La Collégiale Notre-Dame-du-Fort d'Étampes est une église paroissiale catholique, dédiée à Notre-Dame, située dans la commune française d'Étampes et le département de l'Essonne. C'est une ancienne collégiale, associée au château royal situé à proximité. Elle a été fondée vers 1022 par le roi Robert le Pieux. Seule la petite crypte sous le chœur subsiste de cette collégiale primitive, achevée vers le milieu du . Sans doute en raison de ses petites dimensions, elle est remplacée par une nouvelle église construite pendant cinq campagnes très rapprochées entre 1130 et 1160, plus une pour le portail royal au sud qui est l'un des éléments les plus remarquables de l'église. Dans son ensemble, l'architecture de l'église, empreinte d'influences parisiennes et champenoises, montre toutes les étapes de la genèse de l'architecture gothique, mais c'est toutefois le style roman tardif qui domine. Le clocher est le produit de trois autres campagnes de construction jusqu'en 1180 environ, et compte parmi les plus élégants d'Île-de-France.
Au début du , l'église est fortifiée ; des parapets crénelés sont plaqués contre les murs et un chemin de ronde est aménagé. Le résultat est l'une des églises les plus complexes de la région, défigurée à l'extérieur par les éléments défensifs, mais d'une certaine élégance à l'intérieur malgré l'irrégularité du plan et le manque de symétrie. Nombreux sont les détails intéressants et atypiques, qui suscitèrent assez tôt l'intérêt des archéologues. L'église est classée aux monuments historiques par la liste de 1840.. C'est aujourd'hui la principale église catholique de la ville.
Situation thumb|upright|left|Vue sur le portail royal depuis la place Notre-Dame.
La collégiale Notre-Dame-du-Fort se situe en France, en région Île-de-France et dans le département de l'Essonne, sur la commune d'Étampes, dans le centre-ville historique sur la rive gauche de la rivière la Juine, en contrebas du château d'Étampes dont elle était l'église principale, rue de la République.
Aucune grande place ne met en valeur l'édifice qui est inséré dans un tissu urbain très dense et bordé par des rues tout autour, ce qui explique les irrégularités du plan. On peut faire le tour de l'église et elle n'est pas mitoyenne à d'autres bâtiments, mais aucune des quatre élévations ne peut être embrasée du regard dans sa totalité en prenant du recul. Seule la photogrammétrie permet de donner une représentation de l'ensemble. Différentes perspectives de vue existent sur certaines parties de la collégiale, notamment la façade occidentale avec le clocher, le portail royal au sud, l'angle entre bas-côté nord et croisillon nord, et l'extrémité septentrionale du croisillon nord. L'élévation méridionale est bordée par la rue de la République, qui coupe l'angle de la chapelle au sud du clocher. Un étroit parvis de forme triangulaire précède la façade occidentale. La rue du cloître Notre-Dame fait le tour de l'église par le nord et par l'est. Elle forme une petite place au nord du croisillon nord.
Historique Les origines
Selon dom Basile Fleureau, la collégiale s'élève à l'emplacement d'un oratoire sous l'invocation de saint Seurin.. D'après le témoignage de Helgaud et Hugues de Fleury, la première collégiale est fondée en 1022 par le roi Robert le Pieux. Il dote sa fondation avec des reliques des martyrs Can, Cantien et Cantienne. L'emplacement correspond au centre du castrum (Étampes-le-Châtel), pôle de développement le long de la voie de Paris à Orléans, proche du palais construit vers 1015 par son épouse, la reine Constance d'Arles.. La construction n'est pas encore achevée en 1046, ce qui est démontré par un diplôme de Henri confirmant aux chanoines un cens destinée à sa construction. Elle est de dimensions très réduites. Seule la crypte sous le chœur en subsiste. depuis sa reconstruction totale entre 1130 et 1180. La collégiale est dédiée à Notre-Dame. Le complément du Fort ne fait partie du vocable officiel. Au , les documents emploient parfois le terme du fort de Notre-Dame. Il tombe en désuétude à l'époque moderne, et est presque oublié, avant d'être ressuscité vers la fin du , pour ..
Les campagnes de construction de la collégiale vignette|left|Plan de la collégiale avec essai de restitution de l'arrangement du chœur au moyen âge par Louis-Eugène Lefèvre thumb|Griffe d'une base de pilier. thumb|Chapiteau roman. thumb|Croix de consécration.
Parmi les grandes églises d'Île-de-France en dehors de la capitale, la collégiale Notre-Dame d'Étampes est l'une des rares qui furent achevées avant la fin du , au moins pour toutes les parties visibles depuis l'intérieur. C'est en même temps l'une des églises de la plus grande complexité, avec la collégiale Notre-Dame de Poissy, où elle est due en grande partie aux reconstructions postérieures à la guerre de Cent Ans et aux restaurations du . En l'occurrence, on peut distinguer dix principales campagnes de construction entre 1130 et 1210, dont cinq pour le gros œuvre ; une pour le portail royal du côté sud ; trois pour le clocher ; et une pour la façade et le parapet crénelé avec son chemin de ronde. Selon Eugène Lefèvre-Pontalis, le chiffre anormal de dix étapes en partant de l'architecture romane qui règne dans plus que la moitié de l'édifice. Anne Prache en 1983 et Philippe Plagnieux en 1999 font la même analyse que Lefèvre-Pontalis. Si l'enchaînement des campagnes est en grande partie mise en évidence par l'imbrication des différentes parties dans les travées voisines et par les caractéristiques stylistiques, des questions restent en suspens au propos du transept et du chœur.
Par exemple, le départ d'une grande arcade a été mis au jour dans la pile nord-ouest de la croisée du transept lors des travaux de restauration de 1843, ce qui donne à penser que cette travée était initialement la troisième travée de la nef, alors que le croisillon nord est à peine plus jeune que la nef. Des sondages ou fouilles archéologiques seraient nécessaires pour gagner des certitudes.. Il est néanmoins acquis que le narthex, la nef et ses bas-côtés, ainsi que la croisée du transept, sont les parties les plus anciennes. Elles représentent la première campagne de construction, datable des années 1130-1135 grâce à la sculpture romane des chapiteaux et la facture archaïque des voûtes en berceau, allant de pair avec des éléments novateurs, dont l'emploi de l'arc brisé. L'on note que contrairement à l'usage général, le chantier ne commence pas par le sanctuaire, la partie la plus importante de l'édifice en tant que lieu de la célébration eucharistique.
La seconde campagne de construction, à partir de 1135 / 1140 environ, porte sur les deux fois deux travées du croisillon nord, hormis les voûtes, qui appartiennent à la quatrième campagne. Avant celle-ci, la troisième campagne immédiatement avant le milieu du porte sur les trois travées du chœur. Ici le voûtement d'ogives est employé pour la première fois dans la collégiale, et le style roman est utilisé pour la dernière fois, présageant à maints égards du style gothique à venir. La dernière travée est initialement libre au nord et au sud et éclairée par des fenêtres latérales. Bien que les collatéraux et le croisillon sud n'existent pas encore, le maître d'œuvre anticipe leur construction en prévoyant des arcs-doubleaux et grandes arcades, en lieu et place de murs pleins. La quatrième campagne, déjà mentionnée, porte sur le collatéral nord ; les deux absidioles du nord ; et le voûtement du croisillon nord. On peut situer cette campagne au milieu du . Par analogie entre les clés de voûte du collatéral et la sculpture du portail royal, l'on peut conclure que celui-ci est entrepris plus ou moins en même temps.
La cinquième campagne concerne les travées au sud de la croisée du transept et le chœur. Elle commence, peu de temps après le milieu du , par les deux chapelles au chevet, qui encadrent le chartrier. Contrairement au reste de l'édifice, la progression se fait donc d'est en ouest. Le style est déjà clairement gothique, ce qui n'exclut pas de nombreuses réminiscences de l'architecture romane. Une fois le vaisseau central terminé, le chapitre en tant que maître d'ouvrage s'intéresse au clocher. Dans un premier temps, l'on construit seulement le premier étage de baies. L'on fait appel à un autre maître d'œuvre pour l'étage de beffroi et l'amorce de la flèche, jusqu'aux gâbles des quatre lucarnes au milieu de chaque face. Enfin, un quatrième architecte modifie le projet de son prédécesseur, fait abattre les gâbles des lucarnes, les remplace par des lucarnes plus étroites, ajoute un troisième étage aux lanternons et termine la flèche. Elle est achevée vers 1180 environ. Pour des motifs qui demeurent énigmatiques, l'église est fortifiée entre 1200 et 1210 environ. En effet, le maintien des grandes baies vitrées rend l'efficacité des ouvrages défensifs illusoire. Les travaux nécessitent la modification des voûtes des absidioles du nord, et des toitures des chapelles. Une façade occidentale gothique est plaquée devant la façade romane..
thumb|Accolade flamboyante.
Entre 1513 et 1515, l'actuelle sacristie au nord du croisillon nord est subdivisée en deux niveaux par deux voûtes d'ogives flamboyantes. La datation est possible grâce au compte des recettes et dépenses du trésorier de la collégiale, le chanoine Jean Guichart. Les travaux ont pour motif la création de la chapelle du Saint-Sépulcre, et sont confiés aux maîtres-maçons Michau Morry et Le Petit Thauny. Les sculpteurs (imagiers) Jean Paris et Claude Chantereau sont envoyés à Paris pour visiter des Sépulcres où ils peuvent tirer leur inspiration. Ils achètent ensuite de la pierre de Saint-Leu-d'Esserent et du plomb pour 811 livres, afin de couvrir la flèche s'élevant au-dessus de la croisée du transept. Les statues sont sculptées en bois de noyer, comme la scène de la Résurrection au-dessus du sépulcre de la cathédrale Saint-Maclou de Pontoise. Le décor polychrome des statues et des clés de voûte est réalisé par le peintre Henri Requin, qui est également l'auteur de la peinture murale de l'Ecce homo au-dessus de la porte de la chapelle. Indépendamment de ces aménagements, les verrières de la Transfiguration, des Tisserands, de maître Jean Hue, de saint Michel et de sainte Madeleine sont réparées par le verrier Jean Lefèvre. Une vingtaine d'années plus tard, la première fenêtre du collatéral nord est pourvue d'un remplage flamboyant et reçoit la verrière des Sibylles... Les grandes orgues sont installées aux .
L'histoire de la collégiale et de la paroisse thumb|upright|Châsse des saints Can, Cantien et Cantienne.
En 1016, le roi Robert le Pieux ramène d'Italie les reliques des saints martyres Can, Cantien et Cantienne, qui deviennent les patrons de la ville, et font l'objet d'une grande vénération dans la région d'Étampes jusqu'à la Révolution. Un témoignage est l'existence du prénom Cantien, qui y est encore fréquent au , mais inconnu ailleurs.. Le , les reliques sont translatées dans une châsse en argent en la présence de l'archevêque de Sens, Gilles II Cornut. Les reliques sont aujourd'hui conservées dans une châsse en bois doré dans la chapelle des Saints-Martyrs, à gauche du chœur. — La collégiale comporte un chapitre de douze chanoines, présidés par un doyen (souvent qualifié improprement d'abbé) et un chantre. Ce n'est pas une église exclusivement ecclésiastique : Notre-Dame abrite en effet l'un des trois autels paroissiaux primitifs d'Étampes, les autres étant Saint-Martin et Saint-Pierre, aux faubourgs du même nom. Les noms des premiers doyens se sont oubliés.