(ou ) est né en juin ou dans la forêt royale de Kessel (Ketil), près de Clèves, et est mort le 23 ou à Paterno (Latium) sur le mont Soracte, en Italie. Prince de la lignée ottonienne, il est roi des Romains à partir de 983 et empereur des Romains de 996 à 1002..

Après la mort de son père survenue le , il est couronné roi des Romains le à Aix-la-Chapelle, à l'âge de trois ans. Le prince Henri le Querelleur l'enlève alors et tente de se faire attribuer sa tutelle. Mais l'archevêque de Mayence Willigis, soutenu par d'autres grands, condamne cette usurpation et impose la régence de sa mère, la princesse arméno-byzantine Théophano Skleraina. Après le décès de celle-ci, en 991, c'est Adélaïde, grand-mère de l'empereur, qui assure sa tutelle..

En 995, Otton est majeur et prend officiellement le pouvoir ; il rêve de fonder un empire universel qui réunirait d'abord tous les peuples chrétiens d'Occident. Il intervient dans les affaires de l'Église et impose contre l'avis des cités rebelles de la péninsule italienne ses propres candidats au trône papal. Il y fait ainsi placer son homme de confiance, par ailleurs son cousin, Brunon de Carinthie, premier pape d'origine germanique, sous le nom de . Couronné empereur par ce dernier le , Otton installe sa cour à Rome : sous son règne, l'Italie redevient le siège du gouvernement impérial.

Avec l'aide de Gerbert d'Aurillac, l'écolâtre de Reims qui fut son précepteur et qu'il fait élire pape en 999 ainsi que de Notger, prince-évêque de Liège (déjà conseiller de son grand-père Otton I et sacré évêque à Bonn le 14 avril 972), Otton se rapproche de la Pologne et fait parvenir à Étienne de Hongrie la première couronne royale de ce pays.

Dans un texte de , les rapports entre le pape et l'empereur sont redéfinis. refuse de confirmer le Privilegium Ottonianum accordé par en 962. L'empereur accorde au souverain pontife huit comtés de la Pentapole. se voit comme , le représentant direct de Pierre et le responsable de son patrimoine. Il souhaite gouverner la chrétienté et se met sur le même plan que le pape, avec lequel il veut présider les synodes (980-1002) Roi de Germanie (983) et empereur (996-1002) dans .. Mais les deux hommes se trouvent bientôt chassés de Rome par la population et la tentative d'unir le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel tourne court. Otton meurt en 1002, à l'âge de 22 ans, et son corps est ramené d'Italie en Germanie pour être inhumé à Aix-la-Chapelle.

Contexte L'Europe ottonienne

Pendant la seconde moitié du , les Ottoniens sont la dynastie la plus puissante d'Occident. , grâce à une puissante clientèle, a pu mettre fin aux incursions des Magyars, en leur infligeant une sévère défaite à la bataille du Lechfeld en 955. À la suite de cette victoire face aux Hongrois, rétablit, au sud de la Germanie, les marches d'Ostmark (la future Autriche), dont les Babenberg vont devenir les margraves jusqu'au Georges Castellan, « Drang nach Osten », l'expansion germanique en Europe centrale et orientale.. reconstitue aussi la marche de Carinthie, et apparaît ainsi comme le défenseur de la chrétienté le Grand dans Mémo.. La même année, il bat les Slaves Abodrites en Mecklembourg.

Ces victoires lui permettent aussi de jouer un rôle majeur sur le plan européen. Il obtient l'allégeance des rois de Bourgogne. Face aux Slaves, il conduit une véritable politique d'expansion vers l'est. Il établit des marches à l'est de l'Elbe : marche des Billung, autour de l'évêché d'Oldenbourg, Nordmark (ancien nom du Brandebourg) et trois petites marches chez les SorbesEncyclopædia Universalis, article « Allemagne médiévale », DVD, 2007.. En 968, il fonde l’archevêché de Magdebourg, avec des évêques suffragants à Meissen, Mersebourg et Zeitz, dans le but de convertir les peuples slaves de l'Elbe. , premier souverain historique de la Pologne, lui rend hommage en 966« La Pologne féodale : les Piast ».. En Germanie, rend la Bohême tributaire et vainc les ducs de Franconie et de Lotharingie. gauche|vignette|Otton le Grand recevant la soumission de de Lombardie.

Le pape , menacé par les projets expansionnistes du roi de Lombardie , doit demander la protection d'Gérard Rippe, « Ivrée », Encyclopædia Universalis, DVD, 2007.. Celui-ci peut ainsi se faire couronner empereur et promulguer, le , le Privilegium Ottonianum, qui accorde au souverain pontife les mêmes privilèges que ceux que les Carolingiens avaient reconnus à la papauté, à savoir les donations faites par Pépin le Bref et Charlemagne, mais oblige tout nouveau pape à prêter serment auprès de l'empereur ou de son envoyé avant de recevoir la consécration pontificale. Tout en donnant des avantages au Saint-Siège, le Privilegium Ottonianum place la papauté sous tutelle impériale. Le pape ayant essayé de s'opposer à cette mainmise en s'alliant au fils de Béranger et aux Byzantins, Otton revient en Italie à la tête de son armée et le fait déposer le . est remplacé par un laïc, qui prend le nom de . fait également jurer aux Romains le Grand (912-973). Roi de Germanie (936-973) et empereur (962-973). Les Ottoniens contrôlent alors totalement l'élection du pape et la collaboration du pontife garantit l'autorité impériale sur les Églises locales du Saint-Empire. Comme Charlemagne, Otton reçoit de Rome la mission de défendre l'ordre et la paix de la chrétienté.

Le nouvel empereur accroît sa puissance sur la Francie occidentale en portant son attention sur l'ensemble des évêchés frontaliers (Reims, Verdun, Metz). L'archevêque de Reims (qui assure le choix des rois de Francie) Adalbéron tend ainsi à afficher ses sympathies impérialesF. Menant (1999), ..

À la mort de leurs pères en 954 et 956, Lothaire, le nouveau roi des Francs, n'a que 13 ans et Hugues Capet, l’aîné des Robertiens, seulement 15. entend alors mettre sous tutelle la Francie, ce qui lui est possible puisqu'il est l'oncle maternel des deux adolescents. Le royaume de Francie, en 954, et la principauté robertienne, en 956, sont donc mis sous la tutelle de Brunon, archevêque de Cologne et duc de Lotharingie, frère d'. Son objectif est de maintenir l'équilibre entre les Robertiens, les Carolingiens et les OttoniensClaude Gauvard, La France au Moyen Âge du , PUF, Paris, 1999, .. La tutelle d'Hugues Capet est doublée par celle de Lothaire. En 960, le roi des Francs consent à rendre à Hugues l'héritage de son père, avec le marquisat de Neustrie et le titre de duc des Francs. Mais, en contrepartie, le duc doit accepter la nouvelle indépendance acquise par les comtes de Neustrie pendant la vacance du pouvoirY. Sassier, Royauté et idéologie au Moyen Âge, Colin, Paris, 2000, .. Son frère Otton n'obtient que le duché de BourgogneCe laps de temps entre la mort d'Hugues le Grand (956) et l'action de Lothaire en faveur d'Hugues Capet (960) semble avoir été organisé par Brunon de Cologne, qui souhaitait peut-être laisser une longueur d'avance à Lothaire. François Menant (et alii), Les Capétiens. Histoire et dictionnaire. 987-1328, Robert Laffont, Paris, 1999, .. Sous la tutelle de Brunon de Cologne, la Francie est de plus en plus satellisée par Aix-la-Chapelle. En 965, Lothaire fait ainsi pâle figure au rassemblement des vassaux et parents d'Otton.

L'Empire : puissance économique

Avoir une clientèle suffisamment puissante pour contrôler l'Empire nécessite de grandes ressources financières. Avec la généralisation du denier d'argent par les Carolingiens, une révolution économique est en cours : les surplus agricoles deviennent commercialisables et on assiste, dans tout l'Occident, à l'accroissement de la productivité et à la multiplication des échanges. En réunissant Italie et Germanie dans un même empire, contrôle les principales voies de commerce entre l'Europe du Nord et la Méditerranée. Le trafic commercial avec Byzance et l'Orient transite en effet de la Méditerranée vers l'Italie du Sud et surtout le bassin du Pô et rejoint celui du Rhin via les voies romaines traversant les cols alpins. Cette voie est, à l'époque, plus utilisée que la traditionnelle voie rhodanienne parce que l'Adriatique est plus sûre que la Méditerranée occidentale, où sévissent les pirates sarrasins. Les Ottoniens ont su garder la mainmise sur les péages prélevés sur ce trafic et développer les marchés nécessaires à son augmentation. Ainsi, contrairement à ce qui se passe en Francie, ils gardent le monopole de la frappe monétaire et font ouvrir des mines d'argent près de Goslar. Or, la création d'un atelier monétaire dans une ville ou une abbaye entraîne la création d'un marché où peut être prélevé le tonlieu .. Cette puissance commerciale leur permet d'acheter la clientèle qui est la base de leur pouvoir, mais aussi d'étendre leur influence à la périphérie de l'Empire : les marchands italiens ou anglais ont besoin de leur soutien, les Slaves adoptent le denier d'argent…

L'Église, clef de voûte de l'administration ottonienne

Sous les Carolingiens, la mise en place progressive de l'hérédité des charges avait fortement contribué à l'affaiblissement de leur autorité. Pour éviter une pareille dérive, les Ottoniens s'appuient sur l'Église germanique qu'ils comblent de bienfaits mais qu'ils assujettissent.

Les évêques et les abbés constituent l'armature de l'administration ottonienne. L'empereur s'assure la nomination de tous les membres du Haut clergé de l'Empire. Une fois désignés, ils reçoivent du souverain l'investiture symbolisée par les insignes de leur fonction, la crosse et l'anneau. En plus de leur mission spirituelle, ils doivent remplir des tâches temporelles que leur délègue l'empereur. L'autorité impériale se trouve ainsi relayée par des hommes compétents et dévoués.. Cette Église d'Empire ou Reichskirche, assure la solidité d'un État pauvre en ressources propres. Elle permet de contrebalancer le pouvoir des grands féodaux (ducs de Bavière, Souabe, Franconie, Lotharingie). L'évêché d'Utrecht constitue, jusqu'aux environs de 1100, l'entité la plus puissante des Pays-Bas du Nord, comme ceux de Liège et Cambrai pour les Pays-Bas du SudGuido Peeters, « Pays-Bas », Encyclopædia Universalis, DVD, 2007.. Le pouvoir impérial choisit ses hauts dignitaires de préférence dans sa parentèle, proche ou élargie. Celle-ci bénéficie des plus hautes charges épiscopales ou monastiques. Le meilleur exemple en est le propre frère d'Otton, Brunon de Cologne, archevêque de Cologne, qui impose la règle de l'abbaye de Gorze à tous les monastères de son diocèse.. On peut citer aussi , cousin germain d'Otton, évêque de Metz de 965 à 984 ; un parent proche d'Otton, le margrave de Saxe Gero, qui fonde l'abbaye de Gernrode vers 960-961, en Saxe ; Gerberge, nièce de l'empereur, abbesse de Notre-Dame de Gandersheim.

vignette|upright=1.5|L’Empire en l'an mil.

Les marches sont figurées en hachuré.

La puissance des grands féodaux

L'empire ottonien est cependant relativement décentralisé et, contrairement aux évêques dont la charge est remise entre les mains de l'empereur après leur mort, les grands féodaux jouissent d'une transmission héréditaire de leurs possessions. Dès lors, le souverain n'a que peu de contrôle sur eux et de grandes familles aristocratiques soutenues par de fortes clientèles sont en mesure de contester son pouvoir.

doit ainsi faire face au puissant duc de Bavière, son cousin Henri le Querelleur. En effet, les ducs de Bavière disposent des évêchés du Sud de la Germanie qu'ils attribuent à des membres de leur famille. La Bavière impose sa suzeraineté à une grande partie de l'Autriche actuelle et au sud, jusqu'à la mer Adriatique et au lac de Garde. Allié à , à , aux Danois et à des minorités slaves, Henri est en mesure de menacer le jeune qui doit le vaincre militairement, ainsi que ses alliés, pour prendre effectivement le pouvoir. Ce danger ressurgit à chaque affaiblissement du pouvoir impérial. C'est le premier défi auquel sont confrontés et sa mère, la régente Théophano, à la mort d'.

Des frontières menacées