Gemma di Vergy est un opéra (tragedia lirica) en deux actes, musique de Gaetano Donizetti, livret d'Emanuele Bidèra, représenté pour la première fois à la Scala de Milan le .
Histoire Après la représentation à Naples de la première version de Maria Stuarda (sous le titre Buondelmonte) le , Donizetti se mit à la composition de l'opéra qui lui avait été commandé par le Théâtre-Italien de Paris, Marino Faliero, tout en honorant une autre commande pour la Scala de Milan. Pour les deux ouvrages, il fit appel au même librettiste, Emanuele Bidèra.
Pour Milan, Bidèra adapta une tragédie en 5 actes d'Alexandre Dumas, Charles VII chez ses grands vassaux, donnée à Paris au Théâtre de l'Odéon le Dans la pièce de Dumas père, le personnage central est le comte de Savoisy, nom emprunté aux Croniques du feu roy Charles septieme d'Alain Chartier, qui est allé guerroyer contre les Sarrasins pour expier une impiété commise par ses gens, et en a ramené un esclave arabe, nommé Yaqoub. Dumas père, pour enjoliver l'action, explique-t-il dans la préface, introduit Charles VII, venu demander l'hospitalité à son vassal, et sa maîtresse Agnès Sorel. Mais le trio central est composé du comte, de son épouse Bérengère et de Yaqoub, amoureux de cette dernière et qui finit par tuer le comte. Le compositeur russe César Cui emprunta ultérieurement le même sujet pour son opéra Le Sarrasin (1899).. Le sujet ne fut choisi que trois mois avant la date prévue pour la premièreV. lettre de Donizetti à Carlo Visconti di Modrone, directeur du Teatro alla Scala, 14 octobre 1834. Le titre, Gemma di Vergy, ne doit pas induire de confusion avec un autre opéra de Donizetti, Gabriella di Vergy, composé en 1826 mais jamais représenté du vivant du compositeur.
Le rôle-titre de Gemma di Vergy – particulièrement périlleux car il se situe presque entièrement dans le registre supérieur de la tessiture de soprano – fut écrit pour Giuseppina Ronzi de Begnis, qui créa plusieurs rôles de Donizetti dans les années 1830, notamment les rôles-titres de Fausta et de Maria Stuarda, et qui interpréta avec un talent consommé la variété des sentiments par lesquels passe l'héroïne.
Si le jeune Giuseppe Verdi, assistant à la première, fut semble-t-il modérément convaincuPhilippe Thanh, Donizetti, Éditions Actes Sud, 2005, , l'opéra connut d'emblée un très grand succès, recevant vingt-six représentations d'affilée à la Scala avant d'être repris dans toute l'Italie, en Europe (Londres, Paris, Lisbonne, Vienne), à Alger, Buenos Aires, La Havane, Mexico, New York, Trinidad et Saint-Pétersbourg. En janvier 1848, lors d'une reprise à Palerme, l'air de Tamas (Mi togliesti e core, e mente, patria, nume, e libertàVous m'avez enlevé le cœur et l'esprit, la patrie, les dieux et la liberté) fut ovationné par le public et l'entrée de la prima donna drapée dans les trois couleurs italiennes donna le signal de l'insurrection des carbonariPhilippe Thanh, Op. cit., .
Au , Gemma di Vergy compta parmi les ouvrages les plus populaires de Donizetti, devant même Lucia di Lammermoor. Il ne quitta la scène qu'en 1901, alors que la plupart des opéras du répertoire donizettien avaient disparu depuis au moins deux décennies, la dernière représentation ayant eu lieu à Empoli.
Après une éclipse de près de trois quarts de siècle, il fut ressuscité le à Naples pour Montserrat Caballé, qui le chanta ensuite au Liceu de Barcelone (début 1976) et au Carnegie Hall de New York sous la direction d'Eve Queler (, enregistrement publié en CD par Sony [quelqu'un pourrait-il l'ajouter à la discographie ?]). La soprano espagnole l'abandonna ensuite en déclarant le rôle trop lourd « l'équivalent, dit-elle, de trois Normas »cité par Andrew Palmer, art. cit.. Depuis, pour cette raison, l'ouvrage est rarement monté. Il a notamment bénéficié d'une reprise à Bergame en 1987 dans le cadre du Festival Donizetti.
Distribution RôleType de voixInterprètes lors de la premièrele Conte di VergyLe comte de VergybarytonOrazio CartagenovaGemma, sua moglie ripudiataGemma, son épouse répudiéesopranoGiuseppina Ronzi de BegnisIda di Greville, novella moglie del ConteIda de Gréville, nouvelle épouse du comtemezzo-sopranoFelicità Baillou HillaretTamas, giovine arabo, servitore di GemmaTamas, jeune serviteur arabe de GemmaténorDomenico ReinaGuido, affezionato del Conte,Guido, favori du comtebasseIgnazio MariniRolando, scudiero del ConteRoland, écuyer du comtebasseDomenico SpiaggiCavalieri arcieri damigelle soldati.Cavaliers, archers, jeunes filles, soldats.
Argument L'action se passe dans le Berry en 1428, sous le règne de Charles VII, dans le château de VergyLe château de Vergy, réputé imprenable, était situé non en Berry mais en Bourgogne, sur un éperon rocheux près de Beaune (communes actuelles de Reulle-Vergy, L'Étang-Vergy et Curtil-Vergy).. Durée : environ 2 h 15 min
Le titre de la pièce d'Alexandre Dumas qui constitue la source littéraire du livret ne doit pas induire en erreur : il n'est jamais question de Charles VII dans Gemma di Vergy et l'on ne sait que l'action se situe au que parce que, dans l'introduction, des personnages secondaires commentent les exploits de Jeanne d'Arc. Il y est question du comte de Vergy qui répudie son épouse Gemma parce qu'elle ne peut lui donner d'héritier et veut se remarier avec Ida. Gemma veut tuer Ida mais son serviteur arabe Tamas, qui est amoureux d'elle, l'en empêche car il préfère tuer le comte en pleine cérémonie de mariageressort dramatique fréquent : voir Adelia, du même compositeur. Maudit par Gemma, il se suicide cependant que Gemma entre au couvent pour y attendre la mort.
Acte I Premier tableau Une salle gothique avec des terrasses, d'où l'on découvre le pont-levis du château et, dans le lointain, un temple contigu au château.
: Le chœur des archers commente le retour au château de Roland, écuyer du comte de Vergy, qui revient d'Avignon où le Papeanachronisme : Charles VII a régné de 1422 à 1461, à une époque où il n'y avait plus de pape d'Avignon. a été saisi de l'annulation du mariage du comte avec Gemma. : Roland fait son entrée et annonce la dissolution du mariage. Guido et le chœur se lamentent sur le sort de Gemma et, après que Rolando a raconté les exploits de Jeanne d'Arc, tous se préparent à prier pour Gemma, mais Tamas refuse de se joindre à eux. S'ensuit une vive altercation au cours de laquelle Roland tire son poignard. : La querelle est interrompue par l'arrivée de Gemma qui frémit à la vue du poignard. Rolando le jette à Tamas en prétendant, par bravade, qu'il voulait le lui donner à aiguiser. Gemma évoque les pressentiments funestes qui lui conseillent de s'enfuir mais attend son mari. Guido l'informe de sa répudiation et lui indique qu'elle devra se retirer dans un couvent. Gemma est effondrée car elle aime son époux. : Cependant que résonnent au-dehors les fanfares qui annoncent l'arrivée du comte, Tamas fait irruption en tenant le poignard ensanglanté avec lequel il vient de frapper Rolando. Il presse Gemma de le suivre. : Le chœur des archers se réjouit du retour du comte qui rentre victorieux des Anglais. : Le comte entre et trouve le poignard ensanglanté que Tamas a planté dans le bois de la table. Il redoute que Gemma ait mis fin à ses jours. : Guido informe le comte de la mort de Rolando. Le comte demande qu'on lui amène Tamas pour le juger. Il plaint le sort de Gemma mais, en apprenant qu'elle est encore au château, exige qu'on l'éloigne immédiatement car sa nouvelle épouse doit arriver le jour même.
Second tableau La salle de justice du château.
: Le chœur des archers réclame la mort de Tamas. : Le comte juge Tamas qui déclara avoir agi par vengeance car Rolando avait tué son père. Le comte veut épargner Tamas et se contenter de le bannir mais Tamas refuse de s'éloigner du château car il a une autre vengeance à accomplir : il doit tuer le comte lui-même. Ce dernier le condamne à mort. Gemma entre et implore la grâce de Tamas. Le comte la lui accorde. Elle le supplie ensuite de ne pas la répudier mais le comte, au désespoir, doit lui avouer qu'il est trop tard et qu'il va se remarier. Gemma éclate alors en imprécations : rejointe par Tamas, elle clame son désir de vengeance tandis que le comte demeure inébranlable.
Acte II Premier tableau Une salle comme au premier tableau de l'acte I.
: Le chœur de femmes déplore le départ de Gemma tandis que le chœur d'hommes se réjouit de l'arrivée de la nouvelle épouse du comte. : Le comte fait son entrée avec sa nouvelle épouse, Ida. Le remariage va être célébré sans faste. : Guido, qui a escorté Gemma loin du château, revient en rapportant au comte son anneau nuptial. Le comte se trouble à cette vue mais reprend ses esprits à songeant à la perspective riante d'avoir bientôt une descendance.
Deuxième tableau Une chambre qui conduit de plain-pied à un délicieux jardin.
: Ida se repose quelques instants avant la cérémonie. : Gemma, vêtue de noir, entre en se faisant passer pour une servante. Les deux femmes ne tardent pas à avoir une altercation au cours de laquelle Gemma brandit un poignard. : Le comte entre et tire son épée pour frapper Gemma mais celle-ci prend Ida en otage. : Tamas entre furtivement et désarme Gemma, libérant Ida qui se jette dans les bras du comte. Malgré les reproches de Gemma, Tamas l'engage à fuir avec lui.
Troisième tableau Une salle gothique avec une fenêtre entrouverte, la nuit.
: Le chœur se réjouit du mariage prochain. : Gemma fait son entrée. : Tamas engage Gemma à fuir avec lui et lui avoue son amour. : Gemma reste seule pendant qu'on entend au loin les cloches de la cérémonie nuptiale. Elle se prépare à se retirer au couvent. : Guido annonce que Tamas vient de tuer le comte. : Gemma maudit Tamas qui se suicide.
Analyse Le rôle-titre de Gemma de Vergy a été écrit spécialement pour permettre à la prima donna d'exprimer successivement des émotions contrastées. Ainsi, au cours de la scène 3 de l'acte I, Gemma commence par évoquer comme dans un rêve les pressentiments qui lui recommandent de fuir le château (Una voce al cor d'intorno) avant de s'abandonner à la joie à la pensée de revoir son époux (Egli riede ? oh, lieto istante) puis au désespoir en apprenant sa répudiation (Un ripudio ? Che lessi ! Avvampo e gelo !) avant de tomber en prière (Dio pietoso !) puis de se laisser aller à la fureur (Ah ! crudeltà ! Perchè il Conte scacciami ? Perchè ?).
Le sommet de la partition est la scène finale de Gemma, composée d'un récitatif maestoso, d'une prière larghetto (Un altare ed una benda) et d'une impressionnante cabalette (Chi mi accusa, chi mi grada).
L'air imprécatoire de Tamas au premier acte (Mi togliete a un sol ardente) a également acquis une certaine popularité comme air de concert pour ténor.
Discographie AnnéeDistribution (Gemma, Tamas, Comte de Vergy, Ida)Chef d'orchestre,Orchestre et chœurLabel 1975 Montserrat Caballé,Giorgio Lamberti (ténor),Renato Bruson,Bianca Maria Casoni Armando Gatto,Orchestre et chœur du Teatro San Carlo de Naples CD Audio : Myto Records (épuisé) CD Audio : Opera D'Oro (OPD 7055)Enregistrement public 1987 Adriana Maliponte,Ottavio Garaventa,Luigi De Corato,Nucci Condò Gert Meditz,Orchestre et chœur de la RAI de Milan CD Audio : IMC Music LtdGL 100.790Enregistrement public
Notes et références
Voir aussi Sources Piotr Kaminski, Mille et un opéras, Paris, Fayard, coll. Les indispensables de la musique, 2003 Andrew Palmer, livret de l'enregistrement IMC Music Ltd, 2006
Liens externes
Livret intégral en italien Livret intégral en italien avec traduction française (sur Google Books)
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