Le virus respiratoire syncytial ou Orthopneumovirus hominis (VRS, ou HRSV pour human respiratory syncytial virus ; de syncytium) est la cause la plus fréquente, dans le monde, d'infections respiratoires des jeunes enfants. Très contagieux, ce virus infecte principalement les nourrissons âgés de moins de un an.
Chez l'adulte, l'infection à VRS, souvent bénigne (sauf chez le sujet âgé), passe souvent inaperçue (portage sain ou légers symptômes) est responsable d'une rhinite ou d'un syndrome pseudo-grippal dans les formes plus sévères touchant les personnes âgées ou à risque.
L'infection peut survenir comme surinfection après une infection primaire le plus souvent après un rotavirus, mais aussi par SARS-CoV-2, le virus responsable de la maladie à coronavirus 2019 ou tout autre virus saisonnier hivernal respiratoire.
L'infection semble aussi facilitée par l'exposition des poumons à la pollution de l'air. Chez l'enfant, elle semble souvent remarquablement bien coïncider dans le temps avec la virose provoquée par le rotavirus en novembre, en décembre, et en janvier (dans l'hémisphère nord). Cette co-infection favorise l'encombrement des services pédiatriques hospitaliers en région parisienne, et conduit à plusieurs infections nosocomiales.
Origine Le VRS aurait franchi la barrière des espèces au cours du Néolithique dans l'est de la Turquie, passant des bovins élevés dans cette région à l'humain, accès libre..
Découverte En 1956, Morris et al. isolent un virus d'une population de chimpanzés enrhumés ; ils le nomment CCA (Chimpanzee Coryza Agent). En 1957, ce même virus est identifié par comme étant celui ayant affecté des enfants atteints de pneumopathies et de laryngites. Il le nomme virus respiratoire syncytial.
Description C'est un virus à ARN monocaténaire (un seul brin d'ARN, non fragmenté) de polarité négative, de type « enveloppé », à capside à symétrie hélicoïdale. Il appartient à la famille des Pneumoviridae, et au genre Orthopneumovirus.
Taille : de 150 à 400 nm de diamètre environ.
Données épidémiologiques Il s'agit de la cause principale des bronchiolites de l'enfant.
La prévalence mondiale en 2005 est estimée à près de 34 millions de cas chez les enfants de moins de cinq ans, dont 10 % sont des formes graves avec environ 100 000 décès. En France, on dénombre environ 460 000 cas/an chez les nourrissons. Ce virus ne semble actif qu'en saison froide (d'octobre à mars-avril en Europe de l'Ouest et Amérique du Nord).
L'incubation est de 2 à 8 jours.
Contagion La transmission est réputée se faire essentiellement par voie respiratoire, soit par particules aérosoles ou gouttelettes expulsées par la personne contagieuse lorsqu'elle respire, parle, tousse, ou éternue. Le virus effectue sa réplication dans le rhinopharynx où il peut soit rester, soit diffuser avec une persistance sur supports inertes non poreux (poignée de porte, vêtements, linge de lit), de 5 à 48 heures selon la température (plus il fait froid, plus il persiste).
Le point d'ancrage lors de la contamination se fait sur les amygdales et le larynx avec pour portes d'entrée le nez, la bouche et les yeux.
Un malade est contagieux environ 5 jours avec un délai d'apparition des symptômes compris entre 2 à 8 jours.
Description de la maladie Une infection par le VRS peut se compliquer et devenir une bronchiolite chez le jeune enfant, qui peut entraîner dans des cas exceptionnels l'hospitalisation. La bronchiolite a une durée d'incubation courte (2 à 4 jours) et commence par une rhinite avec une fièvre modérée. Dans la plupart des cas, on a une évolution favorable en une dizaine de jours. Dans 2/3 des cas, on a une forme récidivante. Elle peut évoluer vers des formes graves, par exemple une insuffisance respiratoire.
Les réinfections sont fréquentes.
Il existe également des formes de l'adulte et de la personne âgée, se manifestant par un tableau de bronchite fébrile, avec une gravité comparable à celle de la grippe chez ces derniersFreymuth, F., Vabret, A., Gouarin, S., Petitjean, J., Charbonneau, P., Lehoux, P., ... & Mosnier, A. (2004). Épidémiologie et diagnostic des infections à virus respiratoire syncytial de l’adulte. Revue des maladies respiratoires, 21(1), 35-42.. L'atteinte est plus fréquente chez les patients cardiaques, entraînant fréquemment des complications cardiovasculaires.
Diagnostic En pratique le diagnostic est clinique et aucun examen n'est nécessaire. Dans certains cas l'on peut être amené à effectuer un diagnostic de certitude, essentiellement un diagnostic direct. On dispose de plusieurs méthodes : détection d'antigènes par immunofluorescence (test rapide); culture sur , méthode facile; amplification du génome viral par PCR (technique la plus sensible).
La sérologie présente peu d'intérêt.
La pollution de l'air comme facteur de risque L'infection par ce virus semble facilitée par l'exposition des poumons à la pollution de l'air, et en particulier aux PM10 et au NO2 qui augmentent aussi la gravité de l'infection (plus d'hospitalisations) ainsi que sa létalité (effets cerébrovasculaires plus importants avant l'âge de 75 ans, selon une étude faite en Italie, publiée en 2016).
Prévention Comme pour tous les virus, il est recommandé d'éviter le contact avec des personnes infectées (foule, transports en commun, baisers sur le visage et sur les mains de la part d'adultes et d'enfants), d'utiliser du matériel à usage unique ou personnel (jouets, mouchoirs), de se laver les mains avant de s'occuper de l'enfant et surtout de se laver les mains après s'être occupé d'un enfant malade. Le virus peut survivre plusieurs jours sur des objets (dits « fomite »).
D'une manière générale, mais tout particulièrement lorsqu'une rhinite ou tout autre infection respiratoire est en cours chez un enfant, il faut éviter tout ce qui peut gêner la respiration ou entraîner une diminution de la capacité respiratoire : ne pas fumer, aérer la chambre 20 minutes par jour, ne pas avoir d'atmosphère trop sèche, coucher l'enfant sur le dos, sans draps ni doudou. Chez le nourrisson, la respiration est presque exclusivement nasale ; ainsi la rhinite, bilatérale ou non, peut vite se compliquer d'une difficulté respiratoire ou dyspnée.
Depuis 1999, un traitement préventif des infections à VRS est disponible : il s'agit d'un anticorps monoclonal, le palivizumab, commercialisé sous le nom de Synagis. Compte tenu du coût élevé de cette thérapeutique, elle est réservée aux enfants à risque (prématuré de moins de , enfants de moins de deux ans souffrant de dysplasie bronchopulmonaire ou de cardiopathie congénitale). Ce médicament est disponible exclusivement dans les pharmacies des établissements hospitaliersArrêté du 13 juin 2017 modifiant l'arrêté du 17 décembre 2004 fixant la liste prévue à l'article L.5126-4 du code de la santé publique (JO du 15/06/17)..
Le nirsévimab est un anticorps monoclonal, ciblant la protéine de fusion du virus dans l'une de ses conformations, dont la demi-vie est suffisamment longue pour protéger les nouveau-nés à termeHammitt LL, Dagan R, Yuan Y et al. Nirsevimab for prevention of RSV in healthy late-preterm and term infants, N Engl J Med, 2022;386:837-846 ou prématurésGriffin P, Yuan Y, Takas T et al. Single-Dose nirsevimab for prevention of RSV in preterm infants, N Engl J Med, 2020;383:415-425 pendant tout un hiver, avec une seule injection intramusculaire.
Vaccins Trois vaccins sont disponibles : Arexvy de GSK : antigène RSVPreF3 (protéine F recombinante en forme préfusion) et adjuvant AS01E ; Abrysvo de Pfizer utilisant les formes préfusionnelles de la protéine F (protéine de fusion cellulaire) des souches A et B du virus.https://www.pfizer.com/news/press-release/press-release-detail/pfizer-announces-positive-top-line-data-phase-3-trial-older. Pfizer a obtenu le statut de thérapie innovante pour ce vaccin visant la protection des nourrissons par vaccination de la femme enceintehttps://www.pfizer.com/news/press-release/press-release-detail/pfizer-granted-fda-breakthrough-therapy-designation. La réduction globale des infections des voies respiratoires inférieures et des hospitalisations liées au VRS au cours des 6 premiers mois de la vie est d'environ 50 % ; mRESVIA de Moderna utilise la technique de l'ARN messager.
Les trois vaccins sont adaptés à la vaccination des seniors (en France, 75 ans et plus ou 65 ans et plus avec pathologies respiratoires ou cardiaques chroniques). Abrysvo permet la protection des nouveau-nés par vaccination de la mère entre 32 et 36 semaines d'aménorrhée..
La première analyse de sécurité post-autorisation du vaccin Abrysvo rapporte que les femmes enceintes vaccinées avec le vaccin Abrysvo contre le VRS de Pfizer sont plus susceptibles d’accoucher prématurément.
Une étude britannique parue fin 2025 passe en revue 511 études portant sur la vaccination contre le virus respiratoire syncytial, le covid-19 et la grippe. Elle conclut à la sûreté et à l'efficacité de ces vaccins ainsi qu'à leur capacité à réduire les risques d'hospitalisation.
L'anticorps monoclonal Beyfortus peut aussi être proposé aux nourrissons de moins d'un mois exposés au risque épidémique.. Cette approche serait associée à de moindres risques d'hospitalisation et de formes graves, et peut être combinée à la vaccination prénatale.
Traitement Il repose essentiellement sur des lavages réguliers du nez du nourrisson afin de faciliter la respiration et l'alimentation. La kinésithérapie respiratoire n'est plus recommandée dans la prise en charge des bronchiolites du nourrisson..
La ribavirine est utilisée en aérosol pour soigner les formes graves, permettant de réduire la durée de la ventilation mécanique et celle de l'hospitalisation et est tératogène. Le palivizumab permet d'en diminuer les symptômes et est proposé en prévention chez les sujets fragiles.
Le ziresovir est un inhibiteur de la protéine F du virus et permet la réduction des symptômes de l'infectionZhao S, Shang Y, Yin Y et al. Ziresovir in hospitalized infants with respiratory syncytial virus infection, N Engl J Med, 2024;391:1096-1107. l prévention
Articles connexes Rhume Angine virale Bronchite aiguë Pneumonie aiguë Bronchiolite Acrodermatite papuleuse infantile de Gianotti-Crosti , le découvreur du virus. Cheval de Troie (virus)
Notes et références
Référence biologique
Catégorie:Pneumoviridae