Marie-Antoinette Josèphe Jeanne de Habsbourg-Lorraine, archiduchesse d'Autriche, princesse de Bohême et de Hongrie, née le à Vienne en Autriche, est reine de France et de Navarre de 1774 à 1791, puis reine des Français de 1791 à 1792. Dernière reine de l'Ancien Régime, elle meurt guillotinée par Charles-Henri Sanson le sur la place de la Révolution à Paris.
Archiduchesse d'Autriche, princesse impériale et princesse royale de Hongrie et de Bohême, elle est l'avant-dernière enfant et la plus jeune fille de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche et de , empereur du Saint-Empire.
Elle devient dauphine de France le 16 mai 1770, à quatorze ans, par son mariage avec le dauphin Louis-Auguste de France, futur roi , puis reine de France en 1774, lorsque son époux monte sur le trône. Après huit ans de mariage, elle donne naissance à Marie-Thérèse, première de ses quatre enfants. Elle perd en popularité en raison d'accusations de sympathies avec les ennemis de la France, en particulier avec son Autriche natale, et de l'affaire du collier, où elle ne se trouve nullement impliquée, en réalité ce sont des courtisans qui furent victimes d'une escroquerie rocambolesque. Des surnoms dévalorisants, comme ou , circulent alors. Tout comme son mari, elle n'apprécie guère les contraintes de la cour et aime se consacrer du temps, notamment au hameau de la Reine.
Aux débuts de la Révolution française, elle est placée en résidence surveillée au palais des Tuileries, avec la famille royale. La tentative de fuite de 1791 à Varennes et son rôle dans la guerre de la première coalition continuent de dégrader son image. En 1792, la famille royale est emprisonnée à la prison du Temple et la monarchie abolie. Alors que est exécuté le , le procès de la reine devant le Tribunal révolutionnaire s'ouvre le suivant ; deux jours plus tard, elle est condamnée pour haute trahison et exécutée à par guillotine. La postérité, dont les jugements ont pu varier au cours du temps, en a fait une icône mondiale à la fois glamour et tragique.
Naissance et jeunesse Enfance à Vienne
Marie-Antoinette est la quinzième et avant-dernière enfant de l’empereur et de l’archiduchesse d’Autriche, reine de Hongrie et de Bohême Marie-Thérèse dite . Elle grandit au milieu de leurs cinq fils (Joseph l’héritier du trône, Charles, Léopold, Ferdinand et Maximilien) et de leurs huit filles (Marie-Anne, Marie-Christine, Marie-Élisabeth, Marie-Amélie, Marie-Jeanne, Marie-Josèphe, Marie-Caroline)..
gauche|vignette|redresse|Marie Antoinette à (Jean-Étienne Liotard).
L'archiduchesse, prénommée Marie-Antoinette-Josèphe-Jeanne, naît le au palais de la Hofburg à Vienne.. Ses parrain et marraine sont le roi Joseph de Portugal et son épouse la reine Marie-Anne-Victoire d'Espagne.. Apprenant quelques jours plus tard qu'un tremblement de terre a ravagé Lisbonne la veille de la naissance de l'archiduchesse, d'aucuns y voient un mauvais présage, et plus encore après 1793. Elle est baptisée sous les prénoms de Maria Antonia Josepha Joanna. Elle est aussitôt confiée aux , les gouvernantes de la famille royale comme de Brandeis., et partage son enfance entre le palais de la Hofburg à Vienne et le château de Schönbrunn.. Son enfance est ponctuée de nombreuses rencontres, comme celle avec le tout jeune enfant prodige Mozart dans le Salon des Glaces du palais de Schönbrunn le ., ce dernier l’ayant (d'après la légende) ingénument demandée en mariage à cette occasion....
Marie-Antoinette reçoit une éducation où le maintien, la danse, la musique et le paraître occupent l’essentiel de son temps et ne bénéficiant de ce fait d’aucune éducation politique. Ainsi, à l'âge de dix ans, elle a encore du mal à lire et à écrire en allemand, parle peu et difficilement le français, et très peu l’italien — trois langues qui étaient alors parlées couramment dans la famille impériale, sans compter son apprentissage des rudiments de latin.. de Brandeis, rendue responsable par l'impératrice du retard de la jeune princesse, est congédiée et remplacée par de Lerchenfeld., plus sévère. Maria Antonia est à cette époque une enfant espiègle, étourdie et volontiers moqueuse..
À cette époque, la cour d’Autriche possède une étiquette beaucoup moins stricte que celle de Versailles : les danses y sont moins complexes, le luxe y est moindre et la foule moins nombreuse. La famille impériale vit selon son rang mais sans luxe ostentatoire, ainsi que le montre un tableau peint par l'archiduchesse Marie-Christine montrant la famille fêtant dans l'intimité la Saint-Nicolas. La jeune Marie-Antoinette est très proche de sa sœur Marie-Caroline qui a trois ans de plus qu'elle, un caractère affirmé et qui, dans le cadre de la réconciliation entre les Maisons d'Autriche et de France, deviendra reine de Naples et de Sicile en épousant en 1768 Ferdinand, roi de Naples et de Sicile..
Mariage à quatorze ans gauche|vignette|redresse|Maria Antonia à (Martin van Meytens). Sa mère Marie-Thérèse, comme tous les souverains de l’époque, met le mariage de ses enfants au service de sa politique diplomatique. Après des siècles de guerres, celle-ci vise à réconcilier les maisons d'Autriche et de France dans le contexte du renversement des alliances et de la fin de la guerre de Sept Ans, et à faire ainsi face aux ambitions conjointes de la Prusse et de la Grande-Bretagne.
Ainsi, parmi les sœurs aînées de Marie-Antoinette, seule Marie-Christine, l’enfant préférée de l’impératrice, peut épouser en 1766 l'homme de son choix, le prince Albert de Saxe, fils cadet de l'électeur de Saxe et roi de Pologne et frère de la dauphine de France Marie-Josèphe de Saxe, mère du futur . Pour améliorer le sort de son gendre, prince de second rang, le cadet saxon est même créé duc de Teschen par Marie-Thérèse.. Marie-Christine et Albert sont nommés régents des Pays-Bas en 1780 à la suite de leur oncle, le prince Charles Alexandre de Lorraine.
En revanche, Marie-Amélie, bien qu'éprise du duc de Deux-Ponts, épouse contre son gré, en 1769, , duc de Parme, et Marie-Caroline épouse en 1768 , le roi de Naples et des Deux-Siciles, après que deux sœurs successivement promises au jeune monarque furent mortes prématurément..
L'archiduchesse grandit au sein d'une famille unie qui, tout en conservant les formes extérieures que leur impose leur rang, sait se ménager des instants d'intimité familiale. Le mariage de l'empereur et de l'impératrice était non seulement une union politique mais aussi un mariage d'inclination, la future impératrice s'étant éprise dès son jeune âge de ce cousin arrivé de Lorraine à l'âge de pour parfaire ses études (et épouser la fille aînée de l'empereur , le dernier rejeton mâle de la maison de Habsbourg). Le couple impérial fut particulièrement uni et, tant que dura sa vie conjugale, partagea la même chambre.
La mort de l'empereur en 1765 laisse l'impératrice inconsolable. Le deuil est également extrêmement douloureux pour Marie-Antoinette qui n'a que neuf ans.. Philosophe, il conseillait à ses enfants de penser quelquefois à leurs fins dernières. C'était un père aimable beaucoup moins sévère que l'impératrice.
Nonobstant son chagrin, Marie-Thérèse prend seule en main l'éducation de ses filles et s'attache particulièrement à conclure le mariage entre le dauphin Louis-Auguste et sa fille Marie-Antoinette, qui doit concrétiser la réconciliation des deux maisons les plus prestigieuses d'Europe.
ne voit pas d'inconvénient au mariage de la princesse avec son petit-fils à condition que celle-ci soit capable de parler convenablement français. Cela semble perdu d'avance. C'est pourquoi l'abbé Mathieu-Jacques de Vermond est envoyé à la cour de Vienne pour enseigner le français à la dauphine. Celle-ci semble bien progresser..
Le roi envoie également des spécialistes français reconnus afin d'améliorer entre autres sa denture, alors très mauvaise, et sa coiffure..
Le au soir, Marie-Antoinette, âgée de et trois mois, est , donc prête à être donnée en mariage et à donner un dauphin à la couronne de France. Les négociations en vue du mariage sont menées à un rythme plus soutenu.
vignette|gauche|Pastel de Marie-Antoinette réalisé par Joseph Ducreux en 1769 à l'intention du Dauphin afin qu'il puisse faire connaissance de sa future épouse.|260x260px
Dès le , Marie-Antoinette renonce officiellement à ses droits sur les couronnes dépendant de la maison d’Autriche. Le , on célèbre son mariage par procuration, à cinq heures du soir, dans l'église des Augustins.. Seul le mariage de avec l'infante Marie-Thérèse d’Autriche, fille aînée et potentielle héritière du roi d'Espagne Phillipe IV, avait eu un semblable retentissement.
Deux jours plus tard, le , au petit matin, Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine la benjamine de la famille impériale, âgée de et cinq mois, quitte définitivement Vienne. et l'Autriche.
Sa mère lui fait alors un grand nombre de recommandations.. De douloureux pressentiments entourent alors son départ de Vienne. Weber dit, dans ses mémoires :
L'impératrice sa mère semble aussi touchée par le phénomène. Une anecdote raconte que l'abbé Joseph Gassner, ecclésiastique venu chercher asile à Vienne, se croyant inspiré par Dieu, à une question de Marie-Thérèse lui demandant comment allait sa fille, ne répondit pas, pâlit, et finit par articuler : ..
Marie-Thérèse demanda aux princesses Charlotte et Louise de Hesse-Darmstadt, amies de Marie Antoinette, d'accompagner cette dernière en France.
En chemin pour la France, Marie-Antoinette croise le cortège de sa tante paternelle Anne-Charlotte de Lorraine, résolument opposée à l'alliance avec la France.
Arrivée en France vignette| L'un de ses premiers portraits gravés en France, par Esnauts et Rapilly (1770). Après environ trois semaines de voyage, le , la jeune Marie-Antoinette arrive à Kehl. où elle doit participer au rite de , tradition de l'Ancien Régime..
Au moment de quitter le Saint-Empire, tous les biens venant de son pays d’origine, même ses vêtements, lui sont retirés dans un bâtiment construit en bois à cet effet sur l'île aux Épis, au milieu du Rhin, entre les villes de Kehl et de Strasbourg, formant ainsi une sorte de de sa vie de jeune fille à sa vie de femme mariée au dauphin.
Le choix de cette île, entre l'Allemagne et la France représente également une sorte de zone neutre : les deux entrées de ce bâtiment sont disposées de telle manière qu’elle y entre dans l'Empire et en ressort en FranceCe rite est décrit dans une des premières scènes du film Marie-Antoinette de Sofia Coppola..
À cette occasion, lui est présentée sa première dame d'honneur, de Noailles. qui lui présente alors la duchesse de Villars, sa dame d'atours, ainsi que les comtesses de Mailly, de Tavannes, la duchesse de Picquigny et la marquise de Duras, ses secondes dames d'honneur...
Une fois le rituel achevé, elle sort du bâtiment par la porte côté français, sous une pluie battante..
Arrivée à Strasbourg, le temps redevenu clément, elle est complimentée de toutes parts et à M. d'Autigny, préteur royal de la ville, qui s'adresse à elle en allemand, elle répond : .. Parvenue à l'Évêché, elle fait la connaissance du cardinal de Rohan qui l'attend et reçoit trente-six jeunes femmes de la noblesse d'Alsace... Puis elle se rend le soir-même à la comédie où l'on donne alors Dupuis et Desronnais ainsi que la Servante maîtresse.. Le lendemain, remerciant M. d'Autigny du bel accueil qui lui avait été réservé., elle quitte Strasbourg pour cinq jours de voyage, au bout duquel elle rencontrera enfin le dauphin à qui elle est promise.
À Saverne, sa première étape, elle voit pour la première fois une résidence princière française, le château des princes évêques de Strasbourg, alors récemment embelli.