vignette|République dominicaine au présent vignette|Espace caraïbe
La République dominicaine occupe les deux-tiers de l'est de l'île appelée Hispaniola, dans les Grandes Antilles, sur une superficie de , avec une population de . Le tiers occidental de l'île appartient à Haïti.
Christophe Colomb découvre l'île, alors peuplée par les Taïnos, le lors de son premier voyage vers les Amériques. Il y établit la première colonie espagnole. La France établit à son tour une colonie de l'autre côté de l'île. Les deux colonies qui deviennent, au , la République dominicaine côté espagnol, et la république d'Haïti côté français, se livreront bataille durant de longues décennies.
La République dominicaine prend officiellement son indépendance le , mais l'Histoire du pays depuis lors est marquée par une grande instabilité politique et des interventions étrangères, notamment de la part des États-Unis.
Confusions autour du nom Saint-Domingue
Saint-Domingue (Santo Domingo en espagnol), paronyme de Saint-Dominique, est un nom qui recouvre plusieurs entités territoriales différentes, sources de nombreuses confusions :
Saint-Domingue est le nom donné à la ville fondée par les colons espagnols, aujourd'hui capitale de la République dominicaine ; Saint-Domingue désigne par extension la colonie espagnole dont la ville a donné le nom (Capitainerie générale de Saint-Domingue, devenue la République dominicaine) ; Saint-Domingue est également le nom donné à l'île d'Hispaniola, qui au début de la colonisation appartenait entièrement aux Espagnols ; Saint-Domingue est enfin devenu aussi le nom de la colonie française, située sur la partie ouest de l'île, et dont est issu l’actuel État d’Haïti.
Époque pré-colombienne vignette|gauche|Migrations taïnos. thumb|Femmes taïnos préparant le pain de cassave. Des migrations successives d'Arawaks, venant du delta de l'Orénoque en Amérique du Sud, colonisent les îles des Caraïbes. Autour de 600 avant Jésus-Christ, les Taïnos, issus des Arawaks, arrivent sur l'île, déplaçant les habitants précédents, les Ciboneys. Les derniers migrants arawaks, les Kalinagos (Caraïbes), commencent à investir les Petites Antilles vers 1100, et étaient en train d'attaquer les villages taïnos sur la côte est lorsque les Espagnols débarquent en 1492, marquant ainsi le point de départ d'une nouvelle phase historique. Avant l'arrivée des Conquistadors, l'île, qui s'appelait à l'époque Quisqueya, était occupée par des tribus de pêcheurs et d'agriculteurs. Leur répartition géographique est aujourd'hui pratiquement impossible à déterminer du fait que ces tribus étaient très mobiles d'une part et qu'elles furent décimées très rapidement après l'arrivée des Européens, d'autre part. Très peu de preuves attestent encore leur existence. On peut toutefois citer quatre grandes ethnies : les Lucayos, les Ciguayos, les Taïnos et les Kalinagos (Caraïbes).thumb|Les cinq caciquats de l'île d'Hispaniola avant l'arrivée des colons espagnols.En 1492, l'île comptait cinq caciquats : Marién, Maguá, Maguana, Jaragua et Higüey qui étaient gouvernés par cinq caciques respectivement : Guacanagarix, Guarionex, Caonabo, Bohechío et Cayacoa.
Période coloniale espagnole (1494-1795)
thumb|Christophe Colomb débarquant à Hispaniola, gravure de Théodore de Bry (1594).
Arrivée des colons (1492-1495) thumb|Ancienne carte Hispaniola et Puerto Rico, autour de 1639. Christophe Colomb arrive sur l'île avec ses hommes le Leslie Desmangles, The Faces of the Gods: Vodou and Roman Catholicism in Haiti (North Carolina University Press, 1992), .. Les Amérindiens l'accueillent comme s'il était un dieu. Le découvreur baptise l'île « Hispaniola » (Île espagnole). Le système égalitaire des taïnos fait alors face à la société féodale européenne. Les Européens croient alors que les taïnos sont faibles et les traitent avec violence. Colomb tente de mitiger cela quand il quitte l'île avec ses hommes et laisse une première bonne impression.
Colomb conclut une alliance forte avec Guacanagarix, qui était un chef puissant de l'île. Après le naufrage de la Santa María la nuit de Noël, il décide de construire une petite forteresse qui appelle justement « La Nativité » avec une garnison d'hommes qui pourront l'aider à revendiquer cette possession. Malgré la richesse et la beauté de l'île, la garnison est secouée par des divisions qui débouchent sur un conflit entre les premiers Européens installés sur l'île. Certains d'entre eux commencent alors à terroriser les membres des tribus taïnos Ciguayo et Macorix jusqu'à essayer de kidnapper leurs femmes.
Perçu comme faible par les Espagnols et même par certains membres de sa propre tribu, Guacanagarix tente d'arriver à un accord avec les colons. Le puissant cacique de Maguana, Caonabo, ne peut supporter ces affronts et attaque les Européens en détruisant le fort « La Nativité ». Guacanagarix est consterné par le tour que prennent les évènements mais ne fait rien, probablement en espérant que ces étrangers ne reviendront pas.
En 1493, Colomb revient sur l'île lors de son second voyage et fonde la première colonie espagnole dans le Nouveau-Monde et la ville de La Isabela. En 1496, son frère Bartholomè Colomb fonde la ville de Saint Domingue sur la côte sud de l'île qui devient la nouvelle capitale qui reste aujourd'hui la plus ancienne ville européenne habitée de manière continue en AmériqueAntonio de Herrera y Tordesillas, Historia general de los hechos de los Castellanos en las islas y tierra firme del Mar Oceano (General History of the Deeds of the Castilians on the Islands and Mainland of the Ocean Sea), Madrid, 1601-1615First Arrivals, http://nationalhumanitiescenter.org/pds/amerbegin/settlement/text1/text1read.htm.
Massacre des Taïnos (1492-1525)
vignette|Conquistadors espagnols marquant au fer les Amérindiens réduits en esclavage. Quand Colomb part pour une autre exploration, Francisco de Bobadilla devient gouverneur. Les accusations des colons contre Colomb au sujet de sa mauvaise gestion s'ajoutent à la situation politique tumultueuse. En 1502, Nicolás de Ovando remplace De Bobadilla à son poste de gouverneur avec le projet ambitieux d'élargir l'influence espagnole dans la région. Il traitera les Taïnos encore plus mal que ses prédécesseurs. Un rebelle, Enriquillo, prend la tête d'un groupe qui avait fui en montagne et attaque les Espagnols à différentes occasions pendant quatorze ans entre 1519 et 1533. Finalement, les Espagnols lui offrent un traité de paix et une ville en 1534. La ville ne dure pas longtemps puisque quelques années plus tard, une rébellion d'esclaves la détruit et tue ses habitants.
Mais la colonisation devient alors très violente et réduit la population locale en esclavage. Ainsi, en cinquante ans, celle-ci est exterminée par les répressions, le travail forcé dans les mines, les plantations et surtout par les épidémies. Sur les Tainos vivant initialement sur l'île, seraient toujours en vie en 1508, et seulement quelques douzaines en 1535Jonathan Hartlyn, The Struggle for Democratic Politics in the Dominican Republic, , The University of North Carolina Press, 1998. La résistance désespérée des Taínos face aux Espagnols et à l'esclavagisme s'est également traduite par de nombreux suicides collectifs.
Arrivée des esclaves africains (1503)
vignette|Captifs africains montant à bord d'un navire négrier. Comme la population locale ne suffit plus pour l'extraction minière et le travail dans les plantations, les monarques espagnols, Ferdinand II d'Aragon et Isabelle la Catholique autorisent en 1501 les colons dans les Caraïbes à amener des esclaves africains. Les Espagnols capturent dès 1503 les esclaves en Afrique. L'arrivée massive d'Africains a une influence considérable sur la culture, la politique et la composition ethnique de l'île.vignette|Esclaves originaire de Guinée récoltant l'or pour les colons espagnols (gravure du XVIe siècle par Théodore de Bry).Les Noirs de même ethnie sont séparés. Cela permet à terme, de leur imposer la langue espagnole. De même, ils recevront des noms espagnols et seront convertis au christianisme. Ainsi donc la traite des Noirs constitue un ethnocide où les Africains vont perdre leurs cultures et leurs origines. Leur seule identité est désormais basée sur la couleur de leur peau (qui peut varier selon l'ethnie). Par la suite les colons britanniques, portugais et français vont eux aussi importer des esclaves africains. Dans les mentalités européennes, les Noirs sont vus comme un tout, un peuple unique. Cette perception est renforcée par les théories raciales mises en place pour légitimer cet esclavage.
Développement de l'industrie de la canne à sucre (dès 1500) vignette|Esclaves coupant la canne. thumb|Vue de la ville de Saint-Domingue, gravure d' (1671) La canne à sucre est introduite sur l'île d'Hispaniola à partir des Îles Canaries et le premier moulin de canne à sucre dans le Nouveau Monde est établi en 1516Sugar Cane: Past and Present, Peter Sharpe http://www.siu.edu/~ebl/leaflets/sugar.htm. Le besoin de main d’œuvre a fait augmenter de manière exponentielle l'importation d'esclaves africains pendant les deux décennies suivantes. Les propriétaires des moulins forment rapidement une nouvelle élite coloniale. Ils parviennent à convaincre le roi d'Espagne de pouvoir élire les membres de l'audience royale parmi eux. Les colons les plus pauvres survivent grâce à la chasse, à l'élevage et la vente de peaux. La première révolte d'esclaves des Amériques se déroule en 1522 à Saint Domingue, lorsque des wolofs travaillant dans une plantation de canne à sucre se soulèvent contre l'amiral Don Diego Colon, le fils de Christophe Colomb. De nombreux insurgés parviennent à s'échapper et trouvent refuge dans les montagnes où ils forment des communautés marronnes indépendantes.thumb|La cathédrale de Saint Domingue, première cathédrale construite dans le Nouveau Monde par les Espagnols entre 1514 et 1535. Bien que la canne à sucre permette d'augmenter considérablement les revenus de l'Espagne dans l'île, un grand nombre d'esclaves juste arrivés fuient dans les montagnes presque impraticables de l'intérieur de l'île et rejoignent les jeunes communautés marronnes (littéralement « animaux sauvages »). Dans les années 1530, les groupes cimarrons sont devenus si nombreux que les Espagnols ne peuvent voyager de manière sûre hors de leurs plantations qu'avec un groupe armé. Dans les années 1540, la mer des Caraïbes est envahie de pirates anglais, français et hollandais. En 1541, l'Espagne autorise la construction de la muraille de Saint Domingue et décide de limiter les voyages en mer aux convois armés. En 1561, La Havane est choisie, en raison de sa situation géographique par rapport au Gulf Stream, comme port d'attache des flottes mercantiles qui disposent un monopole réel sur le commerce des Amériques. Cette mesure va détruire l'industrie sucrière sur l'île d'Hispaniola.
En 1564, les principales villes de l'intérieur de l'île, Santiago de los Caballeros et Concepción de La Vega sont détruites par un tremblement de terre.
Déclin colonial (1530-1600) Avec la conquête du continent américain, Hispaniola décline rapidement. La majorité des colons espagnols abandonnent l'île pour les mines d'argent du Mexique et du Pérou et les nouveaux colons venus d'Espagne ne s'intéressent plus à l'île. L'agriculture recule, les importations des nouveaux esclaves cesse et les colons blancs, les noirs libres et les esclaves vivent conjointement dans la pauvreté. À partir de là, la hiérarchie s'effrite et la solidarité prend le dessus, ce qui donne une population mixte entre Espagnols, Africains et Taïnos. À l'exception de la ville de Saint Domingue qui parvient à maintenir quelques exportations, les ports dominicains ont été contraints de compter sur le commerce de contrebande, devenu avec l'élevage la seule ressources pour les habitants. thumb|upright|Monument commémoratif du Traité de Rijswijk aux Pays-Bas.