thumb|265px|La Casa Formiggini, siège estival de la Corda Fratres à Modène. vignette|264px|Journal des débats, Journal des débats, 8 septembre 1907, page 2, .. thumb|264px|L'Humanité, L'Humanité, 17 mai 1908, page 2, ..
La Corda Fratres - Fédération internationale des étudiants, appelée aussi Corda Fratres - F.I.D.E. ou simplement Corda Fratres, est une organisation internationale, ni politique, ni religieuse, ni commerciale, ni humanitaire, festive et fraternelle d'étudiants fondée à Turin le . Elle est la première – et seule à ce jour – société festive et carnavalesque universelle et la première association internationale des étudiants.
Elle est présente sur les cinq continents, compte des dizaines de milliers d'adhérents, et disparait dans les années 1920, à la suite de problèmes internes et de la persécution fasciste en Italie.
Son président-fondateur est Efisio Giglio-Tos (1870-1941) président de l'Associazione Universitaria Torinese (Association Universitaire Turinoise) appelée aussi AUT.
Corda Fratres signifie en latin « les Cœurs frères ».
Historique 303px|left|thumb|L'université de Bologne où est né en 1888 le mouvement qui conduira à la naissance de la Corda Fratres en 1898. Première association internationale festive et fraternelle du monde, la Corda Fratres - Fédération internationale des étudiants, créée en 1898, prospère jusqu'aux années 1914-1915L'Italie entre en guerre seulement le 23 mai 1915. Avant cette date, l'importante section italienne de la Corda Fratres ne subit pas directement les conséquences de la Grande Guerre commencée en août 1914., comptant jusqu'à plusieurs dizaines de milliers d'adhérents répartis sur les cinq continents. Ses quatre plus importantes sections sont la française, la hongroise, l'italienne et la roumaine. La langue officielle de l'association, choisie à l'initiative des Italiens, est le français.
Après la Grande Guerre, la Fédération décline, victime de faiblesses internes et des conséquences de la dictature fasciste (la principale section de la Corda Fratres est sa section mère italienne). Après la chute du fascisme, une tentative est faite en Italie pour faire renaître la section italienne de la Corda Fratres. Elle bute sur des problèmes politiques et s'achève sur un échec en 1948.
La Corda Fratres - Fédération internationale des étudiants n'a pas ensuite de successeur et est oubliée jusqu'en 1999, date de la parution du premier livre consacré à sa riche histoirePublié par le Musée des étudiants de l'Université de Bologne : . Ce livre, préfacé par Fabio Roversi-Monaco Recteur de l'université de Bologne, n'existe que dans sa version originale italienne et n'a jusqu'à présent pas été traduit en d'autres langues..
La Corda Fratres a démontré effectivement, en dépit de ses faiblesses, que créer un mouvement mondial festif et fraternel, ni politique, ni religieux est une entreprise réalisable. À condition de souhaiter s'y investir, comme l'a fait jadis Efisio Giglio-Tos.
Origines 160px|thumb|Le Dottore ProfessoreDottore Professore : Docteur Professeur. Dottore (Docteur) est un titre honorifique qu'on donne en Italie aux personnes ayant obtenu au moins un diplôme universitaire. Efisio Giglio-Tos âgé de 28 ans, en 1898 l'année où il fonde la Corda Fratres. thumb|left|156px|1897 – Première carte postale éditée pour la Corda Fratres. À l'origine de la Corda Fratres se trouvent deux évènements. Le premier est bolonais. Il s'agit du Congresso Nazionale ed Internazionale degli Studenti Universitari (Congrès National et International des Étudiants Universitaires), organisé sous l'égide du poète Giosuè Carducci : une grande fête internationale organisée en pour le huit centième anniversaire de lAlma Mater Studiorum, l'université de Bologne, la plus ancienne d'Europe1088 est une date conventionnelle. Il existe un document conservé qui date de cette année-là et parle de l'Université de Bologne comme une université déjà active. Sa fondation est donc en fait antérieure et remonte à une date présentement inconnue.. À cette occasion se rassemblent de nombreuses personnalités, au nombre desquelles le roi, la reine et le prince héritier d'Italie. L'évènement est relaté dans la presseAu nombre des journaux qui en parlent, dans la presse française : Le Figaro a envoyé à Bologne un journaliste couvrir l'évènement, Le Petit Journal en parle également et rapporte notamment la fête organisée à Paris pour le retour de la délégation étudiante parisienne..
À cette fête se remarquent surtout les nombreux étudiants italiens ou venus d'autres pays. Ces jeunes se distinguent par leurs tenues originales et pittoresques propres au folklore estudiantin traditionnel et à leurs associations festives et fraternelles. Les Italiens portent la tenue de la GoliardiaCape et orsina, chapeau créé pour l'occasion et inspiré d'un modèle du . Il sera remplacé à partir de 1892 par la feluca, chapeau un peu genre Robin des bois., les Espagnols celle des TunasTenue d'étudiant du : chapeau orné d'une cuillère en buis, cape, justaucorps, nombreux rubans et une large écharpe de tissu appelé « beca », ce qui signifie « bourse » en espagnol. La couleur de la beca indique la faculté où étudie le membre de la Tuna : jaune pour la médecine, rouge pour le droit, violet pour la pharmacie, etc., les Allemands et Suisses la tenue avec une casquette, celle-ci de modèles variés, etc. La délégation française, mandatée tout à la fois par l'Association générale des étudiants de Paris et le Président de la République Sadi Carnot est venue habillée en bourgeois, comme les étudiants parisiens de cette époque. Effarés de détonner et paraître misérable au milieu de cette foule bigarrée, les Français reçoivent des mains des Italiens une orsina, coiffe bolonaise créée pour l'occasion par l'Alma Mater. Cet acte les amène à réfléchir à adopter une coiffe distinctive française. Et à leur retour dans la mère patrie, ils adoptent un béret en velours noir, qui devient rapidement la FalucheFaluche est presque un homonyme de feluche, le pluriel de feluca, le chapeau des étudiants de la Goliardia italienne. En le lisant à la française. Sinon feluche à l'italienne se lit Félou'ké.. La faluche est propagée en France après leur retour de Bologne.
upright=3.0|thumb|center|Le béret d'étudiant français avant de devenir la faluche La Caricature, 16 février 1889....
Curieusement, les journaux parisiens de ces années-là parlent souvent de l'Association générale des étudiants de Paris-AGEP, appelée familièrement l'« A » comme d'autres Associations générales d'étudiants, mais ne disent rien à propos de la Faluche. Ils parlent de son béret comme d'un chapeau folklorique étudiant, jamais comme le signe d'appartenance à une organisationC'est notamment le cas lors des participations massives des étudiants aux Carnavals de Paris 1893 et 1894 et aux Carnavals de Paris suivants..
Le deuxième évènement à l'origine de la Corda Fratres est parisien. En 1889, un congrès universitaire se tient à Paris pour le centenaire de la Révolution française. À l'occasion de ce congrès, un étudiant italien publie une lettre dans le Réveil du Quartier Latin, où il lance le premier la proposition de créer une Fédération internationale des étudiants. Il est entendu. Et le se tient à Paris une conférence à laquelle participent des étudiants de nombreuses universités européennes, en particulier belges, françaises et italiennes. La conférence s'achève par la décision de « constituer une association internationale de la jeunesse universitaire sous le nom de Fédération des étudiants ».
En 1891, est formulé à Gand le souhait qu'un comité international fasse naître une telle fédération « dans un but libéral et fraternel ». Ce souhait est par la suite formulé à Caen en 1894. La même année, Efisio Giglio-Tos président de l'Association universitaire turinoise commence à se passionner pour le projet de créer une fédération internationale. À Debrecen en 1895 est proposé qu'un congrès international donne vie à la Fédération et se tienne à Budapest dans le cadre de la célébration du millième anniversaire de la capitale hongroise en 1896. Ce congrès finalement n'a pas lieu. 167px|thumb|left|La colonne de Phocas à Rome, au pied de laquelle la Corda Fratres fut proclamée le . L'année d'après, le , Efisio Giglio-Tos qui a réfléchi à la structure et aux statuts de la Fédération internationale demande à l'étudiant turinois Gino Masi d'intervenir à ce propos au quatrième congrès national des étudiants italiens qui se tient à Pise. Le congrès charge Efisio, qui est absent, de constituer en 1898 la Fédération internationaleLa chronologie des origines de la Corda Fratres depuis 1888 jusqu'à 1898 a été établie par Giovanni Persico, consul de la Corda Fratres à Rome en 1900, puis vice-président du Conseil Fédéral Senior (Senatus Seniorum) de la Corda Fratres en 1901. On la trouve dans son texte intitulé La « Corda Fratres », paru dans La Vita internazionale., du 20 février 1902. Cette chronologie a été reprise en mai 1902 dans La Revue hebdomadaire et en 1999 par .. La Corda Fratres va naître à l'occasion du cinquantième anniversaire du Statuto Albertino (Statut albertin) de 1848Statuto fondamentale della Monarchia di Savoia 4 marzo 1848 (Statut fondamental de la Monarchie de Savoie 4 mars 1848), connu comme Statuto Albertino ou Statuto, adopté par le royaume de Sardaigne en 1848 et devenu en 1861 la constitution du nouveau royaume d'Italie.. Efisio Giglio-Tos envoie invitations adressées aux universités du monde entier et fait coïncider la fondation de l'association avec l'Esposizione Nazionale Italiana di Torino (Exposition Nationale Italienne de Turin), qui offre la possibilité de disposer de locaux, réductions sur les prix des billets de chemins de fer et hébergements. Il cherche à récolter le soutien des rares étudiants italiens encore en vie ayant participé aux évènements de 1848. Entre autres le rejoint immédiatement Costantino Nigra ancien de 1848 et ambassadeur d'Italie à Vienne<ref>Le prestige de ces témoins de 1848 est très important à l'époque dans les universités italiennes. L'hymne des étudiants italiens Di canti di gioia connu également comme lInno universitario et composé en 1891 par Giovanni Gizzi et G. Melilli parle des étudiants combattants de 1848.</ref>. Au nombre des étudiants anciens de 1848 qui soutiendront Efisio Giglio-Tos on trouve également le sénateur Bartolomeo Casalis, Vittorio Bersezio, le latiniste Battista Gandino, professeur à l'université de Bologne et le général Alessandro Reyneri. Des ministres, des parlementaires, des personnalités culturelles de premier plan telles Arrigo Boito et Giuseppe Verdi soutiennent Efisio Giglio-Tos, ainsi que la Ligue des femmes pour le désarmement international dont le siège est à Paris. Le roi d'Italie Umberto I accepte la présidence d'honneur du congrès de fondation de la Corda Fratres.
L'affiche programme du rassemblement étudiant appelé par Efisio Giglio-Tos est réalisée par Roberto Bonis. Elle porte comme titre : Esposizione Generale Italiana, Primo Congresso Internazionale di Studenti : « Exposition Générale Italienne, Premier Congrès International des Étudiants ». Elle ignore donc de fait, peut-être volontairement, le rassemblement international de 1400 étudiants qui eut lieu à Liège 33 ans auparavant, du 29 octobre au Le Congrès étudiant de 1865., page du site Internet de l'université de Liège. Il y est dit à propos de ce congrès : « ce qui constitue le premier Congrès International des Étudiants ». Il n'en revendiquait pas le titre, qui a été ajouté a posteriori sur la gravure, reproduite de L'Illustration du 18 novembre 1865, qui figure sur cette page Internet..