La guerre civile angolaise est un conflit important qui frappe l'Angola entre 1975, date de l'indépendance du pays, et 2001. La guerre débute immédiatement après l'indépendance, obtenue du Portugal en 1975. Avant cette date, l'Angola a déjà connu une guerre de décolonisation entre 1961 et 1974. La guerre civile qui s'ensuit est principalement une lutte entre les deux principaux mouvements de libération que sont le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA) et l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (UNITA). Dans le même temps, cette guerre devient un champ de bataille de substitution dans le cadre de la guerre froide, un conflit de plus grande envergure opposant un bloc dirigé par les États-Unis et le bloc communiste mené par l'URSS, représenté sur le terrain par Cuba.
Si le MPLA et l'UNITA souhaitent tous deux obtenir l'indépendance, ils n'ont pas les mêmes soutiens dans le tissu social angolais. Si les deux mouvements ont des orientations socialistes, le MPLA se définit comme marxiste-léniniste et l'UNITA comme anti-communiste, de manière à susciter l'attention internationale. Un troisième mouvement, le Front national de libération de l'Angola (FNLA), combat le MPLA aux côtés de l'UNITA durant la guerre de décolonisation mais ne joue presque aucun rôle durant la guerre civile. En outre, le Front de libération de l'enclave de Cabinda, réunissant des militants séparatistes, combat pour l'indépendance de la province de Cabinda, au nord du pays.
Cette guerre, qui s'étale sur vingt-sept années, peut être divisée en trois périodes principales (1975-1991, 1992-1994 et 1998-2002), séparées par de fragiles périodes de paix. Quand le MPLA finit par l'emporter en 2002, 500 000 à 800 000 personnes, surtout des civils, ont été tuées et le nombre de déplacés au sein du pays s'élève à un, voire quatre millions. Cette guerre dévaste les infrastructures de l'Angola et fragilise durement l'administration publique nationale, le tissu économique et les institutions religieuses.
La guerre civile angolaise a été marquante en raison de la combinaison entre les violentes dynamiques internes au conflit et l'importance des interventions étrangères. En cela, cette guerre s'intègre pleinement dans le contexte mondial de la Guerre froide car autant les Américains que les Soviétiques, avec leurs alliés, fournissent une aide militaire significative aux parties en présence. En outre, le conflit angolais est lié à la deuxième guerre du Congo frappant la République démocratique du Congo ainsi qu'à la guerre d'indépendance namibienne.
Origines du conflit
Au début des années 1960, alors que l'Angola est depuis le une colonie portugaise, les colonies des autres pays européens (la France, la Belgique et la Grande-Bretagne) accèdent l'une après l'autre à l'indépendance. Cependant, le Portugal salazariste refuse toute indépendance de l'Angola, ce qui provoque la radicalisation des mouvements indépendantistes. L'attaque de la prison de Sao Paulo à Luanda, le , est suivie de nombreuses insurrections et entraîne le commencement de la guerre d'indépendance de l'Angola.
Trois groupes concurrents prennent part au conflit contre les autorités portugaises : le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA), parti marxiste dirigé par Agostinho Neto et fondé en 1958, dont la base sociale principale est les Ambundu, les métis et les colons portugais communistes, est soutenu par l'URSS, qui lui livre des armes et forme ses cadres ; le Front national de libération de l'Angola (FNLA), dirigé par Holden Roberto et fondé en 1962, est majoritairement bakongo ainsi qu'armé et encadré par le Zaïre et la Chine ; l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (UNITA), fondée en 1966 par une scission du FNLA, s'appuyant avant tout sur les Ovimbundu, dirigé par Jonas Savimbi, se réclamant marxiste jusqu'au début de la guerre civile, est également soutenu un temps par la Chine.
vignette|Positions des belligérants un mois avant l'indépendance, le 14 octobre 1975. (Le MPLA est en rouge, le FNLA en jaune, l'UNITA en vert).
Quand la révolution des Œillets d' met fin au régime salazariste au Portugal, le nouveau pouvoir annonce son intention de se retirer des colonies portugaises en Afrique, et de ne pas choisir quel groupe obtiendra le pouvoir. En Angola, les trois mouvements commencent alors immédiatement entre eux une lutte pour le pouvoir. Le FNLA, entrant en Angola par le nord, reçoit le soutien de l'armée zaïroise, de la Chine, du service Action du SDECE français, et de mercenaires ; l'UNITA reçoit celui de l'armée sud-africaine (encore sous le régime de l'apartheid) ; et le MPLA celui de l'armée cubaine..
Les accords d'Alvor du , obtenus par l'intermédiaire du Portugal, semblent permettre un rapprochement momentané des trois factions et l'établissement d'un gouvernement d'union. Des élections générales - qui n'auront jamais lieu - sont également prévues. Néanmoins, les hostilités recommencent aussitôt et les combats entre les deux camps marquent le début de la guerre civile.
Déroulement de la guerre civile : 27 ans de conflit Début de la guerre et internationalisation du conflit (1975-1976) gauche|vignette|Une voiture affiliée au MPLA en flammes après avoir été touchée par un tir de l'UNITA près de Sumbe, 1975. vignette|192x192px|Agostinho Neto, président du MPLA et de l'Angola. Dès le printemps 1975, alors que les accords d'Alvor ont perdu toute réalité, le MPLA se trouve dans une situation difficile face au FNLA, largement aidé par le Zaïre. Le Bloc de l'Est, représenté d'abord par Cuba, rapidement suivi par l'Union soviétique et les autres pays du pacte de Varsovie ainsi que par la Yougoslavie, décident alors de profiter de la situation pour s'engager au côté du MPLA. Des cargos des pays de l'Est accostent dans les ports de Luanda et Cabinda, et distribuent de grandes quantités d'armes, de véhicules et de munitions au MPLA et à diverses milices populaires. Des militaires cubains débarquent aussi, et permettent de créer une situation favorable à Neto.
En même temps, le MPLA négocie, difficilement, avec les divers conseils populaires qui s'organisent spontanément dans les villes, dominées par divers groupes marxisants divisés entre pro-soviétiques, staliniens, maoïstes et trotskystes. L'alliance temporaire avec ces hétéroclites « soviets » angolais, vite phagocytés par le MPLA, facilitent la prise des villes.
Ainsi, fin août, le MPLA a pris le contrôle de Luanda, mais aussi de Cabinda, Lobito, Benguela ainsi que plusieurs autres localités d'importance. En tout c'est près des trois-quarts des capitales provinciales, et des grands axes routiers du pays qui sont aussi aux mains des forces du MPLA et de ses alliés. De l'autre côté, l'UNITA de Savimbi et le FNLA de Roberto se trouvent dans l'incapacité de joindre leurs forces, et sont coupés des ports qui auraient pu permettre à leurs alliés de les ravitailler.
vignette|Schéma du déroulement de l'opération « Savannah ».
Cependant, dès , l’Afrique du Sud, inquiète devant la progression soudaine du MPLA, et souhaitant protéger les installations menacées du fleuve Kumene qui alimentent la Namibie en électricité, décide d’envoyer des commandos puis de dépêcher son armée. L'UNITA et le FNLA s'allient avec l'Afrique du Sud, qui leur livre un grand nombre d'armes et de munitions. Les forces armées du Zaïre franchissent également la frontière. En octobre, l’opération « Savannah » (en) est lancée avec le soutien des États-Unis, dont l'objectif consiste à reprendre Luanda avant le . L'entrée de l'Afrique du Sud dans la guerre renverse complètement la situation en quelques semaines, ses troupes et ses alliés s'avancent rapidement et profondément. Le , les troupes du FNLA, du Zaïre, et quelques mercenaires sont stoppés à la bataille de Kifangondo, à seulement 22 kilomètres de la capitale.
Le , date prévue par les Portugais pour le retrait de leurs dernières troupes et pour l'indépendance du pays, le MPLA déclare l'indépendance de la République populaire d'Angola à partir de la capitale Luanda. Au même moment, le FNLA et l'UNITA font, ensemble, la même déclaration à partir de la ville d'Huambo.
Alors que l'effondrement du MPLA semble imminent, un pont aérien soviétique passant par les pays africains sympathisants envers le MPLA (Algérie, Libye, Tanzanie, Bénin, Guinée-Bissau et, surtout, Congo Brazzaville) augmente encore, cette fois de façon décisive, les quantités de matériel reçu. Le nombre de militaires cubains dépasse les 15 000 hommes, capables d'utiliser les avions MiG-21, les chars T-34 et PT-76, et leur déploiement met finalement l'opération « Savannah » en échec avec l’opération « Carlota ».
Ne risquant plus un effondrement total, le MPLA s'attaque tout d'abord au FNLA de à , le chassant des villes qu'il avait prises, et le condamnant à un rôle marginal pour le reste des hostilités.
Enlisement (1976-1988) Le coup d'État et la purge de 1977 vignette|Soldats sud-africains en Angola. Fin 1976, le MPLA et les Cubains contrôlent l'essentiel du pays. La reconnaissance de la légitimité du gouvernement de Luanda par les autres nations africaines est rapide. Elle s'explique par l'alliance de l'UNITA et du FNLA avec l'Afrique du Sud ségrégationniste, véritable marque d'infamie pour la plupart des pays africains. Mais le nouveau pouvoir est fragile : la plupart des colons portugais - exception faite des communistes - ont quitté le pays lors de l'indépendance, affectant gravement l'économie et l'administration du pays. La situation économique se dégrade, les pénuries s'aggravent, et le mécontentement gagne la population, tandis que Neto et ses alliés se montrent de plus en plus autoritaires.
Le pouvoir du MPLA est encore fragile, et l'équipe dirigeante doit faire face à une opposition hétéroclite (intellectuels liés au PCP et historiquement membres du parti quoique n'ayant jamais pu s'imposer face à Neto, jeunes des comités de quartiers fondés spontanément lors de l'indépendance et souvent marxisants quoique non soumis au MPLA, pro-soviétiques souhaitant entrer dans la sphère d'influence de Moscou, maoïstes portugais venus en Angola pour faire la révolution et pratiquer de l'entrisme, etc.), auquel s'ajoutent les pressions de l'URSS qui souhaite satelliser le pays pour obtenir des bases et accéder au pétrole et aux mines dont le sol angolais regorge, ce que Neto refuse.
vignette|Char soviétique PT-76 en Angola.|gauche
Tous se regroupent donc derrière Nito Alves, jeune cadre populaire du MPLA, ministre de l'Intérieur, et de surcroît bien vu par les Soviétiques. Alves développe une rhétorique raciste dénonçant la surreprésentation de blancs et de métis dans la direction du parti, obtenant une réelle assise dans les quartiers pauvres de Luanda. Il est craint par Neto qui l'écarte de son poste fin 1976 pour factionnalisme. Le , Alves et ses alliés, José Van-Dúnem et Sita Valles tentent un coup d'État, mais le coup de force échoue grâce au soutien décisif des troupes cubaines. En effet, les Cubains ont intérêt à faire échec à l'homme de confiance de Moscou afin de peser sur la situation en Angola. Cuba affirme ainsi sa place à part dans le bloc de l'Est, ni indépendant, ni inféodé aux Soviétiques. Les conjurés sont capturés et exécutés tandis que Neto lance une vaste purge du MPLA : un nombre inconnu de personnes (les estimations vont de 30 000 à 82 000) accusées d'avoir été liées au mouvement sont arrêtées et tuées sommairement à la suite des évènements du . La purge rend Neto seul maître du MPLA, position renforcée lors du congrès de . Pour autant, Neto se rapproche ensuite de l'URSS afin de ménager son allié, à l'égard de qui il demeure très dépendant, mais dont il ne sera jamais la marionnette.
vignette|Positions des belligérants au 13 janvier 1984, le MPLA est en rouge, l'UNITA en vert, l'Afrique du Sud en bleu.
Intensification des combats