vignette|264x264px|Holism and Evolution.
Holisme (du grec ancien signifiant « entier ») est un néologisme forgé en 1926 par l'homme d'État sud-africain Jan Christiaan Smuts pour son ouvrage Holism and EvolutionJan Smuts, Holism and Evolution. Londres: Macmillan & Co Ldt, 1926, 362 p.. Selon son auteur, le holisme est .
Le holisme se définit donc globalement par la pensée qui tend à expliquer un phénomène comme étant un ensemble indivisible, la simple somme de ses parties ne suffisant pas à le définir. De ce fait, la pensée holiste contraste avec une perspective purement réductionniste, en considérant l’émergence comme un mécanisme explicatif indispensable pour rendre compte de phénomènes considérés inexplicables par la simple analyse de ses parties appréhendables.
Différentes acceptions Sens lexical : doctrine ou point de vue qui consiste à considérer les phénomènes comme des totalités. Holisme ontologique : système de pensée pour lequel les caractéristiques d'un être ou d'un ensemble ne peuvent être connues que lorsqu'on le considère et l'appréhende dans son ensemble, dans sa totalité, et non pas quand on en étudie chaque partie séparément. Ainsi, un être est entièrement ou fortement déterminé par le tout dont il fait partie ; il suffit de, et il faut, connaître ce tout pour comprendre toutes les propriétés de l'élément ou de l'entité étudiée. Un système complexe est considéré comme une entité possédant des caractéristiques liées à sa totalité, et donc des propriétés non-déductibles de celles de ses éléments. Dans ce sens, le holisme est opposé au réductionnisme. Holisme sociologique : Le holisme appliqué aux systèmes humains, par essence complexes, consiste à expliquer les faits sociaux par d’autres faits sociaux, dont les individus ne sont que des vecteurs passifs. Les comportements individuels sont socialement déterminés : la société exerce une contrainte (pouvoir de coercition) sur l’individu qui intériorise (ou « naturalise ») les principales règles et les respecte. Le libre arbitre individuel n'est pas pour autant totalement éliminé, mais statistiquement ce qu'un individu choisit de ne pas faire, un autre le fera, pour un résultat social identique. Ce point de vue fut en partie introduit par Émile Durkheim. Dans ce sens, le holisme s'oppose à l'individualisme ou à l'individualisme méthodologique. Sens général : Le concept holisme est parfois utilisé, comme synonyme d’approche systémique ou de pensée complexe. Sens mystique : La totalité comme but à atteindre. Voir controverses
Histoire Antiquité Le concept aurait des racines antiques, comme dans la cosmogonie mythologique des anciens Grecs qui fait surgir l'ordre du chaos primordial.
Les monistes (les milésiens et les atomistes grecs, Démocrite, Épicure) perçoivent l'univers comme une seule réalité fondamentale, le monde matériel et le monde spirituel pouvant être liés. Alors que les dualistes voient une séparation entre le monde matériel et le monde spirituel (PlatonPlaton, Apologie de Socrate, Criton, Phédon, trad. M.-J. Moreau, éd. Gallimard, , 1985.Aristote, La Métaphysique, trad. Annick Jaulin, PUF, 1999.).
Holisme est un terme nouveau introduit dans les années 1920. Le mot désigne à l'origine des doctrines appelées aussi organicistes visant à échapper à la fois au déterminisme et au finalisme, ou peut-être à les concilier, en insistant sur le caractère spécifique de l'organisme, dénué de toute conception interne. Pour ces holistes, les corps vivants sont des totalités (wholes en anglais) inanalysables et qui ne s'expliquent pas par un assemblage de parties ; il y a quelque chose, selon eux, qui ordonne ces parties et qui n'est pas de l'ordre de la causalité efficiente. Pour Aristote, c'est la forme, organisatrice et conservatrice, de l'être vivant (forma est qua est id quod est). Ce principe de liaison a porté d'autres dénominations : entéléchie, force vitale, principe directeur.
Au début du , les progrès des sciences physiques et biochimiques ainsi que la théorie darwinienne dessinaient un monde où la frontière entre vivant et inanimé semblait devoir disparaître (contrairement à ce qu'affirmait Kant). Un mouvement se dégagea dont les membres considéraient l'explication mécaniste comme universellement valide mais restaient attachés à la présence d'une cause finale. Ils postulèrent l'existence de formes, de types d'organisation qui tendent à se réaliser ; de potentiels qui guident l'évolution vers un but assigné (principe anthropique ou point Ω de Pierre Teilhard de Chardin). Jan Christiaan Smuts fut de ceux-là. Ici, point de créationnisme, l'évolution est acceptée et se déroule au sein d'un champ holistique, force organisatrice, qui conduit l'atome vers la conscience.
Jan Christiaan Smuts vignette|Jan Christiaan Smuts. Le holisme de Jan Smuts (1870-1950) est un point de vue métaphysique sur la nature ultime de la réalité. À partir des théories scientifiques émergentes en 1926 (relativité générale, mécanique quantique) et des questions qu'elles laissent en suspens, Smuts développe une argumentation philosophique.
Dans l'opposition entre le besoin ou non de croire en la finalité, l'être humain a tendance à attribuer à ses thèses spéculatives l'autorité de la certitude qui s'attache aux propositions scientifiques. L'amplitude du sujet traité dans l'ouvrage de Smuts (de l'atome jusqu'à la conscience) fait qu'il remplace les preuves et l'absence de données expérimentales par un raisonnement qui n'est jamais à l'abri d'erreurs, de sophismes, d'inductions ou de déductions hasardeuses.
Le fait de circonscrire l'évolution à un no man's land entre science et philosophie fait apparaître une équivoque : où s'arrête le savoir précis et démontré, où commencent la spéculation arbitraire et les inductions plus ou moins invérifiables ? Cet ouvrage synthétisa un temps des questions fécondes scientifiquement (et philosophiquement). En filigrane, Smuts pose les questions qui aboutiront aux concepts de propriétés émergentes, d'auto-organisation, d'autorégulation, de système complexe
The Columbia Encyclopedia, sixième édition..
Domaines d'application Le sens de holisme donne lieu à plusieurs acceptions, variant d'un sens presque mystique ou magique à un sens technique, logiquement déterminé. Cette polysémie est la source des ambiguïtés inhérentes à l'emploi de ce terme.
Holisme ontologique Le holisme ontologique est une conception (opposée au réductionnisme et à l'atomisme) selon laquelle un « tout » (organisme, société, ensemble symbolique) est plus que la somme de ses parties, ou autre qu'elleChristian Godin, Dictionnaire de philosophie, Fayard / édition du temps. (2004), .
Il faut rattacher à cette définition ce que l'on nomme « le principe d'émergence » : un « tout » n'est pas un simple agrégat. À partir d'un certain seuil critique de complexité, les systèmes voient apparaître de nouvelles propriétés, dites propriétés émergentes. Celles-ci deviennent observables lorsqu'elles vont dans le sens d'une auto-organisation nouvelle. De là découle le point de vue selon lequel c'est le tout qui donne sens et valeur à ses parties par la fonction que celles-ci jouent en son sein.
C'est cette conception qui est à l'origine du développement des thèses du holisme épistémologique et du holisme méthodologique. Ces thèses rencontrèrent un très vif rejet dans les années 1950 (maccarthysme aux États-Unis) des chercheurs libéraux qui trouvaient cette thèse marxiste. Et depuis le débat sociologique entre individualisme et holisme est toujours aussi vif.
Holisme méthodologique Conception (opposée à l'atomisme logique) selon laquelle : a) l'explication d'un tout n'est pas donnée par la somme des explications de ses parties ; b) une hypothèse n'est jamais ni vérifiable, ni réfutable singulièrement par l'expérience.
Holisme épistémologique Spécification du holisme méthodologique, il correspond à la thèse de Pierre DuhemDuhem P., La Théorie physique, son objet, sa structure (1906), Vrin, 1981. (1861-1916) chimiste et philosophe des sciences français : les propositions concernant le monde extérieur rencontrent le tribunal de l'expérience sensible non pas individuellement mais en corps constitué, on ne peut pas vérifier les hypothèses d'une théorie une par une, une expérience de physique ne peut pas condamner une hypothèse isolée mais seulement tout un ensemble théorique ; il n'y a pas d'expérience cruciale.
Quant au holisme épistémologique du philosophe et logicien américain Willard Van Orman QuineQuine W. V., « Les deux dogmes de l'empirisme » (1951), De Vienne à Cambridge, l'héritage du positivisme logique de 1950 à nos jours, P. Jacob (éd.), Gallimard, 1980. (1908-2000) il diffère de celui de Duhem sur un point capital : le holisme épistémologique de Quine ne se limite pas à la physique comme celui de Duhem, ni même aux sciences expérimentales comme celui de Carnap mais s'étend à toute la science, logique et mathématique comprise. Le holisme épistémologique de Quine est donc la thèse selon laquelle toutes nos connaissances se soutiennent mutuellement sans qu'il y ait une fondation unique (ce qu'il résumait souvent en reprenant l'image du navire d'Otto NeurathOtto Neurath (1882-1945) est un philosophe, sociologue et économiste autrichien. Il fut un des corédacteurs en 1929 de La Conception scientifique du monde plus connu sous le nom de Manifeste du cercle de Vienne. selon laquelle la science est un navire déjà en mer et qu'il faut réparer à partir des matériaux disponibles sans pouvoir le reconstruire sur une terre ferme).
Holisme logique Conception selon laquelle il n'est pas possible de dissocier les règles de l'inférence de notre pratique inférentielle globale qui les justifie les unes par les autres et non pas isolément. Le holisme logique s'accorde avec la critique que Quine adresse au conventionnalisme (selon laquelle les règles, arbitraires, sont admises une par une selon les besoins du raisonnement) : si les vérités logiques sont conventionnelles, elles ne le sont que moyennant l'acceptation préalable de la logique.
Holisme sémantique Point de vue selon lequel le sens d'un élément du discours appartient au discours lui-même et ne peut pas être considéré isolément : la signification d'une expression dans une langue dépend de ce qu'un nombre infini d'autres expressions signifient.
Holisme philosophique En philosophie, Parménide, Spinoza, Hegel ont élaboré des métaphysiques holistes. La tradition spiritualiste, dans son sens métaphysique, remonte à Anaxagore () pour qui « l'esprit », c'est l'âme, le souffle qui s'oppose à la matière solide et inerte. Descartes (1596-1650) reconnaît ce dualisme, avec une matière autonome qui obéit à ses propres lois. La philosophie idéaliste s'inspire des spiritualistes en admettant l'antinomie entre esprit et matière et la suprématie du premier.
Pour Bergson, la vie ne peut être réduite à une mécanique physico-chimique et le cerveau n'est qu'un support, un instrument qui permet à l'esprit de s'insérer dans la réalitéDans L'Évolution créatrice (1907), Bergson oppose l'élan vital, , à une perception mécaniste et finaliste de l'évolution.. Il rédige en 1907 L'Évolution créatriceBergson Henri, L'Évolution créatrice (1907). Ouvrage originellement publié en 1907. . Paris, Presses universitaires de France, , 1959, 372 p. . Dix-neuf ans plus tard Jan Smuts reprendra l'idée d'évolution créatrice au sein même de la définition de son concept central : holism.
Holisme en sciences humaines
L'approche holiste, en sciences humaines , s'intéresse aux motivations et aux pratiques sociales des individus pris d'une manière collective au sein de la société. Elle considère que les faits sociaux doivent être expliqués en relation avec le groupe ou la société.
Durkheim, dans son ouvrage Les Règles de la méthode sociologique, expliqua que .