La principauté de Théodoros (en grec médiéval : αρχοντίου Θεοδώρου) est un État grec situé dans la partie sud de la Crimée, dans sa partie connue à l’époque sous le nom de « Gothie », dont l’indépendance se maintient entre les . Il est conquis par l’Empire ottoman en 1475. Sa capitale se nomme Doros (en grec médiéval : Δώρος, devenue Mangoup).

Histoire

La Crimée constitue initialement le thème byzantin de Cherson. En , lors de la quatrième croisade, les Vénitiens s’emparent des meilleurs ports de ce thème : Cembalo (Balaklava), Soldaia (Soudak) et Caffa (Théodosie), mais non du thème entier comme le montrent par erreur de nombreuses sources secondaires : le reste du thème échoit à l’empire grec de Trébizonde établi au sud de la mer Noire, dans le pays du Pont, puis, en , à l’empire grec de Nicée. Ce dernier chasse les Vénitiens de leurs comptoirs pour les concéder, durant le aux Génois sous le nom de « Gazarie »Philipp Bruun, Notices historiques et topographiques concernant les colonies italiennes en Gazarie, Mémoires de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, tome X, , Saint-Pétersbourg, 1866.. En , le basileus confie le thème de Théodoros à l’un de ses parents, le thémarque Démetrios Paléologue-Gavras, fondateur d’une dynastie de souche mi-byzantine, mi-arménienne et alliée par mariage avec les Comnènes : cette dynastie fait de Théodoros une principauté indépendante, qui résiste aux Tatars et dispute aux Génois le contrôle de la côte.

Les noms médiévaux occidentaux de « Gothie » et de « Gazarie » proviennent respectivement des Goths de Crimée et des Khazars, voisins du thème mais ne le gouvernant pas.

Durant cette période (), outre les Grecs de la mer Noire, des Arméniens tcherkessogaïs peuplent la région, comme en témoigne la présence de nombreuses églises et monastères arméniens tel celui de la Sainte-Croix de Sourkhat (ou Solhat)Claude Mutafian et Éric Van Lauwe, Atlas historique de l'Arménie, Autrement, coll. « Atlas / Mémoires », 2005 , ..

En , le prince de Théodoros, Isaac Paléologue-Gavras (), propose sa fille comme épouse au fils du grand-duc Mémoires de l’Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg, 1867, ., tandis que Marie de Mangoup sœur ou cousine d’Isaac, épouse le , à Suceava, le voïvode de Moldavie, récemment veuf, Étienne le GrandȘtefan Gorovei, Maria Asanina Paleologuina, Princess of Moldavia Studies and Materials of Medium History (XXII/2004)..

Le prince Isaac, isolé entre le sultan et le khan de Crimée, choisit, pour sauvegarder l’autonomie de sa principauté, de se reconnaître vassal de l’Empire ottoman, comme l’avaient déjà fait avant lui les voïvodes de Valachie. En lutte contre les Ottomans et les Tatars, , craignant ce changement d’alliance, a l’idée de fournir au prince Alexandre, frère de son épouse Marie de Mangoup, une petite flotte et un contingent de 300 soldats moldaves pour rejoindre Doros, où ils détrônent et tuent le prince IsaacGrigore Ureche Chronique de Moldavie. Depuis le milieu du jusqu'à l'an 1594 Traduite et annoté par Émile Picot Ernest Leroux éditeur Paris 1878. Réédition Kessinger Legacy Reprints 157.. Le règne du nouveau souverain de Théodoros, installé par les Moldaves, est très bref, car les Ottomans, alliés aux Tatars et commandés par le pacha et vizir Gedik Ahmed, réagissent et prennent le le comptoir génois de Caffa grâce à la trahison des mercenaires tatars des Génois, puis, toujours par trahison, après 6 mois de siège en décembre, ils s’emparent de ville de Doros dans laquelle Alexandre de Théodoros meurt au combat : ses filles sont envoyées au harem du sultan. L’ancien État grec de Théodoros devient une province ottomane, tandis que le nord de la péninsule fait partie du khanat de Crimée, vassal de la Sublime Porte. Dans la nouvelle province turque, Arméniens tcherkessogaïs et Grecs pontiques sont désormais une minorité de dhimmis, tandis que les Ottomans interdisent l'entrée de nouveaux chrétiens en Crimée jusqu’en 1774 lorsqu’arrivent les Russes. Il semble cependant, d’après Philipp Bruun, qu’une partie de la famille princière, désormais islamisée, s’est maintenue encore quelques décennies en position éminente dans la Crimée ottomane, puisqu’en 1512 et 1522 des « princes de Mangoup », aux prénoms chrétiens et musulmans, sont cités.

La principauté de Théodoros est le dernier État grec médiéval à disparaître.

Liste des princes de Théodoros

Démetrios (après – avant ) ; ? Basile ; Stéphane, fils de Basile (? – ) ; , fils de Stéphane () ; , fils d' () ; Jean (dit Olubey), fils d' () ; ? Isaac, fils d' (?) () ; Alexandre, son frère ou le fils d'Alexis II (?) (-) ; en , fait accompagner son ambassadeur à Moscou d'un certain « Kemalbi [ Kemalbey] prince de Mangoup ». Ce dernier affirme aux Russes qu'il portait antérieurement le nom de « Théodorite »Philipp Bruun, op. cit., . ; vers , le sultan Soliman le Magnifique envoie « Skinder prince de Mangoup » à Moscou qui, sous le nom d'« Alexandre », y décède en Philipp Bruun, , ..

Notes et références

Voir aussi Articles connexes

Bibliographie А. В. Васильев, М. Н. Автушенко, « Загадка княжества Феодоро » Севастополь, 2006. Т. М. Фадеева, А. К. Шапошников, « Княжество Феодоро и его князья » Симферополь, 2005.

Catégorie:Histoire de la Crimée Theodoros Theodoros Catégorie:Stato da Màr Catégorie:République de Gênes Catégorie:Fondation au XIIIe siècle Catégorie:Histoire de l'Empire byzantin Théodoros Théodoros Catégorie:Relations entre la Grèce et l'Ukraine