vignette|Illustration d'un dragon dans un manuscrit du . vignette|illustration de la bataille des dragons rouges et dans un manuscrit du de l’Historia Regum Britanniae (1135 et 1138) de Geoffrey of Monmouth.

Le dragon (du grec ancien , du verbe , « voir, percer du regard », et du latin draco) est, dans la tradition européenne, une créature légendaire ailée possédant une queue de saurien et dont les pattes se terminent par des griffesDéfinition selon l'Académie française.

Représenté souvent comme une créature ailée, le dragon occidental se retrouve dans des lieux fermés, une tanière souterraine telle qu'une grotte, ce qui rappelle son affiliation avec les serpents (qui furent eux-mêmes l'objet de nombreux cultes en Europe et Moyen-Orient) et autres créatures reptiliennes. Les termes de worm (dans la mythologie germanique), wyrm (en anglo-saxon), ou wurm (en vieux haut allemand) décrivant parfois des créatures apparentées aux dragons signifient par ailleurs serpent. Dans les langues slaves, le serpent et le dragon sont formés sur la même racine provenant du mot désignant la terre (voir infra). En finnois lohikäärme signifie littéralement « serpent-saumon », bien que le préfixe lohi- puisse avoir été au départ louhi-, signifiant rochers, et donnant donc « serpent montagne ».

Culture gréco-romaine Culture grecque

thumb|right|upright=1.2|Héraclès et l'Hydre de Lerne, amphore attique à figures noires, v. 540-530 av. J.-C., musée du Louvre vignette|Mušhuššu de la Porte d'Ishtar.

On considère souvent comme des dragons plusieurs créatures de la mythologie grecque : Python, Ladon, l'Hydre de Lerne, etc. Mais ceux-ci ne sont en réalité représentés sur les œuvres antiques que comme des serpents, parfois gigantesques ou multicéphales. Ce n'est que plus tard qu'on leur attribua l'apparence de dragon au sens où on les représente actuellement. Ces créatures contre lesquelles luttent dieux, demi-dieux et héros sont des descendants directs de Gaïa, dernières forces de la nature incontrôlable, que l'Homme essaye de mater. Ainsi Cadmos combattit un dragon, gardien d'une source et y créa une civilisation: la ville de Thèbes.

La mythologie grecque amorce également la figure de la créature gardienne (Ladon veillant sur les pommes d'or du jardin des Hespérides, Python sur l'oracle de Delphes, etc.). La figure du dragon gardien fortement présente dans le folklore occidental du Moyen Âge se dessine déjà dans ces créatures reptiliennes. C'est d'ailleurs du grec que provient le mot « dragon » : () dérive de (), aoriste du verbe () signifiant « voir, regarder d’un regard perçant ». On retrouve donc le dragon dans la racine étymologique grecque tout comme dans l'image grecque du gardien, du veilleur.

Culture romaine vignette|gauche|Un monstre marin aux airs de dragon se dresse sur une mosaïque romaine. Fabriquée au 3e siècle dans la ville d’Otricoli, cette mosaïque fut plus tard incrustée dans la Salle ronde du Musée Pio-Clementino du Vatican. vignette|Héraclès et Ladon, assiette romaine à reliefs d'époque tardive, Staatliche Antikensammlungen (SL89).

Le terme de « draco » dans la culture romaine (tout comme dans la mythologie grecque), renvoie davantage au serpent qu'à la créature quadrupède que nous connaissons (ainsi un « dracontarium » était une couronne en forme de serpent ou un « dracunculus », un petit serpentDictionnaire Latin-Français, F.Gaffiot.)

Pline l'Ancien parle des dragons dans son Histoire naturelle. Il y fait allusion en expliquant la provenance des « dracontia », un type de pierres précieuses blanches diaphanes, ne se laissant ni polir, ni graver. Pour lui, elles proviennent du cerveau des dragons mais doivent être récupérées sur un animal vivant, celui-ci pouvant la gâter s'il se sent mourir. Il fait référence à un certain Sotakos qui racontait que les personnes récupérant ces pierres se déplacent sur un char à deux chevaux et utilisent une drogue afin d'endormir le dragon et lui couper la tête dans son sommeilPline l'Ancien, Histoire naturelle, livre 37, paragraphe 158.

L'épithète « draconigène » (née d'un dragon) est parfois utilisée pour désigner la ville de Thèbes, faisant référence à la légende de sa fondation par Cadmos qui, semant les dents de la bête, donna naissance à la noblesse thébaine.

L'étendue de l'Empire romain a fait que le dragon grec a pu se combiner à des créatures du Proche Orient, par ce mélange de cultures caractéristique de la culture hellénistique. Une représentation d'une de ces créatures reptiliennes du Proche Orient est visible sur la Porte d'Ishtar et porte le nom de Sirrush ou Mušhuššu signifiant serpent rouge.

Peu après des expéditions au Proche Orient apparut une nouvelle forme du dragon en occident. Dans l'Empire romain, chaque cohorte militaire était identifiée par un signum. Après les guerres contre les Daces et les Parthes de Trajan dans l'est, le dragon entra dans la Légion avec les Cohors Sarmatarum et les Cohors Dacorum. Un dragon était fixé à l'extrémité de leur lance, formé d'une large gueule d'argent terminée par un corps de soie colorée. Lorsque la mâchoire fait face au vent, le corps se gonfle d'air et ondule, comme une manche à air. Une description en est faite par Vegetius dans son « Abrégé des questions militaires »Epitoma Rei Militaris, 379 CE, livre II, ch XIII. « De centuriis atque vexillis peditum ») :

Primum signum totius legionis est aquila, quam aquilifer portat. Dracones etiam per singulas cohortes a draconariis feruntur ad proelium

Le premier signe de toute la légion est l'aigle, que porte l’aquilifer. De plus, des dragons sont portés dans la bataille par le draconarius de chaque cohorte.

ainsi que par Ammien MarcellinAmmien Marcellin, Res Gestae, livre XVI, paragraphe 7..

Autres mythologies Durant les diverses invasions qui se succèdent en Europe durant plus d'un millénaire dans l'antiquité tardive et le haut Moyen Âge, la figure du dragon s'associe peu à peu avec les envahisseurs et prend dès lors l'apparence terrifiante qu'il gardera durant tout le Moyen Âge. La tête de dragon est un emblème commun sur les étendards des Huns comme en figure de proue des drakkars vikings.

Mythologie celte vignette|dragon gallois figurant sur le Drapeau gallois.

Dans la mythologie bretonne et galloise, issue entre autres des traditions celtiques, le Mabinogi de Lludd et de Llewellys raconte la lutte du dragon rouge et du dragon blanc, ce dernier symbolisant les envahisseurs Anglo-Saxons. Finalement les deux dragons, ivres d'hydromel, sont enterrés au centre de l'Île de Bretagne, à Oxford, dans un sarcophage de pierre. L'île ne devrait subir aucune invasion tant qu'ils n'auraient pas été découverts. Cette légende est également présente dans le récit de Pendragon. L'image du dragon est toujours présente jusque dans le nom de la célèbre lignée royale de Bretagne de , signifiant littéralement « tête de dragon » en gallois.

Le mythe de l'apparition de dragons, de manière réelle ou symbolique, est fréquent : ainsi, deux dragons auraient été découverts sous les fondations du château que voulait construire Vortigern, prédécesseur d'Uther Pendragon, se combattant sans cesse et provoquant l'effondrement de la construction. Plus tard, Uther observa dans le ciel une comète en forme de dragon, qui aurait donné son nom au souverain.

Un dragon rouge est représenté actuellement sur le drapeau du pays de Galles. Les joueurs de l'équipe nationale de rugby portent d'ailleurs le surnom de dragons. Toujours au pays de Galles, l'Addanc est parfois décrit comme un dragon. D'autres fois il s'agit d'un crocodile ou d'un castor, voire d'un démon.

Dans les Asturies, le Cuélebre, serpent géant, possède des ailes sans pour autant présenter d'autres membres. Il est chargé, comme bon nombre de ces créatures, de garder un trésor constitué de pièces d'or, richesse de la terre.

Mythologie germanique vignette|Sigurd combattant le dragon Fafnir.

Dans la mythologie germanique et scandinave, l'amalgame est souvent fait entre serpent et dragon. Ainsi, Nidhogg, qui dévore les racines d'Yggdrasil, est successivement qualifié de dreki (« dragon ») et de naðr (« vipère », « serpent ») dans la strophe 66 de la Völuspá. Plusieurs créatures de la mythologie germanique prennent la forme le lindworms, ne possédant pas de pattes postérieures.

De nombreux autres exemples de créatures reptiliennes géantes existent dans cette mythologie, par exemple : Fafnir, un nain changé en dragon par avarice, qui est tué par Sigurd ; Jörmungand, le serpent de mer entourant Midgard ; le dragon sans nom qui est vaincu par Beowulf et le tue.

Le thème du dragon gardien de trésor revient plusieurs fois dans les mythologies germaniques. À la fois Fafnir et le dragon de Beowulf étaient dépositaires de gigantesques et précieux trésors. Ils étaient de plus maudits et ont rendu malades ceux qui les possédèrent.

Dans la tradition galloise, un dragon blanc sert d'emblème aux Anglo-Saxons, par opposition au dragon rouge celtique.

Mythologie scythe et dace thumb|Étendard Dace d'origine Sarmate

Les Sarmates, un peuple scythique, possédaient des enseignes constitués d'une tête de canidé, chien ou loup, à la gueule ouverte, montée sur une hampe et prolongée par une long étendard en tissu. Cet emblème est adopté par l'armée romaine, lorsque celle-ci, au , se met à développer des unités de cavalerie cataphractaire, initialement composées de ressortissants des peuples thraces, daces et sarmates. Lors de l'adoption de cet enseigne, les romains transforment la tête de loup en tête de serpent ou de dragon : le Draco.

Une description d'Ammien Marcellin précise que le vent, en s'engouffrant dans la gueule ouverte de l'enseigne produisait, grâce à une anche, un hurlement terrifiantAmmien Marcellin, Res Gestae, XVI, 10. Quelques découvertes confirment les représentations et descriptions anciennes telles que l'exemplaire en bronze retrouvé à Neuwied-Niederbieber, en Allemagne.

Mythologie slave

Dans la mythologie slave, les dragons issus de vieilles croyances préchrétiennes, souvent liées au paganisme, portent le nom de zmej (russe et bulgare змей; vieux slave et ukrainien zmij (змій); serbe, croate, bosniaque et slovène zmaj; polonais żmij). D'après VasmerM. Vasmer, Dictionnaire étymologique de la langue russe, Moscou 1986, traduit en russe de l'allemand (), tous ces termes remontent au vieux slave *zmeja, mot formé sur zemlja : la terre. C'est l'animal qui sort de terre, qui émane de la terre. La majorité de ces termes sont les formes masculines du mot slave « serpent » qui est habituellement féminin (comme zmeja en russe).

Les dragons sont des créatures quadrupèdes dont le tempérament généralement maléfique fait qu'ils rançonnent habituellement les villages, leur demandant de jeunes vierges en sacrifice ou de l'or. Ce trait est sans doute l'un des plus ressemblants avec celui des dragons rencontrés dans les contes et traditions moyenâgeux de l'ensemble de l'Europe. Il peut cependant avoir un rôle bénéfique, notamment en Bulgarie ou le dragon mâle s'oppose à la femelle pour protéger les humains.

Tradition slave orientale Une légende ukrainienne en fait une figure bénéfique : le roi des serpents a deux petites cornes sur la tête. Si on le croise dans la forêt, il faut l'attirer par un foulard rouge ; il y dépose ses cornes, et si l'on parvient à s'en emparer, santé, bonheur, fortune vous sont assurés. Une légende russe en fait un serpent blanc : si on parvient à se procurer sa graisse, à la faire chauffer et à s'en enduire les yeux, on acquiert le don de voir les trésors enfouis. Par ailleurs, sorcières et sorciers se servent dans leurs amulettes de peaux de serpent séché (légendes et faits rapportés par Alexandre Afanassiev)Alexandre Afanassiev, Les Conceptions poétiques des Slaves sur la nature Moscou 1868 ().