Diogène Ulysse Napoléon Maillart né le à Lachaussée-du-Bois-d'Écu (Oise) et mort le à Paris est un peintre français.

Il est lauréat du premier grand prix de Rome en peinture de 1864, fidèle exposant au Salon pendant plus d’un demi-siècle, peintre d’histoire et portraitiste, paysagiste, illustrateur pour des grandes maisons d’édition parisiennes, auteur de cartons pour des tapisseries et des vitraux, mais aussi professeur de dessin à la Manufacture de Tapisseries des Gobelins et maître en atelier, historien de l'art et critique d'art.

Il est le père du peintre Roger Maillart (1869-1915) et le grand-père du peintre Jean-Denis Maillart (1913-2004).

Biographie

Origine Sa famille était une des plus anciennes de la Picardie ; la considération publique y était héréditaire. Plusieurs ascendants avaient été sénéchauxHenri Carnoy Dictionnaire biographique, pages 33 à 36/272. éd. J.-É. Maton, impr. Armorial français, 1894-1899.. GreffiersSous l'Ancien Régime, greffier n'est pas un métier en soi mais plutôt une fonction, au même titre que le maire, le ou les échevins, et le lieutenant. Ils procèdent ensemble à l'exécution de la justice foncière, le greffier étant chargé de tout consigner par écrit. de père en fils du monde paysan de l'Oise depuis que Pierre Eloi Maillart [1661-1743]Archives départementales 3E336/1. avait épousé la fille du greffier de la Commanderie du Bois de L'Écu — domaine du Bos-d'Escus  traversé par la chaussée romaine de Beauvais à Amiens vendu par le seigneur du lieu, chevalier, aux frères du Temple en Michel Miguet, Les Templiers et Hospitaliers en Normandie. Edition du CTHS Comité des travaux historiques et scientifiques,1995). et, veuf, se remaria avec Marie de La Chaussée en Son fils Jean Maillart greffier, acte 5MI1261, Puits-la-Vallée, 1743, p.19I.. Le grand-oncle de Diogène Maillart était rentier propriétaireNicolas Casimir Maillart acte décès n°11, 1881, Reuil-sur-Brêche, Oise.  , son grand-père, [Simon-Pierre né en 1787, marié en 1810] artisan mourut soldat du Premier Empire au passage de la Bérézina du moins on n’eut plus de nouvelles de lui depuis la veille de ce grand désastre, laissant un fils du même  prénom [1812-1891], père du peintre, mi cultivateur mi marchand.

Simon-Pierre et son épouse étaient doués d’une intelligence raffinée. Il avait aussi beaucoup de goût et une certaine aptitude pour le dessin on peut dire habile portraitiste, écrit l'institutrice de Diogène, femme de Lucien Deyrolle, professeur de dessin. Chose rare, il avait des lettres et constitué une bibliothèque (Ibid.). Passionné d'Histoire, érudit, il lisait le latin comme le grec dans le texteChantal Imbert, Gazette de l'Hôtel Drouot, 15 mars 2020.. Non seulement il exigea que son fils fut baptisé Diogène, Ulysse, Napoléon mais il lui inculqua ses goûts ou plutôt son culte de l’antiquité qui devait influer plus tard sur le caractère du peintre d’HistoireLe Monde intellectuel, éd. photographe, (1889), Berlin-Charlottenbourg, en français, album illustré photographique..

Enfance Chétif mais d’intelligence précoce, ce fils ainé d'une fratrie de quatre fuyait les jeux des enfants de son âge, comme si déjà il voulait être tout entier à sa pensée. À quatre ans, raconte son institutrice, quand on lui mit sous les yeux les lettres de l’alphabet il les copiait scrupuleusement mais refusait de les apprendre, se bornant à ne voir dans ses caractères qu’une forme ou un dessin; aussi la lecture lui fut elle de grandes difficultés. Son père, le menant devant les cartons de Raphael dans  la cathédrale de Beauvais, était très étonné de voir une si grande attention dans un enfant aussi jeune. Le petit ne songeait qu’à dessiner tout ce qu’il voyait, y employait tous ces loisirs, ornant abondamment ses cahiers d'écolier. Jusqu’à neuf ans, dirigé par son père qui le fit beaucoup copier, agrandir des figurines de L'Illustration, il se livra de lui-même à la composition de personnages célèbres reconnaissables, Bernard Palissy tenant une assiette, Christophe Colomb, Kepler, Ésope… « Je ferme les yeux, expliquait-il à son père, je vois la figure que je veux représenter, et je la reproduis exactement. » Il devait avoir 10 ans. Le jeune Maillart était un enfant supérieur. Les bonnes gens ne s'y trompaient pas.

Jeunesse A Beauvais où il fit ses études secondaires satisfaisantes, rien pour lui n’était plus bénéfique que d’avoir les conseils de son professeur de dessin, lui-même ancien des Beaux-Arts de Paris mais les amis de Simon-Pierre insinuaient : métier de crève la faim ! Au bout de deux années de détermination de leur fils : — je veux être artiste, ses parents cherchèrent des appuis, et finalement, ne pouvant que le confier à sa bonne étoile, le conduisirent en à Paris où le jeune osa un jour solliciter un ami parisien de son père qui se démena pour l’introduire à l’École impériale de dessinRue de l'Ecole de Médecine.. Le directeur était le peintre Laemlein qui le remarqua et lui fit préparer le concours d’entrée à l’École des Beaux-Arts. Diogène travailla avec acharnement, remportant toutes les médailles et de nombreux prix, passant ses soirées  à la Bibliothèque du Panthéon, souffrant beaucoup, seul, de la faim et du froid ; premier surpris à réussir le concours d’entrée, sur cent. Dans l’atelier de Sébastien Cornu entre et , Diogène continua d’étudier durement sans jamais se décourager malgré la concurrence évidente. Vu sa formation et sa vocation première de peintre d’histoireFrance Leichleiter , « Les Envois de Rome des pensionnaires peintres de l’Académie de France à Rome de 1863 à 1914 » Thèse de doctorat en Histoire de l'art et archéologie, (2008), p.145., il a été élu Premier grand Prix à Albert Detalle, Le Signal 06 10 1901 ou dans La Picardie : littéraire, historique Diogène Maillart, 15 10 1901, p.339.; le thème était  Homère exilé dans l’île de Scyros, sujet littéraire cher au père de Diogène et ne pouvant mieux convenir (dans un décor paysagé d’ambiance bucolique, des bergers retiennent  leurs chiens devant le poète aveugle).

— Olympe AudouardSilhouettes parisiennes, éd. C. Marpon et E. Flammarion, 320 pp.,1883.. « Ses maitres Flandrin, H. Vernet et L. Cogniet le considèrent nature d’élite » (Ibid.).

Œuvre Il eut une brillante carrière officielleSur Gallica. Bnf.. Peu après son retour à Paris, en 1869, après quatre années passées à la villa Médicis à Rome, il est nommé professeur de dessin à la Manufacture nationale des Gobelins, activité qu’il exerce pendant 50 ans, de 1871 à 1919. Pendant quatre ans, de 1873 à 1877, il remplit les fonctions d'inspecteur des travaux d'art et fait alors tisser deux tapisseries, La Madone, dite de saint Jérôme, copie d'une œuvre du Corrège, et La Figuration symbolique de la Manufacture, Pénélope à son métier. Parallèlement il expose chaque année plusieurs œuvres au Salon des artistes français, jusqu’à sa mort, le Brugal Antiquités..

Il participe à la décoration d’édifices publics pour la capitale au moment où la Troisième République achève l’œuvre entreprise par le Second Empire : des peintures pour l’église Saint-Augustin, Le Baptême de saint Augustin et La Mort de sainte Monique ornant la nef, des décors plafonnants pour la mairie du de Paris, La Ville de Paris instruisant ses enfants pour le grand escalier, une composition monumentale honorant l’œuvre scolaire de la Troisième République, et La Parure de la femme pour le plafond du palier du premier étage, ainsi qu’un décor pour Le Bon Marché, disparu aujourd'huiencyclopedie.picardie.fr..

Il réalise des esquisses pour les concours organisés par la Ville de Paris pour la décoration de l’école de Chateau-Landon et de la salle des mariages de la Mairie du 3e arrondissement de Paris ainsi que de grandes compositions historiques comme Étienne Marcel et la lecture de la grande ordonnance de 1357, et À cause de la grande pitié au royaume de France, sur le thème de Jeanne d’ArcConnaissance des arts..

Peintre décorateur, il est l’auteur d’un plafond pour le château de Neudeck en Silésie, à la demande du prince Von Donnesmark, cousin germain de l’empereur Guillaume II, et de son épouse La Païva. Ce château sera détruit en 1945.

Dans l’Oise, sa région natale, où il habite au « Château vert », sa maison de campagne à Rieux aux bords de l’Oise, il reçoit la commande de peintures historiques décoratives pour le grand salon de l’hôtel de ville de Beauvais : La Mort de Corréus, chef des Bellovaques, Louis le Gros accordant la Charte des libertés communales à la Ville de Beauvais, L’Investiture du maire, Jeanne Hachette au siège de Beauvais, L’Entrée de Louis XI à Beauvais. Ces décors sont détruits une cinquantaine d'années après par les bombardements allemands de 1940. Au château de Chantilly, à la demande du duc d'Aumale, il décore le plafond du grand escalier d'une monumentale Espérance ailée qui tend la main vers une étoile« Diogène Maillart, ce peintre trop méconnu », Le Parisien, 2011..

Il est reçu Rosati d'honneur en 1907 et reçoit à cette occasion un diplôme illustré par l'artiste Mathilde Delattre.

Très proche du milieu religieux, il compose des cartons de vitraux pour des églises de l’Oise, notamment pour le transept méridional de la cathédrale de Senlis, représentant Les Prophètes, ainsi que pour les églises de Pontpoint et de Plailly, et réalise des Chemins de croix selon le procédé de la chromolithographie, à la demande de la maison d'orfèvrerie parisienne Poussielgue-Rusand.

Maître en atelier, il est toujours entouré de nombreux élèves, notamment une jeune fille roumaine, Julie Hasdeu qui relate, dans une abondante correspondanceArchives du château Iulia Hasdeu, Câmpina, Roumanie., sa vie parisienne et l’enseignement de la peinture dont elle profita dans l'ancien atelier du peintre Eugène Delacroix, rue de Furstemberg, qui était alors occupé par Maillart. Selon la Thomaston Place Auction Galleries., il eut Pablo Picasso comme élève, lequel arrivant à 19 ans à Paris à Montparnasse pour la première fois, voulait exposer au SalonVictoria Charles & Anatoli Podoksik, Pablo Picasso, 2018 : .

Conscient du message intellectuel qu’il voulait transmettre à ses élèves, il écrit à la fin de sa vie de volumineux livres d’art, Athéna, Histoire générale des Beaux-Arts, en deux volumes, et L’Art Byzantin.

En 1920, il décore une chapelle de l’église Saint-Laurent dans le de Paris en réalisant une peinture représentant Sainte Louise et ses sœurs distribuant des aumônes.

Ses ateliers étaient situés dans le de Paris, au 14, rue de Vaugirard en 1870, au 32, rue HautefeuilleAncien atelier de Gustave Courbet. en 1872, au 68, rue d’Assas de 1877 à 1878, au 6, rue de FurstembergAncien atelier d’Eugène Delacroix. de 1879 à 1890, enfin, à Montparnasse au 37, rue de Sèvres de 1890 à sa mort en 1926.

vignette|Sépulture au cimetière du Montparnasse. Diogène Maillart meurt le à son domicile dans le de ParisArchives de Paris 6e, acte de décès , année 1926 (vue 2/31). et est inhumé au cimetière du Montparnasse ()Registre journalier d'inhumation de Paris Montparnasse de 1926, en date du (page 16/31)., auprès de son épouse Alzire DemontreuilleAlzire Irma Demontreille est née à Valdampierre Oise Archives Oise cote microfilm 5MI301, Acte de son mariage avec Diogène Maillart le , des archives de l'Oise. Le relevé d'acte de décès de Diogène Maillart, , mairie de Paris comporte l'erreur du patronyme de son épouse Demontreux au lieu de Demontreuille et de deux de ses enfants, Eva, morte à l'âge de 19 ans, et Roger. Sa tombe est ornée de son buste sculpté par le sculpteur Henri-Léon Gréber.

Élèves notables

Réception critique ― Charles LefebvreGalerie contemporaine, littéraire, artistique, Paris, Ludovic Baschet, 1878, 12pp in-folio, avec 4 photographies (clichés Mulnier et Goupil). .

― Chantal Humbert.

― Henry HamelRevue des beaux-arts, 1er février 1889, n° 2,  p. 131. Salon de 1899. A propos des critiques d'art..