Le Piémont, aujourd'hui région frontalière avec la France et la Suisse, est peut-être une des régions italiennes les plus influencées par ses pays voisins. De nombreuses puissances et surtout la France convoitent cette position stratégique aux pieds des Alpes car il constitue la clef d'accès à l'Italie.

À partir du la principauté du Piémont est créée de toutes pièces par la maison de Savoie qui domine la région. Après que Emmanuel-Philibert de Savoie transfère la capitale de la Savoie de Chambéry à Turin et la réduction de leur territoire à l'ouest des Alpes, la dynastie tourne alors son regard vers l'Italie, menant le pays jusqu'à l'unité italienne. 250 px|right|thumb|La couverture de l'Historia di Torino e degli Stati di Casa Savoia, rédigée en 1676 par Giovanni Andrea Pauletti en honneur du duc Victor-Amédée II de Savoie.

Préhistoire et Antiquité thumb|right|210px|Le Piémont actuellement Les premières présences dans la région qu'on appelle aujourd'hui Piémont, littéralement ad pedem montium (au pied des monts), remontent au néolithique, elles résultent d'outils retrouvés à proximité de Alba, Ivrée et dans le val de Suse.

Le territoire est par la suite habité par les Ligures implantés dans une grande partie de la Gaule cisalpine et par d'autres peuples de racine ligure-gaulois, dont les Taurins, les Graiocèles, les Bagienni et les Salasses. Une grande variété de populations vit d'élevage aux pieds des montagnes et de pêche le long des grands cours d'eau. Il semble même que la cité de Turin ait surgi à l'époque romaine non loin d'un emplacement taurisque dont il aurait pris le nom, en effet le nom romain de Turin est Julia Augusta Taurinorum, donc des Taurins.

L'époque romaine vignette|Porte palatine à Turin. Les Romains arrivent dans la région au , en -143 Appius Claudius bat les Salasses dans la vallée de la Doire baltée, préparant la fondation de la colonie romaine de Eporedia (aujourd'hui Ivrée), alors qu'en -101 Caius Marius bat, à proximité de Roddi lors de la bataille de Verceil, les Cimbres.

C'est seulement à l'époque de Jules César, lors de la campagne gauloise, que naît la cité romaine de Turin, entre-temps les Salasses sont définitivement soumis avec l'occupation de Augusta Pretoria (l'actuelle Aoste). Le reste du Piémont constitué surtout de zones montagneuses est conquis seulement par Auguste.

Le Piémont est divisé entre la Gaule cisalpine et les provinces romaines des Alpes Cottiae, Alpes Maritimes et des Alpes Poenninae.

Les Romains fondent quelques-unes des principales cités piémontaises: outre Turin et Ivrée, on trouve Asti, Alba, Acqui Terme, Novare, Verceil. Les dimensions de ces cités n'étaient pas très importantes, en règle générale, ces bourgs sont créés par les Romains afin de servir de camps retranchés, de là, la forme carrée qui caractérise le centre de ces cités et c'est seulement par la suite qu'elles hébergent des civils en nombre généralement limité.

À la fin de l'époque romaine, en 402, la bataille de Pollentia oppose Stilicon aux troupes des Wisigoths dans la plaine autour de Bra.

Le haut Moyen Âge Dans les premières années qui suivent la chute de l'Empire romain d'occident, la région passe sous le contrôle de royaumes barbares : d'abord sous la domination de Odoacre puis il est conquis par les Burgondes et les Ostrogoths. Au milieu du , les Byzantins libèrent la région de la domination barbare alors que se termine la guerre des Goths et les Goths sont totalement soumis. Cependant en 568, une nouvelle population barbare arrive, les Lombards, les cités romaines se rendent sans opposer de résistance mettant fin à la brève domination de l'Empire byzantin. Certains des nouveaux maîtres lombards implantés en Italie septentrionale accèdent au sommet du pouvoir du nouveau royaume dont la capitale est Pavie: parmi eux, Agilulf constitue un personnage notoire étant l'un des premiers duc de Turin.

C'est de cette période que date la subdivision du territoire en duchés avec les duchés de Turin, d'Asti et de San Giulio ainsi que la fondation de nombreux monastères comme l'abbaye de la Novalaise et la rédaction de certaines règles juridiques et administratives importantes.

La position stratégique de la région est encore plus évidente au Moyen Âge, Charlemagne comprend la nécessité de s'approprier la région pour conquérir le royaume lombard de Didier de Lombardie. La bataille qui se déroule près de la Chiusa di San Michele est décisive pour le roi franc, les Lombards vaincus, il pénètre en profondeur dans le territoire, rejoignant Turin puis Pavie.

Les invasions sarrasines Une longue période de paix est interrompue à partir du par les incursions des pirates sarrasins provenant des côtes de la Ligure et elles marquent profondément l'histoire de la région.

Les pillards qui proviennent principalement de l'Espagne et de la Provence ont établi leur base principale à Fraxinet. Ils arrivent rapidement à saccager Asti et Suse, terrorisant la population et rendant le commerce par voie de terre au sein des vallées alpines peu sûr. Entre 912 et 920, l'abbaye de la Novalaise est saccagée alors que Oulx est rasée. Les moines de la Novalaise se réfugient à Turin.

Les Sarrasins sont utilisés par le roi d'Italie Hugues d'Arles contre son rival Bérenger II, et en 973 ceux de Fraxinet sont chassés par l'action conjointe du roi d'Italie, du comte de Turin et du comte de Provence.

La division en marches

right|200 px|thumb|Les restes du château de Avigliana Le Piémont, intégré dans l'Empire carolingien, est d'abord divisé en trois régions administratives franques aux frontières incertaines et par la suite dans la grande marche d'Ivrée dirigée par la maison d'Ivrée. C'est une puissante famille féodale, d'origine franque, dont le premier membre est Anschaire . Devenu trop puissant pour les équilibres régionaux, en 926, la marche d’Ivrée est démembrée par le roi d'Italie Hugues d'Arles. Trois nouvelles marches apparaissent qui prennent leurs noms de leurs fondateurs: la Marche Alérame la Marche des Obertenghi la Marche des Arduin. Les nouvelles familles créent leur chef-lieu dans des cités importantes, comme à Savone pour les Alérame.Au cours de cette période, il n’y a pas encore de distinction entre le Piémont et la Ligurie et le nom de Piémont ne désigne qu’une zone comprise entre le Tanaro et les Alpes cottiennes, il n'acquiert son nom qu’au . Les grands seigneurs des marches piémontaises sont Arduin d’Ivrée et Oldéric-Manfred II, seigneur de Turin, qui tentent sans succès d’étendre leur domaine par les armes. Les descendants d’Arduin conservent la marche des Arduin, à Adélaïde de Suse, fille de Oldéric, il reste Turin et Suse où la marquise s’établit. À la suite du mariage contracté avec Othon de Savoie, Adélaïde unit ses territoires piémontais avec ceux alpins en Savoie de son mari que sa famille possédait depuis le règne de Humbert . Avec cette acquisition, la dynastie savoyarde commence à envisager son expansion dans le Piémont.

La naissance des communes Au , on assiste à une véritable renaissance de la région. De nombreux bourgs prennent de l’essor avec l’avènement des communes libres. Parmi les plus puissantes, on peut citer Alba, Asti, Chieri, Ivrée, Novare, Turin, Tortona et Verceil.

thumb|right|200px|Alba, une des plus importantes communes piémontaises. En 1162, quand Milan est saccagée par les milices de Frédéric Barberousse, de nombreuses communes piémontaises entrent elles aussi dans la ligue lombarde qui a pour objectif la défaite de l’empereur allemand.

La première ville à entrer dans la ligue est Ivrée. Beaucoup d’autres suivent son exemple au cours des années suivantes, toutes désireuses d’élargir leur domaine au détriment des vassaux de Frédéric, comme le marquis Guillaume V de Montferrat qui doit céder face à la forte alliance des communes.

En l’honneur du pape Alexandre III, qui a beaucoup œuvré contre la menace gibeline, les communes lombardes fondent, dans un emplacement stratégique entre les rivières Tanaro et Bormida, une nouvelle ville construite pour défier l’empereur allemand : Alexandrie.

En 1174 Frédéric descend pour la cinquième fois en Italie. Après avoir saccagé Suse, il se rend dans la Plaine du Pô et assiège Alexandrie. La ville soutient un long siège et réussit à faire lâcher prise aux envahisseurs qui seront par la suite battus lors de la bataille de Legnano.

L’importante défaite ne change pas le panorama politique qui s’est créé dans le Piémont, d’un côté les villes appartenant à la ligue comme Ivrée, Novare, Verceil et Alexandrie, de l’autre, celles qui soutiennent l’Empire: Chieri, Casale, Turin et Tortona en particulier. La lutte entre ces villes s’éternise souvent en raison des visées expansionnistes des seigneurs alérames de Montferrat et Saluces (Saluzzo).

Montferrat, Saluces et les marquisats Alérame

La naissance de ces marquisats, qui marquent profondément l’histoire piémontaise, est due à Alérame de Montferrat, la légende veut qu’il ait épousé la fille de l’empereur Otton du Saint-Empire. Alérame aurait reçu d’Otton les terres qu’il aurait réussi à parcourir à cheval en trois jours. Cette zone est le Montferrat, et Alérame reçoit le titre de marquis en 967.

En réalité le domaine alérame est beaucoup plus vaste que le Montferrat: il s’étend jusqu’au Pô et à la Ligurie centre-occidentale avec comme centre de pouvoir principal Savone.

Alérame est probablement le fils d’un grand seigneur féodal de la région, Guillaume, dont on connaît peu de chose. Boniface del Vasto, petit-fils de Alérame et seigneur de Savone est beaucoup plus connu, il procède à une importante extension territoriale, non seulement dans le Piémont mais dans d’autres zones d’Italie dont la Toscane. Il partage ses vastes domaines entre ses trois fils donnant naissance aux principaux potentats du Piémont. Parmi ceux-ci, les plus importants sont ceux de Montferrat et Saluces.

Dans le Montferrat, les marquis Guillaume V de Montferrat, Conrad, Boniface et les autres étendent de manière importante le pouvoir de leur État en consolidant la dynastie et en essayant de conquérir le Piémont méridional.

Guillaume V et Conrad participent à la troisième croisade, et Conrad devient l’héritier du trône du royaume de Jérusalem. La mort à l'improviste de Guillaume V et de Conrad permet à Boniface de leur succéder, il devient roi de Thessalonique. Son règne est éphémère, en 1207, Boniface meurt en combattant les Bulgares. Guillaume VI et Boniface II lui succèdent tour à tour.

L'apogée du pouvoir intervient sous le règne de Guillaume VII (1253 - 1296), qui devient aussi capitaine de Gênes et Milan. Capturé par les troupes d’Alexandrie, il est tué et son fils Jean (1296 - 1305), qui lui succède, meurt sans héritier.

Théodore prend le contrôle du Montferrat, c’est un Paléologue de Constantinople, apparenté aux Alérame.

À Saluces, le pouvoir marquisal est moins marqué. Manfred , le premier marquis est le fils ainé de Boniface del Vasto. Il obtient les territoires stratégiques de Saluces et quelques autres terres. Ses successeurs ne bénéficient pas de grands pouvoirs. La guerre civile qui oppose Manfred V à Frédéric risque de détruire l’indépendance du marquisat.

La guerre civile finie, l’idée d’étendre l’hégémonie du marquisat sur tout le Piémont est abandonnée, Saluces devient un bourg florissant sous les règnes de Ludovic et Ludovic II.

Parmi les autres seigneuries des Alérame qui apparaissent dans le Piémont méridional, on trouve les petits marquisats de Ceva et d’ Incisa.

L'émergence des Savoie

Les Humbertiens, à l'origine des Savoie, sont originaires de la Maurienne, et c’est par le mariage entre Othon et Adélaïde de Suse qu’ils reçoivent en dot de vastes possessions en Italie du nord..