Le Faucon pèlerin (Falco peregrinus) est une espèce robuste de rapaces, de taille moyenne, réputée pour être la plus rapide du monde en piqué. Ses proies sont presque exclusivement des oiseaux, mais certains individus peuvent également s'attaquer à de petits animaux terrestres. Ce faucon ne construit pas de nid, et niche essentiellement sur des falaises, plus rarement sur des arbres, des structures ou des bâtiments élevés. Ses populations ont très fortement diminué après la Seconde Guerre mondiale, en particulier du fait de la pollution au DDT. Depuis sa protection dans les années 1970, ses populations sont à nouveau en expansion.
L'aire de répartition de l'espèce s'étend sur . Elle compte une vingtaine de sous-espèces et c'est l'un des oiseaux dont l'aire de répartition est la plus importante au monde, l'espèce étant en effet présente sur tous les continents sauf l'Antarctique. Il a souvent été apprivoisé comme oiseau de fauconnerie, tout en ayant été – comme les autres falconidés – considéré en Europe comme nuisible et persécuté à ce titre ..
Étymologie Son nom vernaculaire, vient du bas latin « falco », dérivé du latin classique « falx » qui signifie « faux » et fait référence à la forme falciforme de ses ailes.
Son nom scientifique, Falco peregrinus, vient du latin « peregrinor », signifiant « voyager à l'étranger », formé du latin « per », à travers, et « agros », la campagne. Ce terme fait référence aux longues distances parcourues par le Faucon pèlerin autour de son nid, pouvant aller jusqu'à . Le terme « pèlerin » a la même origine.
Description Chez la sous-espèce nominale Falco peregrinus peregrinus, le dos est gris foncé, le ventre est crème avec des dessins noirs. Les joues sont blanches, avec une sorte de tache noire en forme de favori. Les pattes sont jaunes, le bec est noir-bleuté, court et recourbé dès la base et les yeux sont noirs. Les juvéniles sont bruns avant de prendre la couleur des adultes. De légères variations peuvent exister au sein des autres sous-espèces. Comme pour les autres Falconidae, la femelle est plus grande et plus lourde que le mâle, parfois de 30 % (on parle souvent des mâles comme étant des s). Les narines de l'animal sont également dotées de sortes de déflecteurs, de cônes irréguliersFaucons, les voltigeurs du ciel, Réalisateur : James Honeyborne, Documentaire, 40 min, Grande-Bretagne, Programme TV Planète, 09/06/2009 13:00. (comme l'entrée des réacteurs d'avions), qui lui permettent de respirer pendant ses piqués à haute vitesse sans la gêne due à la pression du vent relatif.
vignette|Silhouette de l'oiseau en vol plané. +Caractéristiques physiquesMâleFemelleTailleEnvergurePoids
Le Faucon pèlerin est un animal plutôt silencieux. Son cri le plus fréquent est un « ka yak, ka yak » assez perçant et sec. En cas d'alerte, le cri est un rapide « kek-kek-kek » qui peut aller en s'amplifiant si un intrus continue de s'approcher. Il existe aussi un cri plus traînant au moment des parades d'accouplement. On dit que le faucon huit ou qu'il réclame.
Les yeux des Faucons pèlerins ont deux fovéas, pour les vues normale et lointaine. La vue utilise la moitié du volume du cerveau et peut percevoir en même temps trois zones, une frontale en relief et deux latérales lointaines, capables de détecter un pigeon en vol à plus de six kilomètres.
Certains animaux captifs ont vécu jusqu'à (record enregistré), mais la durée de vie dans la nature est beaucoup plus courte, de l'ordre de en moyenneWhite, C., N. Clum, T. Cade, W. Hunt. 2002. Peregrine Falcon (Falco peregrinus). The Birds of North America, 660. Accessed March 24, 2006.. Le taux de survie des adultes est estimé à 70 %.
Comportements et reproduction Cette espèce aime les territoires découverts, avec peu de forêts. Elle s'installe sur les parois rocheuses (en montagne ou en bord de mer), voire (relativement rarement) sur de hauts bâtiments. On a noté que dans des zones sans présence humaine et sans, sinon peu de prédateurs, comme l'Arctique, le pèlerin pouvait s'installer sur des buttes ou des pentes et pas seulement sur des falaises. Quelques populations, peu nombreuses, peuvent nicher dans des arbresVoir l'article consacré au Faucon pèlerin sur le site Faunes et Flores du Pays, du Service Canadien de la faune.. Ce comportement se retrouve chez F. p. macropus, en Australie, mais aussi parfois en Europe centrale et orientaleArticle Falco peregrinus, sur le site de l'IUCN, consulté le 01/10/2013., comme sur les bords de la mer Baltique.
Les Faucons pèlerins ne sont pas des oiseaux grégaires. Même dans les zones avec des populations relativement importantes, les nids restent généralement à au moins un kilomètre les uns des autres et souvent beaucoup plus. Il s'agit pour chaque couple d'avoir un territoire nourricier suffisant. De fait, « la taille du domaine dépend surtout de l'abondance des proies ; elle peut ainsi varier de dans d'excellentes conditions à dans les régions moins bien pourvues. ». La population est donc assez dispersée et reste bien moins dense que celle d'oiseaux vivant en groupes, voire parfois en immenses troupes.
En France, c'est un oiseau sédentaire. Il en va de même pour la majorité des populations de la planète. Cependant, en Europe du Nord, en Sibérie ou en Amérique septentrionale, où le climat est plus froid, les populations sont migratrices, descendant vers le sud pour hiverner. L'hivernage peut se produire dans le sud de l'Europe et jusqu'en Afrique (pour les populations nord-européennes), ou jusqu'en Amérique du Sud pour les populations nord-américaines.
Falco peregrinus est un mauvais planeur. Il pratique surtout le vol battu rapide suivi de courts vols planés horizontaux ou de glissades descendantes.
Reproduction
Les faucons conservent souvent le même abri plusieurs années mais, le nid étant très sommaire, ils peuvent aussi changer d'une année à l'autre tout en restant (normalement) au sein du même territoire. Pour cette raison, on suppose que les Faucons pèlerins vivent en couple stable dans la durée. Au printemps, le mâle fait la cour à la femelle en exécutant des acrobaties aériennes. On peut alors voir des couples de faucons faire des spirales, des ascensions et des piqués. La période de reproduction dépend en fait de la latitude et du climat. La ponte a lieu en février et en mars dans le nord de la zone tempérée, d'avril à mai dans les zones plus nordiques et plus froides, d'août à octobre dans l'hémisphère sud (printemps austral) et de .
Comme les autres Falconinae, le faucon pèlerin ne fait pas de nid. « Il se contente d'une simple corniche rocheuse d'au moins de large, garnie de terre, de granulats ou de débris végétaux. La femelle se borne à y aménager, à l'aide de ses pattes, une cuvette sommaire qu'elle façonne par des pressions répétées de la poitrine. Le couple peut disposer de plusieurs emplacements de cette sorte, mais privilégie l'un d'eux. Là où les parois rocheuses font défaut, le faucon pèlerin s'installe dans le vieux nid d'une autre espèce, souvent celui d'un corvidé ou d'un autre rapace ». Dans une falaise, de reproduction.
vignette|Jeune au nid, France.
Bien que la nidification en falaise soit de loin la plus fréquente, « quelques constructions humaines sont colonisées [...] châteaux, bâtiments divers, tours de centrales nucléaires, pylônes électriques. Des villes comme Albi, Rodez, Strasbourg, Périgueux..., sont habitées par ce rapace, qui y trouve des monuments favorables à sa reproduction et une grande richesse en proies, notamment grâce à l’abondance des pigeons ». Même dans ces zones, l'animal recherche la hauteur, le soleil et un certain isolement des humains. Les œufs sont pondus directement sur le substrat.
Le faucon pèlerin aime les zones abritées des intempéries, par exemple par un surplomb rocheux, et assez souvent orientées au soleil (donc vers le sud dans l'hémisphère nord). On a repéré des nidifications jusqu'à d'altitude dans les montagnes Rocheuses. Il s'agit cependant d'un maximum rarement atteint ou même approché. Les observations dans le massif du Vercors français, par exemple, restent en dessous de . Le faucon défend sa zone de nidification : les animaux (oiseaux ou mammifères) s'en approchant sont attaqués et repoussés dans la mesure des possibilités du faucon.
La ponte et la couvaison ont lieu pour la France entre avril et juin. Il y a une couvée par an comprenant de . Ceux-ci ont une base claire, mais fortement tachetée de brun-rouge. Selon le nombre de taches, l'œuf peut avoir une apparence allant d'un crème tacheté à un brun-rougeâtre. Après la ponte, l'incubation est assurée principalement par la femelle, mais également par le mâle et dure environ un mois (de , dans la majorité des cas). L'implantation de caméras de vidéosurveillance depuis le milieu des années 2000 montre qu'en milieu anthropique, la durée d'incubation est de en moyenne. Les fauconneaux naissent à peu près en même temps. Si la première couvée est rapidement perdue, la femelle peut pondre une seconde fois (ponte de remplacement). Ce comportement est beaucoup plus rare chez les populations boréales, du fait de la faible durée de la belle saison.
Les jeunes sont capables de voler au bout de . Un à quatre réussissent à survivre jusqu'à cette étape (en moyenne 2,45). Après l'envol, les parents apprennent aux jeunes à chasser, en volant à leur côté avec une proie morte dans leurs serres, puis en la lâchant, jusqu'à ce que les jeunes arrivent à la toucher. Cette phase d'apprentissage, pendant laquelle le jeune reste encore dépendant de ses parents pour la nourriture, peut durer de six à neuf semaines, après quoi les jeunes se séparent des adultes. La maturité sexuelle est atteinte vers vingt mois et les premières reproductions ont lieu vers deux ans. Entre les premiers vols et les premières reproductions, ce sont près de 50 % des jeunes qui décéderont de causes diverses. La mortalité devient moins importante par la suite.
Chasse Le Faucon pèlerin chasse principalement des oiseaux. Il les repère en volant haut dans le ciel, parfois aussi en se perchant sur des falaises en hauteur.
Attaque en piqué La chasse a souvent lieu en début ou en fin de journée. Après avoir repéré sa proie grâce à son regard extrêmement perçant, le faucon la surprend généralement en effectuant une attaque en piqué. Celle-ci n'est jamais totalement verticale, mais conserve généralement un angle de 20 à 40°René-Jean Monneret, Le faucon pèlerin description, mœurs, observation, protection, mythologie…, Éditions Delachaux et Niestlé, collection « les sentiers du naturaliste », 2001.. L'attaque se fait par l'arrière de la proie, afin de réduire le risque pour le faucon d'être repéré. La vitesse en piqué n'est pas constante, et varie selon les changements d'angle de l'attaquant et selon ses mouvements d'ailes, nécessaires pour s'adapter à la trajectoire de la proie. À la fin du piqué, l'animal se remet plus ou moins à l'horizontale.
En pratique, il peut continuer à descendre, être vraiment à l'horizontale, voire faire une ressource et remonter légèrement. L'approche finale dépend de la réaction de la proie. Celle-ci peut être directement saisie avec les serres, ou percutée avec celles-ci, et récupérée lors de sa chute, voire au sol. La proie heurtée est ainsi déstabilisée et se tue lors du choc au sol ou bien reçoit un coup de bec fatal derrière la nuque. Le bec du Faucon pèlerin est par ailleurs muni d'une échancrure spécifique qui l'aide à sectionner les vertèbres de sa proie.
Beaucoup de choses ont été écrites autour de la question de la vitesse du Faucon pèlerin en piqué. Il faut cependant distinguer les vitesses théoriques estimées dans le cadre de calculs aérodynamiques, les vitesses maximales enregistrées de façon fiable, et les vitesses moyennes réellement utilisées par l'espèce.