Roger Perelman (né le à Varsovie et mort le dans le de Paris) est un pédiatre français, survivant d'Auschwitz.

Biographie Un immigré juif Boruch Perelman naît le à Varsovie en Pologne (son prénom sera plus tard francisé en Roger), fils de Chaskiel (né en 1890) et Chawa (née en 1900), cadet de Berthe (née en 1920, d'abord prénommée Basia Elka). Son père émigre en 1923 à Paris, où il est rapidement engagé chez un tailleur réputé. Il y fait l'objet d'un arrêté d'expulsion, mais un des clients qu'il habille est Horace de Carbuccia, « propriétaire de Gringoire, hebdomadaire d'extrême droite xénophobe et antisémite très lu tout au long des années 1930, qui s'illustra dans la collaboration active durant l'occupation allemande. Ce personnage influent fit régulariser rapidement la situation de mon père ; il lui était sans doute apparu plus important de conserver son tailleur personnel que de laisser un expulser un étranger, fût-il juif de surcroît »Une vie de juif sans importance, page 15..

En , le reste de la famille rejoint son père Chaskiel à Paris. En 1925, Berthe et Roger ont une sœur, Rachel, dont le jumeau Jules meurt à six moisRoger Perelman rapporte dans son autobiographie (page 16) avoir appris « quarante à cinquante années plus tard » la naissance et la mort de ce frère, dont ses parents n'ont jamais parlé ensuite.. La famille habite jusqu'en 1930 cité Lepage dans le . Elle déménage ensuite au 67 rue Rochechouart dans le . Les enfants parlent avec leurs parents en yiddish. La famille n'est pas pratiquante« Mes parents n'étaient pas pratiquants, ils ne célébraient aucune fête religieuse, n'allaient pas à la synagogue ; leur judéité se traduisait essentiellement par la nature de leurs amis, tous juifs immigrés, et par leur goût pour le hareng gras, la carpe, le stroudel aux pommes, la kasha et les cornichons au sel. J'ignore tout de la religion juive, je ne connais pas la signification de ses fêtes, je ne suis allé que trois ou quatre fois dans une synagogue, à l'occasion de mariages auxquels j'étais invité ; j'ai néanmoins un sentiment profond d'appartenance au judaïsme, constitué bien plus tard, sous la pression extérieure », Une vie de juif sans importance, page 37..

Le jeune homme fréquente le Yiddisher Arbeter Sport Club (« club sportif du travailleur juif ») à l'époque du Front populaire et de la guerre d'Espagne, et c'est là, rapportera-t-il, que se forge sa conscience politique et son engagement à gaucheThomas Wieder, nécrologie dans Le Monde du ..

Une victime de la Rafle du Billet vert Alors élève en maths sup', Roger Perelman mène des études brillantes au lycée Condorcet depuis 1938 quand il reçoit le une convocation au commissariat de police, pour « examen de sa situation » - il s'agit en fait de ce qu'on appellera plus tard la « rafle du billet vert », convocation envoyée à , tchécoslovaques et autrichiens de Paris. En tant que Juif étranger, Roger Perelman est interné au camp de Pithiviers, avant d'être affecté à une ferme d'Oinpuis, dont il s'échappe. Il vit alors dans une semi-clandestinité. En , sa mère Chawa fuit en zone libre avec sa sœur Rachel et quatre autres personnes. Lorsque le groupe traverse la Saône, une patrouille allemande les repère et leur tire dessus. La barque chavire, et Chawa et un couple se noientUne vie de juif sans importance, pages 126-127.Pierre Albertini, « Les juifs du lycée Condorcet dans la tourmente », Vingtième Siècle : Revue d'histoire, n°92, 2006/4, p. 81-100..

En , alors qu'il est directeur d'un cours privé à Nice sous la fausse identité de « Périer », Roger Perelman est dénoncé. Il est arrêté par la Gestapo, torturé, puis conduit à Drancy.

Le 28 octobre 1943, il est déporté avec le convoi à Auschwitz. Affecté avec une quarantaine d'autres déportés venus par ce convoi aux mines de charbon de Janina, à une vingtaine de kilomètres du camp principal, il en sera, lors de son évacuation en , l'un des deux seuls survivants.

À son retour à Paris, le , il retrouve son père puis ses sœurs. « La plus grande partie de notre famille vivant en France avait disparu, ceux de Pologne étaient probablement morts, beaucoup d'amis n'étaient plus »Ibid., page 188..

Après guerre, il refuse tout dédommagement financier, déclarant à ce sujet : .

Un pédiatre de renom

De retour à Paris, Roger Perelman reprend ses études et devient médecin. Naturalisé français en 1948, il fait six mois de service militaire en 1950. Il devient chef de clinique en pédiatrie en 1958. Il « se fait remarquer par quelques grands professeurs de l'époque, comme Robert Debré ou Thérèse Bertrand-Fontaine (qui devint, avant-guerre, la première femme médecin des Hôpitaux de Paris). Auteur de plusieurs manuels universitaires qui se vendront à des centaines de milliers d'exemplaires, il termine sa carrière, de 1975 à 1988, comme chef du service de pédiatrie générale à l'hôpital Jean-Verdier de Bondy (Seine-Saint-Denis) ».

Un témoin d'Auschwitz Bien que sentant en lui « l'héritage d’Auschwitz », Roger Perelman garde le silence sur cet éprouvant épisode de sa vie durant soixante ans.

En , il publie son autobiographie, Une vie de juif sans importance. Il y revient sur ce qu'il a vécu en Pologne, dont jusqu'alors il n'a jamais voulu parler, ni à sa femme, ni à ses enfants, ni à ses amis. Il n'appartient à aucune association de déportés et n'est jamais retourné à Auschwitz, mais à la fin de son livre, où il espère en conclusion recevoir la mort « sans angoisse », il désire « être alors incinéré, et que mes cendres soient répandues sur cette terre d'Auschwitz où j'ai tant souffert ; ma place est là, je le crois, tout comme celle des marins morts est dans la mer ».

Mort Roger Perelman meurt le , dans le de Paris, des suites d'un accident..

Hommage posthume À sa mort, le président de la République Nicolas Sarkozy salua la mémoire de celui qui fut « considéré par ses maîtres comme l’un des meilleurs de sa génération », « une des plus belles figures de la médecine hospitalo-universitaire française », « grand enseignant, puits d’érudition et de science, médecin d’enfants au sens le plus noble du terme »Hommage de M. le Président de la République au Professeur Roger Perelman, ..

La classe de première qu'il fréquenta au lycée Condorcet porte son nom depuis le .

Publication

Une vie de juif sans importance, autobiographie de Roger Perelman, éditions Robert Laffont, .

Notes et références

Annexes Bibliographie Le Monde, par Annick Cojean, lors du soixantième anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz : Roger Perelman. Une enfance française, Roger Perelman, matricule 159 776 et Roger Perelman, la longue route du retour, parus dans les numéros datés des 25, 26 et . Roger Perelman, pédiatre de renommée internationale, nécrologie dans Le Monde du , par Thomas Wieder.

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