Le séminaire des Eudistes de Caen est l'un des premiers séminaires fondés à Caen par Jean Eudes. Le bâtiment, construit dans la deuxième partie du sur la place Royale (actuelle place de la République), a été transformé en hôtel de ville pendant la Révolution française. À partir du , il a abrité également le musée des Beaux-Arts de Caen et la bibliothèque municipale. Il a été totalement détruit en 1944 pendant la bataille de Caen et n'a pas été reconstruit.
Situation
Le site du séminaire se trouve dans le centre-ville ancien de Caen. Il occupe la partie ouest de la place de la République. Il est également délimité par les rues Jean-Eudes, Saint-Laurent et Auber. Il correspond sur le cadastre actuelle à la parcelle KX0060 et à une partie de la place de la République.
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Historique
De la construction du séminaire à la Révolution
En 1643, Jean Eudes quitte la Congrégation de l'Oratoire et s'installe dans une maison de la rue des Jésuites en face de l'abreuvoir Saint-Laurent. Il y fonde avec quelques frères qui l'ont suivi la Congrégation de Jésus et Marie et ouvre un séminaire. Ils aménagent les locaux en construisant notamment une chapelle. L'institution est fermée par l'évêque de Bayeux, Molé, avant d'être rétablie en 1652 par son successeur, ServientJacques Laffetay, Histoire du diocèse de Bayeux, Bayeux, Imprimerie de A. Delarue, 1855, 15. Mais la « vieille Mission » est devenue trop exiguë. L'évêque de Bayeux fait alors l'acquisition en 1658 du lot de terrains à l'ouest de la place Royale en cours d'aménagementGervais de La Rue, Essais historiques sur la ville de Caen et son arrondissement, Caen, Poisson, 1820, 180 pour que Jean Eudes fasse construire un nouveau séminaire.
thumb|left|L'église depuis la cour d'honneur
La première pierre de l'église est posée le Père Julien Martine, tome II, 102-105. Jean Eudes décide de dédier l'édifice aux Très Saints Cœurs de Jésus et MarieGuillaume-Stanislas Trébutien, 182, cette dédicace étant confirmée en 1674 par le pape Clément XDom Guéranger, Introduction à l'année liturgique, , Bouère, Éditions Dominique Martin Morin, 1995. Menés par Guillaume BrodonGabriel Vanel, « Remarques de Nicolas le Hot, avocat au bailliage de Caen en 1680, publiées d’après le manuscrit inédit » dans le Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie, Caen, 1906, tome 25, , les travaux sont interrompus au moins à quatre reprises faute de moyens financiers suffisants. Trois jours après la mort de Jean Eudes, survenue le , son corps est inhumé dans le chœur de l'église encore en construction. Il est déposé dans un cercueil en plomb recouvert par une dalle de marbre blanc sur laquelle est gravée cette épitaphe Père Julien Martine, tome II, 364-365 :
HIC JACET VENERABILIS SACERDOS,JOANNES EUDES,SEMINATORIUM CONGREGATIONIS JESU ET MARIÆ INSTITUTOR ET RECTOROBIIT DIE 20 AUGUSTI 1680 ÆTATIS SUÆ 79. L'église est finalement consacrée le .
La construction du séminaire proprement dit ne commence que le , plus de dix ans après la mort de Jean Eudes, et se termine en . François de Nesmond contribue financièrement à son érection et ses armoiries sont gravées sur la porte d'entrée du séminaire. À gauche de l'église, s'élève le grand séminaire, destiné à la formation des jeunes gens qui se destinent à la prêtrise ; à droite, le bâtiment accueille le petit séminaire, internat fréquenté par de jeunes garçons dont certains deviennent ensuite les élèves du grand séminaire. En 1731, une nouvelle aile est construite à la place de bâtiments utilitaires couverts de chaume ; la première pierre, posée le , a été retrouvée en 1953 lorsque le tracé de la rue Jean Eudes a été modifié. À cette époque, le plan du séminaire prend la forme d'un EChristophe Collet, Pascal Leroux, Jean-Yves Marin, Caen cité médiévale : bilan d'archéologie et d'histoire, Calvados, Service Département d'archéologie du Calvados, 1996 .
La façade fermant la place Royale reprend l'ordonnancement caractéristique du classicisme français. Cette harmonie d'ensemble est rompue par la façade de la chapelle ; comme l'église Sainte-Catherine-des-Arts (actuelle Notre-Dame-de-la-Gloriette) construite à proximité entre 1684 et 1689, l'église des Très-Saints-Cœurs-de-Jésus-et-Marie s'inspire de l'église du Gesù et la croisée du transept est surmontée d'un lanternon.
Quand Jean Eudes meurt en 1680, le séminaire de Caen contrôle quatre autres séminaires en Normandie et un à Rennes. La congrégation continue ensuite sa progression et, au moment où la Révolution française éclate, le séminaire de Caen est à la tête d'un réseau de seize séminaires disséminés dans le nord-ouest de la France.
thumb|center|upright=3|Gravure extraite de l'ouvrage de Guillaume-Stanislas Trébutien
La sécularisation du séminaire après la Révolution
Le , les ordres religieux sont supprimés et, le mois suivant, leurs biens sont mis en vente. Les autorités municipales, installées depuis les années 1750 dans l'hôtel d'EscovilleFernand Enguerrand, « Histoire du musée de Caen » dans Bulletin de la Société des beaux-arts de Caen, Caen, Imprimerie Charles Valin, 1897, , , , soumissionnent pour l'acquisition du séminaire et de ses dépendances afin d'y installer l’administration de la ville, du district et du département<ref>Guillaume de Bertier, « Le dossier d'une spoliation : Le séminaire des Eudistes de Caen (1790-1792) », Annales de Normandie, 1994, , , </ref>. L'affaire traine en longueur du fait de l’ambiguïté du statut des eudistes et de leur séminaire, . Les locaux sont finalement adjugés à la Ville le , . La salle du conseil est aménagée dans une pièce du premier étage du petit séminaire ; dans les cartouches et les médaillons du plafond, Luchet peint les portraits de Normands célèbres ou de personnes ayant marqué la ville par leur bienfaitGaston Lavalley, Caen; son histoire et ses monuments, guide du touriste a Caen et les environs, Caen, E. Brunet, [S.d.] : François de Malherbe, Jean Regnault de Segrais, Jacques Clinchamps de Malfilâtre, Michel Lasne, Graindorge, Charles de Bourgueville, Pierre-Daniel Huet, Samuel Bochart, Charles Mathieu Isidore Decaen... Pendant un temps, l'église sert de lieu de réunion pour la société populaire, de salle des mariages et de remise pour le matériel municipal. La société La Redoute, créé en 1800, donne dans la grande salle de l'hôtel de ville des représentations bimensuelles consacrées alternativement à la musique et à la danse.. En 1810, les ossements de Jean Eudes sont transférés dans l'église Notre-Dame-de-la-GlorietteMinistère de la Culture (base Palissy - Référence PM14000170). Ensuite un plancher est construit dans l'église.
En 1829, la municipalité offre à la Société philharmonique du Calvados des locaux dans l'ancien séminaire afin d'y établir une école de musique privée. En 1833, la municipalité reprend ses locaux et l'école déménage dans le quartier Saint-Jean avant de fermer deux ans plus tard. Dans les années 1850, une nouvelle école, municipale cette fois-ci, est ouverte dans la partie sud-ouest de l'hôtel de ville sur la rue Saint-Laurent (ancêtre de l'actuel conservatoire à rayonnement régional de Caen). Les lieux sont exigus et la promiscuité entre les différentes classes instrumentales rend le lieu mal approprié aux besoins de l'enseignement musical. Au premier étage, le conservatoire possède également une bibliothèque..
Le rez-de-chaussée de l'ancienne église est transformé en salle de réception. La salle est occupée notamment par la Société philharmonique de Caen qui y tient régulièrement des concerts. En 1858, la salle est redécorée à l'occasion de la venue de Napoléon III en route pour CherbourgÉmile Tessier, Guide du touriste en Normandie, Paris, Cournol : Lanée, 1864, , 132. Selon Guillaume-Stanislas Trébutien, « ses voûtes ornées de moulures en cuivre doré, ses colonnes et ses portes dorées, ses glaces, ses lustres et ses girandoles en font une belle salle de concert ou de bal. »Guillaume-Stanislas Trébutien, 197.
Le premier étage de l'ancienne chapelle est divisé en trois salles dans lesquelles sont transférés en 1809 les fonds de la bibliothèque municipaleGuillaume-Stanislas Trébutien, 290. La bibliothèque prend donc la forme d'une croix latine longue d'environ sur (149 pieds de long sur 80 de largeF. Vaultier, Histoire de la Ville de Caen depuis son origine jusqu'à nos jours, B. Mancel, 1843, 348). L'entrée de la bibliothèque est éclairée par un vitrail représentant Charles de Bourgueville. Dans la grande salle, sont suspendus 39 portraits représentants des hommes illustres de Caen, comme Malherbe, de Bras, Segrais, Samuel Bochart, Pierre-Daniel Huet, l'abbé De la Rue ou Jacques CrevelGuides Joanne, Caen et les bains de mer de Lion à Port-en-Bessin, Paris, Hachette, 1893, 24.
Le , le musée des Beaux-Arts de Caen est officiellement ouvert dans l'aile gauche de l’hôtel de villeFernand Enguerrand, , 88, parallèle à l'ancienne chapelle. En 1861, une nouvelle aile est construite par Gustave Auvray en collaboration avec l'architecte de la ville, Émile Guy, afin d'agrandir les locaux destinés à la bibliothèque, au musée et à l'école des Beaux-Arts de CaenPhilippe Lenglart, Le nouveau siècle à Caen, 1870-1914, Condé-sur-Noireau, Corlet, 1989, 203.
Sont déposés dans la cour plusieurs œuvres d'art : En 1862, les deux groupes sculptés Les dénicheurs, offerts par Auguste Jean Baptiste Lechesne, sont installés dans la cour. Vingt ans plus tard, Les dénicheurs sont retirés pour être installés dans le square place de la République.. Deux autres groupes d'Auguste Lechesne, Combat et frayeur et Victoire et reconnaissance, sont installés dans la cour . Réalisées en ciment de Dreux, ces œuvres se détériorent rapidement et sont remplacées en 1880 par le Centaure et Bacchante d'Arthur Le Duc. Le groupe sculpté, Centaure et Bacchante d'Arthur Le Duc, médaillé au salon de 1879, est acheté par l'État avec la participation de la ville pour le musée des beaux-artsFernand Enguerrand, « Histoire du musée de Caen » dans Bulletin de la Société des beaux-arts de Caen, Caen, Imprimerie Charles Valin, 1897, , , . Il est installé l'année suivante dans la cour du musée. En 1933, un monument en l'honneur du compositeur Gabriel Dupont, né à Caen, est installé dans la cour du musée, côté nord, en face du Centaure et Bacchante''.
Le site après la destruction du séminaire lors de la Seconde Guerre mondiale
Le , l'ancien séminaire est en grande partie détruit et le dernier bombardement aérien des Alliés, le , détruit ce qui était encore resté deboutCaen et la Seconde Guerre mondiale. En 1950, Marc Brillaud de Laujardière présente un projet visant à reconstruire sur le site l'hôtel de ville, la bibliothèque municipale et le musée des Beaux-Arts. Le projet, modifié plusieurs fois, est rejeté par le conseil municipal et, en 1954, il est définitivement abandonnéDossier pédagogique du Musée de Normandie, réalisé par l’Association des Amis du Musée de Normandie : Caen et la Reconstruction, . Un parking arboré a été aménagé à l'emplacement de l'ancien séminaire.
Seules quelques pierres des fondations de l'église témoignent de la présence du bâtiment. Toutefois le site de l'ancien séminaire est toujours réservé dans le plan local d'urbanisme actuellement en vigueur pour un équipement public qui