Les élections générales espagnoles de 1996 (, désignées sous le numéronyme 3-M) se tiennent de manière anticipée le dimanche , afin d'élire les et des de la des Cortes Generales.

Après au pouvoir, le président du gouvernement socialiste Felipe González est contraint de convoquer les élections avec un an et demi d'avance, ayant perdu l'appui extérieur des nationalistes catalans de Jordi Pujol, qui a fait voter à l'automne le rejet du projet de loi de finances. Depuis sa victoire à la majorité relative de 1993, la stabilité de son gouvernement était en effet tributaire du soutien sans participation des partis nationalistes périphériques basque et catalan.

Le Parti populaire, déjà vainqueur des élections européennes de 1994, puis municipales et régionales de 1995, s'impose avec la majorité relative, mais son avance sur le Parti socialiste est plus faible qu'attendu. Comme Felipe González avant lui, le chef de file du PP José María Aznar est donc dépendant de l'appui des nationalistes de Convergence et Union et du Parti nationaliste basque. Il parvient à conclure un pacte avec eux ainsi qu'avec la Coalition canarienne, lui permettant d'être investi président du gouvernement deux mois après le scrutin et de provoquer la première alternance depuis 1982.

Contexte Victoire minoritaire du PSOE Lors des élections générales anticipées du 6 juin 1993, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) du président du gouvernement Felipe González, au pouvoir depuis 1982, s'impose pour la quatrième fois consécutive. Avec sur 350 au Congrès des députés, il perd cependant la majorité absolue dont il disposait. Le Parti populaire (PP) de José María Aznar obtient , soit 34 de plus qu'au scrutin précédent, et le Centre démocratique et social (CDS) perd l'ensemble de ses ..

Juste avant l'ouverture de la séance d'installation de la , le , le Parti socialiste, Convergence et Union (CiU) et le Parti nationaliste basque (EAJ/PNV) concluent un accord pour la répartition des postes au sein des bureaux des chambres des Cortes Generales, ce qui assure les réélections des socialistes Félix Pons au Congrès des députés et Juan José Laborda au Sénat.. Lors de leurs entretiens avec le roi , préalables à la désignation d'un candidat à l'investiture, les représentants des deux partis nationalistes indiquent leur soutien à Felipe González..

Le , Felipe González est donc réélu président du gouvernement par 181 voix pour et 165 voix contre., le Parti nationaliste basque votant favorablement à un tel scrutin pour la première fois depuis 1977.. Le chef de l'exécutif présente le son quatrième exécutif., que le PNV a refusé d'intégrer en prenant le ministère de l'Industrie..

Succès de la droite aux élections européennes et locales Lors des élections européennes du 12 juin 1994, le Parti populaire arrive en tête avec environ 40 % des suffrages exprimés, contre 30 % pour le Parti socialiste. Ce résultat marque la première victoire de l'opposition libérale-conservatrice sur la social-démocratie au pouvoir, affectée pour sa part par un contexte de forte tension sociale et la multiplication des affaires politico-financières. Au soir du scrutin, l'entourage de Felipe González s'entretient avec les dirigeants de Convergence et Union et du Parti nationaliste basque, qui écartent une remise en cause de leur soutien sans participation..

Les élections régionales et municipales du sont de nouveau marquées par le succès du Parti populaire. Devançant d'un point et environ quatre millions de voix le Parti socialiste, le PP remporte la majorité absolue dans 32 des 50 capitales de province et dans cinq communautés autonomes. Il accède aux gouvernements de la communauté de Madrid, de La Rioja et de la région de Murcie et arrive en tête dans la Communauté valencienne, en Aragon et dans les Asturies, tout en conservant le pouvoir avec une majorité absolue aux îles Baléares et en Castille-et-León. Il prend les mairies de Saragosse, Valladolid, Vigo, Alicante, Las Palmas de Grande Canarie, vire en tête à Séville, Cadix ou encore Malaga, et garde les municipalités de Madrid et Valence. Le PSOE ne conserve que quelques réduits, comme la Castille-La Manche, Barcelone ou La Corogne, et perd sa majorité absolue en Estrémadure..

Rupture avec les nationalistes catalans Le , Convergence et Union décide de mettre un terme à sa posture de soutien sans participation, appelle le président du gouvernement à convoquer des élections générales au premier trimestre de l'année 1996, une fois achevée la présidence espagnole de l'Union européenne, et refuse de se positionner quant au vote du projet de loi de finances pour 1996.. La direction de CiU indique le suivant son intention de proposer au Congrès le rejet du projet de budget de l'État, ce qu'elle considère équivaloir à une motion de censure.. Felipe González indique une semaine plus tard qu'il a alors l'intention de prononcer la dissolution des Cortes Generales dans un proche avenir, afin que des élections générales anticipées se tiennent en ..

Les nationalistes catalans déposent officiellement le leur motion de renvoi au gouvernement du projet de loi de finances pour 1996, assumant totalement que leur seul motif est de faire échouer l'exécutif afin que ce dernier convoque de nouvelles élections législatives et sénatoriales.. Lors de la séance du , le Congrès adopte la motion par pour, contre et une seule abstention, seul le Parti socialiste s'opposant à la proposition de Convergence et Union.. Proclamé candidat à la présidence du gouvernement par le comité fédéral du PSOE le ., Felipe González indique six jours plus tard que les élections générales anticipées se tiendront le .. Le décret de dissolution du Congrès des députés et du Sénat est publié au Bulletin officiel de l'État (BOE) le suivant..

Mode de scrutin Pour le Congrès des députés vignette|Le palais des Cortès, siège du Congrès des députés. Le Congrès des députés est composé de pourvus au scrutin proportionnel plurinominal à listes fermées dans 52 circonscriptions correspondant aux 50 provinces du pays ainsi qu'aux villes autonomes de Ceuta et de Melilla. Le nombre de députés qui leur est alloué est variable en fonction de leur population, avec néanmoins un minimum de deux sièges par province, à l'exception des villes autonomes qui n'ont chacune en tout qu'un seul siège et pour laquelle les élections se tiennent donc de facto au scrutin uninominal majoritaire à un tour..

Après décompte des voix, les sièges sont répartis selon la méthode d'Hondt dans chacune des circonscriptions. Ne peuvent prétendre à la répartition des sièges que les listes ayant franchi le seuil électoral de 3 % des suffrages exprimés. Dans la pratique, ce seuil se révèle plus élevé dans les circonscriptions ayant peu de sièges à pourvoir. Il est ainsi en réalité de 25 % dans les provinces ne comptant que trois sièges. Le vote blanc est reconnu et comptabilisé comme suffrage exprimé, ce qui élève légèrement le seuil réel par rapport à un système classique où ils ne sont pas reconnus.

+ Répartition des sièges à pourvoir par circonscription: .CirconscriptionsDéputés Madrid34 Barcelone ( 1)31 Valence16 Séville ( 1)13 Alicante ( 1)11 Málaga10 Asturies, Biscaye, Cadix, La Corogne et Murcie9 Pontevedra8 Îles Baléares, Cordoue, Grenade, Las Palmas, Santa Cruz de Tenerife et Saragosse7 Badajoz, Guipuscoa, Jaén, Tarragone6Almería, Cáceres, Cantabrie, Castellón, Ciudad Real, Gérone, Huelva, León, Navarre, Tolède et Valladolid5Álava, Albacete, Burgos, Lérida, Lugo ( 1), Ourense, La Rioja et Salamanque4Ávila, Cuenca, Guadalajara, Huesca, Palencia, Ségovie, Soria, Teruel et Zamora3Ceuta et Melilla1

Pour le Sénat vignette|Le palais du Sénat, siège du Sénat. Le Sénat est composé de dont 208 élus au scrutin direct, les 49 restants étant élus par les parlements des .

Les sénateurs élus par la population le sont au scrutin majoritaire plurinominal dans 59 circonscriptions plurinominales correspondant aux provinces du pays et à Ceuta et Melilla, à l'exception des deux communautés autonomes archipélagiques. Les principales îles des archipels des Baléares et des Canaries sont en effet dotées de leurs propres circonscriptions. Il y a ainsi quatre sénateurs pour chacune des 47 provinces de la péninsule, trois sénateurs pour les îles de Grande Canarie, Majorque et Tenerife, deux sénateurs respectivement pour Ceuta et Melilla, et un sénateur pour les îles de Minorque, Fuerteventura, La Gomera, Ibiza-Formentera, El Hierro, Lanzarote, et La Palma.

Les assemblées législatives des communautés autonomes désignent aussi des sénateurs, à raison d'un de droit par communauté, plus un siège supplémentaire par tranche d'un million d'habitants. Le nombre est de ce fait variable en fonction de l'évolution démographique. Il était de 49 en . Ces élections indirectes ont lieu pour chaque assemblée communautaire peu après leurs renouvellements, et ne coïncident donc pas nécessairement avec les élections au scrutin populaire.

Campagnes Principales forces politiques Force politique Chef de file Idéologie Résultats en 1993 PSOE Felipe GonzálezPrésident du gouvernement Centre gaucheSocial-démocratie, progressisme38,8 % des voix Parti populaire PP José María AznarDéputé de Madrid Centre droit à droiteLibéral-conservatisme, démocratie chrétienne 35,4 % des voix Gauche unieIU Julio AnguitaDéputé de Madrid Gauche à gauche radicaleCommunisme, socialisme démocratique, républicanisme9,6 % des voix Convergence et Union CiU Joaquim Molins Centre droit Catalanisme, libéral-conservatisme, démocratie chrétienne4,9 % des voix Parti nationaliste basque EAJ/PNV Iñaki AnasagastiDéputé de Biscaye Centre droitNationalisme basque, démocratie chrétienne, régionalisme1,2 % des voix

Sondages

Le graphique ci-dessous est une synthèse des résultats des sondages réalisés depuis les élections du 6 juin 1993. vignette|centré|upright=4|Graphique représentant les résultats des sondages depuis les élections générales de 1993.

Principaux événements

Résultats Congrès des députés +Résultats des élections au Congrès des députés Fichier:Congreso de los Diputados 1996.svg Force politique Voix % +/- Sièges +/-Parti populaire (PP)36,83146Parti populaire-Parti aragonais (PP-PAR)1,488Union du peuple navarrais-Parti populaire (UPN-PP)0,482Total Parti populaire38,79156Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE)31,52122Parti des socialistes de Catalogne (PSC)6,1119Total Parti socialiste ouvrier espagnol37,63141Izquierda Unida (IU)9,3519Initiative pour la Catalogne (IC)1,192Total Gauche unie10,5421 Convergence démocratique de Catalogne (CDC) 4,6011 Union démocratique de Catalogne (UDC)5Total Convergence et Union (CiU)16Parti nationaliste basque (EAJ/PNV)1,275Coalition canarienne (CC)0,884Bloc nationaliste galicien (BNG)0,882Herri Batasuna (HB)0,722Gauche républicaine de Catalogne (ERC)0,671Partido Andalucista (PA)0,540Eusko Alkartasuna (EA)0,461Union valencienne (UV)0,371 (LVE)0,250Chunta Aragonesista (CHA)0,200Union centriste (UC)0,180Autres partis1,05–0Vote blanc0,97Suffrages exprimés99,50Votes nuls0,50Total100– 350Abstention22,62Inscrits/Participation77,38

Par communauté autonome et circonscription

Sénat Fichier:Senado de España_2000.svg +Résultats des élections au Sénat Parti Élus +/- Parti populaire (PP)106 Union du peuple navarrais (UPN)3 Parti aragonais (PAR)3Total Parti populaire112 Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE)73 Parti des socialistes de Catalogne (PSC)8Total Parti socialiste ouvrier espagnol81 Convergence et Union (CiU)8 Parti nationaliste basque (EAJ/PNV)4 Coalition canarienne (CC)1 (PIL)1 Indépendant1 Herri Batasuna (HB)0Total 208

Analyse vignette|Parti vainqueur par circonscription et intensité de sa victoire.