Le cinéma colonial est un courant cinématographique qui mêle divertissement, reportages ethnographiques et intérêt scientifique, exotisme et propagande coloniale .

En France Les films sont produits et tournés notamment dans les colonies françaises maghrébines, subsahariennes et indochinoise. Derrière le simple divertissement se cache un double objectif plus profond : à la fois montrer la supériorité métropolitaine pour le public français, et mettre en avant l'apport de la mission civilisatrice chez les colonisés dans les divers lieux spécialisés mis en place au long du dans les villes coloniales.

Cinéma ethnographique, exotisme et propagande coloniale Le cinéma colonial mêle à la fois une étude scientifique apportée par l’ethnographie, une vision du monde européocentrique par le développement de l'exotisme, et la volonté d'instrumentaliser les colonisés par la propagande.

Le cinéma ethnographique apparaît à la fin du , dans une période de développement de l'observation scientifique. La fusion de deux domaines permet de montrer aux Européens et aux Américains, la culture et les modes de vie de peuples éloignés, considérés comme primitifs, en captant l'organisation de leurs sociétés. Par ce biais, les Occidentaux peuvent observer les étapes de l'évolution de l'humanité à travers des sociétés-témoins, vierges de toute modernité. Cela correspond en d'autres termes à du cinéma documentaire. Le Français Félix Regnault filme en 1895 Une femme ouolove qui fabrique de la poterie. Sa démarche se rapproche de l'ethnologie humaine, où il capte des spécificités de comportements et d'attitudes physiques. Albert Kahn, quelques années plus tard, est à l'origine de l'ethnologie d'urgence, qui fait l'état de l'environnement naturel et culturel de ces peuples. Globalement, le cinéma ethnographique permet pour les Européens de découvrir le monde. Rapidement, l'attrait pour l’exotisme s'amplifie avec un cinéma colonial où l'imaginaire a du mal à distinguer la fiction de la réalité. La Croisière noire de Léon Poirier est d'ailleurs la représentation de la rupture entre cinéma ethnographique et exotisme.

L'exotisme dans le cinéma colonial représente le caractère inégal de deux sociétés. En effet, à travers la vision de ce qui n'est pas naturel chez l'autre pour les Européens . On parle d'une centralité blanche qui développe deux sentiments distincts. Soit la volonté d’expansionnisme colonial, ou alors le rejet, et le désir pour ne pas dire le besoin de maintenir une distance entre la supériorité blanche et la nature sauvage des peuples, qui transparaît à l'écran. L’exotisme fait donc le constat de différences irréductibles à travers une description distanciée de l'autre.

En France, les partisans de la présence occidentale dans les colonies cherchent à créer un imaginaire autour des possessions françaises. Pour cela, ils mettent en place une propagande autour du colonialisme civilisateur, à travers les films coloniaux. Le cinéma colonial français participe à la propagande officielle en métropole. Au départ ce sont des comités ou des instituts coloniaux qui se chargent de la construction et de la diffusion de cette propagande. Mais le cinéma colonial devient un outil de propagande lorsque l'État décide d'intervenir et d'en prendre le contrôle. Le cinéma colonial, c’est un cinéma de fiction et de documentaire. C’est un moyen de faire rentrer les colonies dans l’imaginaire des Français. En filmant la vie des populations colonisées, l'objectif est de faire prendre conscience de l'immensité de l'Empire mais également montrer l'importance de la mission dite civilisatrice. L'Empire est présenté comme un soutien aux populations. De 1912 à 1962, la production cinématographique au sein des colonies est conséquente, on parle .

Les colonies subsahariennes La production des films coloniaux en Afrique subsaharienne vignette|Parcours de l'expédition automobile « La croisière noire » notamment à travers les colonies françaises. La production cinématographique dans les colonies ne montre pas les logiques de colonisation mais elle sert de décor à des fictions, documentaires ou docufictions. Sur huit cents films coloniaux conservés, environ sont tournés en Afrique subsaharienne.

Les films coloniaux sont tournés en partie en Afrique subsaharienne pour raffermir l'authenticité du décor, avec l'objectif de montrer l’exotisme des colonies à travers la caméra. C'est le cas notamment pour L'Homme du Niger. Ce film retrace l'itinéraire du commandant Breval dans la colonie du Soudan français. Ce dernier est le symbole de la mission civilisatrice française dans la mesure où il fait construire un barrage, dont l'objectif est de fertiliser la région. Le film est tourné dans différents endroits, à Bamako, Ségou ou encore Markala. Le tournage se déroule donc dans l'actuel Mali, où les héros sont confrontés à la chaleur, aux animaux sauvages, aux maladies tropicales... L'arrière-plan exotique du film est tourné dans un cadre réaliste, car un barrage est réellement en construction sur les bords du Niger, ce qui donne une dimension documentaire. La production de ce film à cet endroit n’est donc pas anodine, elle a pour but de montrer les bienfaits de la présence française au Soudan français grâce à la réalisation de ses images. En effet, le cinéma est un vecteur de propagande efficace par son caractère auditif et visuel qui est plus trompeur que d’autres moyens de racolage.

Globalement, une grande partie des colonies subsahariennes françaises servent de décors réels à la production des films coloniaux. La Croisière noire de Léon Poirier, est un film qui retrace l’expédition Citroën d’Alger à Madagascar. Cette œuvre cinématographique est produite à partir des images tournées dans les colonies françaises, en accompagnant et légitimant l’acte colonial. De fait, le film retrace cette expédition automobile qui traverse l’actuel Mali, Niger, Tchad et la République centrafricaine, qui étaient à l’époque réparties entre l’Afrique-Occidentale française et l’Afrique-Équatoriale française. Les spectateurs métropolitains peuvent par ce biais visualiser une partie des colonies de l’empire français en Afrique subsaharienne à partir des de pellicules tournées. Les colonies qui bordent le golfe de Guinée et qui ne sont pas traversées par ce périple apparaissent aussi à l'écran, notamment à partir de 1930 où la production cinématographique augmente. La Femme et le Rossignol est tourné en Côte d'Ivoire en 1931. Au Cameroun, les films commencent à être tournés sur place dès 1927. La France y produit plus d’une vingtaine de films entre 1935 et 1960. Le but est à l’origine de réaliser des œuvres destinées à la propagande à la suite d’une période d’occupation allemande. La société France Outre-mer films se voit confier par un certain commissaire Pierre Boisson la réalisation de trois films : L’œuvre de la France au Cameroun, Les richesses du Cameroun et A travers le Cameroun. Derrière la fonction ludique que représente le cinéma, cette trilogie est produite avant tout pour montrer la présence bénéfique des Français et les richesses de la colonie, qui mérite d’appartenir et d’être défendue par les colons.

La représentation des autochtones Dans le cinéma colonial français, les noirs africains sont présentés comme des personnes sauvages et primitives qu'il faut humaniser. Les films sont plus le reflet des peurs, des aspirations et des fantasmes des Européens, que de la véritable vie des colonisés africains. À travers les films coloniaux se cachent de véritables ambitions de propagande. Jean Rouch, tourne Au pays des mages noirs en 1947. Son but originel est de montrer à travers des images ethnographiques les colonies africaines et leurs cultures. La société de production, les Actualités françaises, organise les images dans un sens différent de ce qu’elles ont été tournées par Jean Rouch, pour créer chez le spectateur un imaginaire exotique. De plus, ils ajoutent dans la version finale des éléments étrangers au film initial. Des lions ou encore des forêts tropicales apparaissent à l’image, alors que dans les faits, ils n’ont jamais été filmés. Cela nie le caractère documentaire du film pour le côté dramaturgique, plus susceptible de plaire aux spectateurs métropolitains. Ce film à succès est l’exemple de la représentation simplifiée et déformée de l’Afrique pour le public français, que Jean Rouch lui-même qualifie de « monstre ». De nombreux clichés sur les colonies comme sur les colonisés sont ainsi véhiculés par le biais des films. Leur animalité se traduit à l’écran par la mise en avant de leurs gestes et de leurs mouvements. Leurs visages par contre n'apparaissent pas, pour ne pas personnifier les personnages. Cette représentation des administrés illustre de manière implicite la supériorité de la civilisation européenne, donc des métropolitains français. Dans le même temps, les colonies se voient coller une image simplifiée, leur identité étant niée et faussée.

Les acteurs noirs ne représentent dans le cinéma colonial français que des seconds rôles ou des figurations. Ils ne font l’objet d’aucune critique sur le jeu si ce n’est le réalisme de leur composition en tant que personnage noir, ce qui montre bien leur relégation dans l’idéologie coloniale. Ils demeurent anonymes alors que les acteurs blancs, métropolitains, considérés comme supérieurs, sont starisés. Leurs rôles sont répertoriés en deux images : celle du méchant qui est sauvage, sanguinaire à travers notamment le sorcier. Et au contraire le gentil serviteur des blancs. C’est le premier de ces rôles qui a été le plus représenté. Il s’agit de la représentation des administrés comme étant des gourous qui incarnent les forces surnaturelles et la tradition africaine, très présent dans l’imaginaire occidental. Les stéréotypes vont bon train, les autochtones dans L'Homme du Niger sont animalisés car ils attaquent le barrage alors que l’armée coloniale est là pour les humaniser. Dans des films de divertissement comme La Femme et le Rossignol, la présence des acteurs noirs permet de renforcer l’exotisme recherché par les réalisateurs, présente aussi avec des dialogues en langue vernaculaire ou par l’hyper sexualisation de la femme, infidèle qui est un élément perturbateur de l’action.

Il existe des contre-exemples d’acteurs noirs connu. C’est le cas d'Habib Benglia, qui a joué dans de nombreux films comme La Grande Illusion, mais qui n’est pas reconnu pour ses talents dans le métier. Il joue des seconds rôles avec des actions réduites, des rôles muets, il est en somme négligé. Sa couleur de peau fait qu’il est identifiable par le public. De cette manière, il est utilisé comme un élément qui rappelle l’histoire nationale, notamment celle « du brave sénégalais » qui est devenu iconique en France après la Première Guerre mondiale à la suite de la participation des tirailleurs sénégalais. Mais, il transmet lui aussi à travers ses personnages des stéréotypes sur la société africaine. Le mutisme de ses rôles n’est pas un hasard. Par là on tente de montrer un prétendu déficit intellectuel chez les Africains, ce qui est un préjugé colonial répandu. Dans Le Roman d'un spahi, son personnage Nyaor vend ses femmes car elles coûtent plus cher que ses chèvres. C’est ici l’illustration d’une société comme étant polygame et misogyne. L’ensemble de ces films traduisent les mentalités du cinéma colonial, plein de stéréotypes et persuadé de la supériorité des colons sur les colonisés, des Blancs sur les Noirs.

La diffusion des films coloniaux vignette|Situation du quartier du Plateau à Dakar. vignette|Situation du quartier de la Médina à Dakar.