Le musée de la coutellerie (également appelé musée de la coutellerie Jean-Claude Potte depuis 2020) est un musée municipal situé à Thiers dans le département français du Puy-de-Dôme en région Auvergne-Rhône-Alpes.
Fondé en , il accueille en partie les collections de l'ancien musée Barante ouvert au public en qui ferme ses portes définitivement en . Établi en plein cœur de la cité médiévale de Thiers, le musée a pour but initial de créer un lieu de mémoire et d'histoire dans une optique de conservation et de valorisation du patrimoine matériel et immatériel de bâtiments, d'objets et de gestes issus de sept siècles de coutellerie.
Le musée est divisé en trois parties : les deux premières sont à quelques mètres l'une de l'autre dans deux bâtiments anciens du centre historique de Thiers qui sont tous les deux répertoriés sur la liste des monuments historiques tandis que la troisième est à de ces dernières près du lieu-dit de Château-Gaillard sur la commune de Thiers : la vallée des Rouets.
En , en comptabilisant payantes, il est le quatrième musée le plus visité de l'ancienne région Auvergne.
Localisation Le musée de la coutellerie est divisé en trois parties distinctes.. Les deux premiers sites se situent dans la rue de la Coutellerie au cœur du centre-ville de Thiers : l'une au et l'autre au de la rue.. Les deux bâtiments portent un fort intérêt patrimonial puisqu'ils sont tous les deux répertoriés dans l'inventaire des monuments historiques. La première partie est installée dans la maison de l'Homme des bois classée en . et la deuxième dans la maison des Consuls inscrite en .. La troisième partie du musée est située en dehors de l'agglomération thiernoise, à du centre-ville de Thiers près du lieu-dit de Château-Gaillard appartenant à la commune de Thiers : la vallée des Rouets..
Histoire
Coutellerie de Thiers
Origines alt=Photographie prise en hauteur où l'on peut voir le débouché de la vallée des Usines.|vignette|La partie sud-ouest de la vallée des Usines en .
La force hydraulique de la Durolle est utilisée à Thiers dès le Moyen Âge pour mouvoir les moulins à farine, les foulons des tanneurs, les maillets des papetiers, et avec le développement de la coutellerie, les martinets des fondeurs et les meules des émouleurs... Une légende voudrait ainsi que les croisés auvergnats aient rapporté d’Orient le secret de la fabrication du métal.. Dès le , un quart des ouvriers thiernois exerce le métier de coutelier.. Les objets produits à Thiers sont exportés dans plusieurs pays au : en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Turquie et « aux Indes »Legrand d'Aussy remarque dans son livre, Voyage en Auvergne, en 1788, que les industriels thiernois luttent efficacement contre les industriels anglais jusque dans les Indes..
C'est surtout la présence de la Durolle et d'une main-d'œuvre importante qui impulse l'importance de la coutellerie à Thiers.. Mis à part le bois qui sert pour les manches, tous les matériaux sont importés à Thiers dès le Moyen Âge. Les grandes forêts comme celle des Bois Noirs située plus haut en altitude dans la montagne thiernoise fournissent les couteliers tandis que le charbon est importé depuis Saint-Éloy-les-Mines et Brassac-les-Mines, deux communes du Puy-de-Dôme. Le fer et les aciers sont importés du Nivernais, de Bourgogne et du Dauphiné et les meules proviennent des carrières de Langeac puis des Vosges à partir du ..
Commercialisation des couteaux À partir du , les couteliers thiernois commercialisent leurs couteaux en deux véritables marchés. Le premier est la vente directe en ville à Thiers. En effet, de nombreux magasins de coutellerie ouvrent leurs portes dans les ruelles de la cité médiévale dès cette date afin que visiteurs et locaux puissent acheter leurs couteaux sur place. Seulement, les Thiernois comprennent rapidement que le marché national est porteur et qu'un potentiel est assez important. Les couteaux de Thiers, réputés pour être de qualité, sont vendus à une population aisée habitant les grandes villes françaises comme Lyon, Paris ou Bordeaux. À partir du , les couteliers thiernois exportent leurs productions en dehors des frontières nationales. Ainsi, nombreux sont les commerçants de Thiers reconnus en Espagne, en Italie et jusque dans les Inde française.
Début de l'industrie thiernoise
upright|alt=Photographie d'une ancienne usine de coutellerie. Celle-ci est construite au milieu du lit de la Durolle.|vignette|Les usines d'Entraygues et du Creux de l'enfer au début des années .
À partir de , seule la coutellerie parvient à se maintenir avec l'introduction des machines, ce qui préfigure l'avènement de la grande industrie.. En effet, les papeteries et les tanneries, qui n'ont pas voulu recourir à une mécanisation, voient leur compétitivité diminuer face à une concurrence importante des anglais et des allemands.
Alors que la France entame sa révolution industrielle souvent au détriment de l'artisanat, Thiers semble garder son savoir-faire artisanal dans le domaine de la coutellerie.. Ainsi, les gorges de la Durolle se divisent en deux vallées. En amont, la vallée des Rouets — devenue la troisième partie visitable du musée en — reste dans une optique de production artisanale avec l'image des vieux rouets qui utilisent encore la force motrice de la rivière pour fonctionner et en aval, jusque dans la ville-basse de Thiers, les grandes usines électrifiées s'installent dès sur les rives étroites de la Durolle..
Les conditions de travail des couteliers sont connues pour être très pénibles et dangereuses dès le moyen âge..
Crises économiques du et fluctuations des productions vignette|alt=Vieille photographie où l'on peut voir de vieilles usines de coutellerie situées le long de la Durolle.|La partie nord de la vallée des usines au début du .Les problèmes concernant les eaux de la Durolle sont de plus en plus nombreux au début du . En premier lieu, le débit de la rivière en été reste très bas et très irrégulier, provoquant un chômage relatif. En hiver, le phénomène s'inverse, la Durolle d'hiver devient un torrent en crue avec une force considérable.
Pour ne plus dépendre des caprices de la Durolle, les usines utilisent la force motrice électrique dès . La Durolle permet d'obtenir une puissance d'environ par jour en moyenne en contre pour l'énergie d'origine électrique..
L'indépendance des usines face à la Durolle leur permet de devenir des « usines complètes ». Ainsi, dans la vallée de la Durolle, plus de et sont présents en . Déjà alors, le bassin thiernois est le plus gros bassin français de production de couteaux et d'outils possédant une lame, loin devant ceux de Châtellerault, Nogent-en-Bassigny et Paris et à égalité avec Sheffield au Royaume-Uni.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, lors de la reconstruction après la guerre, la ville connaît une multiplication des petites entreprises. Les ouvriers se mettent à leur compte et créent une multitude d'entreprises de taille très modeste. Les grandes usines de la ville sont donc accompagnées par des microentreprises qui emploient un petit nombre d'ouvriers.
La production de couteaux ne cesse d'augmenter à Thiers jusqu'au début des années . Ainsi, des usines rouvrent dès comme celles du Creux de l'enfer et du May. Thiers se tourne alors vers une « mono-industrie coutelière » où la coutellerie occupe une place de plus en plus importante dans la santé économique de la ville..
Fin des Trente-Glorieuses À partir du début des années , le nombre d'emplois dans la coutellerie ne cesse de diminuer à Thiers.. Si cette industrie emploie encore près de au début des années , ils sont au début des années . De nombreuses entreprises ferment leurs portes définitivement à cause d'une concurrence étrangère trop importante à partir des années et dont les couteliers thiernois arrivent difficilement à faire face ; notamment avec des produits asiatiques à bas prix..
À la fin du , les usines de coutellerie se modernisent encore une fois et, désormais, la Durolle n'est plus utilisée comme source d'énergie, l'électricité l'ayant totalement remplacée.. Les entreprises quittent la vallée des Usines pour des zones industrielles à partir des années . Aujourd'hui, de nombreuses friches industrielles jonchent cette dernière.. Parmi elles, certaines sont reconverties en musée ou en centre d'art contemporain comme l'usine du May ou l'usine du Creux de l'enfer... D'autres n'ont plus de fonction apparente comme l'usine Ferrier usinage et celle du pont de Seychalles..
Origine du projet de musée Musée Fontenille-Mondière Un premier musée voit le jour à Thiers en : le musée Fontenille-Mondière (également connu sous le nom de musée Barante)... Ses collections sont constituées en majorité de dons de particuliers et s’orientent autour de l’ethnographie locale, des curiosités historiques ou naturelles, ainsi que d’une collection de tableaux et d’arts graphiques. Les charges entières de ce musée, les visites, les dons, les aménagements, les inventaires et l'entretien des collections sont alors assurées par une seule personne qui assure également les fonctions de bibliothécaire et archiviste municipal. Le musée est alors ouvert toute l'année, neuf heures par semaine en moyenne et reçoit pour son avant-dernière année d'ouverture en . Il ferme en , époque à laquelle l’activité coutelière thiernoise connaît une mutation importante : elle évolue du monde artisanal vers le secteur industriel. Le risque mis en avant est alors d’assister à la disparition d’un patrimoine ancestral, tant matériel qu’immatériel, sans qu’aucune structure patrimoniale n’en assure la conservation.
Volonté politique et études vignette|alt=Photographie mettant en valeur la façade en bois sculpté de la maison de l'Homme des bois.|Façade de la maison de l'Homme des bois dans laquelle se trouve la première partie du musée dans la rue de la Coutellerie.
En , alors que la municipalité dirigée par Maurice Adevah-Pœuf est fraîchement élue., une étude pour construire un musée de la coutellerie afin de remplacer le vieux musée Barante est commandée.. Cette étude confirme le fait qu'un musée de ce type sur Thiers permettrait à la ville de devenir un site touristique incontournable de l'ancienne région Auvergne et que ce dernier pourrait avoir des effets bénéfiques sur l'économie du bassin.
Ouverture du musée Le musée de la coutellerie et l’association « maison des Couteliers » intégrée au musée en ouvrent leurs portes en . Leurs missions principales s’organisent autour de la sauvegarde, de la transmission et de la valorisation, respectivement des objets et des savoir-faire. Loin de figer l’ensemble dans le passé, elles sont résolument orientées vers le présent et l’avenir.
Le musée, composé majoritairement des fonds de l'ancien musée Fontenille-Mondière, présente une politique d’acquisitions qui va jusqu’aux productions contemporaines, tandis que la maison des Couteliers se doit d’impulser une dynamique à la coutellerie artisanale par la production de couteaux d’art et par l’innovation dans l’emploi de matériaux et de formes nouvelles. Les deux entités sont installées dans la cité médiévale de Thiers. Le musée s'inscrit alors également dans la politique de revitalisation économique, commercial et touristique du centre-ville en drainant les visiteurs à travers le centre historique.. La première année d'ouverture du musée est plutôt encourageante par rapport à la fréquentation de ce dernier : en .. En , le musée s’agrandit dans la maison jouxtant celle de l’Homme des Bois.
Objectifs de départ
Objectif culturel