Nestor Hippolyte Antoine L’Hôte, né le à Cologne et mort le à Paris , est un égyptologue, peintre et dessinateur français.

Au cours de trois expéditions en Égypte il réalise d'innombrables esquisses et dessins, insérés dans les Monuments de l’Égypte et de la Nubie de Champollion, puis dans ses propres publications, mais dont une grande partie disparaît pendant plus d’un siècle.

Biographie Jeunesse et formation Fils de Zoé, née Dequen, et de François-Isidore L’Hôte, sous-chef à la direction des douanes de Cologne, sous-préfecture française de la Roer, sous le Premier Empire, sa famille s'installe, à la suite de la débâcle des troupes napoléoniennes dans la campagne d'Allemagne à Charleville. Nestor s'y passionne pour le dessin et la peinture, et prend des cours auprès de Jean-Baptiste Couvelet puis probablement de Léon Cogniet. Dès son plus jeune âge, il prend également gout à l’archéologie romaine et égyptienne. À 18 ans, son père le fait entrer dans l'Administration des Douanes, travail qui lui laisse suffisamment de loisirs pour assouvir ses passions et terminer à 22 ans un Cours élémentaire d’archéologie égyptienne, grecque et romaine, composé d’après les meilleures autorités tant anciennes que modernes.

Après différentes affectations, il est en poste à Paris en 1827 pour rédiger une nouvelle version des règlements et code douaniers. Un de ses supérieurs encourage sa passion pour l’Égypte antique, en lui facilitant avancement et congés. D’autres « bonnes fées » ne manquent pas autour du jeune homme : sur recommandation d’un ami de Charleville, il rejoint le groupe de la Revue encyclopédique sans pour autant, semble-t-il, y figurer comme auteur. Le directeur de la Revue, Jullien de Paris lui fait rencontrer Jean-François Champollion, son voisin lors d’un repas terminant la réunion mensuelle des rédacteurs. Par ses connaissances, il séduit Champollion à qui il présente dessins et manuscrit du Cours d’archéologie. Ainsi se tisse une relation, parfois orageuse, mais qui durera jusqu’à la mort du tout premier déchiffreur des hiéroglyphes, auquel le jeune Nestor voue une véritable dévotion, quand il ne le trouve pas insupportable.

Au cours de trois expéditions successives, Nestor L’Hôte réalise une œuvre considérable, en partie publiée de son vivant ou peu après sa disparition, mais dont l’essentiel ne se trouvera exhumé qu’en 1957. Le peu de célébrité de Nestor L’Hôte en dehors du cercle des égyptologues s’explique également par une disparition précoce : atteint de dysenterie dès le deuxième voyage en Égypte, il est contraint de se faire rapatrier en France lors du troisième, et il meurt à Paris le , à 37 ans. Et les efforts importants déployés par son frère ne suffiront pas véritablement à permettre la diffusion de ses travaux.

Première expédition : sur le Nil avec Champollion (1828-1830) vignette|L’expédition franco-toscane en Égypte par Giuseppe Angelelli. Peu de temps après sa rencontre avec Champollion, L'Hôte devient membre dessinateur de l'expédition franco-toscane en Égypte, que prépare le savant : cofinancée par le roi et par le Grand-duc de Toscane Léopold , l’expédition est dirigée par Champollion et comprend Ippolito Rosellini de l’université de Pise, professeur de langues orientales et auteur trois ans plus tôt d’un ouvrage sur le procédé de traduction des hiéroglyphes par Champollion, un médecin et dessinateur : Alessandro Ricci, Antoine Bibent, architecte auteur de travaux sur Pompéi, deux naturalistes Giuseppe Raddi, Gaetano Galastri, un mathématicien : Gaetano Rosellini, oncle de Ippolito et plusieurs dessinateurs : Giuseppe AngelelliAngelelli réalisera un tableau représentant, en tenues orientales, tous les membres de l'expédition… sauf Nestor L'Hôte. Ce tableau est exposé au musée national archéologique de Florence, Salvatore Cherubini, Alexandre Duchesne, Albert Bertin, Pierre-François Lehoux, etc. et Nestor L’Hôte. Enfin, Charles Lenormant profite de sa position d’inspecteur des Beaux-arts pour être du voyage.

Le Moniteur universel du , décrit les participants français, avec le style de l’époque : « Préparés de longue main à cette exploration scientifique, se confiant avec toute raison aux lumières et au caractère de leur chef, protégés partout par le nom vénéré de leur Roi, ils ont quitté la côte de France, le dernier, sur la corvette l’Églé ». Une fois arrivé à Alexandrie, Champollion confirme l’organisation :

Dans leur ouvrage : Sur le Nil avec Champollion, Diane Harlé et Jean Lefebvre ont retracé le détail de l’expédition, avec les yeux et la plume de Nestor L’Hôte, en puisant dans son journal et sa correspondance familiale, pour l’essentiel adressée à ses parents. Les jeunes dessinateurs sont d’emblée ravis par les merveilles orientales du Caire, puis s’adonnent aux premiers travaux de relevés (Gizeh) avant que toute l’expédition, et un canon, ne s’embarquent dans deux navires à voile triangulaire, pour remonter le Nil. Non sans multiplier les arrêts qui sont autant d’occasions de relevés : Saqqarah, Minieh, Beni Hassan, Antinoé et Amarna, Siout, Saouadjé, Panopolis, Girgé, Dendérah, Keft. Et enfin, Thèbes :

vignette|Louxor. Huile sur toile de L’Hôte

Les sites de Louxor et Karnak donnent lieu à une première série d’illustrations, mais seront de nouveau traités au retour, car le voyage reprend vers l’amont et la première cataracte du fleuve : Herment (Hermonthis), Esna, El Kab, Edfou, Gebel Silsileh, Kom Ombou (Ombos) et enfin Assouan, le franchissement en barque de la première cataracte, et la splendide île de Philæ, qui ravit L’Hôte : « nous avons quitté ma chère île de Philae ; je lui ai fait un éternel adieu, mais je l’ai toute entière dans mon souvenir, j’en connais tous les recoins, et mon portefeuille est garni de ses plus beaux sites »Lettre à ses parents nº 11, 8 février 1829, cité par Harlé & Lefebvre, ..

C’est alors la Nubie avec les sites de Kalabcha (Talmis), , Maharraqa (Offendina), Ouadi es-Séboua (Per-Amon), Derr, Ibsamboul pour les deux temples d'Abou SimbelCes temples et les autres temples nubiens qui suivent dans la description ont été soit déplacés, soit engloutis lors de la construction du grand barrage d'Assouan., puis, à l’extrême sud du voyage et le passage à l'an 1829 : Ouadi Halfa et la deuxième cataracte. Dans le petit temple de la reine d’Abou Simbel :

Retour, porté par le courant du Nil, avec arrêt dans les sites déjà visités et travaillés, mais aussi de nombreux autres : Ibrim, Amada, Gerf Hussein, Dendour, Beit el-Ouali, Kertassi, Debod. Et de nouveau : Philæ, et la descente vers Thèbes.

Ce passage de lettre, comme de nombreux autres de son journal ou des lettres aux parents, éclaire l’ambiance parfois désastreuse au sein des membres de l’expédition, manifestement soumis par leur chef à des exigences transgressant les engagements préalables, sans doute non contractualisés. Ce qui ne fera qu’empirer par la suite, quand la date du retour en France ne cesse de reculer. Mais contrairement à ce qu’écrit L’Hôte ici, il semble participer activement à l’esprit de révolte, voire la susciter, avec un caractère parfois irascible (qui s’applique aussi très injustement à sa familleComme en témoigne par exemple la lettre .). Peut-être un double-jeu dans sa relation avec le Maître… Jeanne Vandier d'Abbadie note que :

Ombos, Gebel Silsileh, Edfou, El-Kab, Esna, Tôd, et, de nouveau Thèbes et Louxor, avec encore ses deux obélisques, Karnak. Travaux très pénibles dans les nombreuses tombes de la vallée des Rois, comme ils avaient été pénibles dans le grand temple d’Abou Simbel dont l’accès se faisait en rampant dans un boyau étroit. Cependant, le plaisir l’emporte sur la fatigue :

Gournah et le Ramesséum : Deux jours après, c’est le plaisir d’assister à un mariage, et de le décrire : Mais les hommes ne le sont guère plus, selon L’Hôte, et le fellah moins que tout autre, dans un régime qu’il écrit tyrannique, où tous oppriment tousLettre à ses parents, 28 et 30 juillet 1829, cité par Harlé & Lefebvre, .. vignette|Nestor L'Hôte en Égyptien (croquis d'Alexandre Duchesne) Son ami Alexandre Duchesne quitte l’expédition le . De leur amitié témoigne le croquis représentant Nestor dans la tenue locale que Champollion et ses compagnons ont adoptée depuis Le Caire : « Ci-joint mon portrait croqué en quelques minutes de Duchesne ; c’est comme vous voyez une figure un peu maigre, mais c’est assez cela, et j’y reconnais ma physionomie bien frappante – je désire que ce croquis vous arrive sans vinaigre et sans coupure de canif »Lettre originale écrite depuis Le Caire. Manuscrits Bnf NAF 20395 f. 189.Pour se prémunir contre la peste, le courrier provenant d'Orient était systématiquement lacéré et aspergé de vinaigre, censé le désinfecter. Le croquis de Duchesne porte les traces de ce traitement..

L’Hôte et ses compagnons pensent quitter l’Égypte dès le mois d’octobre, mais l’attente d’un navire se prolonge pour de multiples raisons qui d’abord excèdent L’Hôte. C’est cependant l’occasion de parcourir et de croquer Rosette et le Caire en tous sens, d’en dresser le panorama depuis la citadelle, sur autorisation expresse du Pacha, Méhémet Ali. Les jeunes dessinateurs, L’Hôte, Bertin et Lehoux, se focalisent finalement sur le projet de « rapporter en France le panorama le plus magnifique qu’on ait jamais fait », au point même de laisser Champollion embarquer sans eux (il prend la mer le ). Celui-ci leur écrit depuis Alexandrie :

Mais les trois dessinateurs privilégient la réalisation du panorama du Caire, et les multiples démarches de préparation de leur propre retour. Le Pacha devra attendre ! Ils embarquent finalement à bord de La Comète le pour partir le 26 et arriver à Toulon le .

Après l'expédition franco-toscane (1830-1838) Après la quarantaine de rigueur, du fait de la peste, L’Hôte retrouve Champollion, ses amis parisiens, puis sa famille, du repos, et enfin son emploi dans l’administration des douanes, non sans avancement. Vertement tancé par Lenormant pour son mauvais caractère et ses écarts de conduite vis-à-vis du chef de l’expédition, il aurait reconnu et regretté ceux-ci. Il aide Champollion, d’abord Conservateur au Louvre, puis à la Bibliothèque royale, au classement des antiquités ramenées d’Égypte.

Et avec Cherubini et Lenormant, L’Hôte est présent chaque jour d’une terrible semaine, pour accompagner son illustre maître, gagné par la maladie, jusqu’à sa mort (le ) qui le plonge dans un véritable désespoir.

Dans ce contexte vient la publication anticipée de l’ouvrage de Rosellini (Monumenti dell'Egitto e della Nubia), présentation séparée des travaux résultant d'une part de la rupture entre ce dernier et le frère aîné du défunt, Jacques-JosephJacques-Joseph Champollion, dit Champollion-Figeac, tandis que Jean-François est surnommé Champollion le Jeune., qui se constitue légataire de son œuvre, et, d'autre part, de la volonté de Léopold , soucieux de tirer sans tarder les fruits de son investissement dans l'expédition.

Une commission ministérielle, comprenant Jacques-Joseph Champollion, Lenormant et Letronne, est nommée pour achever la publication posthume du livre de Champollion Monuments de l’Égypte et de la Nubie, qui intègrera un nombre important de planches dues à Nestor L’Hôte.

Il publie chez Leleux, en 1836, une Notice historique sur les obélisques égyptiens, ouvrage de circonstance, coïncidant avec l’érection, place de la Concorde, d’un des deux obélisques qu’il a tant de fois dessinés à Louxor. Il publie également plusieurs articles et prépare les manuscrits d'une grammaire copte.

Deuxième voyage (1838-1839)