann (L'étranger des Carpathes en 1844, avec tous les ingrédients : château en Transylvanie, forêts sombres, personnage maudit, voyageurs effrayés…) et, en France, Charles Nodier (Histoires de vampire), Théophile Gautier (La Morte amoureuse), Paul Féval (qui fait de la goule la femelle du vampire dans La Vampire de 1856) et surtout, cinq ans avant Dracula, Jules Verne (Le Château des Carpathes)Piero Gondolo della Riva : Bibliographie analytique de toutes les œuvres de Jules Verne. Tome I. Société Jules Verne. Paris. 1977 et ..
Le nom du comte Dracula est calqué sur le surnom de deux voïvodes de Valachie du : Vlad Țepeș () et son père Vlad Dracul (« Vlad le Dragon »), ainsi appelé parce qu’il était membre de l’Ordre du Dragon ; Vlad Țepeș fut qualifié dans certains libelles, publiés par ses ennemis, de Draculea : le « Dragonneau ». Dracul ne fut d’ailleurs pas le surnom du seul Vlad, mais aussi celui d’un autre voïvode plus tardif : Mihail Ier Șuțu (1730-1803, règne de 1783 à 1795). La vie de ces voïvodes valaques est décrite par des sources hostiles comme Histoires de la Moldavie et de la Valachie de Johann Christian Engel, publié au début du , qui les présente comme des tyrans sanguinaires, s’appuyant, gravures effrayantes à l’appui, sur les libelles de leurs ennemis. Bram Stoker a pu y avoir accès soit directement en librairie ou bibliothèque, soit par les articles d’Ármin Vámbéry, professeur à l’université de Budapest qui est probablement l’Arminius Vambery cité par le Abraham Van Helsing (personnage du roman) comme « ami » et source de renseignements. Par ailleurs, dracul signifie également « diable » en roumain. Cette ambiguïté sémantique a été développée dans le roman de Stoker, soucieux de souligner l'aspect démoniaque du personnage : il se nourrit du sang de ses victimes et transforme celles-ci en vampires. Mis à part le nom, le Dracula de Bram Stoker n'a cependant pas de rapport direct avec le personnage historique : le comte se décrit ainsi lui-même comme un prince sicule transylvain, dont le château se trouve près de Bistrița et du col de Borgo.
Certains mots placés par Stoker dans la bouche des paysans tels que « vrolok » et « vlkoslak », montrent que l'écrivain connaissait le mythe des « vrykolakas » (« morts-vivants ») décrits à la même époque par Emily Gerard, auteure d’ouvrages sur le folklore de Transylvanie. Dracula est aussi appelé Préface de Dracula, l’homme de la nuit de Bram Stoker, traduit par Ève Paul-Margueritte et Lucie Paul-Margueritte, 1920, sur Wikisource.. Gerard et Stoker ont tous deux écrit que ce nom aurait la signification de « vampire » ou de « mort-vivant » en roumain mais il n’en est rien : nesuferitu désigne « l’innommable », autrement dit le démonTudor Pamfile, Mihai Canciovici, Mythologie roumaine, All educational, Bucarest, 1992., alors que « vampire » se dit vampir et « mort-vivant » strigoi. Ce dernier mot a la même étymologie que stryge, créatures femelles imaginaires également appelées goules. Ces buveuses de sang du folklore irlandais ont été reprises en Occident notamment par Paul Féval qui en fait dans son roman La Vampire (1856) la femelle du vampire.
Stoker a pu aussi avoir en mains l'une des nombreuses nouvelles inspirées par la Tragica historia du jésuite László Turóczi László Turóczi, « Tragica historia » dans Ungaria suis cum regibus compendia data, Typis Academicis Soc, Jesu per Fridericum Gall, 1729, ., publiée en 1730 et relatant les supposées frasques sanglantes de la comtesse Élisabeth Báthory dans l’actuelle Slovaquie.
Enfin, la zoologie de l'époque victorienne, très ouverte sur le monde, avait déjà porté à la connaissance d'un public friand d’animaux exotiques, l'existence en Amérique du Sud d'une famille de chauves-souris hématophages, aussitôt baptisées « vampires ». Juste retour des choses, l'enzyme salivaire de ces chauves-souris « vampires », qui leur permet de retarder la coagulation, a été baptisée « draculine » par les scientifiquesA. Z. Fernandez, A. Tablante, F. Bartoli, S. Béguin, H.C. Hemker et R. Apitz-Castro, « Expression of biological activity of draculin, the anticoagulant factor from vampire bat saliva, is strictly dependent on the appropriate glycosylation of the native molecule » in Biochim Biophys Acta, 23 octobre 1998, ..
Par ailleurs, dans un article consacré aux possibles influences du folklore irlandais sur l'œuvre de Stoker, Bob Curran, professeur en histoire et folklore celtique à l'université d'Ulster, souligne la proximité des noms Dracula et Droch Ola (signifiant « mauvais sang » en gaélique)History Ireland, été 2000 (lire en ligne)..
Les lieux de l'action dans la partie transylvaine du roman y sont indiqués sous leur forme allemande ou hongroise selon les cartes disponibles à l'époque : la Transylvanie était alors austro-hongroise, ce qui, selon Buican, a peut-être contribué au succès que les personnages de Dracula et de Nosferatu ont rencontré dans les pays germanophones.
Description Physique 200px|vignette|Le comte Dracula rampant à la manière d'un lézard le long du mur de son château. Illustration de couverture de Holloway pour une édition britannique du roman de Bram Stoker (Londres, William Rider & Fils, 1919). La représentation du comte Dracula a évolué dans le temps.
Stoker décrit en détail le physique de Dracula dans le chapitre II de Dracula, l’homme de la nuitChapitre II de Dracula, l’homme de la nuit de Bram Stoker, , sur Wikisource. : des cheveux blancs (lors de sa première rencontre avec Harker) se colorant progressivement à mesure que le comte rajeunit, , des canines pointues et développées ainsi que et une mauvaise odeur se dégageant de lui. Le comte Dracula a la particularité de ne pas avoir d'ombre et de ne pas pouvoir se refléter dans un miroir. Bien qu'il possède un charisme qui hypnotise ses proies, c'était un vieillard — qui rajeunissait tout au long du roman — sans rien du séducteur.
Pour faire le portrait de son monstre, Stoker s'était inspiré des thèses de Cesare Lombroso, très en vogue à l'époque : on croyait alors que la forme du visage d'un homme indiquait son caractère et le portrait de Dracula correspond à celui du « type criminel » de Lombroso. Par ailleurs, David J. Skal, qui relève plusieurs références à l'œuvre de William Shakespeare dans le roman, apparente Dracula à Hamlet qui, lui aussi, était vêtu de noir David J. Skal, « His hour upon the stage: Theatrical adaptations of Dracula » dans Bram Stoker: Dracula, Norton Critical Editions, New-York-London, 1997, ..
Le Nosferatu de Murnau épouse plusieurs des caractéristiques physiques du personnage de Stoker, mais aussi quelques différences comme l'absence de cheveux et surtout des incisives pointues, à la place des canines.
Dans les films produits par Universal Pictures puis par la Hammer, le comte Dracula (interprété par Bela Lugosi puis par Christopher Lee) est représenté comme un aristocrate dans la force de l'âge, grand et svelte, avec des traits fins, le teint pâle et les cheveux noirs. Il est habillé d'un costume sombre et d'une grande cape noire à doublure rouge.
Personnalité
On ne compte plus les adaptations de Dracula, tant celles-ci sont nombreuses. Pourtant, aucune de ces adaptations ne nous livre la même lecture. Le personnage de Dracula représente un catalyseur : en lui se cristallisent des représentations très diverses selon la personnalité des auteurs qui l’évoquent.
La structure du roman Dracula de Stoker est particulière : la plupart des personnages tiennent, en effet, un journal et c’est l’assemblage de ces différents témoignages qui constitue le résultat final. Dans ces témoignages, le vampire est, la plupart du temps, présenté comme un monstre sans cœur, une représentation du mal absolu. Mais ce n’est pas toujours le cas. Ainsi Mina Harker éprouve de la pitié à son égard. Quant à Abraham Van Helsing, il est fasciné, tant par le personnage historique que Dracula a été que par le vampire lui-même ; il s’émerveille, ainsi, de l’ingéniosité dont le prince des ténèbres a fait preuve pour préparer son voyage jusqu’à Londres : « Si un autre parmi les non-morts avait tenté cette même entreprise, tous les siècles qui furent et ceux qui seront n’y auraient peut-être pas suffi (…). Il a tout accompli tout seul, tout seul, à partir d’une tombe en ruine au fond d’un pays oublié » (516-518).
Dans les autres adaptations, le vampire apparaît avec des traits de caractère différents. Dans Nosferatu, fantôme de la nuit, remake par Werner Herzog du film de Murnau, il est prisonnier du temps qui ne le laisse pas en paix : il avoue à Jonathan sa douleur de ne pas pouvoir mourir. Dans les films de la Hammer, Dracula est un personnage cruel, mais il possède également un certain sens de la justice : dans Horror of Dracula, s’il décide de vampiriser la fiancée de Jonathan c’est, affirme Van Helsing, parce que ce dernier a tué la femme-vampire qui vivait avec lui ; de même, dans Une messe pour Dracula, le vampire entreprend de faire tuer les hommes qui ont assassiné celui qui lui a permis de renaître de ses cendres.
Pouvoirs Il peut se transformer en loup, en chauve-souris, en chien, en brouillard et en particules de lumière dansant dans un rayon de lune, mais aussi en homme séduisant (voir Dracula de Francis Ford Coppola et Dracula 2000 de Patrick Lussier). Il est capable d'hypnotiser ses proies qui sont ainsi en son pouvoir. Il est capable aussi de flotter dans les airs et se rendre maître des éléments (tempête, brouillard, tonnerre) mais dans un espace limité. Il peut voir dans la nuit, faire lever le vent ; il est immortel : « Cet état de non-mort est étroitement lié à la malédiction d’immortalité »Chapitre XVI de Dracula, l’homme de la nuit de Bram Stoker, , sur Wikisource. et le sang de ses victimes le fait rajeunir. Il possède une force surhumaine et des sens sur-développés.
Les facultés prêtées à Dracula varient selon les versions. Ainsi, dans le roman de Stoker, le comte vampire peut se faire grand ou rapetisser, se faire obéir de certains animaux tels que le loup, le renard, le rat, le hibou, la chauve-souris ou la phalène, pénétrer la pensée des êtres dont il a bu le sang. Il dispose d'une force herculéenne, peut s'accrocher à un mur tel un lézard et est capable d'adopter une forme éthérée le rendant insensible à toute attaque ; entre autres, il connaît la nécromancie, la télépathie, l'hypnose. Quant au sang qu'il boit, celui-ci le fait rajeunir et devenir plus fort, mais le fait de ne pas en boire ne remet pas en cause son caractère immortel.