Jacques Philippe Bonnaud ou Bonneau, né le à Bras en Provence et mort le à Bonn, dans l'électorat de Cologne, est un général de division de la Révolution française. Il s'engage en tant que cavalier dans l'armée royale en 1776 et est sous-officier en 1789 lorsqu'éclate la Révolution française. Promu capitaine au régiment de chasseurs à cheval en 1792, Bonnaud participe avec son unité aux batailles de Valmy, Jemappes, Aldenhoven, Neerwinden, Raismes, du camp de César et de Wattignies, ce qui lui vaut d'être blessé deux fois. Il est nommé général de brigade en .
Trois mois plus tard, il accepte non sans réticence le commandement d'une division malmenée quelques jours auparavant à Villers-en-Cauchies et Troisvilles, et cela à une période où les généraux malchanceux sont souvent envoyés à la guillotine. Il mène ses troupes au combat à Courtrai et Tourcoing et prend part à l'invasion de la République batave ; l'année suivante, il sert en Vendée et dirige brièvement l'armée des côtes de Cherbourg. Lors de la campagne de 1796 sur le Rhin, Bonnaud commande une division de cavalerie avec laquelle il se distingue à Amberg, Wurtzbourg et Limburg. Mortellement blessé au cours de cette dernière bataille, il meurt à Bonn six mois plus tard. Son nom est inscrit sous l'arc de triomphe de l'Étoile à Paris.
Biographie
Les débuts d'une carrière
Jacques Philippe Bonnaud naît le à Bras, un petit village de Provence situé dans l'actuel département du Var, et est baptisé le lendemain. Il est le fils d’Étienne Bonnaud et de Claire Julian.
Il exerce tout d'abord le métier de chirurgien, avant de s'orienter vers une carrière militaire et d'être incorporé le comme dragon dans la légion du Dauphiné (futur régiment de chasseurs à cheval). Nommé brigadier le et fourrier le de la même année, il participe à la répression de la révolution genevoise en . Il est ensuite promu maréchal des logis le , maréchal des logis-chef le et adjudant le . Le , son unité, alors commandée par le colonel Jacques François Menou, reçoit un nouveau lieutenant-colonel en la personne d'Emmanuel de Grouchy. Bonnaud passe lieutenant au chasseurs à cheval le et capitaine le suivant.
De Valmy à Wattignies, 1792-1793
vignette|Les cavaliers du chasseurs à cheval sont présents lors de bataille de Valmy, le . Peinture par Horace Vernet.
Le , le chasseurs à cheval est passé en revue à Sedan par le marquis de La Fayette qui, accusé de trahison, passe aux Autrichiens quelques jours plus tard. Le , l'armée prussienne du maréchal de Brunswick attaque Longwy ; le 23, la garnison française, forte de , se rend aux forces austro-prussiennes dont l'effectif se monte à et 136 canons. Les de Verdun capitulent à leur tour face à Brunswick le . Face à la gravité de la situation, le nouveau commandant en chef de l'armée française, Charles François Dumouriez, ordonne au général Dillon, à la tête d'une avant-garde qui comprend le chasseurs, d'opérer une attaque de diversion sur Stenay, pendant que lui-même marchera au sud de Sedan avec le corps principal. Le , Dumouriez est à Grandpré et Dillon aux Islettes. Le 12, Brunswick parvient cependant à enfoncer les lignes françaises en battant la division du général Chazot à La Croix-aux-Bois ; trois jours plus tard, alors que la division Chazot effectue sa retraite, les hussards prussiens bousculent le chasseurs à cheval, dont le feu de pistolets se révèle inefficace en la circonstance, et mettent en fuite les troupes de Chazot. Au cours de la bataille de Valmy, le , trois escadrons du chasseurs font partie de l'avant-garde du général Dillon.
Après Valmy, le chasseurs est transféré à l'armée de Belgique commandée par le général Beurnonville. Deux escadrons du régiment servent à l'avant-garde de l'armée sous les ordres du général Dampierre lors de la bataille de Jemappes, le . Le chasseurs combat à la bataille d'Aldenhoven le , à l'issue de laquelle un escadron du régiment, dirigé par le général Stengel, réussit à sauver le trésor de l'armée. La présence du chasseurs à l'aile droite française lors de la bataille de Neerwinden, le , est parfois évoquée mais n'est pas absolument certaine. Alors que son régiment sert à l'armée du Nord, Bonnaud est blessé d'un coup de sabre à la joue le au cours d'un engagement préliminaire à la bataille de Raismes et d'un autre coup de sabre à la main gauche le durant la bataille du camp de César.. Les 15 et , les 511 cavaliers du chasseurs se distinguent à la bataille de Wattignies au sein de la division Fromentin.
Général de la Révolution
vignette|Chasseurs à cheval français sous la Révolution, 1793-1799, par Richard Knötel.
Bonnaud est promu au grade de général de brigade le . Le , profitant du brouillard matinal, il conduit trois régiments de cavalerie sur le village d'Abscon et culbute un avant-poste de 70 cavaliers autrichiens. Son coup fait, Bonnaud et ses se replient lorsqu'ils sont contre-attaqués par 630 cavaliers aux ordres du général Wurmb. Une mêlée incertaine s'ensuit pendant laquelle les deux camps essuient de lourdes pertes. Le , et venus de Cambrai et Bouchain se massent en quatre colonnes pour attaquer les forces de Wurmb couvrant le siège de Landrecies. Cette force d'attaque comprend notamment d'infanterie commandés par le général Proteau et sous les ordres de Bonnaud. Les Français sont battus le à la bataille de Villers-en-Cauchies par la cavalerie coalisée forte du régiment de hussards autrichiens Archiduc Léopold et du dragons légers britannique à deux escadrons chacun. Les Autrichiens perdent 20 hommes dont dix sont portés disparus et les cavaliers anglais laissent sur le terrain 58 tués et 17 blessés. Après quelques manœuvres initiales, les quatre escadrons coalisés menés par Otto et Mécsery chargent les cavaliers de Bonnaud et les mettent en déroute. L'infanterie de Proteau se forme en un large carré pour résister à l'attaque, mais les cavaliers anglo-autrichiens disloquent la formation et les fantassins français sont dispersés, laissant quatre pièces d'artillerie aux mains des assaillants. Dans leurs relations, les Alliés affirment avoir tué 900 Français et en avoir blessé 400 autres. Le sort infligé aux troupes de Proteau incite les autres colonnes françaises à se replier sur le camp de César.
Conformément aux instructions du général Pichegru, le commandant en chef de l'armée du Nord, une armée de et 80 canons commandée par le général René-Bernard Chapuis quitte Cambrai dans la nuit du afin de libérer Landrecies. Couvertes par le brouillard, les différentes colonnes françaises s'avancent sur leurs objectifs respectifs : la colonne centrale forte de sur Le Cateau-Cambrésis, la colonne de droite alignant sous le commandement de Bonnaud par Wambaix et Ligny-en-Cambrésis et enfin la colonne de droite, la plus faible avec un effectif de , vers Solesmes où elle doit relever la garnison qui s'y trouve. Après avoir refoulé les avant-postes de la Coalition jusqu'à leurs lignes, Chapuis déploie son dispositif qu'il oriente au sud-est vers Troisvilles, son flanc gauche ancré sur le village d'Audencourt. Le général français commet cependant l'erreur de ne pas poster de troupes au nord de Beaumont-en-Cambrésis pour garder la vallée d'Erclin. Simultanément, la colonne de droite dirigée par Bonnaud se rabat sur sa gauche et fait sa jonction avec la colonne centrale à proximité de Bertry. Lorsque le brouillard se dissipe, le général autrichien Otto et le duc d'York remarquent que le flanc gauche français est particulièrement vulnérable et décident de l'attaquer. Otto, avec six escadrons de cuirassiers autrichiens et deux petites brigades de cavalerie lourde britanniques, est dépêché sur ce secteur mal protégé de la ligne française. Décelant trop tard cette manœuvre, Chapuis tente désespérément de renforcer sa gauche avec de la cavalerie. La colonne de droite parvient à se replier grâce à l'intervention d'un régiment de carabiniers conduit par Bonnaud, qui maintient à distance deux unités de cavalerie légère britanniques. En revanche, chargée de flanc et sur ses arrières par les cavaliers coalisés, la colonne centrale est anéantie. Lors de cette bataille de Troisvilles, qui s'est déroulée le , les Français laissent sur le terrain ou blessés, 350 prisonniers dont le général Chapuis, 32 canons et 44 caissons. Les Alliés perdent 396 cavaliers dans cette action, leur infanterie n'ayant joué pratiquement aucun rôle.
vignette|gauche|Des fantassins français formés en carré résistent à une attaque ennemie, par Felician Myrbach.
Bonnaud est nommé général de division à titre provisoire le . Le même jour, Landrecies se rend aux Coalisés. Bonnaud, après quelques réticences, accepte le commandement de l'ancienne division Chapuis. Si de nombreux officiers bénéficient à cette époque d'un avancement très rapide, beaucoup sont également dénoncés comme traîtres et envoyés à l'échafaud. Peu après, Pichegru détache la division Bonnaud sur Sainghin-en-Mélantois, près de Lille, où elle absorbe la brigade Osten ce qui porte l'effectif de l'unité à . Le , la division Bonnaud attaque les troupes du duc d'York à Marquain, aujourd'hui dans la banlieue sud de Tournai. Le commandant britannique parvient à tourner l'aile droite française à Camphin-en-Pévèle avec trois brigades de cavalerie lourde respectivement aux ordres de David Dundas, Robert Laurie et Richard Vyse. Une partie de la cavalerie française se débande mais l'infanterie se retire en bon ordre. Pour la première fois dans l'histoire militaire, les fantassins français adoptent avec succès la formation carrée, repoussant plusieurs charges de la cavalerie britannique. Le tir à mitraille des canons coalisés désorganise néanmoins les carrés et l'un d'entre eux est enfoncé par une charge des Royal Scots Greys. La cavalerie britannique mène ensuite de nouvelles charges qui se soldent par la destruction de deux autres carrés. L'engagement, qui a eu lieu sur les communes de Baisieux et Willems, coûte aux Français environ ou blessés, 500 prisonniers et 13 canons. Les pertes britanniques se montent à 245 hommes. Ces combats s'inscrivent dans un affrontement plus large opposant les Coalisés aux Français à Courtrai et dont ces derniers émergent victorieux.