Linsurrection de Novembre est un soulèvement du royaume de Pologne contre le tsar , roi de Pologne, et contre les abus de la tutelle russe. L'insurrection commence le et se termine par la chute de Varsovie en , après une guerre de huit mois opposant l'armée impériale russe à l'armée du royaume.
La défaite des Polonais est suivie d'une sévère répression et d'une réduction drastique de l'autonomie du royaume de Pologne. Plusieurs milliers de Polonais sont alors poussés à l'exil : cet exode massif est connu sous le nom de « Grande Émigration ».
Contexte historique : le royaume de Pologne sous tutelle russe Création du royaume du Congrès L'État polonais, officiellement appelé république des Deux Nations, disparaît en 1795 lors du troisième partage de la Pologne, effectué par la Russie, la Prusse et l'Autriche.
En 1807, après la campagne de Prusse et de Pologne, Napoléon rétablit un État polonais sous tutelle française, le duché de Varsovie, à partir de territoires qui avaient été annexés par la Prusse, ajoutant, en 1809, des territoires qui avaient été annexés par l'empire d'Autriche. La Russie, « alliée » de Napoléon par les traités de Tilsit, conserve la totalité de ses annexions antérieures. Elle reçoit même la région de Białystok.
Après la chute de Napoléon, le congrès de Vienne attribue le territoire du duché à la Russie et le tsar devient « roi de Pologne ».
Le royaume de Pologne hérite des institutions du duché, notamment son code civil, le code Napoléon. Il a sa propre constitution, son gouvernement (Diète et Conseil d'état), son administration et son armée. Alexandre accorde au nouveau royaume une constitution libérale qui garantit la liberté de la presse, de la parole et des associations. Le général Józef Zajączek, qui a servi Napoléon dans la Grande Armée mais s'est ensuite rallié au tsar, est nommé vice-roi (namiestnik). Cependant, c'est le frère du tsar, le grand-duc Constantin, commandant en chef de l'armée polonaise, qui joue un rôle déterminant en Pologne, secondé par le comte Nikolaï Novossiltsev, représentant personnel du tsar.
Tensions politiques La principale cause du soulèvement de novembre est le non-respect par le tsar des dispositions de la constitution de 1815. Déjà en 1819, abolit la liberté de la presse et introduit la censure préventive. À partir de 1820, des sociétés patriotiques se forment notamment chez les étudiants et les militaires, qui vont subir la répression de la police. En 1821, la liberté de réunion est suspendue et la franc-maçonnerie est interdite. En octobre 1822, le franc-maçon Walerian Łukasiński, chef de la Société patriotique, est arrêté.
Les tensions s'aggravent après l'avènement en 1825 de , qui, au lendemain de son accession au trône, doit faire face à l'insurrection décabriste. Désireux d'obtenir des réformes libérales, des officiers russes tentent de soulever la garnison de Saint-Pétersbourg. Leur échec fige la Russie dans l'absolutisme et le conservatisme. Après avoir remis son peuple au pas, le tsar se fait le défenseur de la légitimité monarchique dans toute l'Europe et envisage défavorablement les libertés dont jouit le royaume de Pologne.
En 1825, le nouvel empereur abolit la transparence des sessions de la Diète de Pologne. Dans le même temps, la persécution des organisations indépendantistes polonaises s'intensifie. En 1827, des membres de la Société patriotique sont arrêtés.
La répression grandissante rencontre une opposition de plus en plus forte. Le , un certain nombre de patriotes s'unissent à l'initiative du lieutenant Piotr Wysocki, instructeur à l'École des officiers d'infanterie de Varsovie, pour la défense de la Constitution. Ce groupe patriotique qui prépare l'assassinat du grand-duc Constantin Pavlovitch de Russie est passé dans l'histoire comme « la conjuration de Wysocki ».
Le , conformément aux règles constitutionnelles, se fait couronner roi de Pologne à Varsovie.
La Pologne et les révolutions européennes de 1830 thumb|150px|Armoiries de l'insurrection de Novembre : l'Aigle polonais et le Vytis lituanien (Waikymas)
L'année 1830 est marquée en Europe par deux événements révolutionnaires : la révolution de Juillet en France, puis la révolution belge, en août, lors de laquelle la population se soulève contre l'autoritarisme du roi du royaume-uni des Pays-Bas. Ces événements remettent en cause l'ordre établi après le congrès de Vienne par les trois puissances de la Sainte-Alliance : la Russie, la Prusse et l'Autriche.
De plus, le détrônement de par les Belges est accueilli à Saint-Pétersbourg comme une offense personnelle au Tsar, étant donné que la sœur de , Anna, est depuis 1816 l'épouse de Guillaume, fils aîné du roi des Pays-Bas.
À Varsovie, les patriotes polonais sont persuadés que le Tsar interviendra militairement et ils craignent que l'armée polonaise soit envoyée contre les révolutionnaires de France et de Belgique.
Les débuts de l'insurrection (29 novembre 1830-30 janvier 1831) vignette|La Prise de l'Arsenal par Marcin ZaleskiL'annonce, les 19 et , de l'ordre de mettre en alerte les forces armées russes et polonaises décide les dirigeants de l'organisation secrète du lieutenant Piotr Wysocki de prendre des mesures immédiates pour déclencher le soulèvement. Les événements du 29 novembre 1830 Le soir du , un groupe de vingt-quatre élèves de l'École des aspirants d'infanterie conduit par Wysocki, dont Ludwik Nabielak et Seweryn Goszczyński, attaque le palais du Belvédère où réside le grand-duc Constantin.
Au cours de son trajet, un groupe rencontre le général Hauke, vice-ministre de la Guerre, accompagnant le carrosse où se trouve sa famille. Sollicité de se joindre à l'insurrection, Hauke refuse et essaie au contraire de convaincre les aspirants de rentrer dans leur caserne. Il est tué par des coups de feu, puis ses décorations russes sont arrachées, mais pas les décorations polonaises ni françaisesHauke avait été au service de Napoléon dès 1798, dans les Légions polonaises, puis dans l'armée du duché de Varsovie..
Au Belvédère, le grand-duc échappe de peu aux assaillants. Malgré cela, ils réussissent à entraîner la population de Varsovie et à prendre le contrôle de la ville. Le groupe de Wysocki s'empare de l'arsenal de Varsovie et procède à la distribution de à la population de la ville. Le lendemain, la ville est au pouvoir des insurgés. Leur étendard porte la mention : . Des unités de l'armée polonaise cantonnées à l'extérieur de la ville se rallient aux insurgés. Cependant, aucun général, malgré des sollicitations, ne se rallie à l'insurrection. Seuls les hommes politiques radicaux, notamment Joachim Lelewel et Maurycy Mochnacki, regroupés dans la Société patriotique, soutiennent le soulèvement.
La nuit du , le prince Lubecki, défavorable à l'insurrection et l'un des rares à Varsovie capable de discuter sur pied d'égalité avec le grand-duc Constantin, prend contact avec le prince et le supplie d'écraser les désordres afin de pouvoir présenter l'évènement comme une mutinerie sans importance. Mais le grand-duc refuse d'agir.
Le gouvernement provisoire (3-18 décembre 1830) Le comte Lubecki s'emploie alors à former un Conseil administratif réunissant des conservateurs hostiles à l'idée du soulèvement. Le prince Adam Czartoryski, le général Józef Chłopicki, le prince Michał Radziwiłł et l'écrivain Julien-Ursin Niemcewicz en font partie. Le conseil engage des négociations avec les insurgés.
vignette|Drapeau de l'Insurrection de Novembre portant la devise "Au nom de Dieu, pour notre liberté et la vôtre"
Le , le Conseil administratif coopte quelques radicaux et prend le nom de Gouvernement provisoire du Royaume de Pologne, dont la présidence est donnée au prince Czartoryski. Le , le général Chłopicki, vétéran des guerres napoléoniennes assez populaire mais peu favorable au désordre, se proclame « dictateur de l'insurrection», c'est-à-dire commandant-en-chef de l'armée polonaise. Le grand-duc Constantin est autorisé à quitter le royaume avec les troupes russes, drapeaux en tête et prisonniers indemnes. Pendant ce temps, de nouveaux officiers sont promus, notamment à partir de l'encadrement de l'école d'infanterie de Varsovie, fidèles à Wysocki, comme Hieronim Dębicki.
Le , le prince Lubecki part comme émissaire à Saint-Pétersbourg pour apaiser le tsar. Il se contente de demander le respect des promesses et des droits constitutionnels déjà établis de la Pologne : le respect de la constitution, la fin du stationnement de troupes russes dans le royaume, sa réunification avec des anciens territoires du grand-duché de Lituanie avec lequel il formait la république des Deux Nations. Mais le tsar Nicolas refuse de négocier et exige la reddition inconditionnelle des insurgés. Et l'armée russe se prépare en vue d'une attaque du royaume. Le prince Lubecki écrit alors au général Chłopicki pour lui demander d'essayer de mater la rébellion avec les forces polonaises puisque c'était la seule façon d'éviter l'intervention russe.
Le gouvernement du général Chlopicki (18 décembre 1830-18 janvier 1831) Si le gouvernement est conciliant, la Diète réunie le se montre plus radicale. Elle proclame l'insurrection nationale et confirme Chłopicki comme son commandant en chef. Le gouvernement provisoire est remplacé par le « Conseil national suprême », toujours présidé par le prince Czartoryski, chargé d'assister le dictateur.
Un comité spécial de la Diète élabore un texte qui sera publié le , mais daté du , le « manifeste de la Diète » (Manifest SejmowyLe titre complet est « Manifeste des deux chambres de la Diète du royaume de Pologne sur l'insurrection du peuple polonais (20 décembre 1830) », dont le texte (polonais) est disponible sur Wikisource.) dans lequel sont exprimés les griefs des insurgés contre la tutelle du tsar.
Confronté à l'intransigeance de Nicolas , Chłopicki démissionne le , laissant le pouvoir à la responsabilité de la Diète. Il est remplacé à la tête de l'armée par le général Radziwill.
La destitution du tsar et le gouvernement national (25-30 janvier 1831) Le , la Diète vote la destitution de Nicolas du trône de Pologne, ce qui équivaut à une proclamation d'indépendance et à une déclaration de guerre.
Il s'ensuit un débat politique intense au sein de la Diète sur la nature, les méthodes et les objectifs de l'insurrection. La Diète statue que la Pologne sera une monarchie héréditaire constitutionnelle et que c'est à la Diète de choisir le roi.
Le est mis en place le Gouvernement national, de nouveau sous la présidence d'Adam Czartoryski, ministre des Affaires étrangères jusqu'au . Joachim Lelewel y représente le courant républicain radical.
La guerre russo-polonaise vignette|Emilia Plater conduisant les porteurs de faux.Alors que les radicaux veulent une « guerre du peuple » contre la Russie, le gouvernement de Czartoryski nourrit l'espoir qu'une campagne militaire victorieuse forcera Nicolas et les grandes puissances à réviser les clauses du traité de Vienne concernant la Pologne.
Première offensive russe (février 1831) Le , une armée russe forte de , commandée par le général Diebitsch, franchit la frontière du royaume de Pologne. L'armée polonaise ne compte que .
L'offensive est menée sur un large front avec 11 colonnes, mais un dégel précoce oblige Diebitsch à se rabattre sur la route de Brest-Litovsk, occupant, après la traversée difficile du Bug, la région de Siedlce.
Après les batailles victorieuses de Stoczek (), de Dobre (), de Kałuszyn () et de Wawer (), les Polonais affrontent les Russes près de Grochów, 2 km à l'est de Varsovie, sur la rive droite de la Vistule.
L'arrêt de l'offensive russe à la bataille de Grochów (24-25 février) La bataille de Grochów est la plus importante bataille livrée en Europe depuis Waterloo. Elle voit s'affronter et .