Les troupes de marine (TDM) sont une composante de l'Armée de terre française qui comprend plusieurs armes : infanterie, artillerie, cavalerie blindée, transmissions, génie et une spécialité troupes aéroportées (parachutiste).
Leur filiation remonte aux compagnies ordinaires de la mer créées par le cardinal de Richelieu en 1622. Si au départ elles dépendent du secrétariat d'État de la Marine (les « troupes de la Marine ») ou des Colonies (les troupes coloniales), elles passent plusieurs fois à celui de la Guerre. , puis renommées troupes de marine en 1967 et forment désormais une subdivision au sein de l'Armée de terre.
Les troupes de marine se sont professionnalisées progressivement depuis 1969 et sont régulièrement engagées dans les opérations extérieures. Destinées aux opérations amphibies et outre-mer, elles ont été, et sont toujours, de tous les combats de l’armée française.
Historique thumb|right|200px|Affiche de recrutement sous Louis XV.
Origine
Renommées « troupes d'outre-mer », puis « troupes de marine » au démantèlement de l'Union française, elles trouvent cependant leur origine dans les compagnies ordinaires de la mer, créées en 1622 par le cardinal de Richelieu. Ces compagnies sont destinées à être embarquées sur les navires royaux pour y servir l'artillerie et participer aux abordages et autres combats navals. Elles sont également chargées de la défense et de la garde des ports. Même si l'artillerie de la Marine dispose d'effectifs relativement faibles au regard de ceux de l'infanterie de la Marine (fusiliers et grenadiers), c'est elle qui sera l'élément déterminant des troupes de la Marine, étant chargée du service des pièces des vaisseaux, aux côtés des marins canonniers des classes, comme de leur conception et de leur fabrication dans les arsenaux, sous les ordres d'officiers de marine. Aux , elles constitueront les compagnies franches de la marine qui essaimeront essentiellement en Nouvelle France (particularité : la troupe est recrutée en Europe et les officiers sont recrutés sur place, d'où une excellente connaissance du milieu local).
Décimées comme le reste de la Marine pendant la guerre de Sept Ans, ces troupes seront mêlées à l'Armée de terre sous les ministères Choiseul et, après leur émancipation à la fin des , conserveront dans leurs rangs un grand nombre d'officiers issus du ministère de la Guerre, ce qui se reproduira pour compenser les pertes lors de la guerre d'indépendance américaine. Il s'ensuivra une évolution des mentalités dans les troupes et une séparation de plus en plus prononcée vis-à-vis des marins des équipages et de leurs officiers. Une tentative de rapprochement des deux corps des vaisseaux et des troupes est effectuée en 1786 avec les compagnies de canonniers matelots, mais l'expérience sera peu concluante. gauche|vignette|Convention graphique inchangée depuis 1871Convention graphique inchangée depuis 1871.
Au , l'expansion coloniale conduit les marins et les soldats de marine à combattre côte à côte comme en Asie du Sud-Est, dans le Pacifique et l'Afrique de l'Ouest. Les troupes de marine ont pour tâches essentielles d'assurer la présence française dans les colonies d'Asie, d'Afrique et d'Amérique.
L'intermède révolutionnaire est marqué en 1792 par la séparation définitive entre les troupes de marine reconstituées et les équipages des vaisseaux. L'épopée napoléonienne déclinante voit l'emploi récurrent des premières en tant qu'unités d’infanterie de ligne. Après le licenciement général des unités impériales, sous la Restauration, c'est respectivement en 1818 et 1822 que sont créées l’artillerie de marine et l’infanterie de marine (surnommées respectivement les « bigors » et les « marsouins »De 1822 à 1846, ces troupes connaissent d'importantes vicissitudes, sans cesse réorganisées, voire désorganisées. Cf. Troupes de marine : les traditions., une appellation qui naît au ). À partir de 1831, ces deux armes ne servent plus à bord des vaisseaux , mais à terre, dans les nouveaux territoires conquis et administrés par la France et dans la défense des grands ports de guerre métropolitains.
Les diverses opérations coloniales ou extérieures entreprises par la monarchie de Juillet, essentiellement conduites par la Marine et ses troupes, conduisent à la « réhabilitation » et à l'accroissement de ces dernières en 1846. La révolution de 1848 mène par économie à leur réduction draconienne. La guerre de Crimée les voit, aux côtés des équipages de la flotte, s'illustrer durant le siège de Sébastopol en servant les pièces d'artillerie lourde (pour constituer une artillerie de siège) opportunément débarquées des vaisseaux sous les ordres de l'amiral Charles Rigault de Genouilly.
Remises à l'honneur à partir de 1855, et retrouvant leurs effectifs de 1846, elles vont s'illustrer pendant toutes les expéditions du Second Empire.
En 1870, artillerie et infanterie de marine sont pour la première fois regroupées dans une même grande unité : la division Bleue du général de Vassoigne, ainsi nommée en raison de la tenue bleue de ces soldats, ce qui les différenciait des troupes de ligne qui portaient un pantalon garance. Après la guerre de 1870, elle participe à la construction du second empire colonial de la France,
Transformation en troupes coloniales thumb|upright=0.7|Casque des troupes coloniales. thumb|upright=0.7|Un soldat de marine français en Chine vers 1919.
Dans les , le ministère des Colonies est séparé de celui de la Marine. Se pose alors la question du rattachement des troupes de la Marine, qui ne servent pratiquement plus qu'aux colonies. Elles sont finalement rattachées en 1900 (par la loi du ) au département de la Guerre et prennent le nom de troupes coloniales. La Direction des troupes coloniales (huitième direction du ministère) est créée et le général Pierre Famin en est le directeur de 1900 à 1907 (puis au cours de la Grande Guerre). Ces troupes coloniales sont composées de deux entités distinctes: un corps d'armée colonial entretenu en métropole, composé d'Européens et professionnalisé, qui détache par petits paquets selon le « tour colonial » des militaires aux colonies où ils sont utilisés soit en unités « blanches » (la tendance sera de réduire progressivement le nombre de celles-ci), soit pour l'encadrement de troupes indigènes recrutées sur place (tirailleurs, cipayes…). L'une des grosses difficultés auxquelles est confronté ce système est l'entretien à la fois des compétences militaires permettant de faire une guerre classique européenne (en tant que corps d'armée constitué, et même dédoublé à la mobilisation en et colonial) et, au contraire, de s'adapter aux conditions très spécifiques des opérations coloniales, qui varient en outre d'une colonie à l'autre. Il sera parfois à cause de cela fait état de la « schizophrénie » de l'armée coloniale. Les deux types de troupes coloniales participent à la Première Guerre mondiale et à la Seconde Guerre mondiale ainsi qu'aux guerres d’Indochine et d'Algérie.
Le service constructeur de l'artillerie de la Marine, qui conçoit et fabrique les canons des navires de guerre, dont le personnel fait partie intégrante de l'artillerie coloniale lors de la séparation de 1900, est laissé « pour emploi » à la Marine nationale. Face à l'écart de plus en plus marqué entre l'utilisation de l'artillerie de campagne aux colonies et la conception industrielle de pièces de marine dans les arsenaux métropolitains, les officiers d'artillerie coloniale plus attirés par la fabrication donnent naissance en 1909 aux ingénieurs de l'Artillerie navale, corps de la Marine qui fusionnera avec celui du génie maritime (constructions navales) pendant la Seconde Guerre mondiale.
Pendant les deux conflits mondiaux, elles participeront à toutes les campagnes avec un héroïsme qui deviendra légendaire. Le drapeau le plus décoré de l'Armée française est celui du régiment d'infanterie coloniale du Maroc (RICM), ainsi que le drapeau du qui lui porte le plus grand nombre de noms de fait d'armes de l'Armée française. Les combats liés à la décolonisation que les politiques n'avaient pas vue venir verront l'engagement des troupes coloniales en Indochine, Algérie et Madagascar. Après 1962, les opérations extérieures en Afrique seront conduites par les troupes de marine et la Légion étrangère qui étaient les seules à disposer de soldats engagés. Ce sera encore le cas au Tchad au Liban puis en ex-Yougoslavie avant que les troupes métropolitaines se mettent elles aussi à recruter des engagés. La suspension du service militaire obligatoire, progressive de 1997 à 2001, permettra à l'ensemble des troupes de l'Armée de terre de participer à ces actions.
Fin des troupes coloniales et recréation des troupes de marine 150px|thumb|Troupes de la Marine au Tonkin (Indochine française) en 1888. En 1967 est créée, au sein de l’Armée de terre, la composante des troupes de marine par la fusion de l’infanterie et de l'artillerie colonialeMinistère de la Défense - Armée de Terre https://www.defense.gouv.fr/terre/armes . Sa mission est de mettre en place rapidement des moyens de défense et d’intervention dans des territoires géographiquement éloignés de la métropole et d'assurer une présence continue des forces françaises dans la France d'outre-mer ainsi que dans certains pays alliés.
Symboles Traditions La fête des troupes de marine Leur devise est " Et au nom de Dieu, vive la coloniale". À l'origine de cette expression, est le père Charles de Foucauld, officier français, ermite, prêtre, missionnaire, et saint catholique, qui, un jour qu'il était en difficulté avec une population autochtone vit arriver à son secours les unités coloniales. Il s'exclama heureux « Et, au nom de Dieu, vive la coloniale ! », soulagé de voir ses sauveurs. Les coloniaux n'avaient pas hésité à accourir à son secours à partir du Soudan français (AOF ou AEF), en franchissant la frontière avec l'AFN. La fête de l'arme des troupes de marine a lieu le et le , anniversaire de la bataille de Bazeilles (division bleue). Le est l'occasion du rassemblement de l'ensemble des unités à Fréjus où l'on trouve le musée des troupes de marine. Le , les amicales d'anciens combattants organisent la cérémonie à Bazeilles dans les ArdennesSources : Les troupes de marine - Quatre siècles d'histoire - Éditions Lavauzelle..
L'ancre d’or Objet de marine connu depuis la plus haute Antiquité, l’ancre apparaît sur les uniformes des marins français dès la fin du . Les troupes de marine l’adoptent au même moment et c’est aujourd'hui leur unique signe distinctif :
1772 : une ordonnance royale prévoit le port de l'ancre sur les tenues du corps royal de la Marine ; 1900 : l’ancre est portée par l’infanterie coloniale ; right|thumb|Insigne de béret des troupes de marine.|163x163px 1916 : les bigors adoptent l'ancre surchargée de la grenade (symbole des troupes d’élite) ; 1919 : tous les officiers portent l'ancre d'or au képi ; 1920 : l’ancre entrelacée d'un câble devient l'insigne commun des troupes coloniales ; 1933 : les artilleurs ne portent plus la grenade ; 1935 : l’ancre figure seule sur les brassards des officiers d’état-major coloniaux ; 1939 : un texte officiel précise que l'ancre est entrelacée d'un câble en S renversé ; 1945 : l’ancre est sur tous les attributs du soldat de marine ; 1953 : homologation d'une ancre dite de tradition, par le service historique de l'Armée de terre ; 1962 : création du béret des troupes de marine, réglementé par l'intendance ; 1985 : ancre dite de tradition et imposée pour l'homologation des fanions.vignette|124x124px|L'ancre des troupes de marine (cavalerie, parachutiste et infanterie de marine)