Jean-Charles-Emmanuel Nodier, né le à Besançon et mort le à Paris, est un écrivain, romancier et académicien français. On lui attribue une grande influence dans la naissance du mouvement romantique.

Biographie Jeunesse Fils d'Antoine-Melchior Nodier, ancien oratorien, admis dans la Congrégation de l'Oratoire en qualité de confrère laïcCorrespondance de jeunesse de Charles Nodier ; Tome I, édition établie, présentée et annotée par Jacques-Rémi Dahan, publiée chez Droz en 1995, ). devenu avocat au parlement de Besançon, et de Suzanne Paris, qui aurait été sa servante, il fut légitimé lors de leur mariage le Né le à Besançon et mort dans cette ville le , il était entré dans la Congrégation de l'oratoire le en qualité de confrère laïc à l'institution de Lyon et avait enseigné les humanités aux collèges de Salins et de Lyon. Revenu dans son pays natal, il fut reçu avocat au Parlement de Besançon en 1768. Voir Charles Nodier, Correspondance de jeunesse, (présentation de Jacques-Rémi Dahan), tome, Champion-Slatkine, 1995, tome II, 667 pages, 25 et 612-613, et Maurice Dayet, Un révolutionnaire franc-comtois : Pierre-Joseph Briot, Les Belles lettres, 1960, 150 pages, 14.. Désireux de lui voir faire des études classiques, son père lui apprit le latin, et il lisait dès dix ans des auteurs difficiles.

thumb|gauche|Portrait d'homme, jadis considéré comme un portrait de Charles Nodier, musée Carnavalet de Paris. Son père fut élu maire de Besançon pour un an en , puis président de tribunal criminel départemental le . Aussi, le suivant, alors qu'il était à peine âgé de 11 ans, Nodier prononça un discours patriotique à la Société des amis de la Constitution (Club des Jacobins) de sa ville natale, dont il devint membre en 1792. Ce premier exploit au service de la Révolution française ne l’empêcha pas de professer tout au long de sa vie des sentiments royalistes qui lui créèrent des ennuis sous l'Empire. Il n'en fréquenta pas moins les cercles politiques libéraux et même républicains. Nodier était surtout fondamentalement opposé au pouvoir despotique.

En 1793, il suivit des leçons de botanique, d'entomologie et de minéralogie auprès d'un ancien officier du génie, le chevalier Justin Girod de Chantrans, et se lia d'amitié avec François Luczot de La ThébaubaisDocteur Antoine Magnin, Charles Nodier naturaliste, ses œuvres d'histoire naturelle publiées et inédites. Lib. scientifique A. Hermann et fils, Paris 1911 disponible sur Internet Archive., qui venait d'être nommé à Besançon pour sa première affectation en sortant de l'École des Ponts-et-Chaussées. À la même époque, sur l'instance de Girod-Chantrans, il obtint la grâce de la petite nièce de l'abbé d'Olivet, que l'on avait arrêtée pour avoir envoyé de l'argent à un parent émigré, en menaçant son père, qui présidait le tribunal révolutionnaire, de se percer le cœur avec la pointe de son poignardVoir Louis Véron, Revue de Paris, tome XXV, 1844, 36, et Léon Séché: Annales romantiques, tome V, 1908..

Puis, au début de 1794, son père l'envoya étudier le grec sous la direction d’Euloge Schneider, éditeur d'un Anacréon allemand alors passé de l'état de grand-vicaire de l'évêque constitutionnel de Strasbourg à celui de rapporteur de la commission révolutionnaire extraordinaire du Bas-Rhin, auprès duquel il demeura jusqu'à son exécution le Charles Nodier, Souvenirs de la Révolution et de l'Empire, Charpentier, 1864, tome I, chapitre I, 7-24.. De retour à Besançon, il prononça en l'église Sainte-Madeleine, lors des célébrations du , un éloge de Joseph Bara et de Joseph Agricol Viala sur l'invitation de la société populaire, club jacobin de la villeCharles Nodier, Correspondance de jeunesse, , 26.. Puis il partit pour Novillars chez Girod de Chantrans, où il séjourna plus d'un anVoir la « chronologie » de Charles Nodier, La Fée aux Miettes. Smarra. Trilby (présentation de Patrick Berthier), Gallimard, coll. Folio, 1982, 327-331.

Destitué de ses fonctions de juge le , Antoine-Melchior Nodier les retrouva le suivant par un arrêté, puis fut nommé commissaire du Directoire près les tribunaux civil et criminel du Doubs le , avant de devenir professeur de législation à l’école centrale de Besançon, organisée et ouverte le Charles Nodier, Correspondance de jeunesse, , 612.. À la même époque, il y fit inscrire son fils comme étudiantLéonce Pingaud, La jeunesse de Charles Nodier: les Philadelphes, Slatkine Reprints, 1977, 279 pages, 38.. Là, Nodier eut le futur académicien Joseph Droz pour professeurMarie Mennessier-Nodier, Charles Nodier. Épisodes et souvenirs de sa vie, Didier et Cie, 1867, 33. et participa à la création d’une société secrète appelée les Philadelphes en 1797.

En 1798, il publie son premier ouvrage, en collaboration avec François Luczot de La Thébaubais: Dissertation sur l'usage des antennes dans les insectes, et sur l'organe de l'ouïe dans les mêmes animaux. Il s'agira de son unique publication d'histoire naturelle.

Débuts littéraires gauche|200px|thumb|Buste en marbre de Charles Nodier, musée des beaux-arts et d'archéologie de Besançon. Il fut nommé bibliothécaire adjoint de l’école centrale du Doubs le . Le , après la présentation, par les Philadelphes, d'une parodie des réunions des Jacobins, il s'enfuit et perdit son poste de bibliothécaire. La même année, il publia quelques brochures et trois poèmes dans un recueil édité par les Philadelphes, Essais littéraires par une société de jeunes gens, avant de collaborer, entre octobre et décembre, à l'éphémère Bulletin politique et littéraire de Doubs.

Après un séjour à Paris entre et mars ou , il reprit son poste de bibliothécaire. Après la publication des Pensées de Shakespeare, tirées à 12 exemplaires, il repartit en octobre pour Paris, où il écrivit son premier roman, Stella ou les proscrits, paru en 1802. Rentré à Besançon en , il revint à Paris en 1803, où il collabora à la Décade philosophique et publia, sans succès, Le Dernier Chapitre de mon roman et Le Peintre de Salzbourg. Le suivant, dans une lettre au Premier Consul, il se dénonça comme l'auteur de La Napoléone, une ode écrite l'année précédente et dans laquelle il le critiquait, parue anonymement à Londres puis à Paris, ce qui lui valut d'être incarcéré 36 jours.

Libéré le , il retourna en résidence surveillée à Besançon, où il écrivit les Essais d'un jeune barde puis publia, en 1806, Les Tristes ou Mélanges tirés des tablettes d'un suicidé, qui contenaient son premier conte fantastique, Une heure ou la Vision.

Le , grâce à la protection du préfet Jean de Bry, il ouvrit un cours de littérature à Dole, où il épousa, le suivant, Désirée CharveNée à Lons-le-Saunier le , baptisée le , Liberté-Constitution-Désirée Charve était la fille de Charles Antoine Charve, homme de loi et secrétaire du district, et de Françoise Clerc. Voir Jules Janin, 735 lettres à sa femme, C. Klincksieck, 1973, tome III, 53 .Désirée Charve est la demi-sœur du peintre Lucile Messageot que Nodier a connue et adulée à Paris et dont il dira dans "Le peintre de Salzbourg" qu'elle est "le Michel-Ange de la poésie et l’Ossian de la peinture "..

Sa carrière littéraire se poursuivit en 1808 avec la publication d’un Dictionnaire raisonné des onomatopées françaises. En , il entra en relations avec l'écrivain anglais Herbert Croft et Lady Mary Hamilton, installés à Amiens. Devenu leur secrétaire le , il réalisa pour eux de fastidieux travaux de copie littéraire et de correction d'épreuves, jusqu'à leur ruine, en . Le ménage Nodier quitta alors Amiens pour Quintigny, où habitaient les parents Charve et où naquit leur fille, Marie-Antoinette-Élisabeth, le .

Après la parution des Questions de littérature légale, il fut nommé le , bibliothécaire municipal à Laibach (Ljubljana), où il fut également directeur du Télégraphe officiel, journal officiel des provinces, et partit en décembre. De nos jours, l’Institut français de Ljubljana porte son nom. C'est là qu'il esquissa son roman basé sur des faits relatés dans la presse Jean Sbogar (Janez (Ivan) Žbogar) qui ne sera publié qu'en 1818. L'histoire se passe dans la région de Trieste, du château de Duino (Devin) et de Venise et met en scène des brigands qui à l'époque intimidaient les Français ainsi que les habitants locaux. Charles Nodier était fasciné par ces brigands auxquels il a consacré divers articles ainsi que ce roman qui sera lu plus tard par Napoléon à Sainte-Hélène.

Installé à Trieste, capitale des provinces illyriennes du au début de , il s'intéressait aux conditions des provinces Illyriennes, surtout à l'histoire de l'Illyrie. Il retourna à Quintigny au moment de l'évacuation des troupes françaises. Rentré à Paris en 1814 avec sa femme et sa fille Marie, il s'installa 17 rue des Trois-Frères, où naquit son fils Térence (mort en 1816), et devint rédacteur du Journal des Débats. Le , il reçut la décoration de la fleur de Lys par Louis XVIII, qui lui conféra également la Légion d'honneur en 1822.

Pendant les Cent-Jours, il fut l'hôte du duc de Caylus en son château de Buhy, près de Magny-en-Vexin. Rentré à Paris sous la Seconde Restauration, il reprit ses collaborations au Journal des Débats, auquel il donna plus de 200 articles jusqu'en , et publia l'Histoire des sociétés secrètes de l'armée en 1815, Jean Sbogar et une nouvelle édition des Fables de La Fontaine avec un commentaire littéraire et grammatical chez Alexis Eymery en 1818, et Thérèse Aubert en 1819. En juin de la même année, installé au 1, rue de Choiseul, il commença à collaborer au journal légitimiste Le Drapeau blanc, auquel il donna 26 articles jusqu'en , avant de rejoindre, en 1820, les royalistes Archives (puis Annales) de la littérature et des arts, auxquelles il donna 28 articles jusqu'en 1822.

Après l'édition en 1820 d'Adèle, Mélanges de littérature et de critique et de Lord Ruthwen ou les Vampires (une œuvre de Cyprien Bérard, directeur du théâtre de Vaudeville) et la création, le , au théâtre de la Porte-Saint-Martin d'un mélodrame intitulé Le Vampire (en collaboration avec Carmouche et Jouffroy), il publia en Smarra ou les Démons de la nuit. À partir du , il collabora au journal La Quotidienne, auquel il donna 70 articles jusqu'au et dans lequel il présenta aux lecteurs les œuvres de Walter Scott, Rabelais, Marot, et aussi Lamartine, Byron et Victor Hugo. Puis, le , il entra à La Foudre, où il fit paraître 15 articles jusqu'au . La même année naquit un second fils, Amédée, qui mourut peu après.

Le , il partit pour l'Écosse, où il passa l'été et dont il fit le récit dans Promenade de Dieppe aux montagnes d’Écosse, paru en novembre.

En 1822, installé au 4, rue de Provence, il publia un recueil d'Infernalia puis, en juillet, Trilby ou le lutin d’Argail, un conte fantastique situé en Écosse et qui inspira Adolphe Nourrit pour le livret du ballet La Sylphide.

L'Arsenal right|220px|thumb|Sa fille Marie Nodier - Peinture de Jean Gigoux, musée des beaux-arts et d'archéologie de Besançon. Le , il fut nommé bibliothécaire du comte d’Artois, futur Charles X, au sacre duquel il assista, à Reims, le , en compagnie de Victor Hugo. Les Nodier s'installèrent le à l'Arsenal. Ce poste lui permit de tenir un salon littéraire., le « Cénacle », et de promouvoir le romantisme. Alexandre Dumas a donné dans ses mémoires une description de ce salon où se croisèrent tous les futurs grands noms de la littérature romantique française. Après s'être exprimé sur le charme avec lequel Nodier savait conter quelque récit, l'auteur des Trois Mousquetaires poursuit ainsi : C'est au cours d'une de ces réunions que fut récité pour la première fois le fameux Sonnet d'Arvers. left|thumb|Lithographie de Charles Nodier, parue dans la revue Cénacle de la Muse française (1827).