L'assedio di Calais (Le Siège de Calais) est un opéra (dramma lirico) en 3 actes, musique de Gaetano Donizetti, livret de Salvatore Cammarano, représenté pour la première fois au Teatro San Carlo de Naples le . Bien qu'il n'ait pas eu une grande carrière sur les scènes lyriques, il marque une tentative importante du compositeur pour rompre avec les conventions de l'opéra italien et y introduire certains des principes du grand opéra à la française.

Histoire

Revenu à la direction du Teatro San Carlo de Naples en après en avoir été momentanément écarté, l'imprésario Domenico Barbaja commande à Donizetti un opéra pour la soirée de gala qui doit être donnée à l'occasion de l'ouverture de la saison théâtrale, qui intervenait traditionnellement le , jour de la Saint Étienne.

La source originale du livret de Salvatore Cammarano est la tragédie de Dormont de Belloy Le Siège de Calais (1765) qui remporta un grand succès, alors que la France sortait de la Guerre de Sept Ans, en mettant en scène le Siège de Calais par les Anglais en 1346, qui donna lieu au célèbre épisode historique des Bourgeois de Calais. Philippe-Jacques de Laroche (pseudonyme : Hubert) en avait tiré un « mélodrame historique en 3 actes à grand spectacle », représenté le au Théâtre de l'Ambigu-Comique à Paris, Eustache de Saint-Pierre ou le Siège de Calais, adapté en italien par l'acteur Luigi Marchionni dont la pièce (vers 1825) avait inspiré un ballet de Luigi Henry, Edoardo III° ossia L'assedio di Calais, donné au San Carlo en 1828. Le livret passa sans trop de difficultés l'épreuve de la censure napolitaineLa phrase : « Un roi est-il plus grand que Dieu ? » fut ainsi remplacée par : « Un roi est l'image de Dieu. » (Yonel Buldrini, art. cit.).

Pour la première, Donizetti disposait du baryton d'origine basque Paul Barroilhet, spécialisé dans les rôles de père noble, pour incarner Eustachio di Saint-Pierre, de la soprano Caterina Barili-Patti, mère de la célèbre Adelina Patti et de la basse Frederico Lablache, fils de l'illustre Luigi Lablache, dans le rôle du roi d'Angleterre Edoardo.

La première eut lieu le . S'agissant d'une représentation de gala, les spectateurs ne pouvaient applaudir que si la famille royale donnait le signal, ce qui n'arrivait que rarement ; il ne semble pas que ce fut le cas en cette occasion. Ce ne fut donc que lors de la deuxième représentation que Donizetti put juger de l'accueil réservé à son opéra. Il fut très chaleureux : « Je fus appelé six fois devant le rideau (la soirée suivant le gala), écrit Donizetti le à son ami l'éditeur Giovanni Ricordi. Le troisième acte est le moins heureux (tu vois ma sincérité). Qui sait si je ne le retoucherai pas ? [...] C'est l'opéra qui m'a coûté le plus de peine. Tous [les chanteurs] furent applaudis. Mais le choléra pousse tout le monde à rester à la campagne. Je pars tôt demainLe 6 décembre, Donizetti partit pour Venise, où il allait donner Pia de' Tolomei.. Si tu l'imprimes entièrement, attend que je le révise à Milan. »cité par Yonel Buldrini, art. cit.

Il n'y eut pas de révision car, si L'assedio di Calais connut seize représentations à Naples où il fut repris l'été suivant et ensuite de manière régulière jusqu'en 1840, il ne semble pas avoir été produit ailleurs en Italie. Il ne fut remonté qu'en 1990 au Teatro Donizetti de Bergame, puis l'année suivante au festival de Wexford (Wexford Festival Opera) en Irlande et en 1993 à Londres à la Guildhall School of Music and Drama.

Distribution RôleType de voixInterprètes lors de la premièrele Eustachio de Saint-Pierre, maire di CalaisEustache de Saint-Pierre, maire de CalaisbarytonPaul BarroilhetAurelio, suo figlioAurelio, son filscontraltoAlmerinda ManzocchiEleonora, moglie di AurelioEléonore, femme d'AureliosopranoCaterina Barili-PattiEdoardo III, re d'Inghilterra e pretendente alla corona di FranciaÉdouard III, roi d'Angleterre et prétendant au trône de FrancebasseFederico LablacheIsabellaEn réalité, Philippe de Hainaut, mais la forme féminine archaïque du prénom aura probablement gêné le librettiste., regina d'InghilterraIsabelle, reine d'Angleterremezzo-sopranoUn incognitoUn inconnu, espion anglaisbassePietro GianniEdmondo, generale ingleseEdmondo, général anglaisbasseNicola TucciGiovanni d'AireJean d'Aire, bourgeois de CalaisténorGiacomo de Wisants, congiunto del MaireJacques de Wisants, proche du maireténorPietro de WisantsPierre de Wisants, cousin du mairebasseArmandoArmand, bourgeois de CalaisbasseDame della regina. Cori di ufficiali inglesi. Popolo di Calais d'ambo i sessi.Magistrati ed ufficiali francesi. Comparse di soldati inglesi e francesi.Dames de la reine. Chœur d'officiers anglais. Peuple de Calais des deux sexes.Magistrats et officiers français. Soldats anglais et français.

Argument L'action se déroule en 1347, pour partie au camp d'Édouard III et pour partie à l'intérieur de la ville de Calais.

Acte I Premier tableau Les postes avancés du camp anglais. Au fond, une partie des remparts de Calais baignés par la mer.

: Tandis que tout dort dans le camp anglais, le fils du maire de Calais, Aurelio, descend le long du rempart de la ville à l'aide d'une corde. Il s'empare de quelques pains qu'il attache à un filin et qu'il fait remonter vers le haut du rempart quand des soldats anglais s'éveillent et donnent l'alarme. Ne pouvant remonter, il s'enfuit vers la mer tandis que les Anglais le poursuivent en tirant des flèches dans sa direction.

Second tableau Un vestibule à l'intérieur du palais municipal de Calais. Au fond une vue de la ville et d'une partie de ses remparts. C'est l'aube. Un terrible silence règne partout.

: Le maire de Calais, Eustachio di Saint-Pierre, s'avance en proie à de sombres pensées. La ville est à bout, les habitants commencent à mourir de faim, et il s'inquiète aussi pour son fils. : La femme de celui-ci, Eleonora, entre en s'exclamant Egli è perduto (Il est perdu). Elle raconte la courageuse tentative d'Aurelio et son échec. Eustachio et Eleonora entament un duetto andante douloureux (Acquetati, che t'ode il genitor), dans lequel Eustachio déplore la mort de son fils tandis que les pensées d'Eleonora se tournent vers son jeune enfant Filippo qui vient de perdre son père dans de si terribles circonstances. : Fidèle partisan du maire, Giovanni d'Aire annonce qu'Aurelio a pu échapper à ses poursuivants en se jetant à la mer. Eustachio et Eleonora laissent éclater leur joie dans la stretta lumineuse de leur duetto (Vivi!... Al sen ti stringer ?!...). Eleonora envoie Giovanni chercher son fils pour qu'il assiste au retour de son pèreAuparavant, la reprise effectuée au théâtre Donizetti de Bergame en 1990 intercalait un passage absent de toutes les versions du livret dans lequel un personnage non identifié interroge Giovanni sur l'effet de l'heureuse nouvelle sur Eustachio et Eleonora.. : Aurelio entre et embrasse son père et sa femme tandis que Giovanni lui amène son fils. Il exprime le bonheur d'être en vie dans une cavatine (Ah ! de' giorni a me serbati) avant d'interroger son père sur la situation de Calais. Giovanni déclare sombrement qu'il n'y a plus d'espoir et Aurelio proclame son intention de mourir pour sa patrie dans une énergique cabalette (Giammai del forte l'ardir non langue). Giovanni retourne à sa tâche qui est de veiller sur les remparts de la ville, qu'il faut restaurer car, précise Eustachio, ils ont cédé « sous le foudroiement assidu de bronzes creux tonnants » (« sotto l'assiduo fulminar de' cavi bronzi tonanti »), synecdoque directement issue du Siège de Calais de Dormont de Belloy« Eh ! Que peut désormais tout l'effort d'un grand cœur / Contre les noirs volcans d'un airain destructeur, / Qui semble renfermer le dépôt du tonnerre ? » (Acte I, Scène 1) et dont l'audace avait stupéfié les spectateurs du Boileau avait pourtant été aussi loin dans son Ode sur la prise de Namur dans laquelle il utilisait le mot soufre, en principe interdit dans la poésie épique. Les historiens rapportent que c'est au siège de Calais que les Anglais utilisèrent pour la première fois des canons, alors inconnus en France, et qui causèrent de grands dommages.. : Giovanni revient pour annoncer l'arrivée imminente d'un inconnu à la tête d'une foule nombreuse qui vient exiger d'Eustachio la reddition de la ville. : Arrivent en effet l'inconnu à la tête d'une troupe de citoyens de Calais excédés, mais aussi trois bourgeois partisans du maire, Armando, Giacomo et Pietro. Ces derniers tirent leur épée pour défendre Eustachio, mais celui-ci préfère s'avancer seul face à la multitude. Celle-ci vacille, l'inconnu tente de la galvaniser contre Eustachio mais celui-ci le dénonce comme un espion anglais. L'inconnu se précipite sur Eustachio pour le tuer mais il en est empêché. Le peuple, entièrement retourné, ne songe plus qu'à se battre jusqu'au boutLa stretta du finale de l'acte I fait alterner les voix d'hommes et les voies de femmes sur une mélodie qui sera réutilisée dans Le Duc d'Albe..

Acte II Premier tableau Une pièce dans les appartements d'Aurelio. Au fond, une alcôve avec un lit où est allongé le petit Filippo. D'un côté, l'entrée d'un oratoire.

: Eleonora contemple Aurelio assoupi auprès de son fils. Aurelio est éveillé en sursaut par un rêve qu'il raconte à sa femme : il a vu des soldats anglais tuer leur fils. Les deux parents tombent en prière pour le petit Filippo (Serba tu quel puro giglio d'innocenza e di candor). : Une cloche se fait entendre et Giovanni entre annonçant que le roi Edoardo envoie un messager aux Calaisiens pour leur faire une offre de paix. Aurelio et Eleonora sentent l'espoir renaître en eux (La speme un dolce palpito).

Second tableau Une vaste salle circulaire consacrée aux audiences publiques. Près de l'entrée se trouve un socle sur lequel est planté le drapeau de France.

: Un vaste chœur (D'un popolo afflitto il grido gemente) introduit le finale de l'acte II. : Un général anglais, Edmondo, expose les conditions du roi d'Angleterre : six plus noble bourgeois de la ville devront se livrer au camp anglais pour y subir « l'infamie et la mort ». Toute l'assistance exhale son épouvante dans un vaste ensemble concertato (Di rio destin siam vittime, ma siam francesi ancor). Aurelio, se ressaisissant, donne à Edmondo la réponse des habitants de Calais : ils périront jusqu'au dernier (arioso) ! Mais Eustachio, s'avançant à son tour, le reprend sur le même arioso : les six victimes seront conduites au camp anglais avant le soir, et il congédie le messager devant un auditoire stupéfait. Eustachio explique alors que, sans doute, six hommes périront, mais qu'en résistant, ce sont les femmes et les enfants de Calais qui seront aussi livrés aux Anglais, et il annonce que lui-même se porte volontaire pour faire partie des six victimes. Une noble émulation s'empare des hommes, Aurelio s'inscrit à son tour malgré son père. Une prière générale (O sacra polve) conclut, de manière inhabituelle, l'acte II.

Acte III Premier tableau Le camp anglais. D'un côté, le magnifique pavillon du roi ; au fond, la plage avec vue sur l'étendue de mer formant le détroit de Calais.

: Le roi d'Angleterre, Edoardo, ordonne de faire tonner le canon en l'honneur de l'arrivée au camp de son épouse, Isabella. Il s'inquiète de ne pas voir revenir son émissaire, se demandant si les Calaisiens auraient l'audace de lui résister. : Edmondo revient et annonce que la ville de Calais a accepté la proposition du roi. Dans sa cavatine, celui-ci se réjouit à la perspective de voir bientôt réunies les couronnes d'Angleterre, d'Écosse et de France (Ogn'inciampo è alfin distrutto).