Le cinéma acadien est le cinéma qui est réalisé par les Acadiens, principalement en AcadieL'Acadie comprend grosso modo le nord et l'est de la province canadienne du Nouveau-Brunswick ainsi que des localités plus isolées à l'Île-du-Prince-Édouard, à Terre-Neuve-et-Labrador et en Nouvelle-Écosse. Au sens large, l'Acadie fait aussi référence aux communautés de la diaspora acadienne situées au Québec et aux États-Unis; des personnes d'ascendance acadienne se retrouvent également en France, aux îles Malouines et dans les Antilles. L'Acadie n'est pas reconnue officiellement mais formerait une nation par sa langue, sa culture, ses institutions et ses symboles..

Les Acadiens forment une minorité francophone dans les provinces Maritimes majoritairement anglophones globalement, mais sont majoritaires dans les principales régions acadiennes où la société se déroule principalement en français.

Histoire Premières apparitions au grand écran Le film américain An Arcadian Elopement, tourné en 1907, est le premier à traiter des Acadiens ; il reprend toutefois le mythe de l'Acadie terre promise. Entre 1908 et 1929 s'ensuivent six versions dEvangéline, le poème d'Henry Longfellow inspiré de la déportation des Acadiens. C'est d'ailleurs cette œuvre qui inspire , le premier film canadien, tourné en 1913. Les frères Joseph et Sam De Grasse comptent parmi les pionniers du cinéma américain durant les années 1910.

Le court métrage The Acadians est coproduit par l'ONF en 1947. L'enfilade de scènes pittoresques a été décrite comme un « chef-d’œuvre de condescendance coloniale ».. Il faut attendre 1948 pour qu'un premier documentaire, Louisiana Story, de l'Américain Robert Flaherty, montre une image des Acadiens dénuée de tout mythes ou préjugés coloniaux. Les tapis houqués sont l'un des sujets d'un autre film sur les Acadiens, Coup d'œil, produit par l'ONF en 1950. En 1952, le Québécois Roger Blais réalise, pour le même studio, Voix d'Acadie, un court film d'archives considéré comme l'un des premiers témoins réels de la culture acadienne, dans ce cas la chorale du Collège Saint-Joseph. Les réalisateurs québécois Michel Brault et Pierre Perrault doivent la révéler. En 1969, L'Acadie, l'Acadie de Brault et Pierre Perreault marquent tous deux le début de l'expression acadienne. Ce film est un documentaire sur les mouvements étudiants à l'Université de Moncton entre 1968 et 1969. De plus, c'est à partir de ce moment que la fierté nationale marque plusieurs œuvres et les événements culturelles.. Ainsi, dans Éloge du chiac (1969), une institutrice discute avec ces élèves afin d'expliquer la nature du chiac.

Fondation d'un véritable cinéma acadien vignette|Léonard Forest vignette|Phil Comeau Le cinéaste acadien Léonard Forest, né aux Massachusetts de parents de Moncton, est employé de l'ONF en 1953. Il produit 60 films et réalise 12 films durant trente ans, dont six ayant trait à l'Acadie, dont il est l'un des « poètes le plus lyrique ». Forest, appuyant probablement la pensée du Français Émile Durkheim, considère que le documentaire fait partie de l'évolution de la pensée acadienne et est comparé au Britannique John Grierson, sauf pour son refus d'outrepasser l'esthétique, mais est probablement plus inspiré par l'Américain Robert Flaherty dans son désir de dégager le récit des vies individuelles et réelles. Il s'inspire du néoréalisme italien des années 1940 et 1950. En 1954, il produit un premier film, La femme de Ménage, réalisé par Roger Blais d'après le roman d'Anne Hébert. Le documentaire Les Aboiteaux, considéré comme le réel début du cinéma acadien, est réalisé par Roger Blais en 1955, selon un scénario de Léonard Forest, souvent improprement décrit comme le réalisateur. Ce film mêle le documentaire et la fiction. Les Pêcheurs de Pomcoup, écrit et réalisé par Forest en 1956, est le premier documentaire maritime. D'inspiration mystique mais montrant de façon réaliste des pêcheurs d'espadons, il est un contrepoint entre l'équipage en mer et les villageois. Léonard Forest prend dix ans à réaliser le court métrage Acadie Libre (1969)Un titre qui fait référence au discours Vive le Québec libre !, prononcé par Charles de Gaulle à Montréal en 1967. sur un colloque tenu en 1966 sur la situation socio-économique des Acadiens. Il constitue en fait un préambule du long métrage Les Acadiens de la Dispersion, réalisé en 1967. Ce film, rejeté par les intellectuels mais applaudi par les jeunes, examine la culture acadienne sur le plan international. En 1971, Forest réalise, dans la veine du cinéma direct, le premier film expérimental docu-fiction, La Noce est pas finie, avec la musique de Georges Langford et la participation de pêcheurs à titre d'acteurs. L'action, improvisée, se déroule dans le village fictif de Lachigan et est une parabole de la transformation culturelle de l'Acadie. D'ailleurs, son dernier film acadien, le documentaire Un soleil pas comme ailleurs réalisé en 1972 sur la situation socio-économique de la Péninsule acadienne, montre des Acadiens prenant parole contre le gouvernement tentant de les déplacer en ville.

Forest est aussi l'instigateur du Studio Acadie du Programme français de l'ONF, qui ouvre ses portes à Moncton en 1974. Respectant son mandat de « donner aux Acadiens et au reste du monde une interprétation de l'Acadie par des Acadiens », le studio a produit plus de 80 films et en a coproduit une vingtaine avec des producteurs de la région, la plupart étant des documentaires.. Ce programme permet aussi aux étudiants en cinéma de travailler durant l'été.

En 1974, le programme de langue française de l'ONF est décentralisé, dans le cadre de Régionalisation Acadie, faisant de Moncton une plaque tournante du cinéma acadien; cette année est décrite comme celle de sa naissance d'une production acadienne. Paul-Eugène LeBlanc produit douze films à l'ONF de 1974 jusqu'en 1980., avec les réalisateurs Charles Thériault (Une simple journée), Luc Albert (Y a du bois dans ma cour), Anna Girouard (Abandounée), Claude Renaud (La Confession, Souvenir d'un écolier), Phil Comeau (La Cabane, Les Gossipeuses), Robert Haché (Au boutte du quai), et Laurent Comeau, Suzanne Dussault et Marc Paulin (Le Frolic, cé pour ayder). Rhéal Drisdelle produit en 1981 les films de Denis Godin (Armand Plourde, une idée qui fait son chemin), de Phil Comeau (J'avions 375 ans), et de Denis Morissette (Arbres de Noël à vendre).

En parallèle, des initiatives privées se développent à Moncton, Edmundston, et Caraquet; Denis Godin, Phil Comeau, Rodolphe Caron et Rodrigue Jean réalisent chacun des films avec leurs maisons de production privées entre 1977 et 1986. Suivra l'ouverture de nouvelles maisons de production à Moncton par des producteurs.

Il faudra attendre jusqu'à 1994 pour voir le premier long métrage indépendant de fiction, Le secret de Jérôme co-écrit et réalisé par Phil Comeau. Ce film tourné à Caraquet sera diffusé dans une vingtaine de salles en Acadie et au Québec. Plusieurs cinémas anglophones des provinces maritimes vont ainsi diffuser un premier film francophone.

Les cinéastes acadiens