thumb|Maison en pisé en Auvergne (France). thumb|Mur en pisé, Eden Project, Cornouailles (Angleterre).
Le pisé est un mode de construction en terre crue, comme l'adobe ou la bauge. On le met en œuvre dans des coffrages appelés banches. La terre est idéalement argileuse, mais on trouve souvent des constructions en pisé réalisées avec des terres fines.
Introduction thumb|Type de banche utilisée en Bresse au . C'est le principe de construction le plus ancien qui existe à . Il est constitué de terre comprimée et parfois recouvert d'enduit à la chaux pour des raisons principalement esthétiques.
Histoire Le pisé est une technique ancienne, qui a connu un regain d'intérêt dans le monde occidental à la suite des travaux de François Cointeraux () sur le sujet. Ses ouvrages ont été traduits et diffusés dans le monde entier. En France, on trouve une grande quantité de bâtiments ruraux en pisé datant des , dans la région Rhône-Alpes : Isère, vallées de la Saône et du Rhône, dans la Bresse, la Loire, la région de Rennes, le Gers, etc.
En Suisse, le philanthrope Henri Zschokke promeut cette technique dès 1817 et son fils, l'architecte Alfred Zschokke (1825-1879), non seulement publie un ouvrage à ce sujetAlfred Zschokke, Anleitung zum Pise-Bau... Aarau 1849; Bâtir en pisé par Alfred Zschokke, architecte (1825-1879), éd. par le groupe Pisé-Bau-Schweiz EPFL, Lausanne, Montreux 1986., mais il met cette technique en pratique pour la reconstruction de plusieurs maisons dans le canton d'Argovie, après l'incendie du village de Fislisbach en 1848. Ces bâtiments sont conservés..
En Orient, la technique est utilisée depuis des millénaires, la ville de Bam en est un exemple : fondée au avant notre ère, la cité est toujours debout malgré le séisme de 2003 (les travaux de reconstruction se sont achevés en 2017).
Les savoir-faire ont maintenant presque entièrement disparu en France, malgré un regain d'intérêt pour le matériau terre au bilan écologique exceptionnel (voir les bâtiments récents dans le Nord-Isère construits par "Germes de Terre") . Des architectes et plasticiens contemporains utilisent également le pisé : Rick Joy, David Easton, Martin Rauch, Kengo Kuma.
Répartition géographique des constructions en pisé thumb|La maison Gueffier à La Roche-sur-Yon (Vendée).
En France, le pisé a été utilisé largement dans le Dauphiné et l'avant-pays savoyard ainsi que dans l'Ain, le Rhône, la Loire et le Puy de Dôme
Le pisé est également répandu au Maroc, notamment dans le sud, pour la construction des casbah, du type de celle très connue de Ait-ben-Haddou, car il permet de se protéger des fortes chaleurs fréquentes dans la région. Dans les contreforts de l'Himalaya, en Chine, en Amérique du Sud et en Turquie, il y est toujours utilisé sous des formes traditionnelles. La technique connaît du succès dans des utilisations contemporaines (mais le pisé est presque toujours stabilisé au ciment) en Australie, dans le sud des États-Unis, ainsi qu'en Allemagne, Suisse et Autriche. Par souci d'économie, la ville nouvelle de La Roche-sur-Yon fut construite en pisé. Il y reste actuellement un seul édifice construit avec cette technique, la maison GueffierHenry Brunetière, L'essai du pisé dans : La ville de Napoléon, La Roche-sur-Yon, 1804-1870. Editions d'Orbestier, 2006..
Selon la spécialiste en construction de terre, l'universitaire Mostefai Ouahiba, en Algérie, depuis 2012, le Centre algérien du patrimoine culturel bâti en terre (CAP-Terre) installé à Timimoun dans la wilaya d’Adrar se fait le chantre du retour aux architectures et construction en terre. C’est en fonction de la terre que l’on adaptera les techniques. Dans le domaine de l’architecture de terre, deux tendances croisent les fers, la recherche de nouveaux produits pouvant répondre aux exigences du développement durable en vue d’être industrialisés et commercialisés et le domaine artisanal qui défend la terre comme un moyen de construction ancestral.
Décomposition de la roche-mère Différentes strates de décomposition de la roche-mère thumb|left|250px|Les différents horizons d'un profil de sol.O: Litière.A: Humus, ou terre végétale.B: Terre utilisée pour le pisé.C: Roche-mère altérée.
La formation d’un sol, appelée pédogenèse, conduit, sous l’effet de processus physico-chimiques, à sa stratification : on parle des horizons du sol. Le nombre, l’épaisseur et la composition de ces horizons sont à l’origine de la diversité des sols présents sur notre planète. La couche supérieure est constituée de matière organique en décomposition (litière) et n’est pas intéressante pour la construction (présence d’éléments ligneux, feuilles, brindilles..). Cet horizon, riche en humus, est reconnaissable à sa couleur foncée (parfois noire).
Pour l’édification de murs en terre, il faut au préalable identifier la terre que l’on possède afin de déterminer le système constructif que l’on retiendra : pisé, bauge ou torchis. Pour ce faire il s’agit de déterminer la composition de la terre et donc sa granulométrie.
Analyse de la terre + Granulométrie Rôle Appellation Taille Liant Argiles moins de Limon à Agrégat Sables fins à Sables grossiers à Graviers à Cailloux à Pour connaitre les domaines possibles d'utilisation d'une terre, il est utile d'en appréhender la composition. C'est à cet effet qu'on pourra procéder à une étude de la granulométrie sur un échantillon représentatif de la terre à utiliser.
Pour y parvenir, il convient de creuser sous la terre végétale, et de prélever l'échantillon sur les parois du trou (et non au fond) afin d'en assurer la provenance.
On effectue ensuite une décantation en plongeant l'échantillon dans un bocal contenant de l'eau. Par effet de gravitation, des couches vont se former qui permettent de déterminer les proportions des différents liants et agrégats présents dans la terre. La couche la plus haute englobe les argiles, viennent ensuite les limons, les sables, puis les graviers et cailloux. Cette méthode a l'avantage d'être facile à réaliser avec peu de moyens, elle reste cependant approximative.
Une méthode plus rigoureuse mais plus contraignante nécessite l'utilisation de tamis de tailles différentes qui permettent de séparer les grains de différentes tailles (à sec ou sous l'eau). Après séchage on peut peser et ainsi déterminer en poids le pourcentage de chaque fraction.
Comme tout mélange de liants et d'agrégats, la terre est un béton. Une certaine proportion de liant doit être respectée pour assurer la liaison entre les agrégats. Pour le pisé, on peut donner comme ordre de grandeur que, en dessous de 5 % de liant, il y a risque d'effritement, mais que si la proportion dépasse les 15 %, des fissures apparaitront.
L'observation du patrimoine construit d'une région donne aussi une très bonne indication des techniques constructives utilisables avec la terre locale.
Caractéristiques du pisé thumb|Mur réalisé en 2007 à Confignon, Genève. Il est important de se rappeler que chaque terre est différente et que les techniques de pisage varient. On peut donc dire que chaque mur en pisé est unique. Les valeurs données ci-dessous sont donc indicatives d'ordre de grandeur.
Résistance mécanique
+ Résistance mécanique Type de contrainte RésistanceCompression (20 bar)Traction et flexion à (5 à 10 bar)Cisaillement (5 bar) Comme le montre ce tableau, le pisé résiste bien à la compression. Mais en rénovation, les règles de sécurité imposent de considérer le pisé comme ayant une résistance à la compression de seulement un à deux bars.
+ Caractéristiques physiquesChaleur spécifiqueC = Conductivité thermiqueλ = Capacité thermique volumique Perméabilitéμ = 10Coefficient de déphasage pour un mur de 40 cm10 à 12 heuresRésistance au feuForte
Isolation, perspirance, inertie 200px|vignette|droite|Grange en pisé à Saint-Nicolas-de-Macherin.
La conductivité thermique (λ) du pisé étant de 0,8 watt par mètre-kelvin, il ne peut pas être considéré comme un bon isolant, puisque la plupart des isolants thermique ont un lambda de 0,04. La plupart des murs en pisé faisant 60 cm, on arrive cependant à une résistance thermique R de 0,75 mètre carré-kelvin par watt. À comparer aux d'un isolant avec un lambda de 0,04, qui donne alors un R de 5, on se rend compte que la qualité isolante du pisé n'est pas très bonne.
La capacité thermique volumique (ou chaleur volumique) du pisé est par contre intéressante, de l'ordre de . Les murs vont alors servir à stocker de l'énergie pendant les journées ensoleillées, et la restituer la nuit, au moment le plus froid de la journée.
Sa perspirance, capacité à réguler la vapeur d'eau, est aussi excellente (μ de 10), et un mur en pisé se gorgera d'humidité pour éliminer le surplus dans l'habitat, et la rendra si elle vient à manquer.
Murs capteurs, murs chauffants Ces qualités énoncées, on peut affirmer la pertinence de ce système constructif en façade sud comme mur capteur ou utilisé comme mur de refend pour servir de masse à une maison conçue avec une enveloppe très isolante (ex : ossature bois).
Mise en œuvre thumb|Jean-Baptiste Rondelet, les outils du pisé. thumb|Jean-Baptiste Rondelet, maison en pisé. Il existe bien sûr une multitude de mises en œuvre pour le matériau qu'est le pisé. Selon l'endroit où on se trouve, on ne construit pas de la même façon. Ce qui suit n'est donc pas propre à toutes les constructions.
Drain, soubassement et débord de toiture Une attention particulière doit être apportée au drain, puisqu'il canalise et évacue les eaux de ruissellement. Il protège les fondations des variations d'humidité.
Le mur de soubassement sert à protéger le pisé de l'humidité des sols. Il faut en effet le couper de toutes eaux, qu'elles soient stagnantes, capillaires ou rejaillissantes (éclaboussements). La hauteur du mur varie donc en fonction de la pluviométrie de la région. Dans les constructions récentes avec mur de soubassement en béton celui-ci sert aussi de chaînage bas.
Le débord de toiture sert également à protéger des intempéries les murs en pisé et les enduits.
+ Hauteur du mur de soubassementRégion sèche Pluviométrie moyenne Pluviométrie élevée Toit peu débordant Zone inondable Le mur est généralement réalisé en pierre, bâti à la chaux. On veillera à laisser les joints creux.
Si le pisé risque d'être en contact direct avec une humidité constante, la terre peut être amendée (ou stabilisée) à l'aide de ciment, ou de chaux, notamment en mur semi-enterré.
Dalle Lors de la réalisation d'une dalle au rez-de-chaussée, afin de gérer l'humidité, un hérisson ventilé peut être réalisé, surtout si l'on se situe en terrain humide.
thumb|Mur en pisé. Banchées Les murs de pisé non recouverts de crépi laissent souvent voir en France les couches de mortier (sapines) qui servent à améliorer la cohésion entre les différentes banchées. Dans d'autres régions, il n'y a pas de liants entre les différentes banchées (comme au Maroc par exemple). Sur certains murs en pisé, les couches de mortier rapprochées (moins de d'écart) que l'on peut voir ont un autre rôle. Elles sont disposées uniquement sur les bords du banchage en même temps que la terre soit pour améliorer la résistance à l'érosion de la surface du mur (comme dans les coins de la construction en photo ci-contre), soit pour améliorer l'accroche de l'enduit. On y voit aussi souvent les trous (les clefs) qui servaient à la fixation de l'échafaudage et des banches.
Il est conseillé d'utiliser une terre légèrement humide contenant environ 10 % d'argile ou de ciment à défaut (en dessous de 10 % de liant, le mur serait trop fragile et au-dessus de 15 % il risquerait de fissurer) avec une densité d'environ pour de la terre foisonnée (dans un tas de terre par exemple) et une fois compactée en pisé.
Les apports de terre dans la banchée se font par couche de de hauteur car au-delà un bon compactage n'est plus possible.
Chaînage